September 25th, 2007

Naked City : Leng tch'eNaked City est une entité comme on en croise peu dans l’univers du métal. Projet mené par le saxophoniste fou John Zorn, spécialisé dans l’arrachage de sons incongrus à son instruments (chercher de vrais plans saxo dans Naked City est une mauvaise idée, il n’y en a pratiquement pas). Il l’a prouvé avec Grand Guignol, son groupe est capable de n’importe quoi (dans le sens complètement siphonné du terme autant que dans le sens technique). On y trouvait du jazz (free au possible évidemment), de la musique classique (déformée évidemment), du grind sauvage, débile et mâtiné d’influences multiples (pour ceux qui n’ont pas peur de découvrir trois secondes de country aux détours d’un hurlement grind).

Leng tch’e est un peu l’antithèse de ce Grand Guignol. Là ou son prédécesseur partait clairement dans tous les sens, avec des mouvements imprévisibles et une construction d’album aussi stupide que son contenu (ceci n’est pas une critique), l’album dont il est question ici se veut monolithique. Un seul et unique morceau, pour changer des quarante et un titres de Grand Guignol. Un seul et unique plan mené sur près de trente deux minutes, évoluant régulièrement, inexorablement, montant en puissance tout le long. Rien à voir avec la sauvagerie ultra rapide que le groupe nous assenait sur ses morceaux grind en déluge, ici la violence est beaucoup plus insidieuse, plus nauséabonde. Avec Leng tch’e, Naked City se fait moins délirant, moins joyeux et pose une ambiance de souffrance morbide tout à fait en phase avec son concept. Leng tch’e est en effet le nom d’une très sympathique pratique d’exécution chinoise ayant eu cours jusqu’en 1903, date ou le pauvre bonhomme sur la pochette eut la chance d’être le dernier à se faire massacrer de cette manière: drogué à l’opium et découpé en quelques cents morceaux sur une période de plusieurs jours. Et cet album est une mise en musique dudit supplice.

Pour servir ce but quelque peu masochiste, Naked City inventerait presque le drone/sludge (faut rappeler qu’Earth débute tout juste sa carrière, on est en 1992 mine de rien). Des guitares supra lourdes et saturées servent de toile de fond et fond monter la sauce. Une batterie caverneuse qui aligne des plans tous dissemblables les uns des autres et semblant pourtant se suivre avec régularité, empruntant au free jazz pour certaines structures libérées et à des ambiances doom prononcées. Une voix hystérique (Yamatsuka Eye n’a pas changé de registre depuis la dernière fois, même s’il se cantonne aux hurlements douloureux dénués de paroles et évitant à peu près tout le temps les vocalises ridicules qu’on pouvait entendre sur certains titres des albums précédents) doublé dans le dernier tiers par le saxophone de Zorn. Ce dernier recherche ici, en développant son jeu façon “égorgeons une truie, mes amis” et collant au plus près des vocalises humaines, comme un écho horripilant venu d’on ne sait ou. Etrangement, le son fait très japonais et Boris n’aurait pas renié cette production, ses grattes lourdes et sa batterie caverneuse. D’ailleurs, que les petits gars de Boris aient entendu ce morceau avant de composer certains de leurs titres ne m’étonnerait pas vraiment.

Le résultat est une pièce lente, écrasante, douloureuse, folle (normal, c’est du John Zorn). Le seul regret que l’on puisse avoir face à ce morceau est sa fin un peu trop sèche comparée à la montée en puissance étendue qui la précède, et aussi certaines débauches de Yamatsuka Eye, qui passent parfois moins bien que les couinements déjantés du saxophone. De plus, le disque garde une belle valeur historique, puisqu’il s’aventure sur des terres qui sont encore en cours de gestation, et préfigure une partie des scènes expérimentales que seront le sludge et le drone.

Le disque reste évidemment difficile d’accès, pas plus que Grand Guignol, mais d’une autre manière. Ici, pas question d’apprécier certains mouvements du disque, c’est tout ou rien, c’est la transe ou le rejet. Il y a de quoi mener à la transe tous les masochistes et les amateurs de drone. Pour les autres, vous pouvez toujours essayer…

August 21st, 2007

Boris : Heavy RocksPuisque je suis lancé dans les chroniques pour Boris, je ne vais pas m’arrêter en si bon chemin. Voici donc Heavy Rocks, album dont le nom ne trompe pas le moins du monde sur le contenu. C’est rock et c’est pesant. Cet album est à rapprocher le la partie discographique des japonais composée par Akuma No Uta et Pink, dont il est le plus qu’honorables prédécesseurs. A vrai dire, il est même probablement meilleur que ces deux albums.

