September 29th, 2007

The Wolves Go Hunt Their PreyTiens tiens, un The Vision Bleak numéro 3. Forcément, je l’attendais au tournant, celui-là. Les deux opus précédents avaient chacun leurs défauts et leurs qualités, et j’attendais toujours le chef d’?uvre que le potentiel du groupe laisse supposer venir un jour. Bon, ce sera peut-être pour le quatrième. Force est de constater que The Vision Bleak n’a encore une fois pas réussi à atteindre le sommet de son art.

Cet opus ressemble fortement au précédent, ou tout du moins il en a les mêmes défauts et les mêmes qualités: le disque ne contient aucun hit, même si des passages de certaines chansons restent en tête beaucoup plus que d’autres (genre le riff d’entrée de The Demon Of The Mire ou le break ambiant de The Shining Trapezohedreon), ce qui le rend plus homogène que The Deathship Has A New Capitain, mais là encore on se devra de regretter que rien de la trempe de Deathship Symphony ou Elizabeth Dane vienne secouer l’auditeur. La trilogie du Pharaon Noir au coeur du disque se révèle tout de même être une bonne idée de structure, permettant des changements d’ambiances assez bienvenus (enchaîner les trois morceaux d’entrée sur les trois morceaux de sortie pourrait se révéler ennuyeux, les plages ayant tendance à trop se ressembler niveau son). certains morceaux sont clairement plus faibles que l’ensemble (je pense à The Eldrich Beguilement) mais à chaque fois le combo y insère de quoi relancer l’intérêt avant que l’auditeur n’appuie sur le bouton “zapper” (pour reprendre The Eldrich Beguilement, la dernière minute vaut vraiment le détour alors que le début est loin d’être passionnant, même chose pour Our Brotherhood With Seth qui prend son envol après deux minutes un peu poussives). Dernier petit souci, comme à son habitude The Vision Bleak ne joue pas de manière progressive, même si certains morceaux se révèlent finalement assez riches de ce côté là (The Shining Trapezohedon entre autres). Et certains titres en souffrent un peu (The Demon Of The Mire gâche un peu son riff central par ailleurs très bon en le répétant trop, et aurait mérité d’être réduit à 4 minutes, histoire d’en faire le hit du disque).

Le disque est moins directement horrifico-kitsch que leur première production, et s’axe plus black/death (ce qui reste discret tout de même, mais les chants rauques sont plus présents et certaines rythmiques et accélérations rappellent que ces deux genres rôdent pas très très loin). Si The Wolves Go Hunt Their Prey était sorti à la place de Capathia, cela ne m’aurait aucunement gêné, mais voilà, Carpathia a été le second album. Et lui aussi était déjà largement moins axé kitsch que le premier. Et force est de constater que quand on écoute deux opus de suite dans la même veine, on se retrouve à apprécier plus qu’avant The Deathship Has A New Capitain, malgré ses quelques morceaux nases et sa structure en dents de scie. Et à se dire qu’on aurait finalement bien aimé qu’ils y reviennent, ne serait-ce que pour quelques morceaux.

Les morceaux “violents” (bon, ça reste du The Vision Bleak hein, c’est pas comme si ça arrachait des neurones) sont mieux réussis sur ce disque. Pas de catastrophes à la The Grand Devilry, des titres comme The Wolf Is She ou The Demon Of The Mire s’en tirent très honorablement, et on ne peut que féliciter le duo d’avoir amélioré ses parties percutantes. La batterie est toujours relativement simpliste, mais cette fois ça passe mieux, Konstanz se permettant quelques accélérations bienvenues (The Demon Of The Mire) et, en général, étant mieux intégré à la musique.

Niveau guitares, on a bien évidemment une section rythmique assez pesante, pas technique pour un sou mais posant bien les ambiances du groupe, et quelques leads clairs vraiment bien foutus.

Le chant de Konstanz ne change évidemment pas d’un pouce, même s’il lui manque encore ce petit grain de folie en plus qu’on pouvait trouver sur The deathship Has A New Capitain. L’effet de surprise tend tout de même à s’émousser un peu, ce qui est dommage. Reste que sa prestation est excellente et que je ne voudrais pas entendre quelqu’un d’autre au chant de The Vision Bleak. Les grunts eux aussi sont bien campés, pas forcément originaux mais collant bien avec la musique proposés, percutant sans être agressifs.

Au final, The Vision Bleak a encore fait un disque agréable sans plus. Le chef d’oeuvre rôde toujours mais ne pointe pas encore le bout de son nez. Sans être des monuments, certains morceaux sont au dessus du lot (l’introduction de la trilogie du pharaon noir et son second chapitre The Shining Trapezohedron méritent la première place, et le répétitif mais efficace Evil Is Of Old Date a lui aussi un grand potentiel), d’autres sont plutôt bons malgré quelques maladresses (By Our Brotherhood With Seth serait parfait si on coupait les deux premières minutes, The Demon Of The Mire pourrait être un grand morceau si on lui amputait aussi quelques paires de secondes, The Wolf Is She est plutôt bon lui aussi) et d’autres sont d’un intérêt très mitigé (The Vault Of Nephren Ka et The Eldrich Beguilement sont des morceaux quelque peu dispensables sans être complètement mauvais). Le tout manque peut-être un peu de relief, les morceaux restant moins en tête que certains morceaux genre Deathship Symphony ou Wolfmoon.

Reste que le disque est loin d’être mauvais. Il vaut quand même le détour et peut très bien servir d’introduction à l’univers du groupe. N’empêche, le quatrième disque se devra de s’élever un peu au dessus de celui-ci, parce que, justement, l’effet de surprise ne marche plus. A suivre, encore une fois.

September 26th, 2007

AbsintheNaked City fait partie de ces groupes qui ne font jamais deux fois le même disque et qui prennent des tournants qu’on n’attend pas. Absinthe ne déroge pas à la règle, bien évidemment. C’est donc un disque de dark ambiant, accompagné de quelques interventions industrielles, que nous livrent cette fois John Zorn et ses acolytes. Reste à savoir si le genre abordé, forcément calme, peut avoir convenu à la bande de tarés qui compose Naked City. A l’écoute, la question se trouve être finalement assez épineuse.

