chroniques et interviews metal

5147Powerwolf : Blessed and Possessed

posted by alonewithl on juillet 6th, 2015

Powerwolf : Blessed and PossessedOn dit que tout culte doit s’adapter pour perdurer. En pratique, ce qui fait la pérennité d’une croyance c’est son intangibilité. Cette règle ne semblerait pas avoir échappé à la troupe « Powerwolf », qui récite sa messe power metal de manière continue depuis des années, sans trop en changer la formule. De purs dévots. Mais entre « Bible of the Beast », « Blood of the Saints » et « Preachers of the Night », l’oiseau de malheur vole de succès en succès, sans que rien ne freine son ascension. Ils parviennent même à atteindre un pic sur le « Preachers of the Night » de 2013, peut-être sans changement d’importance en comparaison des précédents volumes, mais incluant des hymnes particulièrement saisissants, à vous faire sortir les morts de leur tombe. Ces hymnes, ces titres quelque peu faciles, mais aux riffs enivrants et aux paroles entêtantes, sont devenus une tradition, un dogme chez « Powerwolf », prêt à restituer une nouvelle messe équivalente. Sort ainsi « Blessed & Possessed » chez Napalm Records, nouveau récital dans la foulée et dans la même veine que « Preachers of the Night ». L’épreuve devrait ravir les fidèles, dont on compte aujourd’hui de véritables endurcis. Il est vrai qu’ils auront tout ce qu’ils espèrent de l’homme-loup à chasuble. Celui-là ne leur aura jamais menti. Et c’est aussi vrai pour l’ouvrage de 2015. Néanmoins, aussi éloquents soient-ils, à trop se répéter, les prêches de monsieur le curé commencent par perdre un peu de leur éclat.

C’est ce que l’on peut apercevoir d’ailleurs du titre éponyme qui lance l’album. Avec ses grands éclats de voix, ses riffs endiablés et son refrain simple, mais attachant, on retrouve le « Powerwolf » que l’on connaissait déjà. Cependant, concernant précisément ce titre, il y aurait un air de maintes fois entendu un peu trop pressant, relativisé par un solo de guitare limpide qui arrive à point nommé avant que n’arrive le sentiment de lassitude. Le manque d’originalité est ici flagrant sur ce morceau « Blessed & Possessed ». Comme autres hymnes, bien plus inspirés et prenants cette fois, « Army of the Night » tout comme « We Are the Wild » vous la carte de la puissance maîtrisée, de l’impact sans fioriture. Dans ces deux cas, le rythme est bâti par à-coups pour devenir percutant, permettant ainsi de mieux imprégner les paroles. En plus d’Attila, on croit saisir une seconde voix (féminine) qui sert de renfort sur le refrain de l’essentiel et tonique « Army of the Night ». Peut-être moins captivant, mais tout aussi efficace, « All You Can Bleed » s’inscrit de nouveau dans la tradition des hymnes entreprenants à la « Powerwolf », bien aidé par une rythmique rapide et des airs d’orgues.

Cet orgue vient littéralement imprégner « Sanctus Dominus », titre chanté en latin, sorte de redite de « Coleus Sanctus » du précédent ouvrage, mais avec la vigueur et l’animosité en moins. Ce qui en fait un extrait tout au plus correct, maintenu à flot par un refrain martelé. On s’étonne à croiser effectivement quelques titres assez ternes dans la galette. C’est le cas notamment d’un impuissant et redondant « Armata Strigoi », qui semblait beaucoup promettre à l’entame, ou encore de « Sacramental Sister », également saisissant sur l’unique entame, qui pour ce dernier, prend des airs maideniens plutôt curieux. « Iron Maiden » n’est pourtant pas une influence coutumière à la formation, préférant davantage piocher chez leurs confrères et compatriotes « Helloween », inventeurs et grands sages du power metal. Une preuve à cette affirmation ? Prenez donc l’exemple de « Dead Until Dark », transcendant un power metal brillant et frénétique sans pour autant basculer dans la surenchère. « Christ & Combat » est encore plus familier de la musique de la grande citrouille. Là, il n’y a pas photo. La parenté est incontestable si on s’en tient au riffing. Toutefois, cela s’accorde à la sauce « Powerwolf », déployant là une énergie formidable, qui rehausse notre opinion sur l’album.

De même, on sera très enchanté par l’enthousiasme et la fougue de « Higher Than Heaven ». Titre qui vous file la pêche. Son intensité doit beaucoup au jeu de batterie relevé de Roel van Helden, acteur performant, qui parvient à hisser son instrument à la hauteur du vaillant Attila Dorn, qui n’est pas non plus timoré au niveau de sa voix. Ces deux personnages sonneront la fin des hostilités sur le profond et envoutant « Let There Be Night », titre mid tempo incorporant des éléments symphoniques. L’auditeur sera comblé par l’exceptionnelle qualité du chant d’Attila, grave, presque d’humeur fataliste. Le morceau de plus de 7 minutes se termine en réalité vers 4 :40 minutes, le reste étant un bruit de fond glacial, où on entend un orage, des bruits de cloches, des chants grégoriens en tendant bien l’oreille. Tout l’univers de « Powerwolf ».

Il y aura les conquis. Ceux de la dernière pluie, les grenouilles de bénitiers. Il y aura aussi quelques lassés. Plutôt ceux de la première heure, et même des intransigeants de la question power metal. Pour ces derniers, il sera désormais capital qu’il y ait quelques rénovations dans l’Eglise « Powerwolf ». Pour les autres, qui seront sans douter, les plus nombreux, rien ne doit être changé, sous peine de corrompre le culte. On retrouvera ainsi deux franges d’auditeurs de « Powerwolf » : Les conservateurs et les réformateurs. Seulement, à chaque sortie de nouvel ouvrage le camp des réformateurs se voit renforcer. On commence à véritablement cerner quelques problèmes concernant le manque d’originalité de « Powerwolf ». Cela, n’est pas pressant, « Blessed & Possessed » est un très bon album, contenant même quelques tueries qui n’ôteront rien du fanatisme que l’on peut ressentir à l’écoute de tels prêches. Mais, il ne pourra être porté équivalent aux trois superbes albums qui l’ont précédé. A vrai dire, c’est une strate en dessous. Donc, avant qu’ils ne planifient un prochain ouvrage, un concile leur sera nécessaire.

15/20

Clip Officiel:
. Army of the Night
Army of the Night

 

 

You must be logged in to post a comment.