chroniques et interviews metal

5948Talon – Neutralized

posted by alonewithl on juillet 23rd, 2016

Le style teuton dans le heavy metal semble acquis depuis belle lurette. Il est arrivé cependant que le géant allemand se soit fortement inspiré de son rival européen d’outre-Manche, pionnier sur bien des matières. Ainsi, il n’a pas été rare de voir des groupes allemands profiter directement de la fameuse NWOBHM, au point qu’ils soient totalement confondus à un acteur de cette vague tellement le son est puisé aux britanniques. ça a été le cas notable de “Stormwitch“, mais également de son compatriote bavarois “Talon“, beaucoup moins connu celui-là, bien qu’ayant joué aux côtés de “Motörhead” ou de “Mercyful Fate“. Emmené par le chanteur-guitariste et principal compositeur Uwe Hoffman depuis 1982, actuellement à la tête de la petite formation “Headhunter“, le groupe de Bayreuth a totalement été éclipsé à l’époque, de sa naissance à son point de rupture à la fin des années 80. Par la suite, on retrouvera certains de ses anciens membres suivre le sillage de Mat Sinner, mais on percevra aussi bien peu d’empathie à propos des compositions laissées par “Talon“. L’auditeur pourra facilement saisir l’ampleur de l’injustice à l’écoute de leur premier véritable forfait sorti en 1984 chez le label Bellaphon. L’écoute de “Neutralized” fera l’effet d’un électrochoc.

On souligne la forte influence NWOBHM chez “Talon“, seulement il est juste de relever une autre influence aussi originaire des îles britanniques, qui est elle aussi directement perceptible. On note ainsi la présence d’un “Judas Priest” très axé début des années 80 sur le percutant et tonique “Hatred Grows Slowly”. Nous pouvons alors constater l’excellence technique des musiciens et la grande justesse du chanteur, assez atypique dans sa voix et sa manière de chanter, bien que l’on puisse cerner un attachement sensible à Rob Halford à travers les cris stridents de la fin de piste. Il y a une autre illustration sensible du penchant priestien de “Talon” avec le redoutable “Backlash”, titre endiablé aux riffs incisifs. En découvrant toutes les pistes contenues dans ce “Neutralized“, on se fait vite à l’idée que le disque, outre son anglophilie suggérée et prononcée, est une véritable usine à tubes. Le morceau éponyme vous donnera une trique formidable. On perçoit une fougue sans pareille, un rythme soutenu, de nouveau des accointances avec le meilleur de “Judas Priest“. Cette incartade speed metal ne ternit en rien la grande efficacité d’un “Victims of Suicide” plus sage dans son jeu. Le titre et les paroles refroidissent à prime abord, car il est bien question dans le texte de malaise intérieurement ressenti qui mène une personne à trépas. Mais diable, que ce titre est bon. On suit une belle évolution technique dans la grande tradition des groupes britanniques de heavy metal d’alors, même si cependant “Accept” pointait le bout de son nez sur l’entame de ce dit-titre.

Cela étant, nous n’avons pas encore abordé le plus fameux de “Talon“. “Gale Warnings” clôture la version originale de l’album. Sur la réédition de Scream Records, le sympathique et groovy “Sowing the Dragon’s Seed” le succède dans un style très emprunté à “Saxon“. “Gale Warnings” est à bien des égards un immanquable et l’un des titres phares de “Talon“, pour la richesse de sa composition, son originalité aussi. Ce titre par à-coups, faussement simpliste, mise essentiellement sur la puissance de sa batterie, mais également sur des riffs motorisés et entêtants. L’ambiance sympathique qui s’y dégage aide aussi beaucoup à son succès. Un esprit quelque peu différent à ce dernier se perçoit sur l’orageux et tout aussi prenant “To the Bitter Dregs”, qui lui doit cette fois davantage sa force aux qualités de chanteur d’Uwe. Le personnage s’impose encore magistralement sur la power-ballad “Time Could Not Heal”. Une de celles que l’on se surprend étonnement à fredonner, même si on n’est pas vraiment un habitué de la chose. Il sera plus difficile de chanter à la suite d’”Overlords Supreme”, le rythme étant des plus déterminés et volontiers speed, avec une touche rock n’ roll de bon aloi. “Hotter than a 1000 Suns” est à situer dans un courant similaire à grande dose rock n’ roll, dans une même ligne à haute tension. Seul “Preacher of Evil” baisse un peu le ton et pourra être perçu comme un titre moins efficace que le restant de l’album, malgré son excentricité et la qualité incontestable de son heavy metal.

Bref, que d’éloges à propos de ce premier disque de “Talon“, un disque et un groupe complètement inconnus du bataillon, même de la part de dits-fins connaisseurs du heavy metal. Le groupe bavarois continuera sa carrière avec encore deux albums de moindre niveau, avant qu’il ne sombre dans une entière indifférence à une date non-identifiée jusqu’à présent. C’est dans la hype d’aujourd’hui autour du heavy metal old-school, que l’on voit rééditer cet album fantastique, permettant à certains, aux plus jeunes parfois, de prendre connaissance de l’énorme potentiel qu’avait alors ce groupe des années 80, et de faire part de leur incompréhension à ceux qui ont boudé cet effort durant cette période, tout à fait digne de figurer dans un catalogue des meilleurs albums de heavy metal de la glorieuse décennie. Malgré, des influences parfois très marquées aux formations britanniques, on ne peut pas nier l’énorme coup d’éclat produit par ce “Neutralized“. Quelque part, écouter ce produit est devenu l’occasion tardive de réparer un tort.

17/20

 

 

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