Le groupe aborde donc une phase ambiante de son travail, et créé une musique très calme, mais bien évidemment chargée du grain de folie qui ne quitte jamais Naked City. Yamatsuka Eye a disparu du line-up pour ce disque (à moins que Naked City n’ait sorti cet album car s’était trouvé diminué de son hurleur, je ne sais précisément). Plus de brutalité directe comme sur les morceaux grind de Torture Garden/Grand Guignol, plus de rouleau compresseur à la Leng tch’e, mais les ambiances sont pourries, viciées et hallucinées.

Le disque s’ouvre sur Val de Travers, un morceau ou des notes dissonances pleuvent comme au hasard, irrégulièrement, sur un fond sonore mécanique, le genre de musique qui convient très bien à des déambulations nocturnes au c?ur d’un hôpital psychiatrique désaffecté en penchant la tête pour voir le monde de traviole. une Correspondance reprend le fond sonore du morceau précédent, lui donne plus de profondeur, et laisse les sonorités industrielles s’exprimer, crissements, martellements, bruits de chaînes, sons de cloche obscurs et résonnants. Le morceau en question est une suite logique au Val de Travers, les deux morceaux évoquant la même ambiance presque clinique et noire au possible. Une ouverture talentueuse, donc.

Suit le très, très étrange Artemisia Absinthium, qui continue dans sa veine industrielle, rajoutant un bruit de moustique par dessus (le résultat est un peu contestable, le morceau s’en serait bien passé à mon avis). Ce morceau, ses crissements et ses grésillements, clôt correctement la partie la plus industrielle du disque, malgré la maladresse étrange du bruit d’insecte, qui se trouve être un peu trop trivial pour coller avec l’ambiance de l’album.

Suit un trio de titres de dark ambiant en nappes, le dispensable La Fée Verte, petit pont entre les deux genres sans grand intérêt, Fleurs du Mal un morceau constitué d’une unique nappe infrabasse et ondulante qui manque un peu de relief, et Notre Dame de l’Oubli, titre basé sur une pulsation très sourde, presque cardiaque, et des nappes d’une lenteur posée digne d’un banc de brume de campagne anglaise se déplaçant avec paresse sur la lande (je fais de belles comparaisons tordues si je veux d’abord). Ce dernier morceau sauve un peu le mouvement, qui manque tout de même de portée.

Arrive Verlaine première partie, un morceau complètement fou qui revient aux premiers morceaux (les pouic pouic de Val de Travers font leur réapparition après une entrée en matière rappelant Une Correspondance) et y rajoute piano et un chant féminin, enfin, des vocalises sombres et flottantes à peine doublées d’une partie narrative de la taille d’un confetti et proférée avec un petit côté burlesque décalé. Le titre change brusquement d’orientation en son milieu, mélangeant des percussions répétitives à une ou deux nappes, elles mêmes rejointes des pouic pouic issus de Val de Travers. Une sorte de synthèse des morceaux précédents, et qui en tire vraiment le meilleur sans donner dans la redondance, un morceau qui vaut vraiment le détour et qui est sans doute le plus “Zornien” du lot.

Verlaine part 2 est une simple nappe transition. Quand à …Rend Fou, il s’agit de la mise en musique de bidouillages sonores genre papier froissé et parasites dans la Radio, titre mal foutu s’il en est, et qui gâche la fin du disque.

Bref, le résultat est mitigé. De très bonnes choses se cachent dans ce disque (l’ambiance particulièrement noire des deux premiers titres ou le côté complètement jeté et malsain de Verlaine part 1), mais aussi de nettement moins bonnes, qui cassent un peu la cohésion de l’ensemble. Ce sont les titres les moins fous qui sont responsables de cette noyade, …Rend Fou étant trop répétitif pour faire effet, La fée Verte et Fleurs du Mal manquant de relief. De quoi tout de même se faire plaisir pour un amateur d’ambiant et d’industriel, mais pas un chef d’?uvre non plus. Pas le disque le plus réussi de Naked City.

September 25th, 2007

Leng tch'eNaked City est une entité comme on en croise peu dans l’univers du métal. Projet mené par le saxophoniste fou John Zorn, spécialisé dans l’arrachage de sons incongrus à son instruments (chercher de vrais plans saxo dans Naked City est une mauvaise idée, il n’y en a pratiquement pas). Il l’a prouvé avec Grand Guignol, son groupe est capable de n’importe quoi (dans le sens complètement siphonné du terme autant que dans le sens technique). On y trouvait du jazz (free au possible évidemment), de la musique classique (déformée évidemment), du grind sauvage, débile et mâtiné d’influences multiples (pour ceux qui n’ont pas peur de découvrir trois secondes de country aux détours d’un hurlement grind).

Leng tch’e est un peu l’antithèse de ce Grand Guignol. Là ou son prédécesseur partait clairement dans tous les sens, avec des mouvements imprévisibles et une construction d’album aussi stupide que son contenu (ceci n’est pas une critique), l’album dont il est question ici se veut monolithique. Un seul et unique morceau, pour changer des quarante et un titres de Grand Guignol. Un seul et unique plan mené sur près de trente deux minutes, évoluant régulièrement, inexorablement, montant en puissance tout le long. Rien à voir avec la sauvagerie ultra rapide que le groupe nous assenait sur ses morceaux grind en déluge, ici la violence est beaucoup plus insidieuse, plus nauséabonde. Avec Leng tch’e, Naked City se fait moins délirant, moins joyeux et pose une ambiance de souffrance morbide tout à fait en phase avec son concept. Leng tch’e est en effet le nom d’une très sympathique pratique d’exécution chinoise ayant eu cours jusqu’en 1903, date ou le pauvre bonhomme sur la pochette eut la chance d’être le dernier à se faire massacrer de cette manière: drogué à l’opium et découpé en quelques cents morceaux sur une période de plusieurs jours. Et cet album est une mise en musique dudit supplice.

