August 18th, 2007

Stillste Stund : BiestblutBon, je préviens tout de suite, ce disque n’a de métal que les influences gothic qui traînent dans la musique de Stillste Stund. Ne vous attendez pas à entrendre parler grosses guitares, riffs acérés et blasts à tout va. Bon, ceci étant posé, parlons donc de ce Biestblut.

Sillste Stund est donc un duo allemand bien peu connu (et c’est bien dommage), dont la production fleure bon la darkwave, l’électro, le goth. Et puis, le classique aussi, sur cet album tout particulièrement. Il est des disques atypiques s’il en est, et Biestblut rentre parfaitement dans cette catégorie, même comparé au reste de la carrière du groupe.

Imaginez une pièce avec une introduction et une conclusion, et entre les deux 6 actes de trois ou quatre morceaux. Dans chaque acte, on trouve un morceau clairement orienté électro/industriel, le genre de prédilection de Stillste Stund, pour des morceaux cycliques et assez expérimentaux, alliant percussions et beats presque techno à des bidouillages électroniques. Et, pour les autres morceaux, prévoyez de très courtes pistes traînant dans les deux minutes trent/trois minutes, entièrement symphoniques. Violons en nappes, noirs, parfois dormants, parfois frémissants, épiques, dissonant, et réghulièrement doublés de cuivres pompeux, de hautbois et de flûtes. Morceaux qui se suivent très rapidement, se ressemblent assez souvent tout en gardant chacun une identité propre.

Le mélange est à priori des plus improbables, surtout quand on sait qu’au coeur de l’OVNI traîne encore un morceau OVNI, Wo Die Wirklichkeit Schweigt, qui ne révèle que très tard son affiliation électro, préférant un son presque folk, à la guitare sèche et au piano. Bref, le cocktail est explosif, et les rapprochements entre les morceaux classiques et électro pourraient faire très mal aux oreilles. Ce qui n’est, en fait, pas le cas.

Grâce à quoi? Premièrement, au chant. Enfin, chant, il s’agit la plupart du temps, en tout cas sur les morceaux dits classiques, d’une narration grave et rythmée, tout en allemand, avec une alternance de voix masculine et de voix féminine déformée électroniquement. Traversant tous les morceaux, même si se faisant un peu plus chantant sur les morceau électro, ce duo de chant fait lien, et gomme beaucoup les accrocs possibles du disque. En plus, c’est un travail vocal des plus atypiques autant qu’intéressant. ensuite, les morceaux se recoupent toujours un peu. Une piste classique a presque systématiquement quelques percussions industrielles, une très légère touche de sonorités électro. De même que l’on retrouve régulièrement des sons plus classiques dans les morceaux électro. Tout ça est très discret, ne se repère pas forcément à la première écoute tant l’affiliation première de chaque morceau saute aux yeux, mais aide à garder une cohérence dans la construction pourtant hautement improbable de ce projet.

Reste tout de même quelques inégalités, non plus dans la disparité des morceaux, assumée et maîtrisée. Cette fois, nous parlerons des morceaux eux-même. Premièrement, penchons nous sur les titres électro/indus. La plupart d’entre eux sont prenants et entraînants, tout particulièrement les excellents Golem (sans doute le morceau le plus barré de cette galette), Weltwinternacht ou encore Darwin. Par contre, Wo Die Wirklichkeit Schweigt, s’il ne serait pas un mauvais morceau hors de cette pièce, casse par trop le rythme par son manque de tension dramatique autant que de rythme, choses qui caractérisent pourtant strictement tous les autres morceaux du disques. bref, six minutes qui cassent un peu l’écoute, et c’est dommage. Et pour ce qui est des titres classiques, force est de constater que, parfois, ils se ressemblent vraiment trop. Certes, le concept est ainsi fait, mais c’est parfois gênant, pour des morceaux comme geliebt et Zweites Erwachen, qui perdent un peu trop leur identité dans ce jeu du “je te ressemble”. Ce qui ne les rend pas mauvais pour autant, comprenez bien, cela affaiblit juste un peu leur impact. Surtout quand on les compare à ces morceaux qui restent en tête dès la première écoute et qu’on distingue très bien des autres, comme l’effrayant Gleich de Ende Der Welt ou Frass Oder Fresser.

Bref, ce sont quelques détails, qui empêchent le disque d’être un chef d’oeuvre absolu. Pour autant, et après ces réserves faites, on tient là un bon, que dis-je, un très bon album. Une oeuvre conceptuelle particulièrement culottée et réussie. Alors entendons nous: ce disque n’est pas fait pour vous si vous ne supportez pas l’électro. Pas plus que si vous êtes allergiques à la musique classique, à la darkwave, à l’allemand… Mais pour tous ceux qui sont assez ouverts d’esprit et/ou amateurs de musiques d’ambiances pour poser l’oreille là dessus, il y a de quoi se faire bien plaisir. Alors, n’hésitez pas, jetez vous dessus.