chroniques et interviews metal

524Týr (DK) : Eric the Red

posted by admin on juin 19th, 2010

Týr (DK) : Eric the RedAu large de la fascinante Ecosse, escale à mi chemin de la tumultueuse et hostile IsLande, loin géographiquement, mais pourtant si proche de cœur et de l’âme de l’imposante Scandinavie, les côtes escarpées des îles Féroé se profilent, à la croisée entre 3 des vastes étendues d’eau les plus impitoyables du globe: la Mer du Nord, l’Océan Atlantique et l’Océan Glacial Arctique. Naviguant à bord d’une expédition de drakkars, on peut entendre près des falaises abruptes de cet archipel si singulier, des chants traditionnels d’une peuplade composée par des hommes issus et vivants de la mer, partageant le même héritage viking que leurs frères venus de Norvège ou du Danemark. La mer est la seule matrice qui compte aux yeux de ces rudes guerriers. Hormis peut être la bière servit dans la chaleur d’une taverne. Vous y entendrez, si vous avez l’occasion de pénétrer dans l’un de ces endroits à la convivialité très marquée et très arrosée, l’une ou l’autre chanson évoquant toute la beauté de l’environnement marin, la bravoure et la témérité des hommes la peuplant, d’un groupe folk qui gagne à être davantage connu, “Tyr“. Du nom du dieu de la guerre, fils d’Odin et de Frigg. Ce même dieu qui avait la sombre tâche de nourrir le loup Fenrir, monstre terrifiant les dieux eux-mêmes.

Tyr” sort en 2003 son 2ème album studio, “Eric the Red“, reprenant le nom et une partie de l’histoire du légendaire grand navigateur viking Eric Le Rouge, qui chassé des terres de Norvège après avoir commis un meurtre, découvre et conquiert les terres du GroenLand, à partir de son séjour forcé en IsLande. La formation est fier de son héritage marin et réinterprète en plus de ses compositions, quelques chansons traditionnelles du folklore féroïen, mais aussi irLandais et danois. Les membres de “Tyr“, non content de chanter en féroïen, chantent également en anglais, en danois sur le titre “Ramund Hin Unge”. On peut retrouver à la fois deux langues différentes sur un même morceau comme sur “The Edge”.

La couverture originale de l’album, quelque peu rupestre, était une peinture de Haukur L.Halldorson titré “The Ocean God“. D’autres préfèreront peut-être plus celle de l’album réédité en 2006, très à la manière du “Seigneur des Anneaux”, de Jan Yrlund. Toutes les deux reflètent parfaitement la musique qui y est contenue.

les notes de guitare s’écoulent comme l’eau. Imitant la brume et la pluie, par une articulation fine et légère, où l’écrasement lourd des impacts de la mer sur les rochers se fait sentir. Le chant adoptant cette même lenteur minérale, tout en résonance illustre parfaitement un décor aventureux, épique et traditionnel, marqué par la puissance des éléments et d’une nature sauvage, indomptée. On sent parfaitement à la musique, au rythme hyper contrôlé, la griffe de “Tyr“. Ne ressemblant à rien de véritablement connu. Illustrant avec magie, des paysages et des étendues vierges et naturelles, inconnus de la civilisation. Les instruments peuvent néanmoins faire preuve de plus de rapidité comme sur la partie instrumentale du titre « Olavur Riddararos », qui figurera avec une batterie bien plus présente.

Le chant clair, chaloupé de Heri Joensen fait une véritable démonstration d’assurance et de force, comme sur les titres “Regin Smidur” ou “Dreams”. Heri Joensen nous prouve qu’il ne suffit pas de chanter brutalement ou rapidement pour pouvoir transporter son auditeur. Son chant lent, méthodique, néanmoins accentué par une puissance indéniable, arrive à faire transcender les pistes. Transformant des compositions instrumentales simples, dénuées de véritables virevoltes musicales, en de purs chefs-d’œuvre sonores. La voix est tel un écho porté au loin sur « Styrisvolurin », dont on remarque en plus des bruits marins à l’entame, des refrains marqués par des chœurs, imitant les flots écrasants d’une mer tourmentée.

Les instruments pourront davantage bûcher sur le superbe « The Wild Rover ». Le chant, bien suivi par d’enthousiasmants riffs de guitares, est tout simplement enchanteur. On refait ici revivre une chanson traditionnelle irLandaise, qui nous laisse émus et conquis. La bière noire virevoltante, servie dans les pubs les plus typiques qui soient, se mêle aux larmes de joie des marins après une dure saison de mer.

Autre très belle chanson de « Tyr », « Ramund Hin Unge », où le son se dévoile dans toute sa pureté. Le chant passe à la vitesse supérieure, de même que le rythme, qui toujours à pas très cadencés, s’emballe gaiement sur ce titre, et prend des airs d’épopées guerrières, grâce à des guitares plus intenses. Les mélodies jouées sont à la fois identifiables par leur force, leur rapidité, leur technique. Elles s’enchainent sur de fréquents a tempos, adoucis ou emportés. On passe du paysage glacial fascinant à la chaleur du sang des navigateurs intrépides qui s’y aventurent.

« Alive » et le titre éponyme « Eric the Red » sont moins percutants que leurs précédents, et c’est bien dommage. Sur « Alive » on assiste à un développement plus effréné du rythme des guitares et de la batterie (bien que l’on soit très loin d’un speed ou d’un thrash . La rapidité de « Tyr » est très relative), jusqu’à s’assoupir dans un rêve semi-éveillé. Le chant se teste alors et rentre en contact avec la musique.

La réédition de 2006 donnera droit d’écouter en plus, deux très intéressants titres bonus : « God of War » et « Hail to the Hammer ». Titres issus de la démo de 2000, déjà interprétés sur le premier opus, “How Far to Asgaard“. Le son y est totalement épuré de tout effet, des chœurs. On laisse la formation et les instruments à nu dans des édifices solides, progressifs, toujours aussi lourdement appuyés. Le résultat est loin de toute espérance. Sans la moindre sophistication, sans le moindre effet pour enrichir le style, on s’étonne alors de retrouver des titres aussi efficaces. « Hail to the Hammer » est lui, une sorte de stoner/folk/viking à la rythmique tout aussi lourde, avec un chant renversant, génial.

Rares sont les formations folk qui pourront prétendre pouvoir faire mieux que « Tyr » avec son « Eric the Red ». C’est une musique sans artifice, avec un chant clair, des plus performants qui soient. Les instruments adoptent une discipline de fer et font bloc autour d’une rythmique lente, assez peu mélodique, mais exprimant ainsi volontairement tout le caractère rugueux, naturel et traditionnel de leur musique. Un album qui s’est approché de la qualification de “mythique”. Une énormité en matière de folk metal, qui aurait pu s’avérer être encore meilleure.

17/20

 

 

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