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2159At The Lake : Mäyä

posted by admin on janvier 19th, 2012

At The Lake : MäyäLa formation « Nightwish », qui une fois encore aura su faire parler d’elle en cette année 2011, a fait de nombreux émules dans toute l’Europe, y compris de l’autre rive de la Baltique, en Pologne, où la bande aura inspiré à la création d’un groupe. Les toutes premières traces d’« At the Lake » remonte à 2005, mais ce serait se méprendre que de dire que ces natifs de Varsovie suivent les traces de la bande de Tuomas Holopainen. « At the Lake » aurait une méthode bien à elle, façonnant un metal symphonique avec un certain dosage gradué de musique folk celtique et quelques influences à la musique pop. Depuis 2005, la formation ne s’est pas montrée inactive; une première démo « Silvae » en 2006, un EP éponyme en 2007, puis encore une démo 3 titres « Live Again » en 2009. On enchaînerait aussi les chanteuses à tour de bras, pour s’accorder en février 2009 avec Natalia Sikora, une chanteuse professionnelle et actrice, ayant remporté quelques compétitions de chant. Un choix providentiel qui se montrera particulièrement déterminant pour leur première grosse pièce à ce jour « Maya ».

L’album sorti en 2011, n’a rien d’une super production, tout au contraire. Son seul luxe aura été de s’offrir les services de Macek Melnicki ex-« Riverside » pour l’enregistrement et le mixage du volume. Le nom du titre ne doit pas prêter non plus à confusion. N’allez pas voir un lien au peuple maya ou à l’apocalypse présumé que son calendrier aurait figé à la date de l’année 2012. Ce « maya » aurait pour origine le sanskrit indien et signifierait dans cette langue « illusion ». Une belle illusion que l’on serait amené à rencontrer, pas la meilleure certes. En tout cas, « At the Lake » amène juste ce qu’il faut de soleil pour que l’on y trouve ses repères. Une luminosité éblouissante nous forcera cependant à fermer les yeux un cours instant, l’instant du moins que finisse une introduction idyllique alliant écoulements limpides de sonorités en provenance du violon avec des voix lyriques apportant grâce et spiritualité. Le metal symphonique s’accorde partie prenante. Il commencerait par donner une très belle silhouette à « At the Lake ». Il faudrait néanmoins tempérer quelque peu avec ce qui va suivre.

En effet, après un « Tomorrow I Will Fly » qui vous donnerait le coup de foudre, on enchaîne avec un véritable titre, « Live Again ». On se retrouve alors avec un heavy symphonique à chanteuse déjà bien rodé. La voix de Natalia apparaît chaleureuse et séduisante, mais il est dommage de constater un chant et des chœurs pas assez mis en valeur sur ce morceau. On croirait à un manque de puissance de leur part. À remarquer une batterie faisant office de grande présence et des claviers aux sonorités artificielles, mesurées, mais jouant trop souvent de couverture à tout le reste. Un synthétiseur plutôt intriguant qui userait de sonorités plus modernes dans leur approche, notamment sur l‘entame de « Like a Northern Wind ». Sa place est à temporiser malgré tout, ce n’est pas un outil essentiel et le classique prend une place ultra prédominante. Le groupe n’aura pas choisi le nom du morceau au hasard, car c’est la brise qui y souffle, tel un long mouvement imparable qui gagnerait en intensité au refrain. La prestation vocale y est cette fois magistrale. Quant au violon, il serait plus accès vers le folk. Un de ces fameux mélanges, qui nous ferait songer à « Midnattsol ».

Ce folk se verra plus ostentatoire sur « Forget ». Après un bref instant de féérie, la musique prend une apparence celtique. De la pureté on passe à quelque chose de plus convivial et accrocheur. Natalia prend une tournure identique dans son chant. Elle est cette fois intense, piquante, poussant sa voix avec une extraordinaire vigueur. Parvenant même à se contourner les murs qu’opposent les chœurs en dernier tiers piste. « The Perfect Man » lui serait similaire, dans les prises de folk du violon de Milena et dans le forte implication vocale de Natalia. Il y aurait cependant moins d’intensité et de folie que pour « Forget ». Sans doute à cause du marquage peu prononcé de la guitare de Krzysztof. Celui là réaliserait un court soli chargé en émotion sur sa fin. La guitare pleure, les larmes ne cessent de s’écouler le long du tendre visage de « Karma ». Elle y est extrêmement légère et subtile, peut-être pas originale dans le sens où ce genre de musique symphonique aurait déjà même été manié en agrément dans le milieu de la variété. Natalia, aussi troublée que la misérable, fait de son mieux pour la cajoler, nous partageant un peu de sa gaieté sur le refrain. On était encore loin de la grosse surprise que procurerait le titre. C’est au break qu’elle se concrétisera. Du silence, nous vient un chuchotement, une prière, puis une formule magique, des mots qui auront pour effet de nous regonfler. Ces paroles ont pour effet étrange d’insuffler la vie, de faire rebattre notre cœur.