En mettant l’oreille sur ce disque, il faut s’attendre à une très forte influence rock shootée, jouée avec un son de sludge gras -le son Boris pour ceux qui ne suivent pas-, a une frénésie ambiante déjantée, à quelques passages plus sombres et lourds se rapprochant du doom, à des bidouillages sonores décalés. Et pourtant, malgré tout ça, ce disque est sans doute le plus direct de Boris, le plus simple d’accès. Moins de juxtapositions hasardeuses que dans Pink, pas de titres surchaotiques et assommants comme Ibitsu et Furi sur Akuma No Uta. Et pas de folies sonores déchirantes à la Feedbacker 4, ou encore à la Absolugeto. Un amateur de rock bien rentre dedans devrait pouvoir aimer ce disque, s’il fait l’effort de l’écouter vraiment.

On commençe sur une intro doom/rock’n'roll (si, si) envoûtante (Heavy Friends) pour débarquer sur le survolté Korosu, qui va sans doute provoquer quelques réactions horrifiées au premier abord (pour avoir entendu le morceau auparavant, je sais que ma réaction était un peu moyenne au début, mais en réécoutant deux ou trois fois, on apprend à l’apprécier pour ce qu’il est, une bonne plage frénétique bien travaillée). On note que pour la première fois dans l’histoire de Boris, on se trouve en face d’un VRAI CHANT, tenu par Takeshi, qui nous livre une prestation claire criée un peu choquante au premier abord, mais qui finit largement par convaincre, surtout quand on a entendu les bouts de chorus insipides de Flood. Et puis le japonais passe ici comme une lettre à la poste, ce qui est plutôt rare quand on entend certains groupes de Visual Key… On enchaîne sur le duo Dyna-Soar et Wareruride, les deux morceaux les plus bidouillés du disque, parcourus de larsens et autres, ce qui en fait des compos touffues et tarabiscotées, complètement jetées et broyeuses de neurones. Le disque a l’intelligence ne ne pas infliger un troisième morceau de la sorte, nous laissant gavés mais pas trop, enchaînant avec Soft Hedge, morceau ambiant ou le son gras s’écarte un peu pour laisser tout le champ libre au jeu ambiant et sensible de Wata, qui rafraîchit le cerveau en surchauffe sans se départir du petit goût de chaos qui accompagne le groupe partout.

Le rock gras rentre-dedans reprend de suite du service, Rattlesnake réouvrant les hostilités sans les arrangements tortueux développés dans Dyna-Soar et Wareruride, pour déboucher sur le nettement plus posé Death Walley, d’une relative lenteur, ou la ténébreuse basse de Takeshi se tait pour laisser des bidouillages sonores papillonants accompagner son chant résonnant. Avant que la basse revienne, sur un petit plan groovy surprenant et rafraîchissant, et que le morceau s’achève sur une nouvelle explosion sonore.

Koei continue dans la lignée du rock/sludge, éclaircissant un peu le son (mais juste un peu, on entend quand même clairement les notes que joue la basse, ça, c’est un signe). Puis surgit Kane, pièce de huit minutes qui ralentit franchement, retrouvant cet étrange mélange doom/rock’n'roll qui faisait le charme du premier morceau; on retrouve la voix d’Atsuo qui vient se mêler à celle de Takeshi pour des chorus plaisants.

1970 clôt l’album sur une nouvelle plage de rock gras, morceau qui est le seul dont le disque aurait pu se passer. il aurait peut-être mieux valu prolonger la fin de kane pour clore l’album sur elle. N’empêche que le morceau reste assez bon, lui aussi. Tout de même le plus faible du disque.

On se retrouve donc avec un disque extrêmement touffu, et qui pourrait bien être indigeste. mais le savoir faire de Boris est ici à son sommet et à l’opposé de Pink, la construction est on ne peut plus juste: une montée en puissance débridée qui va vers l’annihilation complète, puis une passage calme qui ramène vers une nouvelle structure frénétique, elle même se perdant peu à peu dans une piste plus ambiante. Tout cela fait qu’on respire juste quand il le faut, et que l’on peut jouir de tout le travail fourni sans finir la tête comme une citrouille. D’aucun le trouveront quand même indigeste, mais ça n’est pas mon cas, loin de là.

