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5199Ruyan : Naslediye

posted by alonewithl on juillet 27th, 2015

Ruyan : NaslediyeLa passion quand on a qu’un rôle secondaire à jouer, ça ne suffit pas. Suite au premier ouvrage de « Grai » intitulé « Polyn-Trava », la chanteuse Daria Rodonitsa quitte la formation de folk pagan russe sans regret. Elle y était en dualité avec Rimma Voronia qui deviendra naturellement la chanteuse principale de « Grai » par la suite. Daria songe elle à jouer un rôle de leader dans un projet assez similaire à son précédent. Histoire en plus d’alimenter la scène du Tatarstan russe. Et il va se nommer « Ruyan ». Le guitariste Andrey Gorodnichuk, qui partageait aussi le même groupe, va suivre son sillage. Ce nouveau projet fondé fin 2009 sera ensuite complété par des membres d’« Amederia » sous l’influence d’Andrey. C’est ainsi qu’un premier ouvrage verra le jour sous le nom de « Naslediye » (bien entendu tout écrit en cyrilliques). La pièce en question se repose confortablement sur des acquis de la scène folk russe, sans rien bouleverser. On ne veut véritablement pas faire de vague.

Palsambleu ! C’est pourtant le bruit de la mer que l’on entend au tout début de l’œuvre. Voudrait-on me faire mentir ? Oui ! C’est le bruit de la mer et ses clapotis que l’on entend en introduction sur la première piste. Nous percevons chœurs graves, harpe, mandoline, flûte, rendant l’instant solennel et féérique. Un peu de la même manière que le faisait le frère ukrainien « Natural Spirit ». On rentre véritablement au cœur du sujet avec le titre suivant, « Polyn-Trava ». Le nom, bien sûr, n’est pas sans rappeler le précédent volume auquel Daria et Andrey ont travaillé ensemble, quand ils étaient encore membres de « Grai ». On pourrait donc le voir comme un clin d’œil, ou peut-être aussi comme un pied de nez. Quoiqu’il en soit le titre ne retiendra pas vraiment l’attention de l’auditeur. Le riffing y est beaucoup trop maladroit et bourdonné. Dans cette tiède mise sous tension Daria s’y essaye à la fois au chant clair et aux growls, dans une volonté sans doute de ressembler à Masha Scream.

Il y aura bien volonté pour « Ruyan » de ressembler à « Arkona », du moins pour quelques titres seulement. Dans ceux-là on retiendra le grondant et lent « Oi,Ty Lutia Zima » ou encore la piste finale « Ruyan », remettant le couvert avec les incursions maritimes du tout début du disque, mais sous une atmosphère terriblement pesante avec ajout d’instruments traditionnels slaves, véritablement comme « Arkona » faisait à ses débuts. La confusion tient aussi au chant de Daria, à son parlé, qui s’apparente à la manière de faire de son homologue russe Masha Scream. Le morceau a beau s’appuyer sur un socle solide, il n’en est pas moins handicapé par ses longueurs. C’est un peu ce qui gêne à travers les compositions de « Ruyan ». L’influence d’« Arkona » se trouvera mêlé à celle d’ « Alkonost » dans l’intéressante marche épique et atmosphérique « Zori Yasnie, Nochi Hladnie ». L’air principal, le riffing nous propulse littéralement au grand « Alkonost » période « Between the Worlds ». Là, paradoxalement pas de longueur malgré les riffs bourrus.

Quelque chose de plus guilleret cette fois. « Ruyan » fait également une part belle au folk traditionnel slave. On reconnaîtrait cette convivialité typique du folklore russe, tout d’abord à travers l’enchanteur « Deda-Vseveda », s’assimilant cette fois très nettement à la musique de son compatriote « Tverd ». « Tverd » est sans doute peu connue chez nous, mais a produit un album assez emblématique en 2008, qui semble avoir été sujet d’inspiration. Au premier chef donc chez « Ruyan » qui ressort cette influence pour le sympathique et court « Oi, Da, Lelyushka-Vesna ». Il est incroyable de voir Daria imiter aussi les efforts vocaux de sa comparse Svetlana Lebedeva de « Tverd » pour l’occasion. « Ruyan » cherche à se cantonner au mieux possible sur des valeurs sûres. « Tverd » se retrouve curieusement associé à « Alkonost » sur « Pesnya Pro Yarilo-Batyushku ». On mélange la finesse, le charme du folk russe à un riffing intransigeant. Ce qui a pour résultat de produire un titre assez consistant.

Point d’originalité chez « Ruyan ». Le groupe produit du folk comme d’autres chez eux savent en faire. Il n’y a pas besoin de savoir qu’Andrey Losev, le guitariste historique d’« Alkonost » ait participé à l’enregistrement de l’album à la basse, pour que l’on ne fasse pas une correspondance entre ce « Naslediye » et les travaux de son honorable aïeul précité, lui aussi originaire du Tatarstan, tout comme avec « Tverd » ou les débuts marquants d’« Arkona ». C’est un peu ce que l’on pourrait appeler du recyclage, mais au final ce n’est mauvais du tout. Même si les parties à la guitare ne sont pas aussi fluides qu’escompté et que l’opus comporte quelques longueurs, le charme opère. Un simple amateur de folk metal n’y verrait que du feu. Il faudra en revanche redoubler d’effort pour que « Ruyan » puisse se démarquer d’une scène comptant de longue date ses favoris, et prenne le large.

13/20

 

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