chroniques et interviews metal

6658Alestorm : No Grave but the Sea

posted by alonewithl on janvier 10th, 2018

Stonewitch : The Cross of DoomEntre “Alestorm” et moi, on est passé de la simple entente au désamour complet. La tournure débilissime prise depuis quelques forfaits déjà par la formation de Christopher Bowes s’est malheureusement confortée avec un “Sunset on the Golden Age”, qui, outre son aspect purement clownesque, attirant la sympathie chez certains, révèle un réel effondrement du niveau musical. Comment peut-on réaliser une telle caricature de “Trollfest” sans égaler sa richesse musicale et avec un humour déjà banni dans les cours d’école primaire? Le ponpon aura sans doute été que le meilleur morceau de cette galette sensé déblatérer sur la bataille de Carthagène de 1741 passe totalement à côté du sujet traité, oubliant aussi bien les belligérants, que le déroulement de la bataille comme de son issue. L’Histoire comme le respect du passé pirate n’est pas le truc d’”Alestorm”, il semblerait.

Leurs trucs à eux ce seraient plutôt désormais les blaguounettes faciles, la musique en boîte destinée à un public d’adolescents ou geeks gras du bide à faible QI. Le concept “pirate”, supposé être leur fabrique, alors que des groupes de metal “pirate” ont existé bien avant “Alestorm”, n’a été invoqué semble t-il (au temps où le groupe s’appelait “Battleheart”) que pour profiter de l’effet “Pirates des Caraïbes” (d’ailleurs la sortie du premier film de la saga correspond à quelques mois près à la fondation de “Battleheart” qui a suivi). Mais une fois le soufflé des films de la saga Disney retombé, le groupe opportuniste s’est ensuite emballé dans une confusion thématique, à base de banane-canards et autres fantaisies. “Ultra Vomit” ne trompait lui nullement sur la marchandise, même si on peut trouver que c’est du vomi avec de la chantilly et que ça ne mériterait pas de passer normalement en tête d’affiche, volant parfois au passage la vedette à des auteurs plus méritants.

Christopher Bowes a beau se montrer bon camarade et un rigolo de nature, il aura fait le ménage autour de lui. Ainsi en 2015, le dernier autre membre de la formation originelle, Dani Evans, est débarqué de la formation pour raison “professionnelle”. A sa place est appelé Maté Bodor, un membre tout jeune et frétillant. Un hongrois résidant en Angleterre, ex-guitariste de “Wisdom”, groupe considéré comme valeur montante du power metal. Avec ce nouveau venu la troupe s’attelle à une nouvelle création. De cela, j’en attendais strictement rien, et pourtant j’ai été surpris de m’apercevoir que certaines critiques, qui pouvaient paraître inaudibles, au milieu du troupeau d’adorateurs, paraîtraient avoir atteint le regard intéressé de Christopher Bowes. La composition reprend le fil après “Black Sails at Midnight” à mon grand étonnement. Malgré tout, ce retour aux sources tant espéré trahi encore davantage le manque d’inspiration actuel, que les frasques pouet-pouet, colorées et canardisés ne tendaient en fait qu’à camoufler. Désormais, le pirate est nu! Enfin, presque…

La nostalgie de la première rencontre se dessine dès le morceau éponyme d’entrée. On y retrouve là tout l’entrain épique du premier album, mais dans une fougue, cela dit, plus tempérée que lors du premier voyage à bord du navire du Capitaine Morgan. En fait, nous apprendrons vite que ce retour en arrière se reproduit généralement dans un mode automatique. “To the End of the World” figure un peu en exception. Il s’agit là d’un titre très caractéristique de ce fameux détour pris par “Alestorm”. Celui qui nous rappelle le plus “Captain Morgan’s Revenge” en fait, avec des sons cuivrés et une atmosphère lourde d’affrontements de bataille. De faux airs d’accordéon redonnent même le claquant traditionnel et maritime de cette divine période. Même si on peut le juger répétitif, “To the End of the World” nous fait encore espérer en un vrai retour au folk metal d’avant. Même guilleret, là n’est pas le problème. “Rage of the Pentahook” montre qu’”Alestorm” est tout à fait capable de créer une chanson nerveuse, sympathique, tout en subtilité, également animée par le son virevoltant du violon.

