September 12th, 2007

Green Carnation : Journey to the End of the NightGreen Carnation est un groupe dont l’un des maîtres à penser est un certain Tchort, connu pour ses prestations sur Carpathian Forest et avoir participé à -en vrac- Emperor, Satyricon et Blood Red Throne. Pas franchement un premier venu, donc. Le groupe, d’après ce que j’ai cru comprendre, existait déjà dix ans avant cet opus et jouait du death. Une page complètement tournée vu ce qu’on trouve dans ce disque.

Pour ce premier album, Green Carnation joue dans un registre doom/rock progressif des plus étonnants lorsqu’on sait qu’un des types aux commandes est un musicien de black métal à l’origine. On y trouve des orchestrations symphoniques, un chant opéra féminin aérien… Nul doute que les influences des frères Botteri y sont pour beaucoup. A vrai dire, même quand on ne connaît pas le musicien en question, Journey to the End of the Night surprend. Le disque est composé d’une vague introduction et de quatre morceaux (le dernier décomposé en 4 plages) qui dépassent tous les 13 minutes, morceaux tous lents, aux rythmes et mélodies changeantes, fluctuantes et un peu désordonnées… On sent une volonté de ne pas faire comme tout le monde et de se confronter à la dure tâche de la construction sur longs morceaux, mais la maîtrise nécessaire , si elle se profile, est encore loin d’être au sommet. Pour faire simple, ce Journey to the End of the Night est intéressant, mais trop long et trop inégal pour faire un album véritablement bon.

Oui, parce que le disque fait tout de même 70 minutes, et que réussir à passionner par des rythmes lents et planants sur une telle durée n’est pas donné à tout le monde. Pourtant, Green Carnation s’en tirait plutôt bien par moments. On trouve en effet des passages excellents et prenants, comme le morceau My Dark Reflections of Life and Death en entier, ou divers fragments des autres morceaux où une belle trace d’âme musicale surgit et prend aux tripes. Seulement, d’autres morceaux et passages ne provoquent pas grand chose, juste une sorte d’amorphie, d’attente du morceau suivant (le titre éponyme est franchement plat), et le côté parfois trop répétitif voir récurrent de certaines sections rythmiques d’un intérêt limité ont tendance à gâcher le plaisir. Au final, l’intérêt baisse, et le final très sec (shattered s’arrête presque sans crier gare et on se retrouve avec un blanc sonore inattendu et inapproprié) n’arrange pas les choses.

Journey to the End of the Night laisse le goût d’une oeuvre encore en gestation, et posée trop vite sur disque, alors qu’un petit temps de maturation supplémentaire aurait pu en faire un album vraiment transcendant comme les moments de génie le laissent à penser (My Dark Reflections of Life and Death montre bien que le groupe est capable de composer sur le long terme -18 minutes tout de même- avec pourtant des rythmiques simples et répétées, la montée dramatique en milieu de morceau n’en prenant que plus d’ampleur). La production ne fait pas honneur malheureusement, les guitares sonnent un peu mou du genou et les arrangements auraient mérité un son plus puissant. Les recherches dans la succession de mélodies, souvent un peu maladroites, sont pour beaucoup dans le semi échec de ce disque, donnant des morceaux manquant parfois de cohérence sur le long terme.

Green Carnation présente ici un début d’éveil et une tentative louable de créer une ambiance qui lui est propre dans un style assez unique. Hélas, la perfection est encore loin et le disque, pourtant loin d’être inintéressant et conservant tout de même de très bonnes choses dans ses entrailles, finit par lasser. Dommage.

September 11th, 2007

Savatage : Dead Winter DeadSavatage pas du tout chroniqué sur SoM ? Qu’ouïs-je, qu’entends-je, que vois-je ? Je me disais qu’un expert aurait au moins complété quelques albums, histoire que ce ne soit pas un bleu total qui s’y colle. Pour ma part, je n’ai posé l’oreille que sur ce Dead Winter Dead, et j’ai mis quelque temps à me lancer dans la chronique, parce que décrire un album quand on ne connaît rien du reste de la discographie (conséquente) d’un groupe, bah c’est pas évident, on a un peu peur de dire des conneries. Mais bon, le disque en question valant franchement le détour, j’ai craqué, je chronique.

