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5056Midnight Priest : Midnight Priest

posted by alonewithl on mai 17th, 2015

Midnight Priest : Midnight PriestIl ne vous viendrait jamais à l’esprit qu’ « Iron Maiden » provienne du Portugal ou que la famille La’Fey soit lusophone. Vous serez alors étonné d’écouter la jeune formation « Midnight Priest ». Formée en 2008, cette formation portugaise surfe sur la vague du heavy revival à l’instar des « Enforcer » et consorts, donc puise allégrement dans le fort élan nostalgique du NWOBHM des années 80. A la petite différence près que le chant est en portugais. Cette note d’originalité est en plus combinée à de l’occultisme. Pour être plus clair, la musique de « Midnight Priest » mélange essentiellement du « Iron Maiden » à du « King Diamond ». Alchimie détonante, parfois relevée dans quelques combos actuels de revival. Mais particulièrement efficace concernant la troupe « Midnight Priest » qui a concocté un EP splendide en 2009, intitulé « Rainha da Magia Negra », suite à sa démo « The Priest Is Back » de la même année. Le groupe, qui a signé chez le ricain Stormpell Records, spécialisé dans le heavy et le thrash revival, sort un premier album éponyme dans la même veine et met plus en évidence ses influences. Aqui é a nova Dama de Ferro!

L’entrée en scène a de quoi vous glacer le sang. On fait jouer un orgue, début d’une messe maudite dans un endroit si peu accueillant. Nous avons dès lors une impression de revivre les instants vécus sur les œuvres de « Mercyful Fate » ou de « King Diamond », jusqu’à ce que cette spiritualité des ténèbres s’estompe pour laisser place nette à de puissants assauts revitalisants, digne des meilleures formations de la NWOBHM. Le chant en portugais fait en plus son effet comme lors de l’EP précédent. « Sabado Negro » va s’illustrer comme une excellente piste heavy metal aux riffs ultra acérés. Ce morceau sera entrecoupé d’un break un peu plus posé, puis d’un passage groovy assez inattendu, jusqu’à une partie lente et démoniaque rappelant fortement « King Diamond », démontrant ainsi l’étendue des ressources de la bande. « No Calor do Inferno » est également un titre qui va chercher à nous intimider, de par sa douce entame énigmatique, mais aussi par sa dimension oppressante tout au long, ses brusques changements de rythmes, passant de prises très énergiques, à un jeu plus renfrogné par à-coups.

Visiblement, tout ça a été saupoudré de souffre. On en a encore un très bon exemple avec l’impétueux « A Boleia com o Diabo », dont on appréciera le son motorisé et la prise rock n’ roll, donnant un rythme des plus survoltés et entrainants. « Triunfo do Aço » use d’une même force mécanique, seulement dans un plus grand respect à l’esprit du heavy metal d’autrefois. Il s’impose en effet comme un titre usant d’un son et d’une structure absolument similaires aux formations britanniques du genre des années 80. Néanmoins, le respect ne veut pas forcément dire l’alignement. Hors, parfois « Midnight Priest » ne fait aucun ombrage de ses références, au point d’y puiser quelques riffs. C’est le cas avec « Ferro em Brasa » dont la rythmique n’est pas sans rappeler celle de « Judas Priest » au début de la décennie 80. Truc cocasse, le chant de The Priest sur les couplets nous remet plus celui de Kai Hansen que celui de Rob Halford. Ce qui en fait un titre mid tempo assez intéressant tout compte fait. Là, où nous pourrons aller jusqu’à hésiter d’employer le mot « plagiat », c’est sans nulle doute sur le morceau « Cidade Fantasma » dont le démarrage doit beaucoup au titre « The Trooper » d’ « Iron Maiden ». Heureusement, la vague heavy metal va muter pour une cavalcade nerveuse de très bonne facture.

Il n’est en effet pas rare que les influences sautent aussi évidemment aux oreilles. C’est un point faible, si on s’en tient notamment à l’EP précédent, qui s’est montré un peu plus discret à ce propos. Ainsi « Feitiço do Cabedal » fait encore la part belle à quelques riffs très maideniens, avant toutefois de passer à un heavy metal plus brut et bien consistant, particulièrement attachant. Ce sera au tour de « Judas Priest » de se rappeler à nous à travers les riffs secs de « Segredo de Familia », mais là on s’en tient aussi plus à l’entame à proprement dit et à quelques bribes rythmiques pour établir le lien. Dans le cas de ce morceau, « King Diamond » a aussi été exploité dans ce heavy speed riche et salvé. Le sombre et froid interlude « A Uma Caveira Dourada » est une confirmation de cette inspiration pour l’œuvre du sinistre danois. Le temps d’une minute, une cloche, puis un ravissant et doux arpège acoustique s’illustrent au milieu d’un vent glacial. Un air joué dans un cimetière abandonné, qui se démarque de la vigueur, de l’enthousiasme des titres déployés sur cet opus, qui ne manque décidément pas de panache.

Cet album éponyme a permis à quelques-uns en France de découvrir « Midnight Priest » et son heavy metal des plus redoutables, cependant largement puisé chez les grandes références du genre. Il est dommage que celui-là ne soit pas du niveau du mini sorti deux ans avant, jouissant lui de sonorités issues de l’au-delà et d’une ferveur sans équivalent. Malgré ce léger écart, il est clair que le combo portugais fait une grande impression dans le milieu en démontrant un niveau égal, voire supérieur à bon nombre de références actuelles du heavy revival. Il a pris le parti risqué mais original d’incorporer un chant dans sa langue nationale, qui au final se marie parfaitement avec cette musique associant avec subtilité énergie et obscurité. Néanmoins, le Portugal n’est pas la Suède ou les Etats-Unis. Le portugais n’est pas l’anglais. Beaucoup dénigrerons donc sans connaître ou prendrons du recul sans raison apparente. Peut-être est-ce la raison pour laquelle le groupe privilégiera la langue anglaise pour l’album suivant. Un choix qui se révèlera peu judicieux. En attendant, vous passerez bien faire un tour au manoir pour un « Sabado Negro, hum ?

15/20

 

 

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