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5266Heathen Foray : Into Battle

posted by alonewithl on août 23rd, 2015

Heathen Foray : Into BattleSuivant un rythme régulier la bande de Robert Schroll sort un quatrième album, deux ans après un « Inner Force » plus respectable que ne l’a été « Armored Bards », mais pourtant moins connu que ce dernier, faute aussi de la chute de leur label Black Bards, dont on entend plus parler aujourd’hui. Heureusement pour « Heathen Foray », ils ont rapidement trouvé un label. Massacre Records signe en ce moment à tour de bras, et s’est fait une fierté d’incorporer un combo jouissant d’un statut d’éternel prometteur, dans son catalogue. Car oui, « Heathen Foray » est un éternel prometteur. Il affiche un potentiel énorme, qui a pourtant du mal à se concrétiser, faute à un niveau de production de moyenne qualité et à des compositions manquant encore de profondeur et de maturité, malgré toute l’énergie étalée. Loin de résoudre ces quelques défaillances, le groupe va s’obstiner, et même perdre une part de tout ce qui en faisait son attractivité. « Into Battle » révèle une formation autrichienne en difficulté dans le combat.

« Heathen Foray » a toujours eu pour habitude, au fil de ses quatre albums désormais, de proposer un premier titre redoutable, dynamique et bien en chair. « Fight » est donc à l’image d’un « Fading Tree », d’un « Armored Bards » ou d’un « Inner Force ». Le titre s’illustre en pièce indispensable de l’album par son jeu entreprenant et ses sonorités abrasives, mêlant assez habilement mélodie et puissance, growl et chant clair. Une légère dose atmosphérique y est associée, et on retrouve même un solo tonifiant en prime. Le reste de la galette ne reflète nullement cet extrait. On aurait un écho de ce titre, plus précisément des airs de ce titre, à travers une sorte de version orchestrale/instrumentale de « Fight », intitulée « Wigrid » ; conclusion de l’album, somme toute, assez synthétique et d’un niveau digne d’une formation débutante. Entre temps, il y a de vrais morceaux naviguant entre le correct, le moyen et le très dispensable. « Heathen Foray » n’a plus le statut d’amateur que diable, on en attend forcément mieux de sa part.

Une ambiance atmosphérique, ça aide, mais avec parcimonie et avec un bon complément seulement. « Wofür ich Streit’ » nous semblait d’après son entame posé, relaxant, mais il a fallu que « Heathen Foray » poursuive cela d’un metal aux riffs corrosifs et dans un rythme mid tempo. Le chant growlé se fond difficilement, au point de paraître aussi passif que sa musique, nous communiquant en conséquence sa lassitude. C’est au tour du chant clair de devenir désabusé sur « Unthinking », dans une musique certes plus relevée, mais pas forcément plus extatique. Il faut attendre les passages growlé pour retrouver la vigueur typique de « Heathen Foray » et son jeu nerveux. Comme pour « Wofür ich Streit’ » l’entame est un faux indicateur sur « Freundschaft ». Des tendres mélodies de piano succède une mise en branle rugueuse et monotone. Les riffs sont acérés, mais le rythme et le growl au pas à pas ne facilitent guère l’assimilation. On s’éprend plus de ce qui suit le milieu de la piste, bien plus mouvementé et aguichant.

Des titres pourraient obtenir une certaine estime, sans pour autant ébranler l’auditeur dans son écoute. Le morceau « Silence » porte très mal son nom, puisqu’il s’agit de l’extrait le plus agité de l’opus. Celui dont les battements sont les plus fréquents, celui aussi le plus trouble. Mais comme différents titres de l’album, il comptera aussi des phases moins emballantes ; son chant clair tombant un peu à plat, et un dernier tiers de la piste devenant dangereusement redondant. En comparaison, « Heathen Foray » s’en sort mieux avec son « Tir na nOg » intriguant, s’illustrant par un riffing cagneux, mais qui s’avère assez complet et riche. Le growl maintient bien en haleine. Cette expérience pagan très alémanique aurait pu être pleinement concluante, s’il n’y avait pas quelques lourdeurs et longueurs, assez coutumières d’ailleurs de ce genre de pagan metal particulièrement rêche.

Cette vision très germanique du pagan metal trouve un autre représentant en la personne du court « Knüppeltroll ». Un interlude viril, mais affreusement répétitif, trouvant heureusement une échappatoire dans un milieu légèrement groovy. Titre que l’on pourrait considérer inutile, du moins pas très constructif, et ne servant même pas d’entracte ni d’élan au titre suivant. Il aurait ici été souhaitable d’avoir une ballade acoustique ou quelque chose du même genre, histoire de se détendre de l’écoute prolongée de riffs arides et de ces chants pas véritablement enjoués. Une telle solution n’arrive malheureusement qu’en fin, en « titre caché ». Et ce serait seulement pour adapter une version acoustique de « Winterking », titre apparu sur leur premier opus « The Passage », chanson phare de la carrière de « Heathen Foray ». Et il faut reconnaître que cette adaptation est fort sympathique. Le groupe apparaît détendu, décontracté. On se surprend à déceler un petit côté rockabily dans le refrain.

Un morceau et une reprise acoustique d’un de leurs anciens succès, c’est à peu de chose près tout ce qu’il y a à retenir de ce quatrième volume de la formation autrichienne. On comprend mal le succès d’un groupe qui a beaucoup prospéré à l’abri d’un « Wolfchant » ou d’un « Black Messiah », davantage encore à l’aune du forfait « Into Battle », qui n’offre véritablement rien pour nous impressionner. On croirait s’offrir un lot de rechutes de leurs précédents ouvrages. Par cet opus, « Heathen Foray » revient à son point de départ. « Into Battle », à vrai dire, aurait pu être la sortie d’un groupe nouvellement formé en quête d’idéal. La composition semble très banale, la production de l’objet est plutôt moyenne. Bref ! Rien de très reluisant ni de très rassurant. La couverture signée par l’irremplaçable Jan Yrlund, est le seul élément de prestige à y figurer. Désaveu, lassitude et somnolence sont généralement au programme de ce « Into Battle ». Des lames affutées, un esprit conquérant et de l’espoir plein la tête, voilà ce qu’il faut pour qu’une bataille ne tourne pas court.

12/20

 

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