Parmi les valeurs montantes promues par le label chypriote Pitch Black Records, figurera objectivement, sans la moindre objection, un acteur complet et expérimenté. « Valor » se place donc aux côtés des redoutables formations grecques que sont « Marauder » et « Emerald Sun » au destin pourtant différent, mais ayant connu tous deux un certain succès. Ce projet a vu le jour en 2002, créé par le guitariste Spyros Soldatos et deux anciens membres de « Battleroar » (le bassiste Chris Remoundos et le chanteur Vaggelis Krouskas). Le line-up sera complété en 2003 par la venue du batteur Thodoris Andritsos, ce qui leur permettra d’entamer une phase de conquête du public, et de produire un premier mini en juin 2004 (« The Nameless One ») et un premier album, quatre années plus tard en avril 2008 (« Destiny’s Path ») sur le label Eat Metal Records. « Valor » se décide à franchir une nouvelle étape et de passer à la vitesse supérieure en incorporant deux nouveaux membres (Thanasis Lois et Vasilis Kourkoutas) et en signant chez le label Pitch Black en pleine expansion. L’appui d’un claviériste et d’un second guitariste indique que la musique de « Valor » devrait immanquablement gagner en perspective et en substance. Le produit qui en résultera va nous le confirmer. « The Yonder Answer » éclairera nos doutes sur ce voyageur que l’on n’attendait pas.
L’introduction, elle, se révèlera plus prévisible, s’ouvrant sur des notes de piano moyennement stylées et un fond de symphonie assez sympathique. Néanmoins, on aurait pu croire que le morceau ne serait seulement qu’instrumental. Voilà que « Valor » fait le choix d’y avancer le chant. Ce qui permet aussi une meilleure transition et une montée en puissance enclenchant le titre suivant « Answer’s Yonder ». Celui-là s’adonne dans un power metal à mid tempo, mélange d’influences entre « Helloween » et « HammerFall ». Le chant de Vaggelis, dont on retrouve des intonations apparentées à Ozzy Osbourne, s’illustre comme le grand ouvrier du morceau. Il y prend une place prédominante, principalement à cause de l’énergie et des mélodies timorées en provenance des guitares et de la batterie. Certains auditeurs pourraient regretter ce côté très sage de « Valor ». En cela, « Crossroads » se révèle en continuité avec « Answer’s Yonder ». Toutefois le refrain aguicheur et embarqué tranche un peu plus par rapport aux couplets convenus du morceau.
On sentirait presque à chaque titre de ce volume de la retenue. Les guitares œuvrent retranchées, elles ne manquent pourtant pas de mordant ou de mélodie comme nous le démontre un « Choices » fluide et abordable. On reprocherait cependant au morceau en question un certain affalement du chant, poussé à la répétition. Il s’agit de l’une des rares contre-performances du chanteur, car Vaggelis s’impose comme véritable noyau dur de l’équipe, un mur porteur de la structure. Ainsi, il accompagne très efficacement des guitares tranchantes et agitées sur « Follow Me ». Il se montre à la fois enthousiaste et excité, suivant bien le cours des vibrations. Il y aura presque un côté Orson Welles dans sa voix solennelle lorsque l’on parcourt ce bref « Bravest ». On pense immédiatement, à l’écoute de ces airs épiques, à une ballade de « Manowar ». Autre ballade, autre influence. Ce serait cette fois-ci « Wasting Love » d’« Iron Maiden » que nous croirons déceler sur « Guides ». C’est long et entreprenant que sur sa deuxième partie. Les titres éblouissants de « Valor » se font attendre. Autrement dit, une grande partie du disque se découvre sans mal, mais sans en être émoustillé.
