chroniques et interviews metal

6321Virgin Steele : Visions of Eden

posted by alonewithl on mars 18th, 2017

Virgin Steele : Visions of EdenOn aurait pu espérer au retour du prodige Jack Starr dans la formation de heavy épique “Virgin Steele“. Ce sentiment s’est fondé sur le fait qu’il ait bien voulu revenir le temps de quelques réenregistrements de vieux titres pour la compilation “The Book of Burning” en 2001. Seulement, le guitariste est resté en très mauvais terme avec David DeFeis, et un guitariste de renfort avait déjà été choisi en 2000 en la présence de Joshua Block, un parfait inconnu.”Virgin Steele“, qui est devenu au fil des années une sorte de David DeFeis & Co (alors qu’il n’a pas été fondateur du combo, au contraire de Jack, rappelons le), s’est épargné une nouvelle guerre d’ego. Après, la série des “Marriage of Heaven and Hell” (dont on peut inclure “Invictus“) et des “House of Atreus”, le groupe new-yorkais était alors situé à son apogée, bien que “The House of Atreus I & II” ait eu un impact moindre à la série précédente. David DeFeis a voulu perdurer la flamme de “Virgin Steele” avec un retour aux albums simples, non composés cette fois en plusieurs parties. L’album à suivre, après une pause de près de 6 ans dans la composition, amène à une révolution thématique. Cette fois, la Bible a été préférée aux œuvres, aux cultures, et aux mythologies gréco-latines de l’antiquité, mais uniquement pour se concentrer sur le personnage de Lilith, succube qui fut la première amante d’Adam. Un choix qui s’avère en fait une critique des valeurs transmises par l’Ancien Testament, teintes d’hypocrisie et d’égoïsme dissimulé. “Visions of Eden” apparaît ici comme une vision paradisiaque où la femme à l’égal de l’Homme n’est plus célébrée comme un simple élément de procréation.

On rentre dans le vif, et “vif” n’est pas un gros mot, avec “Immortal I Stand”. Le tout déboule sans la moindre transition et par des cris langoureux et stridents de David. Le rythme soutenu est associé toutefois à une musique romantique et très épique. Le piano vient parfois s’incruster dans la piste qui comporte un refrain plus classique à “Virgin Steele” et un finish solennel et guerrier à la “Manowar“. Rien de très nouveau si ce n’est l’articulation harmonieuse et gracieuse qui dénote quelque peu avec la musique martiale influencée par l’antiquité, que l’on nous avait habitué. Mais ce n’est pas un champ non plus exceptionnel pour le groupe qui s’est déjà essayé de la sorte ultérieurement. Le titre “Angel of Death” montre la réussite de ce genre de musique misant sur les ambiances voluptueuses et féeriques. Ce morceau, qui s’inscrit comme une espèce de ballade épique, est néanmoins subtil et se découvre très enrichissant et palpitant après 3 minutes de langueur confortable. On y entend d’ailleurs la sœur de David pour constituer un chœur féminin gracieux, en plus de quelques autres.

Une grande majorité des morceaux ont un rythme tempéré. On observe même parfois une certaine constance, voire même une paresse comme sur le régulier et frais “Bonedust”, qui malgré sa beauté, n’est pas forcément le plus remarquable de la galette. Niveau douceur et fraîcheur, nous irons plus volontiers nous abreuver du côté de “When Dusk Fell”, tendre et très apaisante ballade nous rappelant les compositions à l’eau de rose de “Life Among the Ruins“. Ils font encore plus fort encore en inscrivant le doucereux, mais très ben fait, “God Above God” dans un slow pour bande FM. Tout aussi charmant d’ailleurs que la conclusion enchanteresse “Visions of Eden”, dont la puissance et la tonicité sont quelque peu altérées ou complétées par de douces notes de piano classique et des envolées de violons. Cette adhésion au romantisme trouve néanmoins son illustre exception avec “Christslayer” renouant avec le “Virgin Steele” au heavy mélodique furieux d’un “Age of Conscent” ou d’un “The Marriage of Heaven and Hell – Part Two“, et cela malgré une entame céleste au possible.

On basculerait aussi également dans une fibre heavy metal plus classique avec “The Ineffable Name”, dénotant des influences “Dio” et “Manowar” notables, diluées par les douces mélodies propres au groupe de David DeFeis. Plus exotique, une tonalité orientaliste est parfois ajoutée à certains morceaux. En premier lieu sur l’intimidant et prédateur “Adorned with the Rising Cobra”, imitant même les torsions sensibles du serpent dans les riffs. On redécouvre ces charmes orientaux, par à coups, à travers “Black Light on Black”. Suite à une longue entame énigmatique, sur ce titre, on passe sur les chapeaux de roue. ça s’accélère brutalement, aussi entrecoupé de phases de lamentation ou d’extase, découvrant un morceau vraiment emblématique et sensible de l’effort. Cette prise orientale et mêlée à des airs de péplum sur “The Hidden God”, tout aussi intimidant et reptilien que “Adorned with the Rising Cobra”, mais avec un rythme ténu.

Point de portrait de guerre. On fait état d’une rencontre féminine. Superbe hommage à Lilith, qui devient sous la voix de miel de David, plus que l’image d’une démone, d’un être vil, à laquelle les anciens écrits renvoient. Le symbole est détourné. La malédiction est temporairement levée. La femme n’est plus pliée au simple rôle de matrice d’Eve. Et “Visions of Eden” est une nouvelle rose rouge de sang emplie d’épines plantée dans le jardin de paradis de “Virgin Steele“. On revient de manière incidente à la période romantique du combo située dans le début des années 90, avec les sorties de “Life Among the Ruins” et “The Marriage of Heaven and Hell – Part One“. Cette parution va s’avérer être un point d’orgue dans la carrière de la formation, car après celle-ci “Virgin Steele” va amorcer une méchante descente qui lui fera beaucoup perdre en notoriété. L’oeuvre ayant également marqué les esprits et faisant l’objet d’une relative nostalgie, surtout face à la déroute des efforts lui succédant, elle sort chez Steamhammer/SPV en début d’année 2017 avec une version remasterisée, qui n’a pas un très grand intérêt sinon de niveler quelque peu le son. Ainsi, se termine l’apothéose de “Virgin Steele” avant sa chute, à célébrer une femme particulière, celle que les hommes ordinaires aiment à rêver. Comme disait Nietzsche “La femme est la seconde faute de Dieu.”

15/20

 

 

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