August 31st, 2007

Eclectika : The Last Blue BirdHeu… Comment dire… Enfin… Mouais. Oui, voilà, mouais. C’est très bien, mouais, ça colle parfaitement à ce disque.

Oui, bon, j’ai un peu grillé le suspense avec cette introduction phénoménale, mais il faut m’excuser, c’était un réflexe naturel. DONC, parlons un peu d’Eclectika, histoire d’expliquer le pourquoi de cette entrée en matière.

Comme le laisse supposer le nom du groupe, on n’a pas affaire à un objet particulièrement facile à classer. Influences thrash, influences death, chant black, vocaux féminins heavenly, métal atmosphérique, tout y passe. Mais attention. Le groupe n’a pas pris le meilleur de ces styles, loin de là. Le disque alterne des pistes (un peu) rentre-dedans avec des morceaux beaucoup plus ambiants. On va des nappes (Asylum 835) aux parties de gratte aérienne (les Arcanes du Bien Être) en passant par les bidouillages sonores (Behind Antares) pour les morceaux calmes, et on va du mélodique au bourrin pour le reste. Et le résultat est là : on a un effet patchwork mal foutu. La succession des titres se fait sans grande cohérence, les pistes ambiantes se raccrochant mal aux autres (à moins que ce soit l’inverse, ce qui ne serait pas bon signe non plus, soit dit en passant).

Tiens, à propos de patchwork, parlons un peu de tout ce qui se range dans la catégorie vocale. Les grognements death manquent de force, le chant black est dany filthien par moments et trop aigu en général, très vite énervant. Quant au chant féminin, assuré par Alexandra Lemoine, il n’est pas mauvais. Juste mal exploité. Rajouté à des endroits qui n’en avaient aucun besoin. La demoiselle manque un peu d’assurance aussi. Voilà pour le chant, ça vole somme toute assez bas.

Ensuite, les instrus. Bon, avant tout, il faut parler de la production, sans quoi, je pourrais être de mauvaise foi. La production, donc, est affreusement mauvaise. Toutes les parties “métal” sont affreusement faiblement enregistrées. Pas la moindre once de puissance ne se dégage, les riffs sont complètement ramollis alors qu’un son plus percutant aurait pu révéler qu’ils ne sont pas si mal que cela. Et la boîte à rythmes est mise en retrait. Or, elle est bien programmée et l’avoir mise au même niveau que les grattes n’aurait pas choqué du tout. Bref, les choix de production sont des plus contestables.

Donc, forcément, les titres ambiants s’en sortent mieux. Enfin, sauf les passages à la gratte aérienne, qui rappellent beaucoup un élève guitariste occupé à rejouer un même enchaînement de base. Donc des passages ennuyeux (les Arcanes du Bien-Être saoule assez vite, et réentendre le même son sur Underhand Sophist ne sauve rien).

Bon, j’arrête de râler. Il y a quand même des choses bien, là dedans, non ? Certes. Les deux morceaux lorgnant vers le dark ambiant (Asylum 835 et Behind Antares) éveillent l’intérêt. La présence d’un guitariste soliste sur The Last Blue Bird et Equarrissage qui fait un très beau travail (surtout sur le premier des deux titres en question) nous amène à regretter que le sieur Vincent Valenti ne soit pas membre à part entière du groupe vu qu’il est franchement doué. D’ailleurs Equarrissage est un morceau qui s’en sort plutôt bien en comparaison avec le reste des morceaux métal, si on oublie les screams black insupportables… Autre chose ? Oui, on peut à la rigueur dire que la ballade Shibuya est un morceau valable, même si encore un peu maladroit. Ah, et puis la volonté de sortir des sentiers battus est louable.

Voilà. Ces derniers points ne préservent pas ce Last Blue Bird de l’ennui profond qu’il m’inspire, mais sauvent tout de même un peu les meubles. Eclectika a encore beaucoup de chemin à faire, j’en ai peur.

August 31st, 2007

Torturium : Black Lunatic ChaosTorturium est un groupe bosseur. Un an après son premier album, trois splits réalisés, voici déjà Black Lunatic Chaos, deuxième véritable album du groupe. Le sieur War Torech signe ici un disque on ne peut plus classique : un black métal true, raw, dégueulasse, sans concession, dans la plus pure veine finlandaise.

Tout y est. Guitares agressives au son très gras, batterie furieuse et aux rythmiques simples, voix complètement démente. Compositions longues et pas progressives pour un sou. vous l’aurez compris, Black Lunatic Chaos n’a rien d’une promenade de santé dans de verts et bucoliques paysages chantants.

Alors ? True pourri ou true transcendant ? Comme le savent sans doute ceux qui me lisent assez régulièrement, je ne suis pas particulièrement amateur de ce genre de black extrémiste dans sa démarche musicale. Mais là, pas de doutes, je me dois de m’incliner. On tient un disque qui a une essence fabuleuse. Un disque douloureux, barbare, qui fait peur aux voisins, fait tourner le lait, brise l’encéphale en mille et laisse l’auditeur averti pantelant, un filet de bave coulant au coin des lèvres et un sourire béat sur la figure.

Le son du disque est énorme. La production se veut bien évidemment proche d’un son horrible et réussit très bien de ce côté-là. Et pourtant, on comprend tout. On n’a pas une de ces bouillies qu’on pouvait entendre sur les premières démos d’Emperor. Une des guitares grésille sérieusement en toile de fond, mais la seconde se découpe très nettement, on on suit les notes avec facilité sans pour autant se rendre compte que c’est plus propre qu’on ne pouvait le penser. Et on entend bien ce que fait la basse (enfin, bien, je veux dire bien pour un disque de black pur), d’ailleurs très plaisante dans sa manière de supporter le morceau. Les hurlements aigus, teintés d’une folie très particulière, monolithiques, sont traités avec un son sombre mais distinct. Quand à la batterie, elle claque justement, assez en retrait, d’un son sec et pas franchement résonnant, comme on peut entendre sur des productions true classiques.

