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472Candlemass : From the 13th Sun

posted by admin on juillet 23rd, 2010

Candlemass : From the 13th SunManifestations troubles et ternes de l’au-delà, trahison de l’esprit et dégradation de l’âme. Bienvenu cher visiteur dans les sombres méandres de « Candlemass » et buvez à la fontaine de la mélancolie. Cette loge secrète, venue d’un pays où la température est aussi froide que leur musique, nous honore d’un 7ème ouvrage, à l’illustration inexpressive qui peut laisser songeur. Ce nouvel artefact est allégoriquement intitulé « From the 13th Sun ». Nom plus qu’étrange. Est-ce encore le témoignage occulte d’un univers ésotérique délirant dans le courant de pensée d’un Aleister Crowley? Des destins vont ici se croiser, avec l’arrivée du guitariste Mats Stahl. Quant au chanteur, Björn Flodkvist, il fait sa dernière révérence en maître de cérémonie, par la suite chassé du paradis noir de « Candlemass ».

Leif Edling, grand ordonnateur de la loge, ambitionnait par cet album et par l’arrivée du nouveau guitariste Mats Stahl, de faire apparaître le son perdu de « Black Sabbath », son illustre référence en magie noire. C’est dire tout l’intérêt et la difficulté d’une telle opération. Il y a un risque de plagia et Leif le sait. Il devra accommoder à sa façon une musique qui avait autrefois réveillé les morts, à moins que celà soit encore tout autre chose; la continuation de l’escalier vers l’enfer, ouvrage commencé par « Black Sabbath » en son temps, désormais poursuivi par ses disciples. Leif, aidé ainsi de ses assistants organisent une messe noire en notre honneur. Mais soyez à chaque instant vigilant, et gardez discrètement au coin de l’œil la porte de sortie. Au lieu d’en être simplement l’invité, vous risqueriez bien d’être l’offrande de cette initiation.

Le rite commence par « Droid »,avec un ton lourd et obscène, particulièrement appuyé de la basse, un fort jeu de batterie qui tient à se montrer persuasive. Björn scande des bribes de prières incantatoires dans cette ambiance sinistre, pour faire venir à nous les mauvais esprits. La musique s’essouffle par moments pour en mieux relâcher l’intense pression. Ce premier titre offre un aperçu assez démonstratif de la suite. Basse et batterie, monstrueuses, seront de manière quasi permanente mis en avant. Le chant serein de Björn, plus en recul n’intervient que par menues interventions, lorsqu’il est sûr de pouvoir maîtriser ces énormes bêtes rampantes. Parfois même il leur ordonne d‘attaquer, ce qu‘ils font sans s‘en faire prier. Pareille situation se démontre d’ailleurs plutôt bien avec le titre « Blumma Apt » ou encore « Galatea », jouant sur deux environnements différents, l‘un vide, spacial, l‘autre présent et ravageur. Le titre « Tot », très impressionnant par son atmosphère glacial, fonctionne comme une marche funèbre. On entend même la pluie, l’orage, ainsi que des cloches annonciatrices d’un tragique évènement. Un chant triste et résigné s’inspire de l’ambiance. La basse fait par endroits quelques bruyantes apparitions, donnant l’hallali. Une fois la marche arrivée à son terme, c’est au tour de la guitare et du synthé de prendre le relais. Ceux-ci soufflent et animent un brasier pour incinérer le corps du mort, qui brûle de vives flammes, sous la danse de démons réjouis d’un tel spectacle.

Le synthé semble être l’élément magique permettant au groupe de communiquer avec ces êtres effrayants. Sur « ARX/NG 891 », celui-ci produit des sons volatiles, étranges, que l’on croirait provenir d‘un monde extraterrestre. Ce n’est en fait qu’un des nombreux sortilèges de Satan. Ces sonorités deviennent de plus en plus malfaisantes sur la fin, montrant ainsi leurs véritables intentions. Le constat est le même avec le court instrumental qui lui est entièrement offert, « Mythos ». Il fonctionne aussi très bien en accompagnement de la basse sur l’autre instrumental « Zog », qui prendra une tournure plus arabisante, malgré l’omniprésence ultra répétitive de la basse et de la batterie. Cela en deviendrait même une torture, s’il n’y avait pas ici ou là un petit sursaut, signe de la conscience des instruments.

Dans tout ce qui a été raconté, aucun signe de référence à « Black Sabbath ». Leif nous aurait-il trompé, pour se réjouir encore plus de la souffrance qu’il nous aura fait subir? En fait deux titres se réfèrent aux sorciers du temps jadis: « Elephant Star », rappelant presque un certain « Don’t Start (to Late) », avec un rythme doomesque beaucoup plus lourd, et finissants sur des sons éphémères planants; « Cyclo-F », avec une basse plus disciplinée, et un chant scandé reprenant quasiment à l’identique la voix de Ozzy à ses débuts. On assiste même en milieu de piste à un solo de batterie, tout droit arrivé de nulle-part.

3 titres bonus s’ajouteront à cela, comme si nos tourments n‘en finissaient pas. Le premier « Oil », dégage une fraicheur apaisante, grâce à des notes sèches, légères, luminescentes. Le chant froid est comme un souffle venu faire délicatement vibrer l’air. Puis on assiste à un de ces brutaux changements dont « Candlemass » a le secret. Les instruments se transforment avec le chant et n’agissent plus que par uppercuts. « Nimis » adopte un rythme doomesque assez classique. Les instruments jouant la provocation, gagnent en intensité, selon le volume de la voix. On assistera finalement à une longue et douloureuse agonie des instruments, marquée par des spasmes.

Le dernier titre, « Rock ‘n’ Roll », nous offre une pause réparatrice avec un hard rock classique, mettant à la manœuvre tous les instruments, même si la basse s’entête à conserver cette dureté oppressante qui nous en aura tant fait endurer.

Le son de « Black Sabbath » tant promis ne s’est montré que très discrètement. En revanche « From the 13th Sun » assure du lourd, une musique plus fouillée, notamment avec les apparitions géniales et obsédantes du synthé qui nous glacent le sang, aussi efficacement que la basse de Leif. Album à mettre de préférence entre les mains des fans de « Therion », que des sabbathiens.

« Les ténèbres ne sont pas l’absence de lumière, mais l’effroi causé par l’éclat de la lumière » (Jacob Böhme).

16/20

 

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