Autre titre vedette, « Neverland Train », envoutant, cristallin. Un côté kitsch aussi qui l’aurait fait passer à l’eurovision. Ce qui saperait en revanche cette tendresse serait la batterie, tel un automate pas très agile écrasant ses cognements. Des sons secs et sans âmes qui perdureront même sur un dernier tiers marquant l’ébullition plus agréable des autres instruments. Son rythme apparaît pourtant plus souple sur la version polonaise de cette même chanson (« Dziecko We Mgle »), en dernière piste. Oui, à l’évidence, ils pourront représenter la Pologne à la prochaine Eurovision avec cette chanson. Il n’y aura pas de scandale, probablement pas de victoire, mais une place assez confortable en haut du classement. On aurait pu garder aussi une place pour le rose bonbon « The Spring of Forgiveness ». Celui-ci aurait un contenu un brin (sinon une touffe) popisant. On le remarquerait tout d’abord par les airs niais en provenance des claviers, mais aussi par un chant presque excessivement joyeux sur le refrain. Les chœurs jouent les professeurs sérieux, adressant la morale à une petite fille qui écrasent des craies colorés sur le sobre tableau noir pour y faire un immense et béat sourire. Une joie enfantine vivifiante, changeant notre atmosphère.

La fille est devenue jeune femme sur « Running Out of Time » et on regrette déjà l’innocence de l’enfance. Le chant figurera plus dévergondé, plus aguicheuse. Au départ cela se présente bien, mais fera objet de trop de répétitions, de bien peu d’inspiration. C’est la fatigue, la frustration qui gagne la piste. La musique n’a plus de réels flux énergisants, fade donc. Il n’y aurait que les chœurs qui sauveront ici les apparences. On ne pourra pas parler de bévue pour la reprise de « Rammstein », « Sonne », plus exactement d’étourdissement. Ce serait la sensation de croiser un ovni. Il va de soit que les paroles sont en allemand, avec une voix principale masculine cette fois, celle de Krzysztof Dabrowski. « At the Lake » adopte un riffing endurci, abrupte, incluant même un violoncelle en renfort, pour insister sur le tranchant et la lourdeur. La grâce symphonique n’aurait pas pour autant disparu, ni Natalia non plus. Finalement, la reprise se s’avère audacieuse, vibrante. Elle ne soulèvera pas les passions, mais aura atteint la cible sans trop de difficulté.

« Om Bhur Bhuvah svaha

Tat Savitur Varenyam

Bhargo Devasya Dhimahi

Dhiyo yonah prachodayat »

Ces paroles improbables en apparence ou plutôt ce gayatri mantra restera imprimé dans ma mémoire. En vérité, l‘auditeur pourra vérifier de lui-même qu‘elles s‘imbriquent assez facilement. C‘est ça la magie, la force des mots et de la musique. « At the Lake » nous donnerait véritablement droit à un premier album plus qu’honorable, bien que l’on reste pour ce « Maya » à de bonnes longueurs des derniers « Leave’s Eyes », « Midnattsol » et « Nightwish », qui auront eux effectué une très bonne année 2011. Milena Gaworek aura au moins démontré ses talents de compositrice. Cette jeune formation polonaise, aux moyens encore modestes, et ayant l’originalité d’être formée pour moitié de femmes (3 sur 6), devra être regardé de près. Oui, « At the Lake » n’est pas une illusion. Il existe, et existera espérons le peut-être.

14/20

À mon grand-père, un homme qui savait faire partager ses passions, et la musique était l’une d’entre-elles.

 

 

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