Et malgré tout ça, le son est sans concession, d’une obscurité abyssale, doublé d’un fond grésillant continu. On comprend tout, on entend tout, mais Torturium ne met pour autant pas d’eau dans son vin, cela ne nous prive pas de cette bonne vieille sensation de crasse monumentale.

Les chansons sont furieuses, oscillant comme souvent entre des passages frénétiques, et (surtout) des tempos légèrement plus lents, qui n’en sont pas moins chargés de haine. Et d’ailleurs, sont sans doute plus efficaces : plus découpées, les rythmiques gagnent en impact et on ressent mieux cette sensation d’écrasement, de lourdeur infecte qui pèse sur tout le disque.

Torturium nous propose donc un opus de black qu’on pourrait qualifier de transcendantal, qui, épuré à l’extrême, approche une sorte de pureté inversée, et frôle l’essence suprême du black métal. Alors, forcément, ce disque s’adresse avant tout aux plus malades d’entre nous, aux blackeux extrémistes avant tout. Âmes sensibles s’abstenir. Mais pour tous ceux qui auraient de toutes façons déjà perdu pas mal de neurones sur des opus du genre ou voudraient se risquer sur ces terres malsaines, n’hésitez pas : Black Lunatic Chaos est un disque à avoir subi absolument. Un monument du genre.

August 31st, 2007

Eclectika : The Last Blue BirdHeu… Comment dire… Enfin… Mouais. Oui, voilà, mouais. C’est très bien, mouais, ça colle parfaitement à ce disque.

Oui, bon, j’ai un peu grillé le suspense avec cette introduction phénoménale, mais il faut m’excuser, c’était un réflexe naturel. DONC, parlons un peu d’Eclectika, histoire d’expliquer le pourquoi de cette entrée en matière.

Comme le laisse supposer le nom du groupe, on n’a pas affaire à un objet particulièrement facile à classer. Influences thrash, influences death, chant black, vocaux féminins heavenly, métal atmosphérique, tout y passe. Mais attention. Le groupe n’a pas pris le meilleur de ces styles, loin de là. Le disque alterne des pistes (un peu) rentre-dedans avec des morceaux beaucoup plus ambiants. On va des nappes (Asylum 835) aux parties de gratte aérienne (les Arcanes du Bien Ã?tre) en passant par les bidouillages sonores (Behind Antares) pour les morceaux calmes, et on va du mélodique au bourrin pour le reste. Et le résultat est là : on a un effet patchwork mal foutu. La succession des titres se fait sans grande cohérence, les pistes ambiantes se raccrochant mal aux autres (à moins que ce soit l’inverse, ce qui ne serait pas bon signe non plus, soit dit en passant).

Tiens, à propos de patchwork, parlons un peu de tout ce qui se range dans la catégorie vocale. Les grognements death manquent de force, le chant black est dany filthien par moments et trop aigu en général, très vite énervant. Quant au chant féminin, assuré par Alexandra Lemoine, il n’est pas mauvais. Juste mal exploité. Rajouté à des endroits qui n’en avaient aucun besoin. La demoiselle manque un peu d’assurance aussi. Voilà pour le chant, ça vole somme toute assez bas.

Ensuite, les instrus. Bon, avant tout, il faut parler de la production, sans quoi, je pourrais être de mauvaise foi. La production, donc, est affreusement mauvaise. Toutes les parties “métal” sont affreusement faiblement enregistrées. Pas la moindre once de puissance ne se dégage, les riffs sont complètement ramollis alors qu’un son plus percutant aurait pu révéler qu’ils ne sont pas si mal que cela. Et la boîte à rythmes est mise en retrait. Or, elle est bien programmée et l’avoir mise au même niveau que les grattes n’aurait pas choqué du tout. Bref, les choix de production sont des plus contestables.

Donc, forcément, les titres ambiants s’en sortent mieux. Enfin, sauf les passages à la gratte aérienne, qui rappellent beaucoup un élève guitariste occupé à rejouer un même enchaînement de base. Donc des passages ennuyeux (les Arcanes du Bien-Ã?tre saoule assez vite, et réentendre le même son sur Underhand Sophist ne sauve rien).

Bon, j’arrête de râler. Il y a quand même des choses bien, là dedans, non ? Certes. Les deux morceaux lorgnant vers le dark ambiant (Asylum 835 et Behind Antares) éveillent l’intérêt. La présence d’un guitariste soliste sur The Last Blue Bird et Equarrissage qui fait un très beau travail (surtout sur le premier des deux titres en question) nous amène à regretter que le sieur Vincent Valenti ne soit pas membre à part entière du groupe vu qu’il est franchement doué. D’ailleurs Equarrissage est un morceau qui s’en sort plutôt bien en comparaison avec le reste des morceaux métal, si on oublie les screams black insupportables… Autre chose ? Oui, on peut à la rigueur dire que la ballade Shibuya est un morceau valable, même si encore un peu maladroit. Ah, et puis la volonté de sortir des sentiers battus est louable.

Voilà. Ces derniers points ne préservent pas ce Last Blue Bird de l’ennui profond qu’il m’inspire, mais sauvent tout de même un peu les meubles. Eclectika a encore beaucoup de chemin à faire, j’en ai peur.

August 29th, 2007

Southern Cross (CAN) : Rise AboveAh, tiens. Lorsque j’ai ouvert mon colis de disques à chroniquer, j’ai été un peu surpris, au vu de la pochette (signée Tarquin, d’ailleurs, pour la petite histoire). On n’aurait pas dit du black, vu comme ça. Du death plutôt. Bon, je mets le disque dans ma platine. J’ai perdu. C’était du power thrash. Avec des traces heavy et progressives. Je crois que c’est à peu près tout. Bah, je suis capable de chroniquer ce genre d’album aussi, gênons-nous.