Il faudra faire preuve de patience avec eux. Le meilleur est réservé pour la fin, à commencer par « One Hand Red ». L’excellente ouverture de basse et son basculement dans un jeu enjoué et virevoltant nous offrent une perspective intéressante de ce groupe. « Valor » nous donne là un aperçu édifiant de sa dynamique et de sa technique. Les instruments s’y adonnent à cœur joie, peut-être un plus au dépend du chant, couvert malgré sa puissance. Mais quand on parle de « puissance », ce n’est évidemment sans aucune comparaison avec « Inner Nature ». Là, le ton s’énerve. Du moins pour les guitares empruntant volontiers un style plus heavy speed que power. Le chant alerte ne suit pas le mouvement, tout comme les synthés, cherchant plus à étouffer ces flammes, à adoucir cette nervosité. Ils y parviendront. Nulle besoin de s’énerver, de faire ressentir la rage pour nous ressortir idéalement sa puissance. « Human » incarne parfaitement cette puissance. Une puissance tranquille qui déménage. Une fierté pour « Valor » qui élabore un titre de toute beauté. Intense, époustouflant dans ses riffs, dans cette vague mélodique assez unique dans l’album. Le groupe a cessé d’être le sujet sage et méthodique, pour se livrer à un power metal hymnique et ambitieux. « Human » est assurément une valeur sûre pour les concerts de « Valor ».
Il n’est pas facile de prendre cette modeste formation grecque à défaut. C’est au fur et à mesure des écoutes, qu’on la découvre dans sa timidité cachée. Le chant éloquent est apparemment là pour combler ou pour masquer des instruments qui ne seraient pas en pleine confiance, en pleine possession de leurs moyens. Lorsqu’ils sortent de leurs gonds, ils sont capables de nous bluffer, mais uniquement quand ils sortent de leurs gonds. On devine aisément que « Valor » peut faire encore mieux, surtout qu’ils sont pratiquement arrivés à se délester de leurs influences et à adopter leur propre personnalité. Quand on parlera désormais de la scène power metal grecque, on songera certainement à parler de « Valor ». Ils devront néanmoins méditer aux mots de Jean Cocteau : « La frivolité est la plus jolie réponse à l’angoisse. »
14/20
Qu’importe les monarques, les ornements de couronne, les traditions et les nations. C’est par ces mots, lourds de conséquence, que l’on a éduqué ces dernières générations. Nous nous sommes ainsi détournés de fausses futilités pour mieux se gaver des vraies. L’insouciance et le pavanement auront au final un prix. Et personne n’est prêt à le payer. La déchéance menace tous les habitants d’un pays. Qu’importe le multiculturalisme, sorte de non-culture qui depuis des décennies nous arrachent à nos racines et nous condamnent à vivre l’instant sans jamais œuvrer pour l’avenir. L’Histoire nous a appris énormément de choses. Elle est de moins en moins inculquée au grand damne d’une jeunesse qui devra affronter de plein fouet les remous d’un monde en constante ébullition. Beaucoup de leçons sont à tirer du passé, et nous devrions être fiers de la terre qui nous a fait naître. Cette terre, au nom de nation, a été maintes fois baignée dans le sang des hommes et des femmes, pourtant, elle a fait pousser le blé qui nous a nourri, elle a fait les murs de nos chaumières. Fils et filles de France entendez la voix de « Cristalys », l’âme perdue de vos ancêtres.
Cette voix, elle résonne depuis l’abîme et l’an 2002. Création commune de Northail et de Blizzard, « Cristalys » est un produit du littoral du sud-est de la France. Nous aurons aussitôt l’audace et l’expérience de songer à d’autres formations affiliés au black metal, caractéristiques de cette région de Provence, parfois décriés à tort ou à raison pour leur penchant nationaliste. Il en va ainsi de « Peste Noire », de « Seigneur Voland », pour les plus connus. « Cristalys » se consacre effectivement dans ses textes à la passion, que dis-je, à l’amour fidèle et extrême de sa terre natale, à la tradition plurimillénaire qui a fait autrefois de la France (ou Gaule) une des nations les plus craintes et respectées. La fleur de Lys accolée à la croix celtique n’est pas sans rappeler l’existence d’un passé glorieux, avant même l’avènement de la République. Cette dernière serait illégitime et pernicieuse pour les membres de la formation. Le « ministère en bois », à l’abri derrière les fausses dorures, aurait remplacé le trône d’or qui gouvernait autrefois sous un chêne.
