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4117Drudkh : Thousands of Moons Ago – The Gates

posted by admin on février 27th, 2014

Drudkh : Thousands of Moons Ago - The GatesAssocier un anglo-saxon et un slave a quelque chose d’atypique. Ce sont deux cultures diamétralement opposées, qui se sont même ardemment combattues. Cette règle obéit toutefois à des exceptions. Ainsi on peut voir réuni dans un split deux des groupes des plus représentatifs du black pagan actuel, originaires pour l’un d’Ukraine, et pour l’autre de Grande-Bretagne. « Drudkh » et « Winterfylleth »se retrouvent donc réunis sous la houlette du label Season Of Mist sur un split de quatre morceaux ; quatre morceaux qui sont en fait quatre reprises assez déroutantes, parfois de formations inconnues et qui marque tous un attachement à la culture des pays de l’Europe de l’Est. Cette collaboration s’illustrera en réalité comme un affrontement violent entre deux légendes en devenir.

A tout seigneur, tout honneur. Celui considéré comme le plus brave et le plus productif des deux, aura l’honneur de déclencher le premier les hostilités. Je veux bien sûr vous parler de « Drudkh », qui présente pas moins de trois morceaux pour ce split en comprenant quatre. Il s’agit de trois reprises de formations qui n’ont laissé aucune trace dans l’esprit. La première d’entre elles est une réinterprétation du titre « …w krainie drzew » du groupe polonais « Hefeystos ». Celle-ci s’impose de manière plus froide et plus martiale que la version originale. On va observer, dès lors, que « Drudkh » à une obstination pour la rigidité, quitte à reproduire une musique moins étoffée qu’à son ordinaire. Musicalement, le morceau d’origine parait plus plaisant. L’avantage revient à « Drudkh » pour la voix, qui se confond admirablement avec l’abîme atmosphérique du milieu.

Avec « Recidivus », les ukrainiens se consacrent à une autre création d’un groupe polonais, aujourd’hui disparu. « Recidivus » était un titre de la formation de black metal « Sacrilegium », figurant sur une démo de 1998. On se dit que « Drudkh » a dû pas mal gratter pour dénicher de tels titres. Le résultat avec « Recidivus » est plus que convaincant. L’auditeur découvre un extrait d’une remarquable puissance, un véritable déchainement, une ivresse de violence. Ceci est formidablement restitué dans cette adaptation de 2014, à ceci près que la part de crasse a été ôtée. L’obscurité est ainsi délivrée dans son plus bel écrin, dans une grande propreté. Certains amateurs de sonorités raw vont crier au scandale. Cette contestation n’aura pas vraiment de légitimité pour « Recidivus », qui gagne en échange du percutant. Elle sera davantage compréhensible pour le reprise de « Ten, který se vyhýbá sv?tlu » du groupe tchèque « Unclean », car elle lui retire tout son aspect morbide.

De toute façon, la grogne ne se produira pas, car les titres en question sont tout à fait méconnus, même d’un public averti. On pourra au minimum remercier « Drudkh » de nous avoir fait connaître ces créations, qui auraient très bien pu passer dans l’oubli total. « The Gates » de « Hate Forest » n’a pas été écarté des mémoires, par contre. « Winterfylleth » opposé à « Drudkh » a choisi un morceau emblématique d’une autre célébrité en provenance d’Ukraine. L’ogre slave est ici attaqué avec ses propres armes. Comme pour « Drudkh », les britanniques vont s’attacher à livrer leur reprise dans un souci de rigueur et de propreté. Et comme pour « Recidivus », cela aura pour effet de renforcer la puissance. Déjà que le « The Gates » de « Hate Forest » comprenait une force formidable. Celui de « Winterfylleth » est monstrueux, démentiel en comparaison.

Nous assistons à un combat entre deux colosses, par le biais d’autres formations. L’un a fait le choix de ressortir du placard des acteurs oubliés, l’autre a utilisé classiquement un plus connu. Au jeu du poing, c’est « Winterfylleth » qui remporte le duel. Au jeu du cœur, c’est « Drudkh » qui triomphe. Qui du poing ou du cœur a la préférence ? Il est difficile de trancher entre eux. Cette exposition aura pour mérite de tester deux des plus émérites formations black pagan de la fin des années 2000, originaires des deux confins opposés du continent européen. C’est la redite du combat entre Lennox Lewis et Vitali Klitschko.

15/20

 

 

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