July 6th, 2007

Sigh : Hangman's HymnSont fous ces japonais. On le savait déjà, les nippons ont une nette tendance à pondre de la musique barrée. je ne citerai que You Oshima avec son projet Kadenzza, mais c’est déjà assez révélateur. Donc voilà, c’est sorti, Sigh nous a pondu un opus barré.

Bon, alors quoi ça être? Sortez le chaudron à pot-au-feu, mettez y de bons vocaux black très typés et assez mélodiques sans perdre pour autant leur hargne, des plans thrash/heavy dominant les grattes qui gardent du black un son assez crade (on est très loin d’un son true quand même, hein, c’est juste que les grattes dégoulinent un peu et ce n’est pas un mal d’ailleurs). Laissez mijoter un peu avant de rajouter des solos qui fleurent bon le heavy frais cueilli. Assaisonnez d’une touche symphonique épique et excessive et de sons d’orgue grandiloquents. Achevez le tout en saupoudrant doucement de champs clairs et de choeurs pas courants et pas attendus du tout. N’hésitez pas à habiller de quelques jolis rires machiavéliques avant de servir. Qu’obtenez vous?

Un bordel sans nom, bravo. Enfin, si, il en a un: Hangman’s Hymn. Mais pour un bordel, c’est un bien beau bordel. La musique de Sigh est complètement décalée, mêlant une grandiloquence pompeuse assez second degré (ce qui rappelle étrangement Rhapsody d’ailleurs, dans un registre thrash/black évidemment) à des plans brutaux directs et efficaces. Alors évidemment, on n’adhère ou on n’adhère pas, il faut savoir rentrer dans le trip pour apprécier. Les jugements risquent de ne pas faire dans la demi-mesure pour un opus pareil.

L’album est découpé en trois actes, le premier se révélant particulièrement jouissif, parcouru de mélodies improbables et d’envolées épiques dignes d’un Wagner bourré (ou d’un Bruckner sous exta, à la rigueur), et de chants/choeurs clairs qui prennent de court à la première écoute. Le tout agencé sur un système de retour fréquents de refrains courts et très simples à retenir. Oui, je sais, dit comme ça, ça ne ressemble à rien. Ce qui n’est pas faux d’ailleurs. N’empêche que c’est d’une efficacité insoupçonnable (ou alors vous fuirez en hurlant, c’est selon).

Le second est plus classique (enfin, ça reste du thrash/back à la japonaise avec des synthés délirants, hein), cherche moins de mélodiques complexes et joue plus sur des structures rythmiques -toujours directes- que la première partie. Les titres sont rentre dedans et se permettent quelques débauches sonores, mais c’est tout de même plus sage que le début. Heureusement, In Devil’s Arms apporte un souffle supplémentaire à cette partie un peu moins remuante.

La troisième elle, s’oriente plus sur la pompe symphonique (mélange de frénésie et de choeurs/cloches/trompettes pour le premier morceau, les cuivres dominant sur tout l’acte). L’album s’achève d’ailleurs sur un grand moment pompeux/bouffon plein de belles trompettes grandioses et ridicules.

Ce qui nous amène au principal problème de ce disque. Les actes sont effectivement bien distincts, et on trouve une petite tare de structure qui a tendance à diminuer un peu l’impact du disque (bon, la critique qui suit est parfaitement subjective, je préviens tout de suite): l’album débute sur les chapeaux de roue avec les trois titres fou furieux de l’acte 1, avant de laisser un peu de côté cet esprit complètement jeté au cours du deuxième acte, et y revenir d’une manière plus pompeuse et posée sur le dernier acte. Ce qui créé une sorte de “creux” une fois passée l’introduction du deuxième acte, et ce jusqu’à In Devil’s Arms qui relance la machinerie déjantée. Je trouve que quitte à commencer par ouvrir sur un concept aussi fou que celui des trois premiers titres, ils auraient mieux fait de garder cet esprit à peu près constant tout au long de la galette. Car l’acte second en souffre particulièrement, sans être mauvais en soi.

Enfin, ce n’est pas ça qui me fera bouder mon plaisir, cet Hangman’s Hymn est une très bonne découverte et ravira sans doute ceux qui sont assez ouverts d’esprit pour mettre l’oreille sur un disque aussi hors normes.

