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794Helevorn : Forthcoming Displeasures

posted by admin on mai 9th, 2011

Helevorn : Forthcoming DispleasuresLe désespoir est le pire des fardeaux que l’on ait à subir. Privé d’espoir l’homme ne fait qu’attendre sa propre destruction. Il ne s’en tiendra alors qu’à vivre pour mourir. Mais la mort tant redoutée a une imagerie particulière pour la formation de doom/gothique « Helevorn ». Les espagnols, originaires des îles Baléares, auront vraisemblablement relevé la barre cinq ans après « Fragments », une auto-production qui souffrait d’un manque inhérent de maturité, de technique, et une qualité son ne rendant tout au plus la copie passable, sans pouvoir réellement transcrire la moindre émotion. « Forthcoming Displeasures », le nouvel opus de 2010, bénéficiera des talents de production de Jens Bogren et Johan Örnborg ayant déjà travaillé pour des groupes comme « Katatonia », « Opeth » ou « Paradise Lost ». La qualité de production de cet album signé chez le sous-label Bad Mood Man (attaché à Solitude Productions) s’en voit donc renforcé. Mais quant est il du niveau de prestation? Ces cinq années de silence, où le groupe n’a produit entre temps qu’un tribute à « Katatonia », leur ont-ils permis de peaufiner leur musique, de passer de l’apprentissage à la maîtrise? À ces questions il faudra bien entendu répondre par l’affirmatif. « Forthcoming Displeasures » se veut être une œuvre marquante, poussant la mélancolie dans ses extrémités. Une œuvre qui erre cependant au milieu des influences au lieu de clairement se démarquer.

L’ombre de « Paradise Lost », et plus encore des suédois de « Draconian » plane au dessus de ce second volume de « Helevorn ». Les titres s’orienteront vers une musique pesante, stagnante, avec parfois quelques prises atmosphériques, souvent placées au niveau des entames. « From Our Glorious Days » jouera de l’alternance entre un chant clair désœuvré et un growl death des plus présents sur cet opus, bien plus que sur « Fragments ». Mais le growl, élément que l’on ajoute pour impulser un morceau, l’enflammer, le rendre incandescent, se montre ici des plus monotones, donnant un aspect linéaire, alors que musicalement « Forthcoming Displeasures » se veut très riche. Un combat perpétuel se produit entre le synthé et les guitares. Le premier tend a irriguer les pistes, même si sa lumière n’est pas pour autant symbole de vie rayonnante comme tendrait à le prouver « Revelations ». Le titre se fait envahir par le synthé. Les guitares retranchées tenteront quelques sorties, et profiteront à l’accalmie du milieu de piste pour s‘exprimer à leur aise.

Les morceaux suivent des plans progressifs, changeant en permanence d’état d’âme. Sur « Descent » le rythme s’illustre par sa lenteur, mais l’ambiance se fait étonnement davantage transcendantale. Des guitares qui sembleraient revenir à chaque fois sur leurs pas. Des pas lourds, englués dans la boue. La scène se voit confortée dans son apparence tragique par l’apport de narration et de l’ambiance atmosphérique en fond. Tout juste après le dernier tiers, guitare et basse n’osent plus s’exprimer comme étouffées par les émotions de vivre pareille scène. Celles-ci reprendront courage et tenteront péniblement d’avancer jusqu’à retrouver un semblant de normalité dans un riff cassant et automatique. De cette torpeur livide on retiendra également « To Bleed Not to Suffer », où le violoncelle fera de brèves apparitions ayant pour effet de briser l’aspect répétitif de la piste. Le morceau apparaitra d’autant plus monotone, que le growl ultra dominant fera assez pâle figure, manquant de perspective. Ce sera aussi le cas avec « Yellow » qui lui se montrera en revanche beaucoup plus démonstratif sur le plan musical. S’approchant plus encore du metal gothique. L’émotion est ici garantie. Le chant clair fait une apparition remarquable, sublimant cette cadence chaloupée par sa tristesse.

Quand on fait allusion au metal gothique, ce sera surtout pour évoquer l’extraordinaire « Two Voices Surrounding » et son riffing endurci et implacable à la « Sentenced ». Josep Brunet magnifie son chant clair, rendant le refrain en pur moment de jouissance mélancolique, de noyade. Un déluge d’eau venant nous emporter au fond.

Le côté incisif et cruel des guitares se révèlera aussi dans des phases doomesques comme avec « Hopeless Truth ». Le chant clair se morfond comme vaincu et impuissant face aux coups subits et violents des guitares, jusqu’à ce que le growl death prenne le relais en milieu de piste. Les sonorités se feront dès cet instant plus volubiles et nerveuses, et le synthé voudrait les adoucir. La douceur finira par l’emporter sur « On Shores (of a Dying Sea) », mais elle n’apportera rien d’autre que la mort. La cadence se fait lente et funèbre, après que les guitares aient menacé en entame de leurs vrombissements punitifs. Contrairement au chant clair, détruit par le chagrin, le growl paraît inflexible face à cette ambiance expiatrice. Sur le dernier tiers de piste, la musique est en recherche d’un endroit où mourir, totalement accablée. Des notes ou plus exactement des larmes tachant le sol où le corps repose, vont se présenter comme le dernier écueil de ce disque.

La déchéance humaine, la vie sans issue, le désespoir. Les espagnols de « Helevorn » nous offre peut être un disque manquant de personnalité, un growl encore mal défini. Mais « Forthcoming Displeasures » est à des lustres de « Fragments ». Il n’y a pas que le niveau de production qui s’est amélioré, il y a aussi et surtout le chant clair, performant, horriblement expressif. On peut alors se rendre compte que tout est envisageable pour la suite des productions de « Helevorn », sachant que la formation brille littéralement sur ses interventions gothiques. L’espoir est encore permis pour la carrière d’un groupe qui ne cesse de progresser. Concernant nos espagnols, Ils devront néanmoins évité de regarder en arrière pour ne pas se voir figer.

dédicacée à une fille exceptionnelle et amie, VampiricGoth

15/20

 

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