Quelques années se sont écoulées suite à son avènement. Riche désormais de deux démos réalisées en 2004 (« Jadis…vers les Puretés ») et en 2006 (« Quintessence Celtique »), puis d’un album en 2009 (« Sureminence ») révélant au grand jour les travaux allaités par la nostalgie et la profondeur épique de « Cristalys ». Depuis sa fondation, cette maison s’est étoffée de nouveaux chevaliers, ayant tous une approche différente à la musique, mais une volonté commune, inébranlable. Imaginez la précision, la vélocité d’un « Crystalium », la mélancolie païenne d’un « Belenos », la désinvolture d’un « Peste Noire », la noblesse et parfois le côté noctambule d’un « Forbidden Site ». De ces pierres, ils ont bâti les murs de leur second album « In Hoc Signo Vinces ». L’ouvrage paraît sur leur label Pagan Pride et s’abreuve une fois encore des pensées qui ont donné naissance au projet. « La France fut faite à coups d’épée. La fleur de lys, symbole d’unité nationale, n’est que l’image d’un javelot à trois lances. », disait Charles de Gaulle. « Cristalys » est une arme au service de ce qui fît la grandeur de la France.
Sans s’aventurer par hasard, les humbles et passifs auditeurs que nous sommes retiendrons un second chapitre riche et conséquent, peut-être aussi valeureux que fut le premier. Au vue du titre d’album et donc aussi de l’introduction éponyme, il y aurait de quoi s’interroger sur le sens des mots « In Hoc Signo Vinces ». Les curieux iront voir là une allusion édifiante à l’empereur romain Constantin Ier et à sa conquête du trône de Rome. « Par ce signe tu vaincras » ; ce signe était alors la croix du Christ. Peut-on y voir un détournement de ce symbole romain et chrétien au profit des francs et païens ? La question se pose, mais deviendra vite futile, sans grand intérêt, à l’écoute de l’œuvre. Car ce qui compte avant tout c’est la musique, le reste n’est que libre interprétation. Elle est martiale d’entrée. L’introduction nous propulse à découvert en pleine préparation de bataille. Nous assistons à une véritable mise en pression ordonnée, calculée, à la constitution de factions prêtes à s’affronter. La phrase de Constantin « In Hoc Signo Vinces » est plusieurs fois proférée, comme si l’on voulait ressusciter un mythe, galvaniser une armée en lui montrant un signe du ciel. Le signe de « Cristalys » n’est aucunement céleste, il vient de la noirceur d’une terre fertile.
Cette noirceur, nous aurons tout le temps de la rencontrer. Elle devra néanmoins s’atteler à franchir la barrière impénétrable produite par le duo guitare rythmique/batterie sur « S’Rioghal Mo Dhream ». L’alliance de choc va nous initier à la puissance, au courage. Le martellement et le grondement produits ont quelque chose d’épique, de militaire. Pour l’égaler, le chant black de Northail, décharné, nerveux, aura fort à faire. Et comme pour nous égarer, la formation s’emploie à quelques menues incursions contemplatives heavy metal en fin de piste. Enthousiasme et fougue renouvelés avec « Soldats du Sang ». Ce n’est plus exactement à la même rythmique de rouleau compresseur auquel nous assistons. Ici, elle serait saccadée, sujette à des spasmes, nous amenant droit à l’excellente illumination du milieu de piste, au comble de l’harmonie. Le titre diffuse un vibrant appel à marcher en rangs fermés au service du glaive et de la royauté. Un appel à contrer les pourfendeurs de l’ancien temps, qui ne sont autre que les mercenaires avides de la mondialisation.