Alors, Southern Cross, ça a quoi dans le ventre ? Des rythmiques béton, pour commencer. Une guitare rythmique au son assez sec, très saccadée par moments et, comme je le disais, parfois bien marquée thrash lorgnant un peu sur le heavy par moments. Une guitare solo qui assure de bien beaux passages de lead, ici résolument heavy. Une batterie pas mauvaise mais qui ne fait pas grand-chose d’autre qu’appuyer les plans de la guitare rythmique, on regrettera un peu que le batteur ne se soit pas plus lâché par moments, parce qu’il a l’air capable de le faire. La basse ne s’exprime pas beaucoup plus mais on leur pardonnera. Un synthétiseur qui oscille entre partitions classiques (piano/cordes principalement) et d’autres plus modernes, le genre de choses qu’on pourrait trouver dans un Dream Theater. Ses interventions sont distillées avec soin et bien intégrées aux compos, pas grand-chose à dire de ce côté là. Et puis un chanteur. Et c’est là que le bât commence à blesser sérieusement. Le sieur David Lizotte travaille dans plusieurs registres différents, et réussit très différemment dans chaque, étrangement. Les voix graves et très rythmées, marquées du sceau thrash (You Shall Be Dead en tête) sont parfaites et prennent bien aux tripes. Le registre clair, un peu épique, n’est pas mauvais non plus même s’il ne casse pas la baraque. Par contre, le registre émotif est à pleurer, mais pas pour la bonne raison. Le chanteur geint et ça fait très mal aux oreilles. D’ailleurs, quelques autres des montées dans les aigus ont tendance à finir sur un couac quelque peu désagréable. Bref, le chant, s’il n’est pas entièrement raté, s’avère plusieurs fois énervant voir désagréable, et c’est bien dommage. Surtout quand on voit comment les parties plus pêchues sont assurées.

Bon, oublions un peu le chanteur. Rien de révolutionnaire dans la musique de Southern Cross. Son power un peu progressif (on n’a pas affaire à un déluge de plans sur-compliqués pour autant, mais ça reste très sensible) prend des influences un peu partout. Pour parler en matière de grands noms puisque je suis loin d’être un expert en la matière, on trouve des choses qui rappellent Rhapsody (pas beaucoup cependant, mais ça s’entend parfois), d’autres qui lorgnent vers Dream Theater (je pense à Pale qui m’a quand même pas mal rappelé les américains en question). Un petit quelque chose de Savatage aussi. Mais au final, la synthèse est bien faite, et on oublie assez vite cette première impression. Southern Cross s’inspire sans plagier, et ça, c’est bien.

On trouve des morceaux très plaisants dans cet album, tout particulièrement l’entrée en matière bien foutue You Shall Be Damned ou l’excellent Pale (si on excepte le couac aigu des premières minutes). D’autres sont moins remarquables comme Never Dare Say Ou Rise Above. Et puis il y a la ballade. This World Was Just A Dream aurait pu être un bon morceau si David Lizotte avait pensé à ne pas chanter. Mais là, il est au pire de sa forme. Ses vocaux montent et descendent de manière parfaitement inutile. Au lieu d’aller à l’émotion, il se perd dans un labyrinthe technique qu’il ne maîtrise pas du tout. Dur.

Au final Southern Cross signe avec Rise Above un album non négligeable, mais qui ne fera pas vraiment date, n’apportant pas la révolution ni la maîtrise totale pour se dégager franchement des sorties du genre. Pour autant, on peut dire que le groupe, encore jeune, a certainement un bel avenir. Si le chanteur voulait bien soigner plus ses parties les moins couillues/thrash ou les oublier complètement, la maturité aidant, le prochain opus du groupe pourrait bien casser la baraque A surveiller, donc, parce que le potentiel est là, même s’il n’est pas encore totalement épanoui. Mention spéciale au gratteux, qui assure ses parties avec talent.

August 29th, 2007

Fornication (FRA) : D N HateFornication, avec un nom aussi romantique, aurait pu être un album de grind. L’artwork sanglant pourrait laisser penser à un grind gore, plus précisément. Sauf que le sang est répandu sur une surface blanche, clinique. Le mot industriel monte à l’esprit. Et, d’une certaine manière, on effleure enfin la vérité. Fornication fait du black, du black moderne plus précisément, légèrement teinté d’industriel dans certaines structures, dans certains plans de batterie, dans certains plans de gratte (dans The Unspeakable tout particulièrement). Bon, c’est pas du Thorns, non plus, hein, c’est discret.

Alors oui, je parlais de blancheur clinique. Le son est relativement propre, comme on peut s’en douter, on est loin de déluges de sons crasseux. Mais ça reste du black, la crasse venant tout particulièrement des vocaux. Les guitares sont incisives, frénétiques, changent de rythmique avec aisance, créant des morceaux recherchés qui ne font pas dans la facilité. Pourtant, le style reste très direct et accroche immédiatement, sachant donner une ligne cohérente qui fait que l’auditeur n’est jamais perdu au chÅ“ur des compostions en volutes. Le chant y est d’ailleurs pour beaucoup. S’il n’a pas grand-chose d’original, une bonne vieille voix black éraillée et aiguë, qui ne change pratiquement pas de registre, on ne peut pas nier son efficacité : elle finit de lier les compositions en plus d’être plutôt bien exécutée. La batterie quant à elle assure un travail monstrueux – pour ceux qui l’ignoraient, l’ex batteur d’Enthroned et de Seth, ici aux fûts, n’est pas franchement le premier venu. Une furie technique très recherchée, pleine de beaux roulements, de cymbales frappées à toute vitesse et d’enchaînements bien foutus. La production est parfaite, laissant complètement s’exprimer la batterie sans pour autant noyer la composition sous son déluge martial, et son son quelque peu assombri rappelle les racines true dont le groupe s’éloigne clairement sans les renier pour autant. D’ailleurs, en plus de la recherche quelque peu industrielle, l’aspect technique du tout laisse à penser qu’un peu de death s’est incrusté dans les compositions, et on n’a pas tout à fait tort quand on se dit cela. Rajoutez encore des soli, rares mais bien travaillés (le court passage de Bloody Exctasy vaut le détour) et deux splendides intermèdes au piano (Magia Sexualis et Unreal Melody) et une volonté presque progressive dans les cassures des morceaux. Vous obtenez un disque indéniablement bon.