Savatage, pour cet opus tout du moins, joue un heavy progressif et orchestral. Le groupe est fortement influencé par la musique classique et cela se ressent sur les compositions (reprise de Bach sur Memory, hommage à Mozart sur… Mozart and Madness, etc…). On peut regretter que, comme souvent, l’inspiration en question vienne de classiques (je pense que les deux compositeurs sus-cités doivent dire quelque chose même au plus cavernicole ascétique true blackeux from norway) que tout le monde utilise, mais bon, ce serait chipoter un peu. En fait, il y aurait matière à reproche si le groupe faisait une musique plate, ce qui n’est heureusement pas le cas. Les claviers ont donc une place prépondérante dans le disque, le plus souvent jouant des mélodies de piano, et supportant parfois la musique d’une envolée symphonique. Les guitares s’effacent d’ailleurs souvent (Sarajevo, One Child…) pour laisser parler le reste des orchestrations. Une nette alternance de tempos, ces guitares parfois effacées et parfois lancées dans des solos heavy absolument magiques, tout cela laisse percevoir la nette influence progressive de Savatage. Mais attention, on n’a pas affaire à un progressif ultra sophistiqué à la Dream Theater, les compositions sont relativement simples et cherchent l’efficacité sans se montrer jamais démonstratives. Dans Dead Winter Dead, tout est dans l’atmosphère. Une atmosphère très sombre (pour du heavy prog s’entend), qui joue entre douceur, noirceur et puissance, un mélange très émotionnel qui cherche à faire vibrer la corde sensible. Le dosage est juste, et on ne se retrouve pas comme on pouvait le craindre avec un disque larmoyant et mièvre, Savatage évite cet écueil. Le chant de Zachary Stevens, quoi que parfois un peu nasillard, colle plutôt bien à l’ambiance du disque, ne courant pas dans les aigus tapant sur le système et ne chantant pas trop grave non plus, avec un timbre assez particulier qui a finalement beaucoup de charme.

Ce qui fait la force du groupe est avant tout sa conviction. On sent complètement qu’ils croient à ce qu’ils font, ils se donnent à fond, ça transpire l’âme des musiciens par tous les pores. Ce qui fait que les petites maladresses qu’on peut entendre de temps à autres, eh bien on les oublie. Savatage veut partager sa musique avec qui veut l’entendre, et s’y prend très bien pour accrocher. Cependant, l’aspect assez calme de l’ensemble peut rebuter dans un premier temps, pour ceux qui ont l’habitude de quelque chose de plus péchu. Oui, Savatage n’a pas fait dans le percutant à gros son, et il faut accepter de mettre l’oreille sur un disque d’ambiance plus que sur un disque de heavy, même si des titres comme Doesn’t Matter Anyway viennent régulièrement donner un bon coup de fouet.

Quelques titres se détachent de l’ensemble, tout particulièrement le simplissime et pourtant incroyablement efficace I Am ou les émouvants One Child et Not What You See et leurs expérimentations sur le chant (on trouve des canons très bien foutus). Saluons encore au passage le talent du guitariste soliste, qui se fait bien plaisir et nous fait bien plaisir par la même occasion (son délire vers les 3′30 et plus de This Is The Time vaut vraiment le détour surtout qu’il sauve une chanson un peu moyenne autrement, Starlight et Dead Winter Dead contenant aussi des parties d’anthologie).

Bref, un disque de heavy ambiant à découvrir. Pas parfait, parfois un peu maladroit, mais touchant au possible. Ca fait toujours du bien d’entendre des musiciens qui se font plaisir, surtout lorsque leur technique et leur composition sont à la hauteur. Oubliez ce disque si vous voulez quelque chose de bien rentre-dedans ou si vous ne pouvez pas encadrer le heavy, sinon, jetez-y une oreille, vous pourriez bien être surpris.

August 29th, 2007

Southern Cross (CAN) : Rise AboveAh, tiens. Lorsque j’ai ouvert mon colis de disques à chroniquer, j’ai été un peu surpris, au vu de la pochette (signée Tarquin, d’ailleurs, pour la petite histoire). On n’aurait pas dit du black, vu comme ça. Du death plutôt. Bon, je mets le disque dans ma platine. J’ai perdu. C’était du power thrash. Avec des traces heavy et progressives. Je crois que c’est à peu près tout. Bah, je suis capable de chroniquer ce genre d’album aussi, gênons-nous.

