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3621Hammerforce : Access Denied

posted by admin on septembre 8th, 2013

Hammerforce : Access DeniedDu power metal qui a pris la ferme résolution de ne pas nous conter une sempiternelle histoire de dragons, de chevaliers et de belles demoiselles en détresse, ce n’est pas si fréquent que l’on croit. La formation de St Petersbourg menée par le claviériste Nikita Merzlyakov s’attache à sortir de certaines idées préconçues en proposant une musique en phase avec des réalités présentes et futures. « Hammerforce » a retenu quelques attentions en Europe de l’ouest. Il n’est pas si rare en effet que l’on cite ce groupe quand il est fait allusion au power metal russe. Pourtant celui-là n’avait sorti qu’un album, « Dice », paru en 2009. Il a ses amateurs convaincus, c’est vrai. Son successeur de 2013 offre néanmoins une bien meilleure perspective au groupe, œuvrant dans des péripéties attachantes et concrètes. La modernité nous paraîtrait ainsi dans l’étendue de ces vices. L’album s’illustrera comme une carte d’accès à des quartiers défendus, là où reposent les plans d’un avenir en péril, en perte d’humanité.

« Hammerforce » s’est pris à intensifier la part moderniste de son art. Les synthétiseurs sont donc rudement mis à contribution. La première piste de l’album est bien plus qu’une vitrine, elle va révéler des influences évidentes telles que « Vision Divine » ou encore le moins connu « Forcentury », ayant au passage déjà fortement puisé ses ressources chez « Pagan’s Mind ». S’il est fait état du modeste acteur qu’est « Forcentury », c’est en partie aussi pour le chant qui n’est pas sans rappeler celui très professionnel de Johnn Tordenro. Outre cela, nous plongerons au sein d’une énergie tourmentée, représentée par de grands champs électriques. Musicalement le titre se révèle palpitant. Surtout pour son refrain qui va y apporter de l’élan, un sursaut dans un flux quasi ininterrompu. Ce fourmillement de notes, dont l’origine n’a rien de naturel, se fond dans une certaine candeur, comme il est parfois fréquent de retrouver dans un power metal très mélodique. La constatation est frappante avec « Fugitive ». Une vitalité poussée à l’excès va ressortir de l’essentiel des compositions qu’offre ce volume. On la retiendra de nouveau pour un « Earth Is on Trial » déchaîné et balloté par de nombreuses vagues. Le refrain et le solo de guitare intervenant dans le dernier quart piste, contrasteront toutefois avec cet ensemble, pour notre bonheur. Afin de ne pas isoler l’auditeur dans la monotonie, l’artiste aime s’exprimer temporairement à contre-pied.

On avait évoqué « Vision Divine » parmi les influences des russes. Même, si le groupe italien ne saute pas aux oreilles sur tous les morceaux, il est la matrice de la production actuelle de « Hammerforce ». Cela va encore plus loin si on prend l’exemple de « Templates for All », fondamentalement italien dans sa musique. Il sera à noter les quelques fausses voix de chœurs ajoutées pour donner du corps au produit. Comme s’il n’y avait pas suffisamment de pression, entre un chant qui part dans les aiguës et des instruments qui donnent un gros coup de botte, intervenant quasiment chacun leur tour. Chez Nikita et compères, il n’y en a jamais assez. C’est la règle du toujours plus, jamais trop. Contrairement à ce que l’on aurait pu imaginer, ça fonctionne. La profusion, la surenchère, l’éruption en provenance des synthés ne finira pas de nous étonner sur « Mass Media », mais également sur le morceau éponyme « Access Denied ». Deux morceaux particulièrement offensifs, mais c’est bien le second cité qui attirera le plus par son déluge nerveux. Il y aura heureusement un bref moment de pause pour souffler. Et croyez-moi, ce n’est pas sans refus, même pour quelqu’un d’habitué aux lourdes charges que produit usuellement le power metal.

Le power metal se distingue ici broyé sous une avalanche de sonorités synthétiques. Il sort parfois la tête le temps de passages abrupts de guitare. « Wasted » en fait foi, mettant un peu plus de côté l’instrument du leader de la formation au profit de ceux tenus par les deux Ilya. Cela se ressent étrangement sur l’ambiance du titre. On découvre donc un « Hammerforce » plus sobre et hostile qu’à l’accoutumé. Cette formule s’adaptera moins bien à une durée de cinq minutes, contrairement aux autres compositions. La sobriété sera pleinement de circonstance sur le début de l’instrumental « Reflections ». On plébiscitera cette entame acoustique au dépend de sa suite artificielle. Les claviers dans leurs airs cybernétiques ont chassé la douce magie. L’homme endormi dans ses rêves érotiques se voit rappeler à la réalité et au stress quotidien par un diabolique appareil automatisé. Dès lors, ce dernier ne pourra être que maudit malgré ses efforts et la richesse des sons produits. Cette modernité veut décidément notre malheur. Au lieu d’améliorer notre sort, elle nous entretient comme son esclave, elle nous met rapidement hors course, comme aime sans doute à nous le rappeler le martellement continu qui ouvre « No Place for the Old Men ». Le titre est très évocateur du message que tend à transmettre le groupe sur les méfaits à venir de notre société. Outre cette parenthèse contestataire, le chant, comme certains riffs, rappelleront « Judas Priest ». Un peu de brutalité n’est pas sans mal. La formation ne s’impose aucune restriction.

A première écoute, nous pourrions être tout simplement surpris, sans trop vraiment savoir si ce second opus de « Hammerforce » figurera comme une continuation ou une transgression au premier élaboré. L’usage forcené du synthé finira par brouiller nos repères. C’est donc avec obstination qu’il faudra s’atteler au dit ouvrage, pour découvrir l’étalage de ses richesses. Le groupe chercherait à se démarquer des tenants de la scène power metal, y compris de ceux situés à la marge. Pour témoignage, nous avons cette profusion de sons futuristes, des messages à teneur politique qui n’ont pas forcément de grande résonnance chez les porte-voix officiels, à tort. L’avenir a ses raisons que les optimistes ignorent. Espérons que cet avenir s’écrira avec « Hammerforce » avec une musique toute aussi radieuse que sur ce « Access Denied ».

15/20

 

 

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