Parlons du grand « mais » de ce disque. Trente cinq minutes, voilà la plus grande tare. Quand on compte presque six minutes d’intermèdes ambiants industriels et piano, on se retrouve avec cinq titres concrets pour 29 minutes de matière. Vu la qualité, c’est franchement trop court (comprenez que je ne dénigre pas l’intérêt desdits intermèdes, bien au contraire, ils apportent une dimension très plaisante au disque). Un petit cinquante minutes n’aurait pas fait de tort au groupe. Pour le reste, je ne vois pas, l’opus est excellent. Ah si, les paroles de certaines chansons ne sont pas particulièrement fameuses (surtout The Hand of Death en fait) alors que d’autres montrent que le groupe sait écrire des choses plus intéressantes (le romantisme morbide de Bloody Ecstasy ne plaira pas à tout le monde mais s’en sort très bien). Voilà, j’ai fait le tour des défauts.

En bref, une très bonne sortie. D N Hate ne plaira sans doute pas aux plus puristes des amateurs de black, mais pour les autres, il y a matière à se mettre dans les oreilles. Bonne surprise. A écouter tout particulièrement : The Hand Of Death, The Unspeakable.

August 29th, 2007

Rise AboveAh, tiens. Lorsque j’ai ouvert mon colis de disques à chroniquer, j’ai été un peu surpris, au vu de la pochette (signée Tarquin, d’ailleurs, pour la petite histoire). On n’aurait pas dit du black, vu comme ça. Du death plutôt. Bon, je mets le disque dans ma platine. J’ai perdu. C’était du power thrash. Avec des traces heavy et progressives. Je crois que c’est à peu près tout. Bah, je suis capable de chroniquer ce genre d’album aussi, gênons-nous.

Alors, Southern Cross, ça a quoi dans le ventre ? Des rythmiques béton, pour commencer. Une guitare rythmique au son assez sec, très saccadée par moments et, comme je le disais, parfois bien marquée thrash lorgnant un peu sur le heavy par moments. Une guitare solo qui assure de bien beaux passages de lead, ici résolument heavy. Une batterie pas mauvaise mais qui ne fait pas grand-chose d’autre qu’appuyer les plans de la guitare rythmique, on regrettera un peu que le batteur ne se soit pas plus lâché par moments, parce qu’il a l’air capable de le faire. La basse ne s’exprime pas beaucoup plus mais on leur pardonnera. Un synthétiseur qui oscille entre partitions classiques (piano/cordes principalement) et d’autres plus modernes, le genre de choses qu’on pourrait trouver dans un Dream Theater. Ses interventions sont distillées avec soin et bien intégrées aux compos, pas grand-chose à dire de ce côté là. Et puis un chanteur. Et c’est là que le bât commence à blesser sérieusement. Le sieur David Lizotte travaille dans plusieurs registres différents, et réussit très différemment dans chaque, étrangement. Les voix graves et très rythmées, marquées du sceau thrash (You Shall Be Dead en tête) sont parfaites et prennent bien aux tripes. Le registre clair, un peu épique, n’est pas mauvais non plus même s’il ne casse pas la baraque. Par contre, le registre émotif est à pleurer, mais pas pour la bonne raison. Le chanteur geint et ça fait très mal aux oreilles. D’ailleurs, quelques autres des montées dans les aigus ont tendance à finir sur un couac quelque peu désagréable. Bref, le chant, s’il n’est pas entièrement raté, s’avère plusieurs fois énervant voir désagréable, et c’est bien dommage. Surtout quand on voit comment les parties plus pêchues sont assurées.

Bon, oublions un peu le chanteur. Rien de révolutionnaire dans la musique de Southern Cross. Son power un peu progressif (on n’a pas affaire à un déluge de plans sur-compliqués pour autant, mais ça reste très sensible) prend des influences un peu partout. Pour parler en matière de grands noms puisque je suis loin d’être un expert en la matière, on trouve des choses qui rappellent Rhapsody (pas beaucoup cependant, mais ça s’entend parfois), d’autres qui lorgnent vers Dream Theater (je pense à Pale qui m’a quand même pas mal rappelé les américains en question). Un petit quelque chose de Savatage aussi. Mais au final, la synthèse est bien faite, et on oublie assez vite cette première impression. Southern Cross s’inspire sans plagier, et ça, c’est bien.

On trouve des morceaux très plaisants dans cet album, tout particulièrement l’entrée en matière bien foutue You Shall Be Damned ou l’excellent Pale (si on excepte le couac aigu des premières minutes). D’autres sont moins remarquables comme Never Dare Say Ou Rise Above. Et puis il y a la ballade. This World Was Just A Dream aurait pu être un bon morceau si David Lizotte avait pensé à ne pas chanter. Mais là, il est au pire de sa forme. Ses vocaux montent et descendent de manière parfaitement inutile. Au lieu d’aller à l’émotion, il se perd dans un labyrinthe technique qu’il ne maîtrise pas du tout. Dur.

Au final Southern Cross signe avec Rise Above un album non négligeable, mais qui ne fera pas vraiment date, n’apportant pas la révolution ni la maîtrise totale pour se dégager franchement des sorties du genre. Pour autant, on peut dire que le groupe, encore jeune, a certainement un bel avenir. Si le chanteur voulait bien soigner plus ses parties les moins couillues/thrash ou les oublier complètement, la maturité aidant, le prochain opus du groupe pourrait bien casser la baraque A surveiller, donc, parce que le potentiel est là, même s’il n’est pas encore totalement épanoui. Mention spéciale au gratteux, qui assure ses parties avec talent.

August 21st, 2007

Boris : Heavy RocksPuisque je suis lancé dans les chroniques pour Boris, je ne vais pas m’arrêter en si bon chemin. Voici donc Heavy Rocks, album dont le nom ne trompe pas le moins du monde sur le contenu. C’est rock et c’est pesant. Cet album est à rapprocher le la partie discographique des japonais composée par Akuma No Uta et Pink, dont il est le plus qu’honorables prédécesseurs. A vrai dire, il est même probablement meilleur que ces deux albums.

