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4618Reaper : An Atheist Monument

posted by alonewithl on janvier 19th, 2015

Blazon Stone : Return to Port RoyalDes fois, on rêve de briser les religions par la seule force de nos pensées. On rêve d’un monde meilleur sans autre croyance que celle de l’Homme. Loin des chimères, des superstitions et des moulinets de prière. L’athéisme a beau se fondé sur un socle solide inébranlable, il ne s’imposera pourtant sur aucune religieux. Comme si l’humain avait besoin d’être bridé par quelque chose qui ressemble à de l’air et dont ses poumons peuvent se passer. Les amateurs de heavy metal se sont très bien passés de la vieille formation allemande « Reaper » et peu nombreux sont ceux qui l’ont porté en vénération. Loin de s’avérer mauvais durant les années 80 et 90, le groupe n’a tout simplement pas su émerger de l’immense flot qu’était le heavy teuton alors à la grande époque. Et puis les années 90 ont marqué la perte d’intérêt pour le style. Pas de chance pour « Reaper ».

Les années 2000 ont remis en selle le heavy metal. Daniel Zimmermann (à ne pas confondre avec le célèbre batteur de « Gamma Ray ») et Mathias Kraft n’ont raccroché à aucun moment. Pourtant le groupe des années 80 que l’on pouvait comparer à leurs prestigieux confrères d’« Accept » se serait rapproché d’un autre compatriote un peu moins réputé. Le « Reaper » des années 2000 sonne désormais comme du « Grave Digger » qui aurait pris de l’âge. Après un album peu remarqué en 2009 (le dénommé « Gardens of Seth »), la détermination du groupe et de ses leaders historiques leur ont permis tout de même de décrocher un contrat avec le label Massacre Records pour un futur volume. C’est une opportunité à saisir pour toucher un plus grand public. Cependant « An Atheist Monument » n’est pas un édifice suffisamment grand et élaboré pour que « Reaper » bénéficie en contrepartie d’un quelconque culte.

Tout d’abord, il est dur d’imaginer qu’il s’agit d’une pièce de heavy metal à l’écoute de l’introduction « Hetoimasia ». La musique y est inquiétante. Les roulements de batterie et les riffs acérés renforcent l’atmosphère déjà sombre, m’yant à titre personnel rappelé l’entame du titre « Five Serpent’s Teeth » du groupe « Evile », nous indiquant presque que nous aurons affaire à du thrash metal. Ce qui ne sera pas le cas. « Realms of Chaos » chassera cette fausse idée par son heavy metal corrosif typique des derniers volumes de « Grave Digger ». La confusion avec cet autre groupe allemand serait presque entière. Le jeu est certes beaucoup moins addictif, lourd, irrité, mais le chant de Daniel est très ressemblant à celui de Chris Boltendahl. Dès cet instant, on saisit toutes les faiblesses et les écarts de « Reaper ». Leur heavy metal se révèle imprécis, terriblement boursoufflé par moments, comme l’atteste l’écoute de « Horse Brigade » ou « Hail the New Age », qui néanmoins proposent quelques bonnes sorties de lead guitare.

La première partie de l’album souffre véritablement d’un heavy metal compressé, sans grande dextérité, et mis à bas par une guitare rythmique très peu agréable à entendre. On excepte quelque peu un « Of Sheep and Shepherds » palpitant ou un « Voice Within » moins linéaire que ces prédécesseurs usant d’un effet de pression sur les trois premières minutes de piste pour ensuite tout relâché sur des airs aguichants. A contrario de la première partie, la seconde s’en sort juste un peu mieux. Du moins se montre plus subtil à nos oreilles, mais est toujours sujet à des défaillances. Ainsi, il y aurait beaucoup à redire d’un très fade « Taste My Revenge ». Il n’est pas seulement insipide, il est plat, peu réactif. Toute à l’inverse d’un « Ship of Fools » s’exerçant à un heavy metal à tendance speed, se rapprochant d’ailleurs d’un « Primal Fear », par ses chœurs notamment, mais en bien plus graveleux. Dans les mauvaises expériences de cette seconde partie, il y aurait dans un registre tout différent le titre de fin, « La Tristesse ». On s’écarte ici des standards du heavy teuton (pour une fois) pour un heavy doom assez étrange, lent, comme il faut s’en douter. Une voix à la King Diamond vient s’y ajouter, sans toutefois parvenir à nous distraire. C’est ennuyeux et sans grand intérêt.

Dans la page des bonnes nouvelles cette fois, on relèvera un « 1943 » éclairé par la subtilité, nous accueillant par des airs élégants et solennels, puis par un heavy speed assez rodé. Notons également le chant de Daniel plus épris qu’à son habitude. La satisfaction serait de même pour un « Well of Poison » privilégiant d’un bon dosage, entre le froid et limpide acoustique des débuts et sa suite bâtie par des riffs solides et implacables. Tout cela dans une ambiance tempérée. Le morceau le plus performant de l’album serait sans nul doute le très claquant « Fields of Joy », bien qu’il ne soit, en réalité, pas une nouveauté de « Reaper ». Il s’agit d’une version réenregistrée qui était initialement issue de la démo de 2002, « Elements », figurant aussi sur la compilation de 2009 « Wonders in the Dark ». Quoi qu’il en soit la présence actualisée de ce titre nerveux et cogneur est un bon choix.

Ce n’est pas avec un tel opus que « Reaper » comptera briller de nouveau, si au moins ils avaient pu briller une seule fois. La signature chez l’éminent label Massacre Records est une chance qu’ils n’ont pas su saisir à travers ce « An Atheist Monument » assez inégal et d’une richesse bien insuffisante. Les nombreux curieux ignorants tout de leur existence n’y verront qu’une énième formation de heavy teuton, arrivant bien loin du niveau des standards habituels du genre. N’est pas « Grave Digger » qui veut. Au lieu de construire la tombe des religions et de dresser un fier monument à leur gloire, « Reaper » creuse sa tombe à l’abri de toute foule. Et à ce stade, un simple trou ensuite remblayé suffira. On aura la gentillesse de leur fournir une pierre en souvenir de leurs compositions passées, qui ont été assez injustement boudées.

12/20

 

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