Honneur aux hommes vaillants. Hommage aux prussiens et à la solide Germanie sur « Drang Nach Westen » (allusion à la longue phase de peuplement et de conquêtes allemandes en Europe Centrale depuis la création de l’ordre teutonique en 1191). Étrange vision que voilà. L’entame couverte d’une nappe de brume a de quoi nous glacer le sang. Des râles se font entendre malgré cette épaisse couverture. Cette étrange atmosphère, ces limbes, vont resurgir pour nous hanter sur une bonne partie du morceau. La rigueur de la guitare de J’Hell‘M et du chant de Northail tenteront à plusieurs reprises de contrer cette malédiction. Ils redoubleront d’effort, pris d’une cruelle détermination. La longue Histoire de la nation au-delà du Rhin est immanquablement, à jamais, associé au court épisode critique et polémique de la seconde guerre mondiale. « La Valse des martyrs » nous renvoie pèle-mêle au bombardement de Dresde, aux règlements de comptes de toutes sortes qui ont essaimé l’Europe entière, la France, dans l’après 1944, allongeant la longue liste macabre par des pointillés. Des vaincus, d’anciens bourreaux, des pommés et des victimes collatérales pour beaucoup. Nous entrons dans un véritable cauchemar. Pour tout accueil, le morceau proposera des errements stridents et mécaniques, puis une musique langoureuse, progressive, tragique. Le riff qui ouvre le refrain est un regain vital, un soubresaut de dignité, pour affronter un spectacle vous donnant la nausée. La victoire a un goût amer.
Nous ferons également état de ces incursions progressives, à la délicatesse froide et enivrante, sur l’entame de « Sigilum Militum Templi ». Une oasis qui sera rapidement prise d’assaut, cédant face à la toute-puissance des coups de Wolfsangel couplés à des sonorités épiques grandiloquentes. Le refrain fera rejaillir un tout autre paradis, lumineux cette fois. Les paroles « In Hoc Signo Vinces » se rappellent même à notre bon souvenir. Et comme si cela ne suffisait pas, une petite partie instrumentale incluse peu avant le dernier tiers-piste, nous mènera au comble de l’extase. A tous ceux qui n’auraient pas encore jaugé l’entité la plus éminente, sachez que « Cristalys » s’impose physiquement et techniquement. Il est mobile, caractériel, foudroyant, massif. Les mélodies ont une âme malgré cette image impassible que l’on retiendra, parfois de manière frustrante. Ainsi l’ombrageux « Incantation Franque » nous laisserait quelque peu songeur. Est-ce la pesanteur obsédante qui nous tracasse dans ce morceau ? Est-ce cette sauvage et taciturne batterie, broyeuse de vieux os, qui nous fascine ? L’invocation de tous ces anciens dieux éveillera nos craintes.
Les dieux oubliés réclament leurs offrandes dues. Le sang est appelé à être versé impitoyablement pour pitance et réparation. Les furies sont de sortie. Justice doit être rendue. Par la bravoure et la férocité, les « Mercenaires de l’Ancien Temps » agiront en justiciers vengeurs. Tirés du confort douillet d’une aube divine, ces cavaliers nous initierons au crépuscule démoniaque, au massacre et à la haine. Les fières cavalcades sont entrecoupées de scènes atroces et d’une surenchère de violence. Cette violence atteindra un point culminant avec « La Marche des Insurgés ». Le chant hargneux, haineux est en proie à de sombres souvenirs, au vertige de la vengeance. La troupe procède à une marche. Identique à celles de leurs ancêtres, qu’ils aient eu lieu dans les chemins de Vendée ou ailleurs. Celle de « Cristalys » mènera à un coup d’éclat final, chassant toutes traces de mélancolies laissées. « Combattu souvent, battu parfois, abattu jamais » ; telle était la devise du général Charette de la Contrie.