Pour servir ce but quelque peu masochiste, Naked City inventerait presque le drone/sludge (faut rappeler qu’Earth débute tout juste sa carrière, on est en 1992 mine de rien). Des guitares supra lourdes et saturées servent de toile de fond et fond monter la sauce. Une batterie caverneuse qui aligne des plans tous dissemblables les uns des autres et semblant pourtant se suivre avec régularité, empruntant au free jazz pour certaines structures libérées et à des ambiances doom prononcées. Une voix hystérique (Yamatsuka Eye n’a pas changé de registre depuis la dernière fois, même s’il se cantonne aux hurlements douloureux dénués de paroles et évitant à peu près tout le temps les vocalises ridicules qu’on pouvait entendre sur certains titres des albums précédents) doublé dans le dernier tiers par le saxophone de Zorn. Ce dernier recherche ici, en développant son jeu façon “égorgeons une truie, mes amis” et collant au plus près des vocalises humaines, comme un écho horripilant venu d’on ne sait ou. Etrangement, le son fait très japonais et Boris n’aurait pas renié cette production, ses grattes lourdes et sa batterie caverneuse. D’ailleurs, que les petits gars de Boris aient entendu ce morceau avant de composer certains de leurs titres ne m’étonnerait pas vraiment.

Le résultat est une pièce lente, écrasante, douloureuse, folle (normal, c’est du John Zorn). Le seul regret que l’on puisse avoir face à ce morceau est sa fin un peu trop sèche comparée à la montée en puissance étendue qui la précède, et aussi certaines débauches de Yamatsuka Eye, qui passent parfois moins bien que les couinements déjantés du saxophone. De plus, le disque garde une belle valeur historique, puisqu’il s’aventure sur des terres qui sont encore en cours de gestation, et préfigure une partie des scènes expérimentales que seront le sludge et le drone.

Le disque reste évidemment difficile d’accès, pas plus que Grand Guignol, mais d’une autre manière. Ici, pas question d’apprécier certains mouvements du disque, c’est tout ou rien, c’est la transe ou le rejet. Il y a de quoi mener à la transe tous les masochistes et les amateurs de drone. Pour les autres, vous pouvez toujours essayer…

September 24th, 2007

Souvenirs D'un Autre MondeLe dernier Alcest est sorti, youpi tralala, voyons voir ce que vaut le petit dernier de Prophecy Productions.

Bon, je préviens tout de suite, tout ça n’a strictement rien de black. Bon, peut-être que les guitares ont une production qui pourrait se rapprocher d’un son un peu roots (Alcest utilise un fond sonore saturé de manière presque constante, choix qui apporte une certaine profondeur de son), mais c’est vraiment tout. On pourrait à la rigueur parler de métal atmosphérique. Ça ne se classe pas avec aisance, voilà qui ne fait aucun doute. Pour faire simple, ce petit disque d’à peine quarante minutes est fait de six pistes de quelques six minutes, pleines de riffs planants, servis par une batterie très posée et ne quittant jamais son mid tempo, le tout doublé de lignes claires de guitare et d’un chant aérien, qui vient de la gorge et pas du torse, caresse et fait des ronds (oui, c’est pas très compréhensible, et alors?). Alcest utilise une rythmique constante entrecoupée de breaks ambiants, beaucoup de guitare accoustico-électrique. Pas ou peu de noirceur, plutôt un travail sonore sur la nature printanière (voir le premier morceau). Le résultat sonne un peu comme un Agalloch qui aurait troqué ses sonorités hivernales pour des tonalités chaudes et délaissé les chants rauques. Bon, dire ça est loin d’être d’une justesse phénoménale, mais c’est la première comparaison à peu près valable qui me vienne à l’esprit.

Bon. Ca, c’est fait. Maintenant, ça vaut quoi tout ça ? Heu… Bah, à priori, ça a l’air bien, ça promet, un groupe qui sort du black pour faire de l’ambiant planant, je suis toujours partant, moi. Bon, il semblerait tout de même que pour Neige, bah c’était pas une si bonne idée que cela. Voilà voilà. Souvenirs D’un Autre Monde est assez plat, quelque peu ennuyeux. Les morceaux se suivent et se ressemblent, l’unique type de tempo utilisé lasse au bout d’un ou deux titres, les riffs ambiants de même, quant à la voix, ses incursions sont des plus contestables (à vrai dire, le chant “aérien” m’est carrément désagréable par moments). Alcest fait une musique qui se veut émotive, et qui fait un peu soupe au final. Trop linéaire (les breaks ambiants n’ont pas franchement l’effet casse-morceaux), le disque ne provoque pas l’émotion comme on pouvait s’y attendre. Tout est trop lisse, et c’est pas le grain des guitares qui arrivera à changer cela. Seul Tir An Og semble sortir du lot avec ses percussions tribales au tout début, avant de retomber dans le même genre que les morceaux précédents. Ciel Errant possède une tentative louable de faire des entrées de guitares plus percutantes, mais ça ne suffit pas non plus.

Bref. Concluons. Le projet est intéressant. Le résultat pas à la hauteur. Il manque à ce disque de quoi faire entrer en transe, seul état dans lequel on pourrait pleinement apprécier Souvenir d’un Autre Monde. Sinon, oui, c’est bien fait, c’est bien joué, c’est pas mal composé. N’empêche que l’ennui ne me quitte pas de l’écoute. Bien peu de choses viennent sérieusement éveiller mon intérêt. Résultat, un disque qui va très probablement ne pas être réécouté souvent. Si vous parvenez à entrer dedans (essayez quand même, peut-être que ça vous plaira à vous, les avis sont incroyablement mitigés sur ce disque, il n’y a qu’à regarder les notes des SoMiens), tant mieux pour vous, mais moi c’est non. J’attends tout de voir ce que le groupe nous servira pour son prochain disque, parce qu’il y a quand même du potentiel.