Alors, Southern Cross, ça a quoi dans le ventre ? Des rythmiques béton, pour commencer. Une guitare rythmique au son assez sec, très saccadée par moments et, comme je le disais, parfois bien marquée thrash lorgnant un peu sur le heavy par moments. Une guitare solo qui assure de bien beaux passages de lead, ici résolument heavy. Une batterie pas mauvaise mais qui ne fait pas grand-chose d’autre qu’appuyer les plans de la guitare rythmique, on regrettera un peu que le batteur ne se soit pas plus lâché par moments, parce qu’il a l’air capable de le faire. La basse ne s’exprime pas beaucoup plus mais on leur pardonnera. Un synthétiseur qui oscille entre partitions classiques (piano/cordes principalement) et d’autres plus modernes, le genre de choses qu’on pourrait trouver dans un Dream Theater. Ses interventions sont distillées avec soin et bien intégrées aux compos, pas grand-chose à dire de ce côté là. Et puis un chanteur. Et c’est là que le bât commence à blesser sérieusement. Le sieur David Lizotte travaille dans plusieurs registres différents, et réussit très différemment dans chaque, étrangement. Les voix graves et très rythmées, marquées du sceau thrash (You Shall Be Dead en tête) sont parfaites et prennent bien aux tripes. Le registre clair, un peu épique, n’est pas mauvais non plus même s’il ne casse pas la baraque. Par contre, le registre émotif est à pleurer, mais pas pour la bonne raison. Le chanteur geint et ça fait très mal aux oreilles. D’ailleurs, quelques autres des montées dans les aigus ont tendance à finir sur un couac quelque peu désagréable. Bref, le chant, s’il n’est pas entièrement raté, s’avère plusieurs fois énervant voir désagréable, et c’est bien dommage. Surtout quand on voit comment les parties plus pêchues sont assurées.

Bon, oublions un peu le chanteur. Rien de révolutionnaire dans la musique de Southern Cross. Son power un peu progressif (on n’a pas affaire à un déluge de plans sur-compliqués pour autant, mais ça reste très sensible) prend des influences un peu partout. Pour parler en matière de grands noms puisque je suis loin d’être un expert en la matière, on trouve des choses qui rappellent Rhapsody (pas beaucoup cependant, mais ça s’entend parfois), d’autres qui lorgnent vers Dream Theater (je pense à Pale qui m’a quand même pas mal rappelé les américains en question). Un petit quelque chose de Savatage aussi. Mais au final, la synthèse est bien faite, et on oublie assez vite cette première impression. Southern Cross s’inspire sans plagier, et ça, c’est bien.

On trouve des morceaux très plaisants dans cet album, tout particulièrement l’entrée en matière bien foutue You Shall Be Damned ou l’excellent Pale (si on excepte le couac aigu des premières minutes). D’autres sont moins remarquables comme Never Dare Say Ou Rise Above. Et puis il y a la ballade. This World Was Just A Dream aurait pu être un bon morceau si David Lizotte avait pensé à ne pas chanter. Mais là, il est au pire de sa forme. Ses vocaux montent et descendent de manière parfaitement inutile. Au lieu d’aller à l’émotion, il se perd dans un labyrinthe technique qu’il ne maîtrise pas du tout. Dur.

Au final Southern Cross signe avec Rise Above un album non négligeable, mais qui ne fera pas vraiment date, n’apportant pas la révolution ni la maîtrise totale pour se dégager franchement des sorties du genre. Pour autant, on peut dire que le groupe, encore jeune, a certainement un bel avenir. Si le chanteur voulait bien soigner plus ses parties les moins couillues/thrash ou les oublier complètement, la maturité aidant, le prochain opus du groupe pourrait bien casser la baraque A surveiller, donc, parce que le potentiel est là, même s’il n’est pas encore totalement épanoui. Mention spéciale au gratteux, qui assure ses parties avec talent.

August 29th, 2007

Rise AboveAh, tiens. Lorsque j’ai ouvert mon colis de disques à chroniquer, j’ai été un peu surpris, au vu de la pochette (signée Tarquin, d’ailleurs, pour la petite histoire). On n’aurait pas dit du black, vu comme ça. Du death plutôt. Bon, je mets le disque dans ma platine. J’ai perdu. C’était du power thrash. Avec des traces heavy et progressives. Je crois que c’est à peu près tout. Bah, je suis capable de chroniquer ce genre d’album aussi, gênons-nous.