A noter que cet album est, avec Feedbacker, celui ou Wata s’exprime le plus, et cela se sent. Ses solos et ses parties contemplatives sont à se rouler par terre, d’une maîtrise impressionnante et d’une efficacité imparable. L’album mérite quelques écoutes attentives rien que pour elle et son jeu vraiment unique, ici exprimé à son plein potentiel. Et en plus elle est plutôt mignonne, ce qui ne gâche rien (oups, pardon, oubliez cette dernière remarque, ça manque un peu d’objectivité et n’a pas grand rapport avec ses talents de musicienne).

A noter encore, cet album est dédicacé à la marque d’amplis Orange que Boris a en affection, comme le prouve la couverture… orange… et un petit passage de narration dans Heavy Friends.

Un disque vraiment à part, et qui se trouve être le meilleur des essais rock crasseux de Boris. Et puis ces solos, raaaah.

August 20th, 2007

Boris : FloodEtant fanatique inconditionnel (enfin presque) de Boris, je trouvais triste de laisser certaines de leurs productions sans chronique. Le problème étant que leurs disques les plus directement passionnants, j’ai nommé le généralissime Feedbacker et le complètement décalé Amplifier Worship ayant déjà été chroniqués par le très diligent Svartolycka, il reste deux choses: les bons disques, Heavy Rocks en tête, Pink et Akuma No Uta pas très loin derrière. Et… Les choses qui fleurent un peu la bouse, mine de rien. Bon, commençons par ça, alors, je n’en aurais que plus de plaisir à encenser certains autres des disques de cette entité anormale et passionnante qu’est Boris.

Flood est, en quelque sorte, un prémice annonçant le chef d’oeuvre ultime qu’est Feedbacker. Un disque qui joue avant tout sur une ambiance, une ambiance cherchant la beauté, sans s’épurer complètement des visages chaotiques du sludge et du drone, se tirant en longueur, se développant avec une lenteur extrême et des boucles interminables. Bref, tout ça rappelle fortement ne serait-ce que les deux premiers morceaux de Feedbacker (qui représentent plus de la moitié du disque en question). Sauf qu’ici, on n’est pas emporté. On reste à terre, on écoute, ou croit s’envoler une fois de temps en temps avant de replonger. Le plaisirographe ne tressaute pas, il frémit à peine, par intermittences.

La faute à quoi? Eh bien, Flood est une oeuvre qui se veut une ode au minimalisme musical. Et c’est définitivement TROP minimaliste.

On entame cette galette de près de 70 minutes par une guitare jouant une rythme répétitif et pas franchement hypnotique (pas comme celui qu’on peut entendre sur l’Europe de Noir Désir par exemple, oui, je tire mes références d’où je veux, d’abord, c’est ma chronique, na). Une deuxième guitare joue vite en canon et un ton en dessous, apportant un peu de chaos. Ca pourrait aller si ça ne faisait pas DIX minutes. DIX minutes de ce même son. Une petite variation nait de temps à autre avec l’entrée de la batterie d’Atsuo, qui s’est pris une superbe distorsion “résonnance sub-aquatique” du plus bel effet et qui, après s’être présentée, envahit tout l’univers sonore pour nous asséner cinq minutes caverneuses et franchement orgasmiques, seulement gâtées par… Eh oui, ce rythme répétitif à la guitare. Et pourtant, un même bruit répété sans fin, ils avaient réussi cela de manière efficace sur Absolugeto, où leur boucle sonore de fin de morceau, parfaitement atroce, laissait le spectateur bavant et abasourdi et -s’il était un peu masochiste, certes- comblé. Mais là, rien. Bref, à retenir, la batterie et les distorsions, et huit/dix minutes qu’on zappera souvent en mettant le disque.

Vu la sombre performance sonore de la fin du morceau, on s’attend, quand on connaît le groupe, à un déluge dronesque. Maaaais non, c’est raté. Le deuxième morceau s’ouvre sur le jeu de batterie le plus minimaliste du monde. Un roulement doux, un coup de caisse claire, un petit roulement, un coup de caisse claire… Puis, quelques petits pincements de cordes post-post-rock si vous me passez l’expression. Décrire ce morceau est très dur, puisqu’il s’agit uniquement de petites incursions de gratte aérienne venant perturber légèrement une nappe sonore constante et répétitive. Mais là, ça marche. Wata seule est aux commandes, et connaissant la sensibilité de la guitariste pour les morceaux purement ambiants, on obtient un résultat apaisant, caressant, le genre de morceau qu’on écoute dans le noir, étendu sur son lit, avec un grand sourire gaga sur les lèvres.