September 16th, 2007

Aucassin Et NicoletteGae Bolg est un projet personnel d’Eric Roger, un petit méconnu de la scène musicale qui se trouve être un ancien trompettiste de Sol Invictus (dont je parlerais dans une chronique future) ayant décidé de voler de ses propres ailes. Accompagné de son chanteur/musicien et de quelques autres musiciens et choeurs, pas toujours les mêmes selon les albums, il crée d’abord Gae Bolg et The Church Of Fand, qui renaît en 2005 sous le nom de Gae Bolg (tout court) et prend un gros coup de noirceur au passage.

Gae Bolg est un groupe assez inclassable. Folklorique, expérimental, parfois industriel, mais avant tout médiéval, Eric Roger a conçu une musique assez unique, décalée, franchement pas commerciale pour un sou. Imaginez: des instruments pour certains venus du fin fond de notre passé musical (flûtiau, flûte à bec, cornet, orgue, tambourins, trompette, cor, timbales et violons sont à l’honneur), un chant grandiloquent, chargé d’un mélange de macabre et de grotesque, capable d’aller sur des registres de ballades médiévales ou des expérimentations sauvages et des bidouillages industriels qui ne peuvent probablement pas sortir d’une caboche parfaitement saine d’esprit, des choeurs ronflants venant soutenir les compositions, et vous aurez à peu près ce qu’est Gae Bolg. Un projet grandiloquent, noir, bouffon et médiéval en diable.

Cet “Aucassin Et Nicolette” mérite un titre par titre, tant les morceaux diffèrent.

Un prélude ouvre le disque, joué à la guitare folklorique, et agrémenté de nappes de cordes jouées au clavier, d’un flûtiau et de percussions cristallines, une voix féminine et des choeurs mâles venant vocaliser par dessus. Un morceau ambiant qui pose une atmosphère rêveuse et planante assez trompeuse, et qui ne prépare pas franchement à la suite.

“Invocation I” se lance sur des percussions distordues et intronise le chanteur, accompagné encore une fois de choeurs mâles. L’orchestration est extrêmement minimaliste, laissant les percussions lentes parler, parfois accompagnées de quelque chose qui ressemble à un hautbois (pas sûr) et d’une cloche (oui oui). Rythmique répétitive, entêtante, qui lance une montée en puissance débouchant sur “Le Diable Parle”.

Le schéma reste le même, pas d’explosions comme on pouvait s’y attendre, mais une rythmique répétitive, une narration morbide et grotesque doublée de choeurs féminins travaillés électroniquement pour donner des voix fantomatiques presque mécaniques. Le morceau est lui aussi entêtant. Jusqu’ici, même si les morceaux s’enchaînent parfois un peu étrangement, c’est du tout bon, efficace, rien à dire.

Les choses se gâtent avec “La Maladie d’Aucassin”. Sur quelques petites notes aériennes, monsieur Gae Bolg, chanteur en titre, s’amuse avec sa voix et la distorsion électronique. C’est très laid. Quelques passages montant dans les aigus piaillants sont particulièrement douloureux. Mauvais morceau, indubitablement, la volonté d’expérimenter n’est pas toujours une bonne chose et “La Maladie d’Aucassin” en est la preuve.

Suit “Chanson”, petit morceau purement folklorique au flûtiau, agréable sans être passionnant.

Nouveau petit morceau folklorique, “Sur Les Bords de l’Ille” est par contre un morceau vraiment fascinant, à la fois simple et plus compliqué qu’il n’y paraît, mené par des couches de voix multiples pendant le refrain, un rythme à la guitare sèche et au tambourin avec un bon goût de ballade médiévale. Très bon morceau.

“Dans la Loge” continue dans l’excellent, reprenant un peu le principe de “Le Diable Parle”, pour s’achever dans une tourmente de rythmes martiaux de cloches et de ricanements, un morceau d’une noirceur impressionnante.

“Les visions de Théophile” joue avec des cordes stridentes et délirantes, morceau qui s’apprécie bien le soir lorsqu’on est complètement épuisé ou qu’on a un bon coup dans le nez, manquant un peu de portée, sinon.

“Invocation II”… Bah, reprend une minute d’Invocation I. Bis servant d’interlude, rien de plus.

“Danse” est un nouveau petit morceau purement médiéval, à la mélodie entêtante, bien foutu, joli et tout et tout. Simple, efficace.

“Le Cygne Noir” reprend le principe du morceau lent, répétitif et entêtant, ici mené par les violons saccadés et plaintifs, maladifs. Le morceau dégage une ambiance morbide plaisante, mais aurait peut-être mérité une plus grande variété dans les interventions du violon “gratouillé”, limité à un rythme, et qui aurait pu donner plus d’ampleur au morceau s’il avait été plus utilisé.

“Ballade” mélange beaucoup de choses, violon, trompette, flûtiau, bidouillage électroniques, mais n’est pas franchement excellent. Son principal problème est en fait d’être le premier morceau à approcher les 5 minutes, alors que son traitement appelait le même format que la plupart des morceaux précédents, c’est à dire à peu près trois minutes de pistes. Se rallongeant, le morceau surprend l’auditeur et l’amène à attendre le morceau suivant, ce qui n’est pas vraiment bon signe. Gae Bolg fait des morceaux qui tournent en boucle et gagnent à êtres courts pour êtres efficaces.

Suit “Passaraille”, deuxième morceau de cinq minutes, qui mélange des sonorités d’orgue plus ou moins synthétiques pour une piste planante et noire, ambiance mortuaire, qui elle ne souffre pas du syndrome de la boucle, et tient sur ses cinq minutes sans ennuyer. Morceau plaisant à défaut d’être un vrai grand frisson (il manque ici un peu de cette grandiloquence bouffonne qui anime le chanteur, et qui passerait très bien avec les orgues, mais le morceau reste bon tout de même).

