3ème chronique : Apocalyptica – Reflections
Apocalyptica est un groupe qui a commencé en 1996 avec des reprises originales de Metallica, et l’album qui (d’après les fans) lui a permis de se faire remarquer est Cult.
Mais qu’est-ce qui rend ce groupe si particulier ? Autre question qu’on peut se poser, plus classique : ah tiens c’est un groupe de métal symphonique, mais… ils n’ont pas de chanteur ?
Observons son line-up : trois violoncellistes, dont un jouant du violoncelle électrique et un batteur, rien de plus. Les habitués du métal font souvent la grimace quand ils lisent ça. Pourtant, ses reprises suivent pratiquement le morceau d’origine : ceux qui connaissent bien ‘Enter Sandman’ ou ‘Fade to Black’ reconnaîtront bien les chansons de Metallica, les paroles en moins, remplacées par le violoncelle.
Mais je m’égare (^^), revenons à Reflections. Bon, la première chose que j’ai à dire sur l’album c’est que sa construction a un sens : à voir les titres, on dirait des noms de chapitres pour un livre, et ça se tient… presque. J’y reviendrai. Deuxième chose : Reflections s’encastre en deux parties distinctes, que l’on peut séparer grâce à « Conclusion », le morceau ‘charnière’.
Reflections est un album qui s’écoute comme on regarde une histoire sans les dialogues : la musique et les titres nous offre des bases, mais nous devons imaginer nous-mêmes l’intrigue.
Et franchement, Reflections pourrait facilement faire une soundtrack.
Tout commence par une introduction au titre sobre : ‘Prologue [Apprehension]’. Dans les livres, le prologue est un passage court, un peu en dehors de l’œuvre, qui nous donne des infos parallèles à l’histoire pour nous donner un aspect différent de l’intrigue et y mettre du relief. Et l’appréhension d’un problème, c’est son observation avec pour but de l’identifier.
Tout comme le morceau suivant, ‘No Education’, ‘Prologue [Apprehension]’ possède un rythme assez soutenu, des riffs sombres qui contrastent avec une mélodie chargée de regrets et de rancune (surtout ‘No Education’). Un morceau plus loin a le même style : Drive, même si on y perçoit un soupçon d’espoir. J’ai juste une chose à rajouter : c’est bizarre, ce morceau je l’ai découvert dans le best of, sorti avant « Reflections », et ‘Drive’ existait déjà sous le nom de ‘Driven’.
Les morceaux les plus beaux sont bien sûr les ballades : il y en a quatre en tout. Parlons d’abord des meilleurs : ‘Faraway’, ‘Conclusion’ et ‘Epilogue’. Les trois mis ensemble sont dans deux ordres logiques : celui de l’album^^, mais aussi dans la montée du sentiment d’amertume qu’elles transmettent. Ces trois tracks sont lentes, seule ‘Faraway’ contient des parties au violoncelle électrique et un peu de batterie, et toutes sont magnifiques. ‘Faraway’ est tout de même presque joyeuse, alors que les deux autres sont vraiment tristes. Les poétiques y retrouveront l’évocation de la brise d’automne qui transporte les feuilles mortes… pour la première partie du morceau. La deuxième partie, qui vient un peu après la moitié de la track, est plus marquée par la souffrance mélancolique, probablement celle de la prise de conscience que la mort est immuable et invincible. Et tandis que Conclusion touche, Epilogue « achève » les cœurs sensibles. Bon, si vous n’êtes pas dans l’ambiance en effet, il est possible de voir Epilogue comme un titre dérisoire et niais, style ‘sortez les violons’ à la fin d’un film d’amour. Personnellement, j’ai eu les larmes aux yeux à la première écoute, chacun ses goûts. En ce qui concerne la dernière ballade, Pandemonium : les fans de Cult reconnaîtront tout de suite la saveur de l’album, avec un plus, la batterie. En latin, le titre signifie littéralement ‘Lieu de désordre et d’agitation’ : et bien, c’est exactement l’impression que reproduit le morceau. Le violoncelle électrique semble improviser et la mélodie n’est pas claire, sans parler de la batterie presque aléatoire. De plus, les solos au violoncelle sec sont excellents. Par contre, la track tombe un peu comme un cheveu sur la soupe et c’est bien dommage : elle casse l’ordre logique de l’album, et même si elle est bonne elle dérange.
Pour les morceaux les plus métal de Reflections, histoire de ravir un peu les ‘vrais’ métalleux avides de riffs méchants et de batterie audible, voici une partie qui leur est réservée.
J’en décompte cinq en tout : ‘Somewhere Around Nothing’, ‘Cohkka’, ‘Heat’, ‘Cortege’ et ‘Toreador II’. Toutes possèdent un rythme différent, mais ont une connotation Heavy Metal évidente : la batterie y est nettement plus forte que dans les autres tracks, les riffs beaucoup plus lourds et la mélodie puissante. Jamais de paroles, parce qu’elles seraient inutiles. Le titre et la musique suffit amplement pour dégager leur sentiment ou impression (dans l’ordre) : espoir, trahison, chaleur, surprise, force. Les solos au violoncelle électrique sont incroyables, sans parler des efforts que le batteur doit fournir pour donner autant de snares tout en gardant le rythme.
Pour moi, ‘Cohkka’ et ‘Toreador II’ sont les paroxysmes des deux parties du CD.
Il ne reste qu’un morceau : ‘Resurrection’. C’est lui qui démarque avec brio la deuxième partie de l’album, après un ‘Conclusion’ relativement déprimant. Il surgit comme un pied de nez, avec un ton du genre « et non, je suis encore là » cynique mais aussi joyeux : celui de se sentir vivant. Il n’est pas remarquable, mais il est bien placé, et à noter un solo osé au violoncelle électrique.
Avec Reflections, Apocalyptica est un groupe qui prouve que l’on peut exprimer beaucoup, et avec talent, avec juste un titre et une mélodie de quelques minutes. Ce sont des artistes avant tout, ce qui en fait des maîtres dans l’art de l’instrumental. Une question subsiste cependant : pourquoi le violoncelle ?
D’après des études – et vos propres oreilles, on constate que c’est l’instrument de musique dont le son se rapproche le plus de celui de la voix humaine. Les poétiques vous diront même qu’il permet de laisser chanter son âme…
Cet album est magnifique et mérite largement le 19/20 (j’aurai bien voulu mettre le 19,5 mais je ne peux pas ^^ : je ne mets pas 20 parce que je trouve Pandemonium et Toreador II mal placées), mais il est vrai que ce n’est pas le genre de CD que l’on va passer en boucle. Il est des choses qu’il vaut mieux se garder de consommer trop souvent, pour qu’elles conservent toute leur saveur.
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