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6364Dur Dabla : Eñvor an Avel

posted by alonewithl on mai 28th, 2017

Dur Dabla : Envor an AvelJ’ai longtemps critiqué, pesté, souvent injustement contre les bretons. Oui, je le reconnais. Il y a comme une certaine rivalité des deux côtés de la Loire. Je vais donc contrarier mes habitudes et rendre hommage à ces gens et à leur terre trempée avec mille bisous. La Bretagne est une contrée rare, rare dans tout le pays et dans le continent. Un territoire de la mer livrée à la terre, qui peut se définir magique malgré un temps typiquement maussade et une population qui se montre parfois aussi revêche que l’océan. Une région à part me direz vous. Il faut néanmoins reconnaître qu’elle excelle en matière musicale, ayant tout d’abord participé brillamment à la grande vague de musique néo-traditionnelle des années 70 dans le sillage d’Alan Stivell, monument vivant de nos jours. Dans la fibre metal, on assiste aujourd’hui à l’explosion d’une scène locale, où on préfigure la venue de futurs grands représentants du metal français. Dans le circuit folk/pagan metal, l’incontournable breton s’appelle “Belenos“. Mais “Belenos” est un géant de noirceur. “Dur Dabla“, originaire de la ville de Brest fait petite figure à côté, bien plus guilleret cependant. Bien qu’il se soit montré discret après un premier EP en 2012, plutôt réussi malgré ses écarts de production, le groupe n’est pas indigne d’intérêt. De toute manière, son folk metal breton éminemment celtique ne laisse pas indifférent. Les amateurs du style et du groupe se sont montrés impatients à ce que ces jeunes gens passent à la vitesse supérieure et proposent un nouvel effort. C’est désormais chose faite en fin d’année 2016 avec “Eñvor an Avel“, qui fait donc suite à l’EP “Spered ar Broioù Kozh“. C’est un album qui nous parle d’un pays magique peuplé de gens peu ordinaires.

Comme toute production musicale, semble t-il, on nous gratifie d’une introduction. Celle-ci est constituée d’une narration en langue bretonne, des orages et de la pluie qui font le climat de ce pays si particulier, ainsi qu’une atmosphère musicale très conviviale et attachante emmenée par la flûte et l’accordéon diatonique. On prend un véritable plaisir à entendre ses airs champêtres, cette voix au parler traditionnel. L’auditeur découvre à travers un paysage, une côte maritime découpée de rochers, ligne de front entre la mer agitée et de vertes collines. Après “Pa oa aet an Avel Kornog”, s’ensuit le véritable folk metal de “Dur Dabla” sur “Talu Medd”. La basse est ici à la manœuvre. Mais hormis cet instrument se retient accordéon et flûte, aussi un heavy metal par à coups, quelque peu rugueux. La rugosité des riffs va de pair avec le chant semi-growlé. Cette tiédeur associée au metal celtique nous fait remonter aux premiers ouvrages de “Tuatha De Dannan“. Ce lien avec les débuts de la formation brésilienne est très frappant sur “On the Wailing Sea”. On en retient la même dominance heavy metal, les mêmes maladresses aussi, bien que l’accordéon diatonique confère à “Dur Dabla” un aspect plus maritime que son semblable d’outre Atlantique.

Cet accordéon semble avoir un rôle déterminant dans “Job and Laur”, un titre intéressant pour ses nombreuses coupures rythmiques et ses phases nerveuses. En effet, celui-là révèle plusieurs facettes et adopte des postures différentes, tour à tour festif et agressif. Un certain contraste se révèle également à l’écoute de “The Seer’s Words” entre la grâce délicate de l’entame produite par la flûte, un doux arpège de guitare, et la nervosité de la guitare électrique qui accélère le rythme. Cette dernière fait pourtant souvent preuve de retenue, à l’image d’”Ar Channerezed Noz”, qui renvoie aussi à un parfait contraire entre aspect purement metal et part folklorique, mais semble beaucoup moins fluet, d’où un morceau peut-être un peu trop bourru, malgré l’entrain des instruments folkloriques présents. La rythmique est tout aussi concassante, l’entrain plus accentué à travers “Death Rather than Stains”. Toutefois, ses à-coups persistants, nerveux, offrent une musique embarquée, presque folle, dénotant quelques influences de “Finntroll“. Les bretons sont ainsi capables de muer sans pour autant complètement changer leurs méthodes. Dans ce cas, suffit juste de passer en mode accéléré pour quasiment changer de tout au tout.