Bon. Troisième mouvement. On retrouve ces petits pincements de cordes nostalgiques, et la magie continue d’opérer… Mais pas longtemps. l’alchimie n’est plus la même, la guitare de Wata se fait presque inexistante, nous laissant presque seuls façe à ce rythme qui commence à endormir sérieusement après l’avoir entendu tourner quelque temps. Puis, là, tout d’un coup, on se réveille. Le premier son de guitare grasse arrive enfin, 35 minutes après le début du disque. Et, enfin, nous libérant de ce rythme lancinant, arrive le déluge sludge/doom. L’entrée en matière défonce le crâne comme il faut, c’est un vrai plaisir que d’entendre la batterie d’Atsuo lancer cette partie du morceau. Pour la suite, eh bien… C’est étrangement assez décevant. C’est… Mélodique. Bon, vous me direz, ce n’est pas un mal en soi, mais, ça ne correspond pas franchement au style utilisé. Et c’est fait sans le charme d’un Farewell. Des choeurs clairs apparaissent et tapent à côté de la plaque. La deuxième partie se fait plus chaotique (bien) mais pêche par un côté: ceci est un morceau de Boris reconnaissable entre mille mais sans personnalité. Quant à la troisième, c’est une boucle répétitive pas particulièrement monstrueuse. Reste les petites montées en puissance sympathiques, un beau coup de gong. Bref, un passage gras, le seul du disque, et un passage hésitant entre commun et mauvais. Dommage.

Dernier morceau. La boucle de fin du titre précédent continue de tourner sur la basse de Takeshi, pendant que des sons aquatiques se construisent vaguement autour. Il me semble avoir déjà dit que cette boucle n’avait rien de phénoménal, eh bien, passer d’une boucle craspec moyenne à une boucle de basse claire toute propre, ça n’arrange rien. Le morceau serait probablement mieux sans, laissé à son côté complètement informe, mais se retrouve bridé par ce semblant de structure qui tape sur les nerfs. La seconde partie du morceau est faite de quelques nappes industrielles discrètes et mourantes, qui n’ont pas la sensibilité exacerbée des légers soubresauts drones du premier mouvement de Feedbacker.

Bilan. On tient, au coeur de l’album, après la dixième minute, quelques vingt minutes franchement passionantes. Et, pour le reste, on a quelque chose qui va de “commun” à “nul” en passant par “sans intérêt”. Trop minimaliste et mal maîtrisé, Flood est l’Erreur de Boris, avec un grand E. Je suppose que les plus acharnés des minimalistes défendront tout de même ce disque, mais il faut vraiment être mordu pour y accrocher. Ca reste une toile de fond tout à fait acceptable pendant qu’on bosse, mais surement pas quelque chose pour laquelle on bloquera 70 minutes de son temps pour l’écouter au casque sans rien faire d’autre. Ayons le geste juste: sauvons l’excellent deuxième mouvement et ses 14 minutes qui méritent très largement le détour, au même titre qu’un deuxième mouvement de Feedbacker ou un A Bao Que. Le reste, adieu.

Sur ce, je m’en vais préparer des chroniques de vénération pour un autre album de Boris, parce que comme ils ne le montrent pas ici, ils le valent bien.

August 9th, 2007

Boris : PinkBoris est une entité musicale vraiment unique. Drone, sludge, rock psychédélique, voire même grunge, on trouve de tout dans leurs albums. Qui ne se ressemblent jamais, d’ailleurs. Cherchez donc le rapport entre cet album et l’écrasant Absolugeto, vous m’en direz des nouvelles.

Boris est une entité polymorphe. Au cÅ“ur même de ses albums. Je garde personnellement un souvenir impérissable de leur Feedbacker, qui passait joyeusement d’un drone planant à un rock floydien très aérien, avant de partir sur un rock/sludge gras et bordélique, pour déboucher sur une éreintante piste de larsens. Sur Pink aussi, on saute du coq à l’âne, constamment. Mais les deux disques ont une démarche finalement très différente. Dans Feedbacker, on avait ce qui pouvait n’être qu’une seule et même piste, où tout s’enchaînait à la perfection. Ici, point de cela : les titres se suivent, ne se ressemblent pas, se heurtent les uns aux autres (voire le passage très brutal de Farewell à Pink, où une ambiance psyché-drone laisse tout d’un coup la place à un riff rock pêchu ; ou encore le passage du frénétique et bordélique Nothing Special au doom millimétré et pesant de Blackout… Ou encore le passage dudit Blackout au très rock et sautillant Electric). Bref, Boris donne plus que jamais dans le foutoir organisé, collant des titres très disparates les uns aux autres.