Alors, Southern Cross, ça a quoi dans le ventre ? Des rythmiques béton, pour commencer. Une guitare rythmique au son assez sec, très saccadée par moments et, comme je le disais, parfois bien marquée thrash lorgnant un peu sur le heavy par moments. Une guitare solo qui assure de bien beaux passages de lead, ici résolument heavy. Une batterie pas mauvaise mais qui ne fait pas grand-chose d’autre qu’appuyer les plans de la guitare rythmique, on regrettera un peu que le batteur ne se soit pas plus lâché par moments, parce qu’il a l’air capable de le faire. La basse ne s’exprime pas beaucoup plus mais on leur pardonnera. Un synthétiseur qui oscille entre partitions classiques (piano/cordes principalement) et d’autres plus modernes, le genre de choses qu’on pourrait trouver dans un Dream Theater. Ses interventions sont distillées avec soin et bien intégrées aux compos, pas grand-chose à dire de ce côté là. Et puis un chanteur. Et c’est là que le bât commence à blesser sérieusement. Le sieur David Lizotte travaille dans plusieurs registres différents, et réussit très différemment dans chaque, étrangement. Les voix graves et très rythmées, marquées du sceau thrash (You Shall Be Dead en tête) sont parfaites et prennent bien aux tripes. Le registre clair, un peu épique, n’est pas mauvais non plus même s’il ne casse pas la baraque. Par contre, le registre émotif est à pleurer, mais pas pour la bonne raison. Le chanteur geint et ça fait très mal aux oreilles. D’ailleurs, quelques autres des montées dans les aigus ont tendance à finir sur un couac quelque peu désagréable. Bref, le chant, s’il n’est pas entièrement raté, s’avère plusieurs fois énervant voir désagréable, et c’est bien dommage. Surtout quand on voit comment les parties plus pêchues sont assurées.

Bon, oublions un peu le chanteur. Rien de révolutionnaire dans la musique de Southern Cross. Son power un peu progressif (on n’a pas affaire à un déluge de plans sur-compliqués pour autant, mais ça reste très sensible) prend des influences un peu partout. Pour parler en matière de grands noms puisque je suis loin d’être un expert en la matière, on trouve des choses qui rappellent Rhapsody (pas beaucoup cependant, mais ça s’entend parfois), d’autres qui lorgnent vers Dream Theater (je pense à Pale qui m’a quand même pas mal rappelé les américains en question). Un petit quelque chose de Savatage aussi. Mais au final, la synthèse est bien faite, et on oublie assez vite cette première impression. Southern Cross s’inspire sans plagier, et ça, c’est bien.

On trouve des morceaux très plaisants dans cet album, tout particulièrement l’entrée en matière bien foutue You Shall Be Damned ou l’excellent Pale (si on excepte le couac aigu des premières minutes). D’autres sont moins remarquables comme Never Dare Say Ou Rise Above. Et puis il y a la ballade. This World Was Just A Dream aurait pu être un bon morceau si David Lizotte avait pensé à ne pas chanter. Mais là, il est au pire de sa forme. Ses vocaux montent et descendent de manière parfaitement inutile. Au lieu d’aller à l’émotion, il se perd dans un labyrinthe technique qu’il ne maîtrise pas du tout. Dur.

Au final Southern Cross signe avec Rise Above un album non négligeable, mais qui ne fera pas vraiment date, n’apportant pas la révolution ni la maîtrise totale pour se dégager franchement des sorties du genre. Pour autant, on peut dire que le groupe, encore jeune, a certainement un bel avenir. Si le chanteur voulait bien soigner plus ses parties les moins couillues/thrash ou les oublier complètement, la maturité aidant, le prochain opus du groupe pourrait bien casser la baraque A surveiller, donc, parce que le potentiel est là, même s’il n’est pas encore totalement épanoui. Mention spéciale au gratteux, qui assure ses parties avec talent.

December 26th, 2006

Kadenzza : The Second RenaissanceAprès son premier album, qui ne m’avait qu’à moitié convaincu, à cause des chansons les moins progressives qui ne semblaient pas des mieux maîtrisées, le fou furieux You Oshima revient avec sa musique si spéciale. Rappelons le, Kadenzza est un black symphonique progressif teinté de folklore japonais, le tout marqué par une note déjantée apportée entre autres par des vocaux black uniques en leur genre. Cette voix là, on la déteste ou on l’adore. Moi, je l’adore, elle est originale et tout de même franchement remuante, et le rajout de ce petit brin de folie est des plus plaisants.

Mais passons plutôt à l’album. Après une introduction étrange et pas des plus réussies, Oshima nous assène Ghost in the Shell, l’une des quelques compos remuantes du CD. Premier constat, il y a de l’évolution par rapport à un Kamikaze Blows ou à Wheel of Fortune; le son des grattes est amélioré, la composition entière est plus efficace. L’album démarre donc sur les chapeaux de roues, et d’une manière bien meilleure que son prédécesseur.

