chroniques et interviews metal

4969Omen : Warning of Danger

posted by alonewithl on avril 14th, 2015

Omen : Warning of DangerL’appellation « power metal » est l’objet de maintes discutions de part et d’autre de l’Atlantique. On distingue communément le power metal européen du power metal américain. Concernant l’européen, pas de doute, il démarre à partir du premier « Keeper… » de « Helloween », donc de 1987. En ce qui concerne l’américain, …c’est beaucoup plus compliqué. Y sont mentionnés des groupes qui se sont distingués dans un style proche du heavy thrash, tel « Iced Earth » ; il a été utilisé pour cataloguer la nouvelle formule adoptée par « Pantera » en 1990 avec son « Cowboys from Hell », qui s’est avéré être les balbutiements de ce que l’on nommera par la suite le groove metal. Le terme de US power a même profité au très singulier « Nevermore », véritable ovni, encore aujourd’hui, difficile à ranger dans une quelconque case. C’est dans cette confusion générale, que j’aurais le regret (ou non) de vous présenter encore un cas de power US, étrangement plus ancien, mais aussi plus connu (du moins chez les américains, pas chez nous). En effet, aux Etats-Unis, on s’enorgueillit d’avoir été les premiers à employer le terme « power metal », bien avant les européens, qui se le sont approprier pour distinguer leur nouveau « speed mélodique ».

L’USPM est apparu officiellement au début des années 80, il a été utilisé au profit de groupes qui revisitaient alors le heavy metal, le rendant plus sobre, plus direct, simpliste même, presque barbare dans l’esprit. Adieu les solos interminables et cette éloquence technique jusqu’au-boutiste. Il faut ajouter que la sortie du film « Conan le Barbare » de 1982 avait fait des émules là-bas, jusqu’à contaminer le milieu de la musique metal. La mode était alors aux tenues guerrières au port de la hache. Il fallait montrer ses muscles, son côté presque animal, son dégoût de la civilisation. En quelque sorte, revenir à l’état sauvage pour redevenir un prédateur. « Manowar » s’était revendiqué inventeur de ce « power metal » là. Dans le lot, on pourra certainement placer des groupes comme « Skullview », « Exxplorer », mais aussi et surtout « Omen », groupe à l’initiative d’anciens membres de « Savage Grace » et qui a su bénéficier du soutien du jeune Brian Slagel, producteur et propriétaire de la maison Metal Blade, pour leur premier opus « Battle Cry ». Moins d’un an après sa sortie, le groupe s’attèle à la réalisation d’un nouvel engin, toujours co-piloté par sieur Brian aux manettes de la production. Il va en résulter un ouvrage tout aussi redoutable sinon plus que son précédent, le fameux « Warning of Danger », paru en 1985 sous le label Metal Blade en Amérique et Roadrunner en Europe. Un produit incontournable quand on ait à parler de cette vague, si méconnue chez nous et si réputée aux Etats-Unis, du USPM des années 80.

L’USPM a beau être américain, il a néanmoins beaucoup puisé chez ses confrères de la vague britannique du NWOBHM, comme le prouve le morceau « Warning of Danger », faisant ressortir ses riffs maideniens, mais également la voix lourde et chargée de John David Kimball, qui ajoute un fort aspect épique à la chose. Ce chanteur est l’ouvrier essentiel des compositions d’ « Omen ». Faisant vibrer les chansons par sa voix, il leur forge de véritables couloirs sombres et tortueux où l’on s’y engouffre. Ainsi, on se laisse transporter par la voix inquiétante de ce monsieur sur « Make Me Your King », dominant complètement les parties guitares, au respect, placées sous son entière domination. Les instruments lâchés, ils se jettent littéralement à votre gorge, comme l’atteste l’instrumental intervenant à la deuxième minute. Nous serons également perturbés par la grande discipline observée par les instruments sur « March On », se distinguant par une tonalité martiale et des à-coups percutants. Encore une fois maintenant sous laisse par J.D. Kimball, au point d’en paraître répétitif.

C’est justement ce côté répétitif et massive qui fait l’originalité de l’USPM, et qui est le plus sujet aux divergences d’appréciation. « Omen » a beau s’illustrer par un jeu plus direct que nombre de ses homologues, à la barbare, ce n’est pas pour autant que celui-là ne fait pas preuve de subtilité. Ainsi « Hell’s Gates » montre divers visages, d’abord tendre sur une première partie mid tempo, puis se révèle nerveux, lançant de puissantes salves, faisant place nette pour que la lead guitare s’exprime en toute aisance, suivi du chant sous couverture. Malgré le regain de tension perceptible, on le considérerait presque comme une ballade. On aurait pu un moment croire que « Don’t Fear the Night » en était une, principalement à cause de son entame acoustique. C’était avant la superbe mise en trombe qui va donner lieu à un riffing des plus entrainants ; un passage dont il est curieux de reconnaître une similitude avec ce que faisait « W.A.S.P », un autre combo américain qui était pour « Omen » un contemporain, qui avait pu frapper un grand coup pour son premier album éponyme durant l’année qui a précédé ce « Warning of Danger ».

Un pareil contraste aussi prononcé entre l’entame et ce qui est le véritable déroulement de la piste est aussi constatable pour l’instrumental endiablé « V.B.P », s’illustrant au départ par une sorte de douloureuse dérive guitaristique, pour ensuite débouler à plein régime et avec brio dans un rythme motorisé. On pourrait de même jurer une formidable cavalcade en véhicules à moteur dans le cas du très incisif « Ruby Eyes », mais là cette fois emmené par un J.D. Kimball qui partage la même transe collective. La rythmique est tout aussi soutenue sur « Red Horizon », mais les guitares prennent là les devants, arrosant la piste d’un feu nourri, mise à part le break qui va à contrepied, larmoyant, émotionnel, qui sert en fait d’élan pour mieux repartir à folle allure. « Termination » fait plus fort encore, s’illustrant singulièrement dans un style heavy speed, particulièrement percutant et dévastateur. C’est ce que l’on pourrait appeler un mitraillage à bloc. Ce titre a de quoi donner le tournis. On sent qu’« Omen » se fait véritablement violence dans sa progression, après nous avoir plongé dans le doute des airs synthétiques et des chœurs épiques, énigmatiques de « Premonition ».

Dans la suite directe de leur livrée « Battle Cry », on a eu « Warning of Danger ». Un album mésestimé par rapport à son glorieux précédent. On se remémore souvent l’un en oubliant l’autre, alors qu’il s’agit à coup sûr de deux pièces considérables dans cette vague si particulière (aimée et parfois même détestée) de l’USPM des années 80, si brute, tranchant à vif. Sans nul doute aussi les deux meilleures livraisons d’« Omen » à ce jour. C’est grâce à elles que la formation se fera une réputation dans le milieu du heavy metal américain, jusqu’à aujourd’hui. Sachant néanmoins que « Warning of Danger » fait la part belle aux titres virulents, laissant un peu en retrait l’univers épique de « Battle Cry », ainsi que l’influence de la NWOBHM que l’on pouvait davantage cerner sur le premier album. On pourrait comparer cette pièce au cobra, ce serpent noble, calme d’apparence, au venin mortel et agissant brusquement par pur instinct. Une créature à sang froid, relativement dangereuse.

16/20

 

Comments are closed.