En mettant l’oreille sur ce disque, il faut s’attendre à une très forte influence rock shootée, jouée avec un son de sludge gras -le son Boris pour ceux qui ne suivent pas-, a une frénésie ambiante déjantée, à quelques passages plus sombres et lourds se rapprochant du doom, à des bidouillages sonores décalés. Et pourtant, malgré tout ça, ce disque est sans doute le plus direct de Boris, le plus simple d’accès. Moins de juxtapositions hasardeuses que dans Pink, pas de titres surchaotiques et assommants comme Ibitsu et Furi sur Akuma No Uta. Et pas de folies sonores déchirantes à la Feedbacker 4, ou encore à la Absolugeto. Un amateur de rock bien rentre dedans devrait pouvoir aimer ce disque, s’il fait l’effort de l’écouter vraiment.

On commençe sur une intro doom/rock’n'roll (si, si) envoûtante (Heavy Friends) pour débarquer sur le survolté Korosu, qui va sans doute provoquer quelques réactions horrifiées au premier abord (pour avoir entendu le morceau auparavant, je sais que ma réaction était un peu moyenne au début, mais en réécoutant deux ou trois fois, on apprend à l’apprécier pour ce qu’il est, une bonne plage frénétique bien travaillée). On note que pour la première fois dans l’histoire de Boris, on se trouve en face d’un VRAI CHANT, tenu par Takeshi, qui nous livre une prestation claire criée un peu choquante au premier abord, mais qui finit largement par convaincre, surtout quand on a entendu les bouts de chorus insipides de Flood. Et puis le japonais passe ici comme une lettre à la poste, ce qui est plutôt rare quand on entend certains groupes de Visual Key… On enchaîne sur le duo Dyna-Soar et Wareruride, les deux morceaux les plus bidouillés du disque, parcourus de larsens et autres, ce qui en fait des compos touffues et tarabiscotées, complètement jetées et broyeuses de neurones. Le disque a l’intelligence ne ne pas infliger un troisième morceau de la sorte, nous laissant gavés mais pas trop, enchaînant avec Soft Hedge, morceau ambiant ou le son gras s’écarte un peu pour laisser tout le champ libre au jeu ambiant et sensible de Wata, qui rafraîchit le cerveau en surchauffe sans se départir du petit goût de chaos qui accompagne le groupe partout.

Le rock gras rentre-dedans reprend de suite du service, Rattlesnake réouvrant les hostilités sans les arrangements tortueux développés dans Dyna-Soar et Wareruride, pour déboucher sur le nettement plus posé Death Walley, d’une relative lenteur, ou la ténébreuse basse de Takeshi se tait pour laisser des bidouillages sonores papillonants accompagner son chant résonnant. Avant que la basse revienne, sur un petit plan groovy surprenant et rafraîchissant, et que le morceau s’achève sur une nouvelle explosion sonore.

Koei continue dans la lignée du rock/sludge, éclaircissant un peu le son (mais juste un peu, on entend quand même clairement les notes que joue la basse, ça, c’est un signe). Puis surgit Kane, pièce de huit minutes qui ralentit franchement, retrouvant cet étrange mélange doom/rock’n'roll qui faisait le charme du premier morceau; on retrouve la voix d’Atsuo qui vient se mêler à celle de Takeshi pour des chorus plaisants.

1970 clôt l’album sur une nouvelle plage de rock gras, morceau qui est le seul dont le disque aurait pu se passer. il aurait peut-être mieux valu prolonger la fin de kane pour clore l’album sur elle. N’empêche que le morceau reste assez bon, lui aussi. Tout de même le plus faible du disque.

On se retrouve donc avec un disque extrêmement touffu, et qui pourrait bien être indigeste. mais le savoir faire de Boris est ici à son sommet et à l’opposé de Pink, la construction est on ne peut plus juste: une montée en puissance débridée qui va vers l’annihilation complète, puis une passage calme qui ramène vers une nouvelle structure frénétique, elle même se perdant peu à peu dans une piste plus ambiante. Tout cela fait qu’on respire juste quand il le faut, et que l’on peut jouir de tout le travail fourni sans finir la tête comme une citrouille. D’aucun le trouveront quand même indigeste, mais ça n’est pas mon cas, loin de là.

A noter que cet album est, avec Feedbacker, celui ou Wata s’exprime le plus, et cela se sent. Ses solos et ses parties contemplatives sont à se rouler par terre, d’une maîtrise impressionnante et d’une efficacité imparable. L’album mérite quelques écoutes attentives rien que pour elle et son jeu vraiment unique, ici exprimé à son plein potentiel. Et en plus elle est plutôt mignonne, ce qui ne gâche rien (oups, pardon, oubliez cette dernière remarque, ça manque un peu d’objectivité et n’a pas grand rapport avec ses talents de musicienne).

A noter encore, cet album est dédicacé à la marque d’amplis Orange que Boris a en affection, comme le prouve la couverture… orange… et un petit passage de narration dans Heavy Friends.

Un disque vraiment à part, et qui se trouve être le meilleur des essais rock crasseux de Boris. Et puis ces solos, raaaah.

August 20th, 2007

Boris : FloodEtant fanatique inconditionnel (enfin presque) de Boris, je trouvais triste de laisser certaines de leurs productions sans chronique. Le problème étant que leurs disques les plus directement passionnants, j’ai nommé le généralissime Feedbacker et le complètement décalé Amplifier Worship ayant déjà été chroniqués par le très diligent Svartolycka, il reste deux choses: les bons disques, Heavy Rocks en tête, Pink et Akuma No Uta pas très loin derrière. Et… Les choses qui fleurent un peu la bouse, mine de rien. Bon, commençons par ça, alors, je n’en aurais que plus de plaisir à encenser certains autres des disques de cette entité anormale et passionnante qu’est Boris.