Question mue, on remarque un “Dur Dabla” prenant une tonalité plus conquérante, faisant jouer de la pesanteur sur “Beneath the Waves”. Cette tournure épique est ravissante et s’agrémente d’une partie narrative très prenante, malgré une batterie un peu plus confuse sur ce morceau. Un parallèle peut d’ailleurs être fait entre celui-là et la chevauchée guerrière de “Bec’h De’i”. Là où le groupe excelle véritablement c’est lorsqu’il fait intégralement ressortir sa part d’héritage breton, notamment associée à la douceur de la harpe sur l’éponyme “Eñvor an Avel”, conclusion enivrante au présent album. Encore plus traditionnel et propre à la péninsule armoricaine, on décèle le superbe instrumental “Toul ar Chistr”, faisant intervenir cette fois la bombarde en plus de la guitare acoustique et de l’accordéon diatonique. Je ne vais pas dire que cela transmet un esprit de taverne où on se voit manger des crêpes et boire du cidre au coin d’un feu, mais c’est tout comme. Encore une nouvelle inclusion instrumentale traditionnelle avec l’intervention de la mandoline sur le ravissant “After the Battle of Aughrim”, renvoyant cette fois davantage à une incursion forestière. ça permet ainsi de visiter nombreux lieux sans avoir à bouger de son fauteuil.

Si l’EP donnait sous grésillements dans le “Cruachan” du début des années 2000, l’album nous renvoie à une autre illustre figure du folk metal. De l’Ep au présent album, on traverse tout un océan pour passer de “Cruachan” à “Tuatha De Dannan” ou plutôt encore à l’aube de cette autre grande formation rendant hommage à la musique celtique. Je suppose que le lien est involontaire et que “Dur Dabla” est mieux à même de représenter son propre patrimoine que les brésiliens, qui pourtant excellent dans le genre, malgré quelques premières difficultés. Et, c’est à ces quelques difficultés que l’on fait référence pour ce “Eñvor an Avel“. La part metal de “Dur Dabla” n’offre parfois pas la même limpidité que sa part folklorique qui est elle purement délectable. Nous en avons d’ailleurs un parfait exemple sur les morceaux instrumentaux où “Dur Dabla” délivre son meilleur, de la richesse et une grande sérénité. Néanmoins, même les titres les plus dispensables offrent un bon divertissement. “Dur Dabla” est à son premier grand exercice et montre des points communs avec des combos marquants du genre. Ce qui laisse à penser que les bretons ont moyen de prospérer à l’avenir et de voguer vers d’autres contrées, en espérant cependant qu’ils n’amèneront pas la pluie avec eux.

14/20

No Comments | Categorized: Folk Metal

6360Skelethal + Guests @ Angoulême 2017

posted by alonewithl on mai 27th, 2017

skelethal à angoulême

Skelethal + Guests @ Angoulême (16) – Le Mars
(18 Avril 2017)
Ouverture à partir de 21:00 heures.

Mardi 18 Avril

Quelque chose est en train de se produire en France au niveau du metal extrême old school, et du death metal en particulier. On assiste à l’essor de bon nombre de formations de death metal, grattant aux sources de leur art. C’est ainsi que l’on assiste à l’envol de groupes de plus en plus côtés comme “Affliction Gate” et “Ritualization”. Deux combos que j’ai eu le privilège de voir en concert à Bressuire (79), dans le sillage de la bande à Shaxul (“Manzer”). On retrouve quasiment les mêmes gens pour célébrer le metal orthodoxe d’autres futures pontes d’une nouvelle scène hexagonale. Il faut aller cette fois au Mars d’Angoulême, un bar faisant de plus en plus office de coin indispensable pour tout amateur de metal ou de musique underground en Charente. Une troupe locale que j’avais cru morte et enterrée depuis quelques temps déjà refait surface en ouverture, suivi de deux espoirs metalliques du Nord de la France.

. FALL OF SERAPHS

Il s’agit de la seconde fois que je les vois sur scène. En fait, on retient la première pour avoir été assez mémorable. C’était à proximité d’Angoulême lors d’une édition du Vars Attacks. “Fall Of Seraphs” paraissait en groupe de death technique, privilégiant un flux de mélodies, mais paraissait aussi encore quelque peu fébrile sur scène. Les années sont passées et l’effectif semble avoir changé. Sur la scène du Mars, les charentais apparaissent davantage comme un groupe de death metal classique que de death à l’armature complexifiée. L’apparence purement technique, fluette, mélodique s’est considérablement estompée. Avec une set-list identique à leur passage à Vars pourtant. Du moins, c’est ce qu’a certifié l’un des membres de la formation. On retrouve cette fois un chanteur à part entière. Il s’en tire très bien d’ailleurs et contribue grandement à la part obscure et malsaine que revêt ce “Fall Of Seraphs” nouvelle formule, qui apparaît agressif et méthodique. Ils reprendront un titre du défunt “Disabled” avec leur ancien chanteur sur scène. C’est en tout cas une prestation bien plus convaincante que celle tenue il y a quelques années, même si cette dernière était déjà prometteuse, devant une foule malheureusement très éparse.