De fait, Pink est un album très difficile d’accès. Beaucoup de personnes accrocheront sur certains morceaux (si je m’écoutais, je passerai Blackout en boucle tellement ce titre est génial), et oublieront le reste. Il est vrai que la tentation est grande d’écouter de manière éclatée, de s’intéresser soit aux titres les plus rock, soit aux titres les plus drone/sludge/doom. Le pari de Boris est, peut-être, l’un des plus contestables qu’ils aient fait jusqu’ici, et c’est un peu dommage. Mais s’arrêter à ce constat serait oublier qu’on tient là, encore une fois, des compositions riches et uniques comme eux seuls savent en composer. Parce que l’esprit du groupe est plus que jamais là.

La cohérence, finalement, vient du son. Cette masse grasse qui ne quitte jamais le groupe, quel que soit le genre dans lequel il joue. Le sludge est toujours là, en toile de fond, et pervertit tout, fusse un titre aussi rock et dansant qu’Electric. La saturation est partout, les soli un peu décalés de la demoiselle Wata aussi, les suraigus et autres douleurs sonores parsèment toujours les morceaux. Bref, toutes ces choses qui font que, même si l’on met un pseudo-bread en parallèle avec un Feedbaker 4 ou un Ganbow ki, on ne peut se tromper : c’est quand même du Boris. Et cette capacité à s’incruster dans tant de genres sans pervertir sa propre intégrité ne peut que forcer le respect.

Je ne peux pas résister à l’envie de vous dire ce qui se cache derrière chaque morceau.

Farewell, perpétue l’habitude du groupe de donner un morceau plus facilement identifiable “Boris” que tout ce qui suivra (c’est particulièrement sensible sur Feedbacker ou Akuma No Uta). Relents drones et floydiens pour une piste longue et calme.

Pink cache une des pistes rock les moins perverties, entraînante, rythmée, seulement chargée d’un peu de ce son perturbant qu’est celui de ces trois japonais jetés.

Arrive Woman on the Screen, qui semble continuer dans la même Veine, mais dont le son se plombe peu à peu, pour parvenir à un grincement noise qui perturbe le morceau et introduit le monstrueux Nothing Special, morceau rock avec des guitares jouant dans un registre incroyablement crasse, accompagnées tout le long par des sifflements noises agressifs. Morceau court, frénétique, éprouvant et franchement génial.

Puis vient Blackout. Peut-être LA claque du disque. Là, on tape directement dans le doom/sludge, c’est pesant, glauque, gluant, et pourtant le morceau s’envole, se transcende, et on vient à regretter sa durée relativement courte, “à peine 4 minutes 50″.

Electric revient dans un registre rock, cette fois dansant.

Pseudo-bread, est un morceau, qui pourrait être presque rock-pop, ne serait ce fond sonore permanent de grésillements, qui va en gagnant en puissance tout au long du morceau.

Afterburner est une étrangeté (ce qui n’est pas étonnant, d’une certaine manière). Morceau presque propre, lent, bizarre, vraiment indescriptible.

Six, Three Times est un nouveau morceau de rock perverti.

My Machine un tout petit interlude ambiant qui rappelle le bon vieux temps de Feedbacker et de son deuxième morceau.

Quant à Just Abandoned Myself, c’est un peu la synthèse du disque, la frénésie mise à part. Morceau qui finit en apothéose sur un long frémissement drone.

Alors voilà. Pink, c’est un disque qui, à la fois, peut plaire à tout le monde puisqu’il aborde des terres aussi éloignées que le rock, le doom, et le drone. A peu près tout le monde peut, en théorie, y trouver ce qu’il veut. Mais c’est aussi un disque incompréhensible, complexe, labyrinthique, élitiste, qui le rend très difficile d’accès. Le tout est à la hauteur de ce que Boris a toujours composé, même si on perd peut-être un peu de fraîcheur dans cet assemblage chaotique de morceaux sans grand rapport. Au final, une bonne Å“uvre de Boris, mais pas la meilleure, et probablement pas celle avec laquelle il faut découvrir le groupe. On lui préférera pour cela Akuma No Uta, qui, s’il est tout aussi ouvert, est plus construit, ou Feedbacker et ses longs morceaux fusionnés les uns dans les autres. Pink est à mon avis une Å“uvre que seuls ceux qui connaissent déjà un peu le groupe pourront apprécier à sa juste valeur : celle d’un disque passionnant autant qu’éprouvant.