“Le Retour d’Aucassin” est aussi le retour des bidouillages vocaux nazes du chanteur, les lignes de guitare sèche et les sonorités abyssales en fond de toile n’arrivant pas à sauver le morceau de la catastrophe. La musique est meilleur que sur “La Maladie d’Aucassin” mais le chant est encore plus raté, pas émotif pour un sou, désagréable, mal foutu, bref… à oublier au plus vite.

Aucassin Et Nicolette” reprend ligne pour ligne le prélude en y rajoutant du chant. La redondance est un peu contre-productive, le groupe n’ayant strictement rien changé au morceau en question. Des divergences musicales auraient été les bienvenues, pour rééxploiter le morceau et achever la boucle.

Bref, cet “Aucassin Et Nicolette” pourrait être un bon disque d’ambiant atmosphérique à influences médiévales. Quelques morceaux s’avèrent excellents, d’autres franchement agréables. Seulement voilà. Le choix des expérimentations vocales gâche beaucoup l’impact de cet album, et la fin du disque tombant dans le moyen et le mauvais (sur les quatre derniers titres, seul “Passaraille” tire son épingle du jeu sans arriver à être un des morceaux excellents), on garde finalement un goût un peu désagréable en bouche à la fin du disque, alors que tout avait bien commencé. Si on rajoute encore là dessus le fait que le genre est déjà assez difficile à aborder, que le principe de redondance cyclique sur lequel est basé chaque morceau peut finir par lasser, on se trouve avec un disque qui n’a rien d’inintéressant, et qu’on remet dans son lecteur par curiosité ou pour les titres qui nous plaisent, mais qui ne nous livrera jamais une audition pleinement satisfaisante.

Une sorte d’échec intrigant, comme souvent lorsqu’on se trouve face à un bon matériel de base, et des choix d’orientation musicale nettement plus contestables au cours de l’écoute. Pour les amateurs de médiéval, jeter une oreille dessus peut tout de même être une expérience intéressante, et amener à s’intéresser à d’autres productions du groupe, moins difficilement abordables.

September 12th, 2007

Journey To The End Of The NightGreen Carnation est un groupe dont l’un des maîtres à penser est un certain Tchort, connu pour ses prestations sur Carpathian Forest et avoir participé à -en vrac- Emperor, Satyricon et Blood Red Throne. Pas franchement un premier venu, donc. Le groupe, d’après ce que j’ai cru comprendre, existait déjà dix ans avant cet opus et jouait du death. Une page complètement tournée vu ce qu’on trouve dans ce disque.

Pour ce premier album, Green Carnation joue dans un registre doom/rock progressif des plus étonnants lorsqu’on sait qu’un des types aux commandes est un musicien de black métal à l’origine. On y trouve des orchestrations symphoniques, un chant opéra féminin aérien… Nul doute que les influences des frères Botteri y sont pour beaucoup. A vrai dire, même quand on ne connaît pas le musicien en question, Journey To The End Of The Night surprend. Le disque est composé d’une vague introduction et de quatre morceaux (le dernier décomposé en 4 plages) qui dépassent tous les 13 minutes, morceaux tous lents, aux rythmes et mélodies changeantes, fluctuantes et un peu désordonnées… On sent une volonté de ne pas faire comme tout le monde et de se confronter à la dure tâche de la construction sur longs morceaux, mais la maîtrise nécessaire , si elle se profile, est encore loin d’être au sommet. Pour faire simple, ce Journey To The End Of The Night est intéressant, mais trop long et trop inégal pour faire un album véritablement bon.

Oui, parce que le disque fait tout de même 70 minutes, et que réussir à passionner par des rythmes lents et planants sur une telle durée n’est pas donné à tout le monde. Pourtant, Green Carnation s’en tirait plutôt bien par moments. On trouve en effet des passages excellents et prenants, comme le morceau My Dark Reflections of Life and Death en entier, ou divers fragments des autres morceaux où une belle trace d’âme musicale surgit et prend aux tripes. Seulement, d’autres morceaux et passages ne provoquent pas grand chose, juste une sorte d’amorphie, d’attente du morceau suivant (le titre éponyme est franchement plat), et le côté parfois trop répétitif voir récurrent de certaines sections rythmiques d’un intérêt limité ont tendance à gâcher le plaisir. Au final, l’intérêt baisse, et le final très sec (shattered s’arrête presque sans crier gare et on se retrouve avec un blanc sonore inattendu et inapproprié) n’arrange pas les choses.

Journey To The End Of The Night laisse le goût d’une oeuvre encore en gestation, et posée trop vite sur disque, alors qu’un petit temps de maturation supplémentaire aurait pu en faire un album vraiment transcendant comme les moments de génie le laissent à penser (My Dark Reflections of Life and Death montre bien que le groupe est capable de composer sur le long terme -18 minutes tout de même- avec pourtant des rythmiques simples et répétées, la montée dramatique en milieu de morceau n’en prenant que plus d’ampleur). La production ne fait pas honneur malheureusement, les guitares sonnent un peu mou du genou et les arrangements auraient mérité un son plus puissant. Les recherches dans la succession de mélodies, souvent un peu maladroites, sont pour beaucoup dans le semi échec de ce disque, donnant des morceaux manquant parfois de cohérence sur le long terme.

Green Carnation présente ici un début d’éveil et une tentative louable de créer une ambiance qui lui est propre dans un style assez unique. Hélas, la perfection est encore loin et le disque, pourtant loin d’être inintéressant et conservant tout de même de très bonnes choses dans ses entrailles, finit par lasser. Dommage.

September 11th, 2007

Dead Winter DeadSavatage pas du tout chroniqué sur SoM ? Qu’ouïs-je, qu’entends-je, que vois-je ? Je me disais qu’un expert aurait au moins complété quelques albums, histoire que ce ne soit pas un bleu total qui s’y colle. Pour ma part, je n’ai posé l’oreille que sur ce Dead Winter Dead, et j’ai mis quelque temps à me lancer dans la chronique, parce que décrire un album quand on ne connaît rien du reste de la discographie (conséquente) d’un groupe, bah c’est pas évident, on a un peu peur de dire des conneries. Mais bon, le disque en question valant franchement le détour, j’ai craqué, je chronique.

