chroniques et interviews metal

4550Veni Domine : Light

posted by alonewithl on octobre 31st, 2014

Veni Domine : LightLe metal chrétien est particulièrement vivace dans deux pays: Les Etats-Unis et paradoxalement la Suède. Ce dernier compte un certain nombre de formations chrétiennes, qui atteignent même un prestige dépassant largement les humeurs confessionnelles. Quand on évoque “Narnia“, “Divinefire“, deux des innombrables combos dirigés par l’irremplaçable Christian Liljegren, ça parle à plus d’un. “Veni Domine“, n’a pas eu ce cher Chistian pour maître, mais fait parti de la même mouvance et du même pays; peut-être moins connu du grand public, figurant néanmoins dans l’estime de bien des connaisseurs. Ces premiers albums, au début des années 90, passent encore pour des référence en metal chrétien. Ce genre est plutôt imprécis musicalement. Pour “Veni Domine” parlons de metal progressif, bien que cela ne cerne encore pas suffisamment le la musique du groupe en question, complexe et originale. On sait en revanche que son chanteur historique, Fredrik Sjöholm, a une voix qui fait de suite penser à celle de Geoff Tate, figure emblématique de “Queensryche“.

Au cours de l’année 2014 sort le septième album de “Veni Domine“, arrivant sept ans après un “Tongues” marqué alors par l’absence de claviériste et de bassiste officiel, et par d’innombrables invités. Depuis, ils auront recruté Klass Petersson à la basse et l’ex-”Golden Resurrection” Olov Andersson. Pour peu de temps, malheureusement. Le chiffre sept est un chiffre porte-bonheur, mais vient clôturer l’existence de la formation suédoise. “Light“, qui s’illustre également par le retour chez l’imposant Massacre Records, est le mot de la fin, une conclusion remarquable, touchante, presque divine, qui aurait dû être un nouveau souffle, plutôt que le dernier. En 2014, “Veni Domine” se meurt en voyant Dieu en personne.

L’écoute des prémices de “Light” pourra être ressenti comme un défit pour le vieux fan, habitué aux incontournables “Fall Babylon Fall“, “Material Sanctuary” et “Spiritual Wasteland“, véritables références du groupe. “In Memoriam” démarre donc avec des notes d’une extrême douceur, d’une délicatesse propre au cristal. Les claviers sont dès lors à considérer comme un acteur majeur, au même titre que les guitares qui à l’inverse se montrent implacables et fermes. Le chant Fredrik arrive à la rescousse des douces sonorités de claviers, se fondant parfaitement dans un univers à la fois magnifique et spatial. Le titre ne va pas jouer éternellement de l’opposition entre force et douceur, les deux s’allieront à l’occasion, avec subtilité et sous le règne résistant d’une musique non pas plus progressive qu’atmosphérique. Ce morceau particulièrement long et complaisant offre parfois quelques soupçons de rock américain à l’ancienne, surtout présent sur la seconde moitié de piste, là où on entendra aussi le fredonnement du violon et les airs pimpants de l’orgue Hammond.

Nous avons l’impression que jamais “Veni Domine” n’avait été aussi suave et aussi réconfortant. Ils poussent dans ce sens très loin le bouchon sur “Hope”. Sans en douter, les claviers y ont un rôle prépondérant, proposant des airs qui n’ont ici plus rien de classique, mais aspirent profondément à la méditation, malgré les tentatives des autres intervenants pour donner du coffre à cette vaste étendue vaporeuse. L’apaisant “Where the Story Ends” ne fera souffler la musique que dans le sens des claviers. Le titre a beau se révéler palpitant, attachant, épris, c’est le côté suave et délicieusement enrobé qui l’emporte. Ce serait comme visiter les limbes, un endroit propice au recueillement, ou parfois un accès possible qu’à l’approche de la mort. Ce raisonnement tient particulièrement à “Waiting”, saisissant par son approche énigmatique et brumeuse. Les musiciens magnifient l’instant par leur doigté, par leur sérénité contagieuse. Le morceau se perd ensuite dans la répétition, se confortant à l’idée d’attendre, comme il est suggéré sur le dit titre.

L’album est en soi une énigme, un parcours ne laissant place à aucun moment à la frustration ou à l’ennui, bien que j’avoue l’avoir déjà ressenti pour un le volume pourtant classique du groupe, le dénommé “Material Sanctuary“. Cela est en partie dû à la complexité, à la diversité musicale, y compris au sein d’un même morceau. On pourrait presque usé du qualificatif “barré” pour “Last Silence Before Eternity”. Les sonorités s’adonnent tantôt à une modernité abrupte et sans le moindre ménagement, tantôt à une ambiance planante et soumise, renforcée par des chœurs fantomatiques. On aura eu l’occasion de saisir quelques petites embardées de blues rock, comme on a partiellement l’occasion d’en croiser à travers l’opus, et toujours brièvement et à notre plus grande surprise. Avec “Last Silence Before Eternity”, on peut faire une sorte de parallèle avec l’insaisissable “Farewell”, tout aussi étrange. Un rock typé années 90 nous emmènent au prime abord, avant que le chant lors du refrain se morfonde, trahisse un éloquent contraste avec le couplet où il s’était alors montré beaucoup plus assuré.

Le doux, le raffiné et sensible combo suédois se montre prédateur sur “The Hour of Darkness”, nouvelle carte de son jeu riche et performant. Le chant plaintif est là additionné à un riffing martelé comme on a souvent l’habitude dans le doom metal. Bien sûr, ils se révèlent plus mélodieux et harmonieux pour être considéré faisant partie du doom metal. Mais le break du milieu de piste instrumental est une sorte de lointain souvenir de “Solitude Aeturnus“. Fredrik nous gratifie d’un chant gracieux, durement marqué par l’émotion, comme il le fera excellemment sur la version 2014 du “Oh Great City” que nous retrouvons sur leur premier album. La version actualisée d’un des fleurons de “Fall Babylon Fall” propose un changement inédit et toutefois efficace. Cela se pressent dès l’entame, par ses airs arabisants et la pression atmosphérique, absents sur le titre d’origine. La musique ainsi que le chant y sont plus apaisés qu’en 1991. La symphonie instrumentale “Preludium” aurait très bien pu servir de conclusion ou d’introduction. C’est ce qu’un groupe ordinaire aurait fait. Mais “Veni Domine” aime à l’évidence l’originalité et a préféré terminer son oeuvre par une pointe de nostalgie, mourir en se rappelant une part de son glorieux passé.

A l’heure où j’écris, “Veni Domine” n’est plus. Son dernier acte aura été un vif éclat de lumière. Peut-être pas pour revivre à nouveau. Sur ce point, le futur nous le dira. Il est certain par contre que l’oeuvre pourra lui permettre de sortir de l’oubli. Actuellement, trois de ses membres, dont les frères Weinesjö ont cédé aux espoirs d’avenir meilleur que leur offre le décidément immanquable Christian Liljegren, dans son énième projet “Audiovision“. “Light” vient clore presque deux décennies d’existence, en marge du metal, de la chrétienté, du divin même. C’est une oeuvre fine, légère, éblouissante, néanmoins difficile, qui pourra se révéler par moments fragile. Elle demande surtout de la patience, du recul afin d’être domptée, à mille longueurs de leurs premières œuvres, passant pour brutes en comparaison. Un puits de fraîcheur, pour les plus patients, au plus profond d’un gouffre, aux confins de l’espace du vivant. Par delà le ciel, il existe un tel espace de plénitude, là où ne vit aucun être, et où n’il y a rien d’autre que la lumière.

15/20

 

 

You must be logged in to post a comment.