The Ambers of Reverie m’a fait un peu déchanter, par une structure du chant un peu étrange, qui ne m’a pas semblé des plus appropriées. Mais à vrai dire, la musique sauve le petit accident, et se montre inventive et efficace, à nouveau. Titre un peu moyen, mais qui ne plombe pas le CD non plus. L’aspect progressif de la musique commençe tout doucement à se faire sentir dans ce morceau.

Vient ensuite The Abyss Staris at You, qui se révèle un très bon assemblage de symphonique et de choeurs clairs amenant à une rythmique lourde, pour un titre presque doom, très sympathique. Il est effectivement dommage que l’on sente trop cette aspect synthétique de l’orchestre, qui aurait grandement gagné à être fait de bois et de cordes, mais ça ne fera pas bouder son plaisir pour autant.

Arrive ensuite la belle surprise de cette première moitié d’album, le titre Ukata, une orchestrale parsemée de quelques chants et ne laissant apparaître que de très rares lignes de guitare. Commençant comme une musique d’église, à l’orgue électrique et au choeurs féminins, le titre crée une ambiance de noirceur religieuse, avant de laisser tout d’un coup perçer une voix enfantine, chantant en japonais (enfin!) sur quelques notes au piano, air mélancolique et angélique qui contraste déjà avec la première partie. puis, peu à peu, le titre monte en puissance, jusqu’à entrer dans une dernière période, cette fois presque joyeuse. Tout le titre est composé comme un lente sortie des ténèbres, jusqu’à arriver en pleine lumière avec l’éclatant final victorieux. Un titre sans aucune violence, et pourtant, sans doute le meilleur de l’album pour sa structure, sa recherche et sa puissance d’évocation.

Commence alors la deuxième partie du disque, cette fois-ci entièrement basée sur une continuité narrative, une sorte d’histoire du petit chaperon rouge remaniée en version plus adulte et malsaine (la métaphore sur les pédophiles et autres tordus assassins est assez claire). Commençant par une petite comptine, menée d’un bout à l’autre au piano, la musique se fait épique et violente avec The Wolfoïd, titre très rentre dedans, qui donne un grand coup de fouet à l’auditeur après les dérives ambiantes des titres précédents, ou You Oshmia fait montre de tout son art, et prouve que ses petits ennuis sur les titres violents du précédent album sont dépassés. Il n’hésite pas non plus à couper le titre d’une séquence ambiante des plus plaisantes, ouvrant sur un solo inspiré. Le meilleur titre violent qu’ait composé Kadenzza à ce jour.

Puis, vient Mother’s Flesh. Le titre s’organise autour de deux grands pics de puissance, entre lesquels Oshima pose une ambiance feutrée et malsaine, un peu enfantine et très tordue. Titre très bien mené et qui mérite sa place de deuxième meilleur de l’album.

Puis, enfin, l’album se calme définitivement avec Redemption, titre ambiant simplement chuchoté concluant l’étrange remaniement du célèbre conte. Les textes de ces quatre derniers titres sont d’ailleurs très intéressants à lire, pour leur inventivité et leur côté décalé.

Voilà donc le grand retour d’Oshima, qui a dépassé ses défauts du premier album, et signe ici une oeuvre progressive et atypique des plus intéressantes. Que le groupe continue comme ça!

December 26th, 2006

Arcturus : Sideshow SymphoniesPour avoir laissé murir l’objet suffisamment de temps, j’ai enfin pu me décider quand à la question que posait Svartolycka et qui me posait le même problème: ce disque est-il raté ou ne l’est-t-il pas? Pour moi, c’est décidé et c’est définitif, il s’agit bien d’un plantage.

On va commençer par le positif: les musiciens sont très bons, et montrent leur talent dans la musique, pas de problèmes, c’est joli, c’est léché, mis à part la prod manquant légèrement de puissance, mais c’est une habitude avec Arcturus, et le but du groupe n’est aucunement d’avoir un son surpuissant. Le son colle donc plutôt bien à l’ambiance, et le résultat est une oeuvre tout à fait valable, tant sur le plan technique que d’un point de vue de composition. Pour reprendre ce que disait Nattskog sur The Sham Mirrors (avis que je ne partage pas pour ledit album, soit dit en passant, pour une fois que je ne suis pas d’accord avec une de ses chroniques, il faut quand même que je marque le coup), j’ai l’impression que je vais descendre en flammes un album que j’aime. Mais c’est pas l’album que je vais critiquer (d’où la note pas trop catastrophique) mais bien Arcturus.