Savatage, pour cet opus tout du moins, joue un heavy progressif et orchestral. Le groupe est fortement influencé par la musique classique et cela se ressent sur les compositions (reprise de Bach sur Memory, hommage à Mozart sur… Mozart and Madness, etc…). On peut regretter que, comme souvent, l’inspiration en question vienne de classiques (je pense que les deux compositeurs sus-cités doivent dire quelque chose même au plus cavernicole ascétique true blackeux from norway) que tout le monde utilise, mais bon, ce serait chipoter un peu. En fait, il y aurait matière à reproche si le groupe faisait une musique plate, ce qui n’est heureusement pas le cas. Les claviers ont donc une place prépondérante dans le disque, le plus souvent jouant des mélodies de piano, et supportant parfois la musique d’une envolée symphonique. Les guitares s’effacent d’ailleurs souvent (Sarajevo, One Child…) pour laisser parler le reste des orchestrations. Une nette alternance de tempos, ces guitares parfois effacées et parfois lancées dans des solos heavy absolument magiques, tout cela laisse percevoir la nette influence progressive de Savatage. Mais attention, on n’a pas affaire à un progressif ultra sophistiqué à la Dream Theater, les compositions sont relativement simples et cherchent l’efficacité sans se montrer jamais démonstratives. Dans Dead Winter Dead, tout est dans l’atmosphère. Une atmosphère très sombre (pour du heavy prog s’entend), qui joue entre douceur, noirceur et puissance, un mélange très émotionnel qui cherche à faire vibrer la corde sensible. Le dosage est juste, et on ne se retrouve pas comme on pouvait le craindre avec un disque larmoyant et mièvre, Savatage évite cet écueil. Le chant de Zachary Stevens, quoi que parfois un peu nasillard, colle plutôt bien à l’ambiance du disque, ne courant pas dans les aigus tapant sur le système et ne chantant pas trop grave non plus, avec un timbre assez particulier qui a finalement beaucoup de charme.

Ce qui fait la force du groupe est avant tout sa conviction. On sent complètement qu’ils croient à ce qu’ils font, ils se donnent à fond, ça transpire l’âme des musiciens par tous les pores. Ce qui fait que les petites maladresses qu’on peut entendre de temps à autres, eh bien on les oublie. Savatage veut partager sa musique avec qui veut l’entendre, et s’y prend très bien pour accrocher. Cependant, l’aspect assez calme de l’ensemble peut rebuter dans un premier temps, pour ceux qui ont l’habitude de quelque chose de plus péchu. Oui, Savatage n’a pas fait dans le percutant à gros son, et il faut accepter de mettre l’oreille sur un disque d’ambiance plus que sur un disque de heavy, même si des titres comme Doesn’t Matter Anyway viennent régulièrement donner un bon coup de fouet.

Quelques titres se détachent de l’ensemble, tout particulièrement le simplissime et pourtant incroyablement efficace I Am ou les émouvants One Child et Not What You See et leurs expérimentations sur le chant (on trouve des canons très bien foutus). Saluons encore au passage le talent du guitariste soliste, qui se fait bien plaisir et nous fait bien plaisir par la même occasion (son délire vers les 3′30 et plus de This Is The Time vaut vraiment le détour surtout qu’il sauve une chanson un peu moyenne autrement, Starlight et Dead Winter Dead contenant aussi des parties d’anthologie).

Bref, un disque de heavy ambiant à découvrir. Pas parfait, parfois un peu maladroit, mais touchant au possible. Ca fait toujours du bien d’entendre des musiciens qui se font plaisir, surtout lorsque leur technique et leur composition sont à la hauteur. Oubliez ce disque si vous voulez quelque chose de bien rentre-dedans ou si vous ne pouvez pas encadrer le heavy, sinon, jetez-y une oreille, vous pourriez bien être surpris.

September 9th, 2007

Fas - Ite, Maledicti, in Ignem AeternumLe DSO nouveau est arrivé, Alléluia, Are Krishna, et tout et tout. Comme on ne pouvait de toutes façons en douter au vu des productions précédentes, le trio français nous a pondu un disque monstrueux.

Le groupe, qui a quitté les terres du true depuis le monumental Si Monumentum Requires, Circumspice, continue de s’enfoncer dans sa voie unique, celle d’un black qui explose les codes et s’écarte toujours plus du droit chemin. Suivant un chemin parallèle sans jamais croiser vraiment celui de Blut Aus Nord, DSO se forge encore et toujours une identité propre et que personne ne peut leur contester. Alors, qu’est-ce qu’il y a dans les entrailles de ce disque ? Prenez Diabolus Abscontidus et Kénôse II. Mélangez-les. Mettez le métronome au plus haut. Greffez un deuxième cerveau à chaque musicien. Poussez le concept vers une froideur abyssale et labyrinthique plus appuyée. Voilà, vous avez Fas - Ite, Maledicti, in Ignem Aeternum.

FIMIA (oui, j’abrège, ce titre prend trop de place, cette parenthèse aussi d’ailleurs mais suivez un peu au lieu de protester, voulez-vous ?) est donc le disque le plus compliqué et, de fait, aussi le plus difficile d’accès de DSO. Il faut plusieurs écoutes pour bien en prendre la mesure, contrairement aux bien plus directs Kénôse et Si Monumentum, quoi qu’eux même n’aient rien de facile (non, je ne me contredis pas, mauvaises langues). Je parlais de labyrinthe plus haut, et c’est bien ce qu’est ce disque. Si on excepte les deux ″Obombration″, titres plus posés et ambiants ouvrant et fermant le disque, chaque composition est chargée de cette technicité hallucinante, de ces riffs qui se suivent et se ressemblent sans se copier, laissant bien peu de points d’appui à l’auditeur, chargée de ce rythme frénétique et presque constant (contrairement à Kénôse qui alternait plus de deux tempos, FIMIA tend à se poser sur un concept binaire de mouvements lents/tempo dit du métronome affolé). Ces lignes extrêmement rapides, couplées avec ces riffs éclopés et malades qui tournent en boucles désordonnées, donnent à la musique de DSO, plus que jamais, cette impression d’essayer d’avancer, de lutter de toutes ses forces pour progresser, et faire du sur-place, rester embourbé dans quelque chose de trop énorme pour qu’on puisse penser lutter avec succès. Et malgré ce chaos gluant, DSO ne perd pas une fois le contrôle de sa musique. Ou plutôt si, une seule et unique fois, à la toute fin de ″A Chore Of The Lost″, où une très étrange incursion mélodique vient perturber l’auditeur perdu dans les méandres du disque et extirpé sans qu’il le veuille de l’ambiance impossible du groupe. Seule erreur du groupe sur le disque.