Flood est, en quelque sorte, un prémice annonçant le chef d’oeuvre ultime qu’est Feedbacker. Un disque qui joue avant tout sur une ambiance, une ambiance cherchant la beauté, sans s’épurer complètement des visages chaotiques du sludge et du drone, se tirant en longueur, se développant avec une lenteur extrême et des boucles interminables. Bref, tout ça rappelle fortement ne serait-ce que les deux premiers morceaux de Feedbacker (qui représentent plus de la moitié du disque en question). Sauf qu’ici, on n’est pas emporté. On reste à terre, on écoute, ou croit s’envoler une fois de temps en temps avant de replonger. Le plaisirographe ne tressaute pas, il frémit à peine, par intermittences.

La faute à quoi? Eh bien, Flood est une oeuvre qui se veut une ode au minimalisme musical. Et c’est définitivement TROP minimaliste.

On entame cette galette de près de 70 minutes par une guitare jouant une rythme répétitif et pas franchement hypnotique (pas comme celui qu’on peut entendre sur l’Europe de Noir Désir par exemple, oui, je tire mes références d’où je veux, d’abord, c’est ma chronique, na). Une deuxième guitare joue vite en canon et un ton en dessous, apportant un peu de chaos. Ca pourrait aller si ça ne faisait pas DIX minutes. DIX minutes de ce même son. Une petite variation nait de temps à autre avec l’entrée de la batterie d’Atsuo, qui s’est pris une superbe distorsion “résonnance sub-aquatique” du plus bel effet et qui, après s’être présentée, envahit tout l’univers sonore pour nous asséner cinq minutes caverneuses et franchement orgasmiques, seulement gâtées par… Eh oui, ce rythme répétitif à la guitare. Et pourtant, un même bruit répété sans fin, ils avaient réussi cela de manière efficace sur Absolugeto, où leur boucle sonore de fin de morceau, parfaitement atroce, laissait le spectateur bavant et abasourdi et -s’il était un peu masochiste, certes- comblé. Mais là, rien. Bref, à retenir, la batterie et les distorsions, et huit/dix minutes qu’on zappera souvent en mettant le disque.

Vu la sombre performance sonore de la fin du morceau, on s’attend, quand on connaît le groupe, à un déluge dronesque. Maaaais non, c’est raté. Le deuxième morceau s’ouvre sur le jeu de batterie le plus minimaliste du monde. Un roulement doux, un coup de caisse claire, un petit roulement, un coup de caisse claire… Puis, quelques petits pincements de cordes post-post-rock si vous me passez l’expression. Décrire ce morceau est très dur, puisqu’il s’agit uniquement de petites incursions de gratte aérienne venant perturber légèrement une nappe sonore constante et répétitive. Mais là, ça marche. Wata seule est aux commandes, et connaissant la sensibilité de la guitariste pour les morceaux purement ambiants, on obtient un résultat apaisant, caressant, le genre de morceau qu’on écoute dans le noir, étendu sur son lit, avec un grand sourire gaga sur les lèvres.

Bon. Troisième mouvement. On retrouve ces petits pincements de cordes nostalgiques, et la magie continue d’opérer… Mais pas longtemps. l’alchimie n’est plus la même, la guitare de Wata se fait presque inexistante, nous laissant presque seuls façe à ce rythme qui commence à endormir sérieusement après l’avoir entendu tourner quelque temps. Puis, là, tout d’un coup, on se réveille. Le premier son de guitare grasse arrive enfin, 35 minutes après le début du disque. Et, enfin, nous libérant de ce rythme lancinant, arrive le déluge sludge/doom. L’entrée en matière défonce le crâne comme il faut, c’est un vrai plaisir que d’entendre la batterie d’Atsuo lancer cette partie du morceau. Pour la suite, eh bien… C’est étrangement assez décevant. C’est… Mélodique. Bon, vous me direz, ce n’est pas un mal en soi, mais, ça ne correspond pas franchement au style utilisé. Et c’est fait sans le charme d’un Farewell. Des choeurs clairs apparaissent et tapent à côté de la plaque. La deuxième partie se fait plus chaotique (bien) mais pêche par un côté: ceci est un morceau de Boris reconnaissable entre mille mais sans personnalité. Quant à la troisième, c’est une boucle répétitive pas particulièrement monstrueuse. Reste les petites montées en puissance sympathiques, un beau coup de gong. Bref, un passage gras, le seul du disque, et un passage hésitant entre commun et mauvais. Dommage.

Dernier morceau. La boucle de fin du titre précédent continue de tourner sur la basse de Takeshi, pendant que des sons aquatiques se construisent vaguement autour. Il me semble avoir déjà dit que cette boucle n’avait rien de phénoménal, eh bien, passer d’une boucle craspec moyenne à une boucle de basse claire toute propre, ça n’arrange rien. Le morceau serait probablement mieux sans, laissé à son côté complètement informe, mais se retrouve bridé par ce semblant de structure qui tape sur les nerfs. La seconde partie du morceau est faite de quelques nappes industrielles discrètes et mourantes, qui n’ont pas la sensibilité exacerbée des légers soubresauts drones du premier mouvement de Feedbacker.

Bilan. On tient, au coeur de l’album, après la dixième minute, quelques vingt minutes franchement passionantes. Et, pour le reste, on a quelque chose qui va de “commun” à “nul” en passant par “sans intérêt”. Trop minimaliste et mal maîtrisé, Flood est l’Erreur de Boris, avec un grand E. Je suppose que les plus acharnés des minimalistes défendront tout de même ce disque, mais il faut vraiment être mordu pour y accrocher. Ca reste une toile de fond tout à fait acceptable pendant qu’on bosse, mais surement pas quelque chose pour laquelle on bloquera 70 minutes de son temps pour l’écouter au casque sans rien faire d’autre. Ayons le geste juste: sauvons l’excellent deuxième mouvement et ses 14 minutes qui méritent très largement le détour, au même titre qu’un deuxième mouvement de Feedbacker ou un A Bao Que. Le reste, adieu.