June 29th, 2007

Twilight Ophera : The End of Halcyon AgeLe black symphonique a en ce moment une nette tendance à tourner en rond. Il faut dire que dès qu’on parle de plans épiques et symphoniques, se plagier les uns les autres est presque une fatalité pour les musiciens qui n’auraient pas une solide formation classique avant de se lancer dans l’aventure. Les principales trouvailles consommées, on nous les ressert au fur et à mesure.

Bon, vous l’aurez compris à mon introduction, ce disque n’a pas grand-chose d’original. Sa musique n’apporte rien qui soit constructif, rien qui se démarque franchement, rien que d’autres ne pourront à leur tour plagier après. L’ensemble peut rappeler un vieux Dimmu Borgir qui loucherait légèrement vers le heavy. Utilisation de sonorités proches du clavecin, d’envolées épiques violons/cuivres, bref, du déjà vu, du déjà vu.

Alors? Ca ne vaut rien, donc? Pas si sûr. Parce que si Twilight Ophera reprend des plans déjà vus, revus et usés, ils le font avec talent. S’ils avaient pondu un opus de cet acabit quelques années plus tôt, ils auraient très bien pu rivaliser avec les grands noms du genre en tête de gondole. C’est bien parce que ça sent le réchauffé que cela n’arrivera pas; mais à part cela, on est en face de compos efficaces, musicalement plaisantes, et qui recèlent quelques traits de génie somme toute assez jouissifs.

Le disque a un très bon son, se rapprochant des vieilles prod symphoniques tout en restant propre (ça n’est pas paradoxal, croyez-le ou non, c’est sans doute le jeu des grattes qui y est pour beaucoup, il bave un peu et apporte la touche de noirceur qui compense la production un peu clean pour ce genre de musique). Les instruments sont tous assez classiques, mais on notera cette touche heavy dans les guitares qui permet tout de même de se détacher un peu des poncifs du genre, et empêche clairement l’auditeur de tomber dans l’ennui. La présence de solos mélodiques et plutôt bien foutus achève de relever le niveau. On note aussi quelques chants clairs rares mais tout de même plutôt originaux (c’est pas du clone de Vortex, donc tout va bien). Les vocaux black sont eux aussi classiques mais restent efficaces.

Aucune chanson ne sort vraiment du lot, mais aucune n’est mauvaise non plus. Le disque est très homogène sans trop se répéter, et ça, c’est un très bon point.

Pour conclure, je dirai cela: c’est dommage que ce disque soit sorti en 2003. S’il avait pu faire concurrence à un Enthrone Darkness Triumphant ou aux Cradle of Filth pas trop trop catastrophiques (soit jusqu’à Cruelty and the Beast), nul doute qu’il serait resté dans l’histoire du black symphonique. S’il ne deviendra jamais culte, The End of Halcyon Age reste un disque agréable. Un peu d’originalité ne lui aurait pas porté préjudice, tout de même. A écouter de temps en temps pour les amateurs du genre.

December 26th, 2006

Kadenzza : The Second RenaissanceAprès son premier album, qui ne m’avait qu’à moitié convaincu, à cause des chansons les moins progressives qui ne semblaient pas des mieux maîtrisées, le fou furieux You Oshima revient avec sa musique si spéciale. Rappelons le, Kadenzza est un black symphonique progressif teinté de folklore japonais, le tout marqué par une note déjantée apportée entre autres par des vocaux black uniques en leur genre. Cette voix là, on la déteste ou on l’adore. Moi, je l’adore, elle est originale et tout de même franchement remuante, et le rajout de ce petit brin de folie est des plus plaisants.

Mais passons plutôt à l’album. Après une introduction étrange et pas des plus réussies, Oshima nous assène Ghost in the Shell, l’une des quelques compos remuantes du CD. Premier constat, il y a de l’évolution par rapport à un Kamikaze Blows ou à Wheel of Fortune; le son des grattes est amélioré, la composition entière est plus efficace. L’album démarre donc sur les chapeaux de roues, et d’une manière bien meilleure que son prédécesseur.

The Ambers of Reverie m’a fait un peu déchanter, par une structure du chant un peu étrange, qui ne m’a pas semblé des plus appropriées. Mais à vrai dire, la musique sauve le petit accident, et se montre inventive et efficace, à nouveau. Titre un peu moyen, mais qui ne plombe pas le CD non plus. L’aspect progressif de la musique commençe tout doucement à se faire sentir dans ce morceau.

Vient ensuite The Abyss Staris at You, qui se révèle un très bon assemblage de symphonique et de choeurs clairs amenant à une rythmique lourde, pour un titre presque doom, très sympathique. Il est effectivement dommage que l’on sente trop cette aspect synthétique de l’orchestre, qui aurait grandement gagné à être fait de bois et de cordes, mais ça ne fera pas bouder son plaisir pour autant.