Donc, FIMIA est un disque techniquement, structurellement à peu près irréprochable. Le son est parfaitement adapté, un peu moins distinct que Kénôse dont l’efficacité reposait sur ses riffs plus percutants, ici de toutes manières noyés dans la masse et donc inopérants, et cette production un peu moins claire (pas beaucoup non plus) soutient entièrement la structure des morceaux. DSO joue aussi beaucoup avec les silences, les blancs de changement de pistes étant considérablement rallongés, et les poses ambiantes approchant parfois du néant sonore, pour mieux réintroduire sa folie sous la forme d’un assaut d’une brutalité rare. Le découpage des morceaux reste dans la droite lignée de ce qu’a pu faire le groupe sur des morceaux comme ″Carnal Malefactor″ ou ″Diabolus Abscontidus″, introduisant des breaks là où on ne les attend pas et les coupant court là où on ne l’attend pas vraiment non plus, voir l’entrée d’″Obombration 1″, par exemple.

Reste qu’on perd un peu d’ambiance, dans tout ça. FIMIA est froid, froid, froid, technique, technique, technique, voire même très très froid. Bon, DSO l’a toujours été, et la technique est venue sérieusement avec Kénôse, mais finalement, FIMIA est moins putride que Si Monumentum Requires, Circumpsice, Diabolus Abscontidus ou Mass Grave Aesthetics, et un peu moins… Un peu moins quoi, je ne sais pas trop, mais un peu moins que Kénôse du côté ambiances. Comprenez bien : FIMIA reste un disque particulièrement hypnotique, dont on s’arrache difficilement une fois que l’on a su pénétrer au coeur. C’est juste que les sommets qu’étaient les deux albums et les deux splits précédents n’ont pas été égalés.

Bref, Fas - Ite, Maledicti, in Ignem Aeternum (oui, je l’ai écrit en entier, c’est la conclusion, il faut que je fasse un effort quand même) est un bon disque de DSO. Le meilleur techniquement, mais pas le meilleur d’un point de vue ambiances. Et un bon disque de DSO, à défaut d’être le plus intense, est, forcément, un excellent disque. Un très légère déception pour le connaisseur de DSO, déception qui ne m’empêchera pas de prendre mon pied avec ce disque pour autant et qui ne change rien à ses qualités formelles indéniables. Bon, évidemment, si vous êtes bloqué sur le true, vous n’aimerez pas. Si vous considérez que Kénôse était une débauche inutile par rapport à Si Monumentum Requires, Circumspice, vous n’aimerez pas. Si vous n’êtes pas prêt à encaisser un déluge déconstruit monstrueux, vous n’aimerez pas. Notez que ce serait bien dommage, tout de même. Très bon à défaut d’être géniallissime. A écouter particulièrement : ″The Shrine of Mad Laughter″.

September 7th, 2007

Doxa O RevelationCrystalium, pour ceux qu’il l’ignoreraient, est un groupe lyonnais qui nous sort ici son quatrième opus, après un changement de label et un gros changement de line-up: exit le claviériste, et changement de guitariste. Forcément, sa musique s’en retrouve modifiée. Pour le meilleur ou pour le pire?

Crystalium ne s’est pas engagé dans la voix de la facilité, loin de là. Le combo aurait pu jouer au true, faire du black symphonique, ou continuer simplement sur sa lancée. Non, non, non. Crystalium s’engage sur une voie un peu plus tortueuse, eux qui déjà ne faisaient pas dans le black 100% classique par le passé: ce Doxa O Revelation est un disque de black aux grandes influences death, mélangeant brutalité et une volonté presque progressive (bon, c’est pas Dream Theater non plus), presque entièrement épuré de synthétiseurs, même si on trouve une introduction, une outro, un intermède orchestral (Passe Le Mot) et deux pistes ou s’entendent quelques traces de nappes (Doxa O Revelation et Le Septième Radical). La brutalité est montée d’un cran, aussi.

Doxa O Revelation est un disque difficile d’accès. Il est moins direct que son prédécesseur, et plusieurs écoutes sont nécessaires pour se faire une idée à peu près valable sur la chose en question. Entre autres, la partie rythmique de Altar.ZK6 est particulièrement mise en avant par la production et peut gêner. Personnellement, j’ai eu un mal de chien à rentrer dans le disque à cause des parties assommantes d’Entrailles et Univers, qui masquaient le reste de la composition. Bon, si vous avez l’habitude de Crystalium ou d’Arkhon Infaustus ou que vous êtes batteur, ça ne devrait pas vous poser de problème, mais pour les autres, il faut d’abord une ou deux écoutes pour accepter ce son de batterie pour ce qu’il est, c’est à dire bourrin, technique et envahissant. Une fois qu’on a appris à écouter un tel déluge pendant l’heure du disque, on peut l’apprécier à sa juste valeur.