Sur ce, je m’en vais préparer des chroniques de vénération pour un autre album de Boris, parce que comme ils ne le montrent pas ici, ils le valent bien.

August 20th, 2007

Boris : FloodEtant fanatique inconditionnel (enfin presque) de Boris, je trouvais triste de laisser certaines de leurs productions sans chronique. Le problème étant que leurs disques les plus directement passionnants, j’ai nommé le généralissime Feedbacker et le complètement décalé Amplifier Worship ayant déjà été chroniqués par le très diligent Svartolycka, il reste deux choses: les bons disques, Heavy Rocks en tête, Pink et Akuma No Uta pas très loin derrière. Et… Les choses qui fleurent un peu la bouse, mine de rien. Bon, commençons par ça, alors, je n’en aurais que plus de plaisir à encenser certains autres des disques de cette entité anormale et passionnante qu’est Boris.

Flood est, en quelque sorte, un prémice annonçant le chef d’oeuvre ultime qu’est Feedbacker. Un disque qui joue avant tout sur une ambiance, une ambiance cherchant la beauté, sans s’épurer complètement des visages chaotiques du sludge et du drone, se tirant en longueur, se développant avec une lenteur extrême et des boucles interminables. Bref, tout ça rappelle fortement ne serait-ce que les deux premiers morceaux de Feedbacker (qui représentent plus de la moitié du disque en question). Sauf qu’ici, on n’est pas emporté. On reste à terre, on écoute, ou croit s’envoler une fois de temps en temps avant de replonger. Le plaisirographe ne tressaute pas, il frémit à peine, par intermittences.

La faute à quoi? Eh bien, Flood est une oeuvre qui se veut une ode au minimalisme musical. Et c’est définitivement TROP minimaliste.

On entame cette galette de près de 70 minutes par une guitare jouant une rythme répétitif et pas franchement hypnotique (pas comme celui qu’on peut entendre sur l’Europe de Noir Désir par exemple, oui, je tire mes références d’où je veux, d’abord, c’est ma chronique, na). Une deuxième guitare joue vite en canon et un ton en dessous, apportant un peu de chaos. Ca pourrait aller si ça ne faisait pas DIX minutes. DIX minutes de ce même son. Une petite variation nait de temps à autre avec l’entrée de la batterie d’Atsuo, qui s’est pris une superbe distorsion “résonnance sub-aquatique” du plus bel effet et qui, après s’être présentée, envahit tout l’univers sonore pour nous asséner cinq minutes caverneuses et franchement orgasmiques, seulement gâtées par… Eh oui, ce rythme répétitif à la guitare. Et pourtant, un même bruit répété sans fin, ils avaient réussi cela de manière efficace sur Absolugeto, où leur boucle sonore de fin de morceau, parfaitement atroce, laissait le spectateur bavant et abasourdi et -s’il était un peu masochiste, certes- comblé. Mais là, rien. Bref, à retenir, la batterie et les distorsions, et huit/dix minutes qu’on zappera souvent en mettant le disque.

Vu la sombre performance sonore de la fin du morceau, on s’attend, quand on connaît le groupe, à un déluge dronesque. Maaaais non, c’est raté. Le deuxième morceau s’ouvre sur le jeu de batterie le plus minimaliste du monde. Un roulement doux, un coup de caisse claire, un petit roulement, un coup de caisse claire… Puis, quelques petits pincements de cordes post-post-rock si vous me passez l’expression. Décrire ce morceau est très dur, puisqu’il s’agit uniquement de petites incursions de gratte aérienne venant perturber légèrement une nappe sonore constante et répétitive. Mais là, ça marche. Wata seule est aux commandes, et connaissant la sensibilité de la guitariste pour les morceaux purement ambiants, on obtient un résultat apaisant, caressant, le genre de morceau qu’on écoute dans le noir, étendu sur son lit, avec un grand sourire gaga sur les lèvres.

Bon. Troisième mouvement. On retrouve ces petits pincements de cordes nostalgiques, et la magie continue d’opérer… Mais pas longtemps. l’alchimie n’est plus la même, la guitare de Wata se fait presque inexistante, nous laissant presque seuls façe à ce rythme qui commence à endormir sérieusement après l’avoir entendu tourner quelque temps. Puis, là, tout d’un coup, on se réveille. Le premier son de guitare grasse arrive enfin, 35 minutes après le début du disque. Et, enfin, nous libérant de ce rythme lancinant, arrive le déluge sludge/doom. L’entrée en matière défonce le crâne comme il faut, c’est un vrai plaisir que d’entendre la batterie d’Atsuo lancer cette partie du morceau. Pour la suite, eh bien… C’est étrangement assez décevant. C’est… Mélodique. Bon, vous me direz, ce n’est pas un mal en soi, mais, ça ne correspond pas franchement au style utilisé. Et c’est fait sans le charme d’un Farewell. Des choeurs clairs apparaissent et tapent à côté de la plaque. La deuxième partie se fait plus chaotique (bien) mais pêche par un côté: ceci est un morceau de Boris reconnaissable entre mille mais sans personnalité. Quant à la troisième, c’est une boucle répétitive pas particulièrement monstrueuse. Reste les petites montées en puissance sympathiques, un beau coup de gong. Bref, un passage gras, le seul du disque, et un passage hésitant entre commun et mauvais. Dommage.

Dernier morceau. La boucle de fin du titre précédent continue de tourner sur la basse de Takeshi, pendant que des sons aquatiques se construisent vaguement autour. Il me semble avoir déjà dit que cette boucle n’avait rien de phénoménal, eh bien, passer d’une boucle craspec moyenne à une boucle de basse claire toute propre, ça n’arrange rien. Le morceau serait probablement mieux sans, laissé à son côté complètement informe, mais se retrouve bridé par ce semblant de structure qui tape sur les nerfs. La seconde partie du morceau est faite de quelques nappes industrielles discrètes et mourantes, qui n’ont pas la sensibilité exacerbée des légers soubresauts drones du premier mouvement de Feedbacker.