Set-List:
1. Kill all Empathy / 2. Pact of Negation / 3. Destroyer of Worlds / 4. Seraph? / 5. Thoughtseize / 6. Fiery? / 7. Unable? /8. Vow? / 9. ? / 10. ? (Disabled Cover)

. MORTAL SCEPTER

C’est un jeune groupe de thrash metal originaire du Nord qui fait son entrée. Pas de ceux proches des circuits revival classique à la “Havok” ou à la “Evile”. Le thrash metal pratiqué par “Mortal Scepter” est infiniment plus occulte, ramenant aux débuts tumultueux de la fameuse école allemande représentée par les “Destruction”, “Sodom” et “Kreator”. Durant les balances, les guitaristes tiraient pourtant des airs de “Running Wild”. Mais quelques airs de “Destruction” se sont introduits pour ceux qui avaient des doutes. Cela se vérifie en effet sur la scène d’Angoulême, où ils ont pratiqué avec excellence un thrash metal old school de celui produit par les allemands à l’époque, à la frontière du metal extrême. On ne retient toutefois pas de titre majeur, mais le jeu employé se révèle bien technique, dans une ambiance tout à fait prenante et agressive. On se sent bien happés.

. SKELETHAL

On chemine vers le clou de la soirée. “Skelethal”, ce nom commence à pas mal circuler. Il s’agit ni plus ni moins qu’une des vedettes actuelles du death old school français. Egalement originaire du Nord comme son prédécesseur “Mortal Scepter”. D’ailleurs, ils partagent ensemble un de leurs guitaristes. L’ambiance est chez eux beaucoup mieux exploitée autour de leur musique, beaucoup plus occulte en définitive. Les mouvements répétitifs, quasi rituels, ainsi que l’obscurité de la salle n’ont pas du tout facilité la prise de photos. Cela a presque été impossible notamment de photographier leur bassiste, qui pourtant était très statique à l’image du groupe, dans une posture underground, balançant sur place, la crinière en avant. On revient au début de carrière des premiers groupes de death.

No Comments | Categorized: Live Report

6351Varg : Götterdämmerung

posted by alonewithl on mai 5th, 2017

Varg : GötterdämmerungCe qui peut sembler prometteur peut s’avérer très vite une déception. Chez la formation “Varg“, les déceptions s’enchaînent malgré des idées ambitieuses. On nous a annoncé un EP à propos du chaperon rouge suite au succès de leur titre “Rotkäppchen” (pourtant issu du bonus de “Wolfskult“, cela s’est révélé sans intérêt malgré les bons efforts d’illustration. L’album “Das Ende aller Lügen” a paru lui emboîter le pas dans un contenu vide d’imagination et de réflexion. Puis vient le tour de “Götterdämmerung“, un EP 4 titres. On se dit alors naïvement, que “Varg” a compris la leçon et s’attaque cette fois à du sérieux. Surtout que le titre évoque un opéra de Richard Wagner composé en 3 actes et dont l’histoire se base sur l’Anneau de Nibelung. Même la pochette plus “classique” le laisse à penser. En fait rien de tout ça. Est juste promptement évoqué quelques divinités nordiques au milieu de quelques banalités propres à un black metal sans grande âme et sans grande profondeur. Plus fatale et dramatique que le crépuscule des dieux, la lente agonie des mortels se voulant dominer les enfers.

Varg” se lance ici dans un black death mélodique, purgé de sa petite part metalcore. Comme nous le percevons dès le morceau éponyme. Bien rentre dedans après une entame errante et intimidante, apportant même quelques touches heavy metal par endroits. Seulement, le tout est conduit par un chant haché et un jeu un poil répétitif. On trouve un break mélancolique et complètement moribond comme pause alternative, mais ça manque malgré tout d’épaisseur et de rebond. Ce n’est pas non plus la transcendance quand on y ajoute de la narration et une ambiance grandiloquente cuivrée sur “Knochenpfad”. La partie purement metal fait office de paraphrase des précédents titres obtenant un faible contenu répétitif parfois composé de riffs syncopés. Ces riffs syncopés, ils forgent une partie du morceau “Hel”. Morceau passant d’un black death très timoré à quelques brèves pointes de virulence. Ce qui donne du souffle et une articulation à la musique. Mais on le retiendra aussi un peu court et confus. On monte d’un cran l’agressivité sur “Beissreflex”. Du moins dans son ambiance. Le riffing réagit par à coups, et les instruments laissent une plus grande part au chant. Les passages stressants sont appréciables, mais on se contentera plus difficilement de sa fin mollassonne.

Varg” semble être en train d’opérer un changement musical. On perçoit chez eux une volonté de se ranger derrière les canons du black death à tendance pagan, quitte à édulcorer leur musique. Ils ont sans doute eux aussi pris en compte les moindres performances de ces derniers temps, mais le résultat n’est pas à la hauteur des attentes. On s’en tient ici à un mini sans grande saveur et avec des titres courts n’allant pas plus loin que la banalité. Ce n’est pas catastrophique, mais il n’y a pour ainsi dire aucune ambition, aucun relief. Pas de quoi pavoiser ou s’afficher en tête, au devant des grosses formations. “Varg” parait de plus en plus en difficulté, et les idées intéressantes qui auraient pu les propulser en avant sont rapidement gâchées. Si ce “Götterdämmerung” avait repris un soupçon du génie de Wagner au lieu de s’égarer dans des histoires qui n’en sont pas, le groupe aurait sorti grandi. Encore un coup pour rien.

12/20

No Comments | Categorized: Black Pagan