Tiens, bourrin et technique, ça correspond bien à tout l’album, d’ailleurs. Les guitares sont incisives et jouent des plans pas basique du tout sur lesquelles plane le spectre du death. D’ailleurs, on note la présence de solis épileptiques, pas bien longs, pas particulièrement nombreux, mais franchement plaisants, efficaces, passionnants et qui sortent pas mal des poncifs black. Le tout est haineux à souhait, très percutant, et le pied au plancher n’est que rarement relevé. Crystalium ne nous laisse pas respirer, nous étouffe complètement avec sa musique recherchée. Quelques rares mid-tempos (D.Dei de La Messianite entre autres) se font tout de même sentir, mais ils sont nauséeux (évidemment). Autrement dit, si vous n’êtes pas prêts à vous en prendre plein la tronche, passez votre chemin. Le chant appuie parfaitement les compositions, Cillag semblant parfaitement possédé et posant ses raclements de gorge avec une justesse louable.

Les textes sont en français et ne sont pas basiques eux non plus, ce qui change agréablement des “Sataaaan je t’aime détruis le monde, sodomise Jésus tout ça tout ça” sans faire de concessions pour autant. Crystalium joue visiblement la carte du black recherché, sur tous les plans, et ça lui réussit plutôt bien.

Bref, ce disque passe assez près d’être un chef d’oeuvre de black brutal-mais-pas-stupide. Assez près seulement. Premier petit bémol, cette batterie à laquelle on s’habitue, mais qui rend l’entrée dans le disque difficile. C’est cependant un détail, puisqu’après un certain temps, on oublie même qu’elle est tellement mise en avant et on sait écouter le reste avec attention sans être perturbé. Reste l’autre petit problème, pas particulièrement grave lui non plus, mais tout de même gênant: la musique bourrin et technique aurait sans doute mieux convenu à un disque plus compact: 64 minutes de violence tordue, c’est un peu indigeste. Surtout dans les premières écoutes, le temps que l’on connaisse la structure des morceaux. Ce qui peut en rebuter plus d’un lors du premier contact avec le disque. Ce qui est dommage, puisque ce qu’on y découvre en insistant un peu vaut quand même franchement la peine.

Bref, un très bon travail, juste un peu mal dosé. A découvrir, parce qu’il semble évident que Crystalium fait partie de ces groupes avec lesquels la scène black française doit compter.

September 2nd, 2007

Humanitarian War MachineBlack symphonique frenchy match one : Anorexia Nervosa perd Hreidmarr. Qu’importe, round 2 : Scars Of Chaos sort Humanitarian War Machine. Ou la preuve que la relève est assurée.

Bon, faisons la part des choses. Scars Of Chaos transpire l’Anorexia Nervosa niveau influences. Son de rouleau compresseur, “orchestre” pompeux et omniprésent, chant alterné français et anglais, on sent bien quel groupe est le père spirituel de Scars Of Chaos. Pour autant, on ne hurlera pas au plagiat. Parce que si on se donne la peine d’écouter attentivement, on se rend compte que la première impression n’est pas aussi juste qu’il y paraît. Le groupe développe un sens de la composition qui lui est propre et qui se démarque de ses parents directs. Inspiration donc, plagiat non, on n’y est pas.

Donc, Scars Of Chaos, c’est ça : des grattes jouant surtout en rythmique selon des schémas assez complexes, qu’il est très plaisant d’écouter attentivement. Une batterie qui a l’énorme défaut d’être sous produite, trop clairement en dessous des guitares, ce qui enlève un peu de la pêche que peuvent avoir les compositions. Par ailleurs, le batteur est très doué et c’est vraiment dommage que son son soit aussi sourd. Un chanteur black regardant parfois légèrement sur le death, efficace et plein de ressources. Et surtout des claviers orchestraux (ce qui n’étonnera personne) particulièrement mis en avant (plus que ceux d’Anorexia Nervosa, puisqu’ils portent la composition au lieu de la supporter, si vous me passez l’expression), et qui assurent à peu près toute la partie “mélodique”, sombres, épiques et torturés.

Le groupe signe des compositions violentes et techniquement très bien foutues (batterie, grattes, claviers, personne n’est en reste et le niveau des musiciens est à saluer). Le disque est assez touffu et demande quelques écoutes pour être appréhendé entièrement (pour se débarrasser du bon vieux cliché Anorexia Nervosa qui nous assaille au début, en fait). Bref, tout ça, c’est pas mal du tout. Seulement, il y a un petit “mais”. Oui, il faut bien que je râle, quand même, râler est une de mes passions.

Scars Of Chaos en fait trop. Voilà, c’est là le plus grand problème de ce disque. Centrons-nous sur les claviers pour commencer. Ne comptez pas leur échapper une seconde, ils sont partout, tout le temps. Et c’est une erreur, à mon humble avis. A force d’imposer partout sa pompe et sa grandiloquence décadente, le synthétiseur se révèle un peu contre-productif. On finit par ne plus l’entendre et c’est dommage. Le groupe aurait sans doute été plus inspiré de ne pas poser systématiquement leurs parties symphoniques, de les laisser reposer de temps à autres pour leur laisser faire des entrées plus fracassantes, de celles qui restent plus dans les esprits. Le bien en trop grande quantité tue un peu le bien.

Deuxième constat. Le groupe joue pied au plancher. Une ou deux introductions de temps à autres, pas de problèmes. Mais, tout comme les claviers sont trop présents, le tempo du groupe ne varie pas assez, ce qui fait que même si les compositions sont toutes bonnes les unes isolées des autres, elles se trouvent être quelque peu indigestes dans l’entièreté du disque. Constat appuyé par les passages plus posés (la seconde moitié du morceau éponyme et l’excellent titre plus ambiant Lost To The Illusion Of Heaven), qui éveillent soudain fortement l’intérêt qui baissait un peu quelques instants auparavant.

Cet Humanitarian War Machine est donc un disque qui vaut le détour, le black symphonique n’est pas mort et Scars Of Chaos le proclame haut et fort. Les amateurs de black symphonique (ou du moins de la tendance décadence pompeuse et épique) devraient y trouver leur bonheur. Le disque pêche cependant un peu par excès. Un peu moins de claviers, un tempo un peu plus varié, et on tiendra un grand nom.