chroniques et interviews metal

3538Forcentury : Revelant

posted by admin on mai 4th, 2013

Forcentury : Revelant« Quelque chose qui a une capacité inhérente à révéler, à éclairer, à éveiller ». Cette phrase qui introduit le livret de l’album « Revelant » prend tout son sens à l’écoute de ce second opus des danois de « Forcentury ». Rappelons que cette formation encore ignorée du public a été fondée en 2008 et avait sorti son premier album un plus tard. On y retrouve deux anciens membres d’ « Iron Fire » : le bassiste Kristian Iversen et le guitariste Marc Masters. Ce groupe a en plus pour spécificité de compter un chanteur plutôt âgé parmi eux. Johnn Tordenro a aujourd’hui 61 ans. Acteur totalement méconnu de la scène metal, il va néanmoins faire preuve d’une efficacité assez sidérante au sein des œuvres de « Forcentury ». « Revelant », produit et mixé par Soren Andersen (figure montante de la production, qui a déjà travaillé pour « Artillery », et qui a en plus enregistré dernièrement l’album « Motherland » de « Pretty Maids »), va être une révélation pour ce chanteur prodigieux au talent tardivement exploité. Cela va être aussi une révélation pour les auditeurs que nous sommes, qui feront très probablement un rapprochement avec la musique proposée par leurs confrères de « Pagan’s Mind ». La vision futuriste du power progressif est à l’honneur en Scandinavie.

On s’éloignerait pourtant de toute idée du futur sur les premiers instants palpitants et les riffs secs de l’entame de « Seal of the Sinner ». Cette impression fugace va vite s’étioler dès que l’on aura franchi ce cap. Les lignes mélodiques seront là au détour pour nous surprendre, nous émerveiller ; extrêmement fluides, dynamiques et chaleureux. Le groupe ne dresse pas un tableau froid et angoissé de la modernité. Bien au contraire. Les claviers et le chant de Johnn y vont à fond. Les guitares, elles, seront plus à la fête sur le break en milieu de piste. La suite achève de nous conquérir en passant du repos à l’offensive, du calme à l’excitation générale. Dans ce régime progressif très inspiré, « Outcast » se démarque également. La musique de « Forcentury » s’affirme là, moderne, tranchante, élégante même. Elle parvient à allier grâce et force. Le chant s’y fond parfaitement et trouvera un point de rupture lors du refrain, se dégageant de la tension menée parfois par les guitares. Celles-ci régneront sur la seconde partie du morceau, tyrannisant la piste de leurs riffs lourds et boursoufflés.

De cette rivalité entre clarté et obscurité, entre les claviers et les guitares, l’obscurité ressortirait victorieuse haut la main sur « Repercussions of Terror ». Ce n’est pas forcément pour nous convenir. Le rythme est martelé, lourd. On sentirait une certaine redondance peser tout le long. Le chanteur ne veut pas pour autant se démarquer et suit fidèlement ce rythme. Il faudra se contenter de la belle éclaircie peu après le milieu de piste. Sinistre, quelque peu malsaine, elle parviendra même à nous donner des frissons. Nous ne retrouverons pas exactement ces sensations avec « Ashen », il y a néanmoins un petit côté dramatique dans la voix de Johnn et dans le riffing de ses couplets. Le refrain enjoué, hymnique, épique, nous délivrera de ce carcan. « Forcentury » se joue de nous. Sa musique est indomptable.

Elle va s’illustrer mieux qu’ailleurs en adoptant un style pleinement power metal sur « The Shroud » et sur « The Lust, the Desire and the Temptation ». Deux déferlantes au sein de l’album. L’un va jouer pleinement sur la mélodie et sur des guitares virevoltantes, l’autre misera sur l’engagement, la subtilité et sur la puissance de la batterie. Un break hypnotique sur ce dernier nous arrachera de cette vague. « Forcentury » n’aime visiblement pas circuler de long de sentiers battus. On aurait, par exemple, été incapables de pressentir les riffs thrash ravageant « Beyond Recognition ». Pour finir de nous perdre ils iront même jusqu’à y introduire la grâce mélodique d’un solo au milieu de ces sursauts indociles. Ceci se situe bien loin, en tout cas, de la candeur d’un « Safe Haven ». Cette ballade n’est pas moins réussie, et notre chanteur pose tranquillement sa voix dans l’unique but de nous attendrir. Fini les guets apens des autres titres. Nous ne serons pas bousculés par derrière par ce groupe décidément redoutable, capable de prouesses et de perfidies.

Il en serait de même pour les deux derniers titres de l’album, à mid tempo. Autant « The Reductionnist » est un titre plaisant, sans la moindre prise de tête, autant le long et sinueux « Changing Ways » se révèlera ennuyeux. Le ton y fait pour beaucoup. Ce sera le plus joyeux des deux qui gagnera facilement notre faveur. Ce qui plombe immanquablement « Changing Ways » c’est cette fluctuation trop constante, ce rythme poussif allergique à tout changement. Même si le refrain s’y démarque quelque peu. « Forcentury » n’est pas fait pour être un imperturbable, le combo est au sommet de son art lorsqu’il devient un perturbateur.

Prêtez l’oreille à « Forcentury » et vous connaîtrez une révélation. Enfin ! Dit comme ça, c’est un peu exagéré. Ces citoyens danois ne sont pas à l’abri de quelques imperfections. Petite formation éloignée des flashs et des regards, elle pourrait bien représenter le power progressif de demain. Du moins, tant que son incroyable chanteur ne perde pas sa voix et ses facultés. Il serait difficile de l’imaginer encore dix ans à l’ouvrage. Le temps a ses raisons et ses limites. Assurément moderne, imaginatif, vil parfois, « Revelant » se situe dans la continuité de « Vanguard » et dans la poursuite du proche concurrent « Pagan’s Mind ». Une question taraude : sauront-ils évoluer et s’inscrire dans la durée ? « Le temps nous le dira. Un jour ou l’autre, le temps nous le dira. »

15/20

 

Comments are closed.