Bilan. On tient, au coeur de l’album, après la dixième minute, quelques vingt minutes franchement passionantes. Et, pour le reste, on a quelque chose qui va de “commun” à “nul” en passant par “sans intérêt”. Trop minimaliste et mal maîtrisé, Flood est l’Erreur de Boris, avec un grand E. Je suppose que les plus acharnés des minimalistes défendront tout de même ce disque, mais il faut vraiment être mordu pour y accrocher. Ca reste une toile de fond tout à fait acceptable pendant qu’on bosse, mais surement pas quelque chose pour laquelle on bloquera 70 minutes de son temps pour l’écouter au casque sans rien faire d’autre. Ayons le geste juste: sauvons l’excellent deuxième mouvement et ses 14 minutes qui méritent très largement le détour, au même titre qu’un deuxième mouvement de Feedbacker ou un A Bao Que. Le reste, adieu.

Sur ce, je m’en vais préparer des chroniques de vénération pour un autre album de Boris, parce que comme ils ne le montrent pas ici, ils le valent bien.

August 18th, 2007

Stillste Stund : BiestblutBon, je préviens tout de suite, ce disque n’a de métal que les influences gothic qui traînent dans la musique de Stillste Stund. Ne vous attendez pas à entrendre parler grosses guitares, riffs acérés et blasts à tout va. Bon, ceci étant posé, parlons donc de ce Biestblut.

Sillste Stund est donc un duo allemand bien peu connu (et c’est bien dommage), dont la production fleure bon la darkwave, l’électro, le goth. Et puis, le classique aussi, sur cet album tout particulièrement. Il est des disques atypiques s’il en est, et Biestblut rentre parfaitement dans cette catégorie, même comparé au reste de la carrière du groupe.

Imaginez une pièce avec une introduction et une conclusion, et entre les deux 6 actes de trois ou quatre morceaux. Dans chaque acte, on trouve un morceau clairement orienté électro/industriel, le genre de prédilection de Stillste Stund, pour des morceaux cycliques et assez expérimentaux, alliant percussions et beats presque techno à des bidouillages électroniques. Et, pour les autres morceaux, prévoyez de très courtes pistes traînant dans les deux minutes trent/trois minutes, entièrement symphoniques. Violons en nappes, noirs, parfois dormants, parfois frémissants, épiques, dissonant, et réghulièrement doublés de cuivres pompeux, de hautbois et de flûtes. Morceaux qui se suivent très rapidement, se ressemblent assez souvent tout en gardant chacun une identité propre.

Le mélange est à priori des plus improbables, surtout quand on sait qu’au coeur de l’OVNI traîne encore un morceau OVNI, Wo Die Wirklichkeit Schweigt, qui ne révèle que très tard son affiliation électro, préférant un son presque folk, à la guitare sèche et au piano. Bref, le cocktail est explosif, et les rapprochements entre les morceaux classiques et électro pourraient faire très mal aux oreilles. Ce qui n’est, en fait, pas le cas.

Grâce à quoi? Premièrement, au chant. Enfin, chant, il s’agit la plupart du temps, en tout cas sur les morceaux dits classiques, d’une narration grave et rythmée, tout en allemand, avec une alternance de voix masculine et de voix féminine déformée électroniquement. Traversant tous les morceaux, même si se faisant un peu plus chantant sur les morceau électro, ce duo de chant fait lien, et gomme beaucoup les accrocs possibles du disque. En plus, c’est un travail vocal des plus atypiques autant qu’intéressant. ensuite, les morceaux se recoupent toujours un peu. Une piste classique a presque systématiquement quelques percussions industrielles, une très légère touche de sonorités électro. De même que l’on retrouve régulièrement des sons plus classiques dans les morceaux électro. Tout ça est très discret, ne se repère pas forcément à la première écoute tant l’affiliation première de chaque morceau saute aux yeux, mais aide à garder une cohérence dans la construction pourtant hautement improbable de ce projet.

Reste tout de même quelques inégalités, non plus dans la disparité des morceaux, assumée et maîtrisée. Cette fois, nous parlerons des morceaux eux-même. Premièrement, penchons nous sur les titres électro/indus. La plupart d’entre eux sont prenants et entraînants, tout particulièrement les excellents Golem (sans doute le morceau le plus barré de cette galette), Weltwinternacht ou encore Darwin. Par contre, Wo Die Wirklichkeit Schweigt, s’il ne serait pas un mauvais morceau hors de cette pièce, casse par trop le rythme par son manque de tension dramatique autant que de rythme, choses qui caractérisent pourtant strictement tous les autres morceaux du disques. bref, six minutes qui cassent un peu l’écoute, et c’est dommage. Et pour ce qui est des titres classiques, force est de constater que, parfois, ils se ressemblent vraiment trop. Certes, le concept est ainsi fait, mais c’est parfois gênant, pour des morceaux comme geliebt et Zweites Erwachen, qui perdent un peu trop leur identité dans ce jeu du “je te ressemble”. Ce qui ne les rend pas mauvais pour autant, comprenez bien, cela affaiblit juste un peu leur impact. Surtout quand on les compare à ces morceaux qui restent en tête dès la première écoute et qu’on distingue très bien des autres, comme l’effrayant Gleich de Ende Der Welt ou Frass Oder Fresser.

Bref, ce sont quelques détails, qui empêchent le disque d’être un chef d’oeuvre absolu. Pour autant, et après ces réserves faites, on tient là un bon, que dis-je, un très bon album. Une oeuvre conceptuelle particulièrement culottée et réussie. Alors entendons nous: ce disque n’est pas fait pour vous si vous ne supportez pas l’électro. Pas plus que si vous êtes allergiques à la musique classique, à la darkwave, à l’allemand… Mais pour tous ceux qui sont assez ouverts d’esprit et/ou amateurs de musiques d’ambiances pour poser l’oreille là dessus, il y a de quoi se faire bien plaisir. Alors, n’hésitez pas, jetez vous dessus.