Arrive ensuite la belle surprise de cette première moitié d’album, le titre Ukata, une orchestrale parsemée de quelques chants et ne laissant apparaître que de très rares lignes de guitare. Commençant comme une musique d’église, à l’orgue électrique et au choeurs féminins, le titre crée une ambiance de noirceur religieuse, avant de laisser tout d’un coup perçer une voix enfantine, chantant en japonais (enfin!) sur quelques notes au piano, air mélancolique et angélique qui contraste déjà avec la première partie. puis, peu à peu, le titre monte en puissance, jusqu’à entrer dans une dernière période, cette fois presque joyeuse. Tout le titre est composé comme un lente sortie des ténèbres, jusqu’à arriver en pleine lumière avec l’éclatant final victorieux. Un titre sans aucune violence, et pourtant, sans doute le meilleur de l’album pour sa structure, sa recherche et sa puissance d’évocation.

Commence alors la deuxième partie du disque, cette fois-ci entièrement basée sur une continuité narrative, une sorte d’histoire du petit chaperon rouge remaniée en version plus adulte et malsaine (la métaphore sur les pédophiles et autres tordus assassins est assez claire). Commençant par une petite comptine, menée d’un bout à l’autre au piano, la musique se fait épique et violente avec The Wolfoïd, titre très rentre dedans, qui donne un grand coup de fouet à l’auditeur après les dérives ambiantes des titres précédents, ou You Oshmia fait montre de tout son art, et prouve que ses petits ennuis sur les titres violents du précédent album sont dépassés. Il n’hésite pas non plus à couper le titre d’une séquence ambiante des plus plaisantes, ouvrant sur un solo inspiré. Le meilleur titre violent qu’ait composé Kadenzza à ce jour.

Puis, vient Mother’s Flesh. Le titre s’organise autour de deux grands pics de puissance, entre lesquels Oshima pose une ambiance feutrée et malsaine, un peu enfantine et très tordue. Titre très bien mené et qui mérite sa place de deuxième meilleur de l’album.

Puis, enfin, l’album se calme définitivement avec Redemption, titre ambiant simplement chuchoté concluant l’étrange remaniement du célèbre conte. Les textes de ces quatre derniers titres sont d’ailleurs très intéressants à lire, pour leur inventivité et leur côté décalé.

Voilà donc le grand retour d’Oshima, qui a dépassé ses défauts du premier album, et signe ici une oeuvre progressive et atypique des plus intéressantes. Que le groupe continue comme ça!

July 5th, 2006

Visions Of Atlantis : Cast AwayUn jour, une amie à moi m’avait passé cet album en me le décrivant comme un sous-nightwish faiblard mais avec un léger potentiel qui laissait à prévoir, puisque c’était leur premier album, d’une suite peut-être intéressante.

Quant je me suis aperçu que c’était le TROISIEME du groupe, j’ai arrêté de chercher. VoA, c’est de la boue.

Son principal problème est de ne pas tenir une seule seconde la route face aux grosses pointures du genre. Que ce soit Nightwish, Within Temptation, Epica ou quoi que ce soit d’autre de qualité du milieu métal symphonique,il n’y a rien à faire, c’est largement en dessous. Cast Away est un album mou. Lost est certainement la chanson la plus puissante de l’album, c’est dire. La basse et la guitare jouent pratiquement tout le temps la même partition, sauf à un ou l’autre moment pour solo plutôt pitoyable (celui de lost est le meilleur, c’est dire, là encore). Le chanteur est assez bof. Le synthé s’en sort honorablement (encore heureux, du sympho avec un clavier qui ne sait rien faire ce serait vraiment le comble), et la chanteuse aussi, mais rien de tout cela n’est marquant, rien n’accroche l’oreille. Les compos sont horriblement simples (voire la partition de la guitare et de la basse sur lost, encore et toujours). Pour tout vous dire, je me suis pratiquement endormi au quatrième titre tellement l’écoute était intense.

Qu’ils en soient encore là après quatre ans d’existence finit de sceller le destin de ce Cast Away: rangé au grenier, entre deux caisses de vieilles peluches mitées. Quant on n’a pas de talent, on ne cultive pas son manque de talent. Fade, insipide, franchement chiant. Bon, j’arrête d’enfonçer le clou, mais sincèrement… Passez votre chemin.