Par la fleur de lys et la croix celtique, au nom des francs et des gaulois, « Cristalys » a vaincu et franchit les portes de la félicité. « In Hoc Signo Vinces » ne sera pas retenu pour la signification liée à l’empereur Constantin. Point de dévouement à la foi chrétienne ou à l’Empire, chez cette milice. Celle pour la France et pour un retour aux valeurs ancestrales prévalent au-dessus de tout. L’Histoire, passant tour à tour de grandeur à décadence, de décadence à grandeur, est en perpétuel écriture. Trop peu savent la lire, personne n’en connait tous ses secrets. Elle est indéchiffrable, ineffaçable, incalculable. Il en est ainsi. Le black pagan de « Cristalys » a fait bien plus que de s’étendre sur quelques marquants récits, il nous a permis de connaître un fort potentiel français, prêt à défendre l’honneur d’une nation dans un genre dominé par les pays du Nord. Par son éloquence, la qualité de ses textes, du son remarquablement soigné et de sa composition méthodique, le groupe triomphera des obstacles mis en travers sa route. Nul ne saura résister à sa musique. Ce second album, espérons-le, sonne une charge à venir, où les plus preux et plus talentueux vaincrons. Et la France, la grande nation guerrière, a été plusieurs fois victorieuse sur de nombreux théâtres.
16/20
Mais à quoi peut donc carburer « Sleekstain » ? Cette question on se la posera assez fréquemment à l’écoute de leur premier album « Hard ». Oui ! Le nom de l’œuvre n’est pas très recherché me direz-vous. Il reflète pourtant pertinemment et sobrement son contenu. Mais avant d’aborder cela, interrogeons-nous un peu sur la formation en elle-même. « Sleekstain » a été fondé en 2003 par les frère Jey et Vanns, va s’en suivre des intégrations et des départs. Il aura entre-temps fait impression lors des tremplins du festival « Guitare en Scène » en 2007. En 2009, la troupe se consolide et compte Vanns, Rob et Deg dans ses rangs. L’arrivée du chanteur Ryff Raff va marquer un tournant de carrière. Dès lors, « Sleekstain » se sent prêt à tracer sa route dans l’univers hostile du rock n’ roll. Le groupe basé à St Julien-en-Genevois, en Haute-Savoie, enregistrera un EP de quatre titres dans les studios Morphoenix d’Annemasse, tenus par Gérard Fois, le multi-instrumentiste d’« Eternal Flight ». « Rock N’ Roll » va s’accompagner d’une tournée en France et en Belgique aux côtés des américains de « L.A. Guns » et de « Pretty Boy Floyd ». Ce rapide succès va ensuite se concrétiser par la réalisation de l’album « Hard », toujours aux studios Morphoenix. Nous n’aurons aucun doute sur l’issue à venir de la formation. Beaucoup de ces talents de Hard rock français devraient suivre son ensemble. « Sleekstain », c’est le Hard, et puis c’est tout.
Ne restez pas bloqués trop longtemps sur « Dead Til’U Liv ». Ce titre bien mené ferait croire, de façon passagère, que le groupe officie dans un Hard rock moderne US. Cette impression est surtout due à son entame, mais nous nous rendrons compte qu’ils aiment avant tout le style à l’ancienne et « Motley Crüe ». Nous ne sommes pas loin du sleaze, si on y croit cette virilité, ce sentiment de désordre et de profiter pleinement de la vie sans réfléchir aux conséquences, notamment bien ressortis par le chant de Ryff Raff, pour le coup idéalement maîtrisé. Il est suffisamment rare de trouver un chanteur français qui n’accroche pas maladroitement à la langue anglaise. Nous ne serons que plus admiratifs face à la prestation. En toute vraisemblance, il affiche beaucoup plus de mordant que la musique. C’est une chose que l’on constaterait sur « Call Me God ». Les guitares, aspirant parfois à un penchant bluesy, se montreraient moins virulentes que Ryff Raff. Il y aurait franchement eu moyen d’emballer la chose, de la rendre totalement insurmontable.