Succédant aux délires musicaux de Disguised Masters et au plus rentre-dedans The Sham Mirrors, la formation veut se refaire une jeunesse avec un retour aux sources. La nostalgie rêveuse d’Apsera Hiems Symphonia refait surface, accompagnée des éléments principaux de La Masquerade Infernale, voix théatrale et grandiloquence. Seulement, ça ne marche plus. Là ou la Masquerade jouait avec une grande finesse de cette grandiloquence décadente et presque caricaturale, Sideshow Symphonies s’enfonce. Pourquoi donc?

La faute aux solos, déjà. Ils ne transpirent plus l’émotion, n’arrivent plus à être ces coupures courtes et prenant aux tripes de la Masquerade, ni ces envolées rêveuses d’Aspera Hiems Symfonia. On a l’impression que le musicien n’y croit plus, et se contente de jouer une série de notes, et plus de retranscrire une émotion comme il le faisait auparavant. C’est techniquement irréprochable, mais l’oreille ne s’y accroche pas.

Deuxième fautif, le sieur Simens. Bon, il est vrai que je porte Garm très haut dans mon estime, et que je partais à l’écoute avec un gros à priori. cependant, je suis du genre à pouvoir écouter Dimmu sans hurler à la merde commerciale comme beaucoup de puristes, et de fait, j’avais pu appréçier ses passages de chant clair sur Puritanical Euphoric Misantropia et son successeur. Seulement voilà. Premièrement, on a l’impression d’un mix entre l’ancien chant de Garm sur la Masquerade, mais aussi ledit chant issu de Dimmu, et le mélange est un peu dérangeant. Parce que Vortex n’a pas totalement pris la mesure de l’âme Arcturus. Il fait des belles vocalises (je ne contesterai pas le fait qu’il soit doué des cordes vocales), mais qui n’ont plus le coeur que mettait Garm dans son chant. On y perd un gros bout de la folie décadente, du grain d’insanité jouissif qu’on trouvait chez l’ami Krystoffer Rygg. Résultat, ce n’est plus du Dimmu, mais ce n’est pas de l’Arcturus non plus. Etrangement, je trouve sa voix meilleure sur les quelques éléments de Live que j’ai pu voir, ou Vortex vivait son chant au lieu de se la jouer “performer”, et cela rendait nettement mieux. ici, c’est sans fibre, comme s’il n’avait pas réellement pénétré Arcturus, et certaines expérimentations vocales deviennent insipides (mouuuuunshaïïïne dééliriom, berk, cette vocalise là me fait sursauter à chaque fois tellement je la trouve mauvaise). Bref, le chant n’assure pas réellement.

Et troisième fautif, les morceaux eux-même. Là encore, je ne retrouve pas la vie d’une Masquerade, ou même d’Aspera Hiems Symfonia. Le son me semble plus lisse, plus plat aussi, et si on ressent encore un bon coup de fouet sur le début de l’album, l’effet se perd peu à peu au fur et à mesure que les titres défilent, et on finit par ne plus faire attention à ce que l’on écoute sur les derniers titres. Faute n’est pas de n’avoir rien tenté, mais cela ne marche plus: le White Noise Monster se montrait inventif pourtant, et reste plaisant sorti de l’ensemble, mais l’attention glisse sur ce titre écouté dans la continuité. Quant à Husfa, c’est un titre qui dans l’écoute entière devient complètement chiant et sans relief.

Donc voilà, Garm parti, Arcturus à perdu son âme centrale et s’est planté. Et vu le niveau des musiciens, c’est à la fois étonnant et franchement décevant. Pour revenir sur ce que disait WarMetal, je suis un fervent adorateur de La Masquerade Infernale, et c’est sans aucun doute cela qui me fait juger aussi mal ce dernier, et non le contraire: parce que Sideshow Symphonies est largement en deçà de ce dernier. Si je comprend qu’un néophyte se plaise avec cette oeuvre, j’avoue avoir du mal à comprendre que ceux qui ont une bonne connaissance de leur discographie entière puissent le trouver à la hauteur. Ca n’est pas mon cas, et pour moi, c’est un plantage. En espérant qu’ils se rattrapent sur leur prochaine offrande.