chroniques et interviews metal

4758Bucovina : Duh

posted by alonewithl on février 16th, 2015

Bucovina : DuhEsprit! Esprit, es-tu là ? Esprit où te caches-tu ? Aucun corps ne peut se mouvoir, ne peut éprouver et faire ressortir de sentiment, sans esprit. C’est la part la plus énigmatique de l’existence. Celle, qui étrangement, nous donne une valeur plus évaluée que les simples choses. Curieusement, nous cherchons aussi l’esprit dans la musique. Elle nous donne pourtant tout ce que l’on recherche de quelqu’un doté d’un esprit, principalement des émotions. « Esprit » ou « Duh » en roumain, est aussi le titre de l’EP de la formation « Bucovina », qui fait suite à l’ouvrage prometteur « Ceasul Aducerii-Aminte » sorti quatre ans plus tôt en 2006. Cette marge de temps leur a permis de peaufiner leur son. On s’en rend bien compte à l’écoute de ce mini, qui met plus à profit les chants clairs et les mélodies épiques. Le ciel s’éclaircit pour « Bucovina ». Un esprit de liberté règne alors sur leur musique.

L’ouvrage cinq titres débute par « Vuiet de Negru Izvor », un instrumental, ou plus exactement une rivière mélodique. Malgré le fort côté maison, que l’on connaissait déjà de leur première autoproduction, c’est particulièrement attachant. La joie aurait été sans nulle doute écourtée s’il n’y avait pas eu un rebondissent, ce qui se produit à partir du milieu de piste où l’auditeur est alors saisi par des mélodies épiques endiablées en provenance de la lead guitare. La formation « Bucovina » semble avoir assouplit sa musique, elle qui était assez enclin à un jeu bien rêche à la teutonne sur « Ceasul Aducerii-Aminte ». Il est d’ailleurs question d’un des titres de cet album, mais en version acoustique cette fois pour «Bucovina, Inima Mea ». Le changement opéré est plus que frappant. On passe véritablement d’un morceau très nerveux, voire offensif, à une musique fine et élégante, très éthérée au point de la rendre délicate et fragile. C’est une preuve des qualités et des pouvoirs de mutation du groupe.

On le cerne désormais plus épique, tendre, tout en rondeur et en sobriété, comme peut le démontrer l’écoute de « Straja ». Celui-là toutefois ne fera pas date, car un poil répétitif et plat, à la grande différence du morceau éponyme ou encore du divin « Mestecăniș ». Le morceau « Duh » en impose par son aspect solennel. On y trouve un chant clair en roumain assez attachant et en conformité avec la musique, y compris lors de quelques passages accélérés. La batterie peut paraître plate, mais étrangement son apparent handicap, comme pour le premier ouvrage de la formation, fait son charme, et notamment en ce qui concerne les passages rapides précités. Un moment de réelle captation qui n’est encore que bien peu en comparaison de l’énorme vague épique produite sur « Mestecăniș ». Il s’agit tout bonnement de battle metal, comme diraient certains. On peut, il est vrai, faire un rapprochement avec les débuts de « Turisas ». Seulement les chœurs ici figurent en tant que pivot. Ils ne sont nullement relayés à un rôle secondaire. Ce qui fait la grande force de ce majestueux et envoutant « Mestecăniș ».

La production est encore brouillonne, mais un esprit fascinant anime ce nouvel ouvrage de « Bucovina ». Une véritable transformation y est constatable. On privilégie désormais le chant clair, mais aussi les chœurs, tout en renforçant la part épique. Les roumains semblent évoluer pour rechercher un crédo favorable ou du moins ce qui pourrait traduire leur personnalité. Dans cette recherche, il nous livre avec « Duh » et « Mestecăniș » deux de leurs meilleurs morceaux, ce qui en fait un EP redoutable et déterminant dans leur carrière. L’EP de 2010 va en effet beaucoup contribuer à la renommée naissante de « Bucovina ». Il n’était plus question pour eux de suivre un parcours clandestin ou de s’enfermer dans la seule Roumanie. L’esprit est bien présent et ne connait aucun obstacle, aucun horizon. L’esprit fait la liberté.

15/20

 

 

You must be logged in to post a comment.