Le jeu se montrera plus palpitant et alléchant sur « Baby », mais également sur « Out of Me ». Ce dernier aurait adopté un ton provocateur. Ce n’est pas la formidable énergie de « Baby », mais l’insolence que l’on peut y ressentir est parfois tout aussi efficace. Malgré le léger décalage entre la voix et les instruments, on les entend tous parfaitement. La batterie et la basse se font ici remarquer. Le petit souci viendra de cette redondance aussi perceptible sur le conformiste « My Friend Jack ». On dirait là un « L.A. Guns » assagi, ayant limé ses crocs, propre à de nombreuses formations de Hard rock françaises. Ce titre issu de l’EP n’affriolera pas les envies, au contraire de « Hard Rain », lui aussi puisé du mini « Rock N’ Roll ». Le morceau en question se révèlera digne d’un hit. Les riffs par à-coups de Rob et le chant à la manière d’un Lizzy Borden, tranchant, incisif, nous combleront de satisfaction. Néanmoins, n’allez pas voir en « Hard Rain », le clou de l’album. A notre étonnement, « Sleekstain » est capable de faire mieux. C’est ce que nous verrons donc à l’écoute de « Gold, Girls N’ Guns ». Le nom rappellera un certain groupe bien connu. D’ailleurs nous ne nous égarerons pas tant que ça, en l’associant à un des titres qui aurait pu dignement figurer au registre de l’ancienne carrière d’Axl Rose et de Slash. On distingue le rythme rampant des couplets et son refrain extraordinairement plaisant. On insiste ici sur ce retournement de situation pour intensifier la subtilité de ce morceau, déjà pourvu de technique, d’un jeu et d’un chant imparables.
L’ombrage des Guns ressortiraient également de « Merry Fear ». On sent dès l’entame, que quelque chose de dramatique se profile. Nous assisterons à un beau duo entre un chant masculin et un chant féminin. La douceur du début va faire place à un regain de tension, de puissance, en provenance des guitares. Elle reviendra le temps d’un break, nous laissant en proie à la mélancolie des instruments à corde. Le ton semi-posé de « Drugstar » était aussi pas loin de nous faire songer à une ballade. Toutefois, les riffs lourds et bourbonnés brouilleront les pistes, et le chant se joindra à cette ambivalence. Rien de tout ça sur « Shoot ». Non, on ne cherche pas à tirer les émotions de ses auditeurs. On rentre dans le lard, c’est simple et direct. C’est brulant et incendiaire comme le ferait un « Black Stone Cherry ». Quoiqu’un peu court, ce « Shoot » nous décoiffe avec sa rythmique à cent à l’heure. Tantôt apaisant, tantôt éreintant, s’accommodant à toutes les vitesses, « Sleekstain » explore le Hard rock comme jamais.
Ce n’est pas du carburant banal que l’on trouverait dans le commerce qui circule dans le moteur « Sleekstain ». Les particules prélevées font état d’éléments corrosifs. On est encore éloigné des grosses bêtes de course, mais la formation savoyarde s’en tire tout de même honnêtement avec son « Hard ». Nous pouvons y admirer l’efficacité de son chanteur en bon imitateur de stars californiennes, des compositions plus élaborées que l’ordinaire du Hard français, des solos tout en doigté et en précision. Il n’y aurait qu’une absence de jus sur certains morceaux, une certaine hésitation que l’on rencontre assez souvent sur les premières œuvres. Ne soyez pas gênés messieurs, montrez-nous tout ce que vous avez. En me remettant votre « Gold, Girls N’ Guns », je suis convaincu que le meilleur est encore à venir. Vous avez le cœur de sportifs.
14/20