Néanmoins, l’auditeur averti déniche à travers “Rage of the Pentahook” une légère influence Finntrolliennen, dont on vérifie amplement la présence à l’écoute d’un “Pegleg Potion”, au refrain plaisant. “Finntroll” partage même ici la soupe avec “Ensiferum”, dont on devine des airs de “Magic Potion”, bien que le rythme pris par “Alestorm” soit moins soutenu que le chef d’oeuvre inspiré. Grandes envolées mélodiques et sons cuivrés sur l’entame de “Treasure Island” laissaient inaugurer une chanson d’ampleur. Mais la tempête retombe aussitôt sur des couplets comportant de vilaines longueurs et un flonflon peu stimulant. Ce qui est l’inverse du court break mélodique qui met un soupçon de vitesse et de prestance. Cette impression contrastée se ressent également à travers le morceau “Alestorm” qui a l’originalité de proposer un folk metal bien guilleret, dilué sous quelques effusions hardcore. Il pêche beaucoup en revanche sur son refrain, extrêmement plat, fade et répétitif. Le groupe donne malheureusement la manifestation d’un pédalage à vide, sec et sans émotion pour un titre qui aurait du en principe l’honorer, puisqu’il leur est attitré.

Les britanniques ont encore voulu jouer les originaux, notamment sur “Mexico”, qui a fait l’objet d’un clip, en intégrant une entame en 8 bits. Clin d’œil à peine dissimulé à la vague nostalgique du jeu-vidéo rétro. Mais le morceau s’inscrivant par le groupe comme élément phare de l’album tombe vite dans une certaine automaticité et mollesse, qui laisse de marbre. “Man the Pumps” n’offre guère plus de relief en comparaison. Tempéré, un brin mélancolique, frisant parfois avec le pagan, ce titre se montre malgré tout assez sympathique. Tout comme la petite chanson à la con “Fucked With an Anchor” usant d’un ton grivoix et d’un esprit enfantin, emmené par les airs malicieux d’accordéon et la guitare acoustique. L’extrait contraste fortement avec “Bar und Imbuss” dans un ton semi-sérieux propre aux débuts de la formation “Alestorm” et donc en lien direct avec ce qui a fait l’engouement et la renommée du groupe. L’articulation est ici autrement plus minutieuse et complexe. On y accorde même ici quelques petits solos assez démonstratifs hissant de nouveau bien haut les couleurs de ce qui fut autrefois un vaisseau pirate et qui est devenu à force de détournements en tous genres un canard en plastique géant prenant l’eau de partout.

On célèbre les vertus des algues et de l’eau de mer. Ce serait bon pour la santé d’après. Mais croyez moi, qu’un régime pareil vous donnera vite la nausée et une chiasse sans équivalent. C’est un peu ce qui m’est arrivé avec “Alestorm”. J’avais cru à la cure, j’en ai vite décrit les méfaits. Pourtant, il s’est immiscé le doute. Celui de croire que je ne comprenais tout simplement pas la vogue pour une telle formation. La raison pour laquelle des gens que l’on dit de tous horizons croyaient en “Alestorm” ou continuaient à y croire. Mais, on peut se rendre en fait compte aussi que cela joue beaucoup sur le fait que le groupe a produit de la musique “conne” qui n’a fait qu’attirer une masse de “connerie”. Tout le monde a le droit à la déconne. Mais le monde ne doit pas être sans cesse infantilisé et tourner tout le temps autour de la “connerie”. Surtout, quand on voit aujourd’hui le groupe voler la vedette à d’autres plus expérimentés et travailleurs. Que voulez vous, on a toujours préféré Picasso à Rubens. Par cet album, il s’est immiscé une lueur d’espoir, une réponse accordée aux nostalgiques qui comme moi souhaitaient qu’”Alestorm” revienne quelques pas en arrière et s’égare moins dans la multitude de trips qui visaient à accrocher coûte que coûte le public …. par un humour très foutre-pipi-caca, faute de pire. “Alestorm” a partiellement répondu à mes attentes, que pour mieux révéler sa fragilité et son dépassement actuel. Inutile de trop s’attarder sur un cadavre, juste pour y prélever quelques pièces.

12/20

 

 

You must be logged in to post a comment.