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4559Drenaï : Deathwalker

posted by alonewithl on novembre 21st, 2014

Drenaï : DeathwalkerLa jeune formation rouennaise “Drenaï‘ nous revient en cette année 2014, avec un premier long volume cette fois. Ils sont bien décidés à prendre leur envol et à s’attaquer dans le milieu du folk metal, encore insuffisamment épais pour ce qui est de notre chère France. De l’espoir se dégageait de leur EP “A Rising Thunder“, sorti une année plus tôt. On se rêvait à trouver chez “Drenaï” un équivalent français à l’insubmersible “Finntroll“. C’est bien pourquoi il est intéressant de recenser les progressions de la fine équipe une fois engagée à prendre de la hauteur. C’est donc dans l’attente et une relative quiétude que sort “Deathwalker“, puisant toujours son inspiration dans les histoires écrites par le romancier anglais David Gemmell. Le résultat n’est pas tout à fait celui escompté. Au lieu de progrès, la position par rapport au précédent EP se trouve inchangée. Bien que plaisant à lire, nous attendons encore la première véritable péripétie du récit de “Drenaï”.

On sait au moins que le groupe soigne le cadre, à commencer par l’introduction “Once Upon a Man”, superbe entrée mélancolique digne d’une bande sonore de film, très bien menée par une voix féminine qui passe de tour à tour de la narration au chœur. On est néanmoins décontenancé quant à l’écoute de la voix masculine lorsque la musique prend une tournure plus conquérante. Son anglais est pour ainsi dire mâché, pour ne pas dire balbutiant. Ce qui aura des incidences sur le growl de ce cher Diego. Et ça, nous l’analyserons sur un “Edge of the World” assez plaisant, mais d’une humeur neutre, un peu marqué par l’ombrage de “Cruachan“. Le growl donne un aspect quelque peu avachi alors que la musique impulsée par les guitares et la flûte se montrent à l’inverse vives et fluides, sans pour autant s’affranchir d’une illustration technique. La rythmique se montre plutôt dynamique sur “Snaga”, mais on arrive à un extrait pas si différent de “Edge of the World”. La seule différence notable est la présence rafraîchissante du piano. On note un son tout aussi encaissé de la part de la batterie. Le morceau aurait pu être tout à fait enchanteur si le growl et la batterie avaient su faire preuve de profondeur et de netteté. Il y avait pourtant là un break des plus doux et charmants.

Cela ne s’arrange guère encore sur “Thirty Souls”. Heureusement qu’il y a la fluidité de la flûte, mais aussi des guitares malgré un riffing irrité. Le refrain a le bénéfice du renfort des claviers et des chœurs. Le titre se révèle néanmoins potable malgré ses imperfections. Alors que sur le plan musical, “The Last Stand” se montre sensiblement riche et étoffé, le chant masculin est toujours un gêne frustrant. C’est même au sein de l’album un extrait déterminant, contenant une longue et froide entame, libérant par la suite une profusion épique plus orientée autour du folk death. Il deviendra certainement, pour le moment du moins, l’un de leurs titres phares, tout comme “Sieben”, qui débute par une ambitieuse ballade celtique, rappelant grâce à la flûte, les mélodies des jeux Zelda. Le chant clair y est superbe, très inspiré, tout aussi champêtre et radieux que la musique. La merveilleuse mélodie à influence irlandaise devra faire place à la dureté du folk metal, révélant ainsi de nouveau une forte parenté à “Cruachan“, même si “Drenaï” s’efforce à brouiller les pistes.

Ce sera au tour de “Finntroll” de faire un lointain salut à travers “Gulgothir”. Le rythme est alors plus soutenu, il y règne un petit parfum de folie. Toutefois le refrain jouera le contrepoids de ces couplets endiablés. Le growl de Diego est cette fois mieux senti, en adéquation avec ce qui l’environne. L’atmosphère déjantée de “Gulgothir” se distingue nettement de celle de “Funeral Pyre”. L’ambiance devient subitement maussade, on peut faire un lien ici avec “Rowena” exploitant une bonne dose de sinistrose, une attitude passive et meurtrie assez intéressante, et plutôt attachante. Sur “Funeral Pyre” la narration, avec cet accent prononcé et ce baffouillement perceptible, font un peu tâche à l’ensemble, surtout à côté de la grâce du chœur, qui pour le coup, est assez admirable, sensible. Comme pour Sieben, nous assisterons au retour du folk metal, mais aussi du growl, à un regain d’énergie électrisante aussi. L’énergie se change en lumière, en rayons intenses sur ce qui sert de conclusion à “Deathwalker“. “Legend Never Die” jouit de sa forte teneur épique, de ses choeurs célestes. Peut-être un nouveau départ vers une contrée plus aventureuse, plus mystérieuse s’offre alors.

Les héros ne se sont pas faits en un jour, en un livre ou en un seul disque. Il est clair que “Drenaï” n’est pas encore rendu au rang de chevalier , tout juste encore celui de simple fantassin dans la vaste armée du folk metal. Par “Deathwalker“, on saisit que le groupe cherche à éluder les influences trop faciles ou trop marquantes pour parvenir à décrocher une identité propre. La part finntrollienne présente sur son précédent EP “A Rising Thunder” s’en retrouve considérablement réduite. Les choeurs et le chant féminin sont des apports bénéfiques, au contraire du growl et de la batterie qui freinent l’ascension du groupe tout au long de l’opus. Qualitativement, nous les retrouvons dans une situation presque inchangée avec des apports mais également des défauts devenus plus obsédants. Ce qui fait la force de quelqu’un, ce n’est pas d’avoir des alliés, mais de savoir triompher de ses ennemis.

13/20

 

 

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