Theory In Practice : Colonizing The Sun

Theory In Practice : Colonizing The SunBon, vous l’aurez peut-être remarqué, mais il est plutôt rare que je chronique des albums de death metal. Surtout quand il s’agit de death intense, complexe et technique comme celui que nous propose Theory in Practice. Non pas que j’abhorre le style, bien au contraire, mais disons qu’après de longues années de débauche sonore, mes oreilles fatiguées se sont peu à peu orientées vers des sonorités plus mélodiques et mélancoliques, et mon cerveau atrophié est devenu plus sensible à la simplicité des structures basiques « couplet, pont, refrain/couplet, pont, refrain » qu’à la complexité de polyrythmies parfois déroutantes. Le repos du guerrier, ou le marasme de la vieillesse, sans doute.

Les petits malins, aidés par la note élogieuse que j’attribue à cette galette, pourront donc tirer une conclusion évidente: Colonizing The Sun est une bombe de death métal qui peut séduire même les métalleux réfractaires à ce style.

Par où commencer? Ce n’est pas évident. Theory in Practice, ça explose dans tous les sens. Des riffs géniaux et massifs qui claquent à la gueule, des cavalcades rythmiques ahurissantes qui clouent au sol et des breaks destructeurs qui démontent les cervicales. Tout ça? Ben ouais. Et même plus.

Car on peut y ajouter un gros chant bien hargneux qui éructe implacablement sa rage à la face du monde, une batterie totalement incontrôlable et dévastatrice qui se perd dans des contretemps de malades, et un clavier aux mélodies oniriques qui apporte de temps en temps une touche résolument moderne et spatiale à l’ensemble.

Ici, on est dans le gros death technique ultra carré, les guitares, tranchantes et limpides, au son énorme, envoient tour à tour des pléthores de riffs saccadés et surpuissants propres au headbanging, des soli virtuoses qui se coulent parfaitement dans le chaos rythmique, et des breaks impromptus qui se colorent parfois de consonances jazzy.

Alors là, oui, pour être complexe, c’est complexe, ça peut même être déroutant au premier abord tant les riffs et les breaks s’enchaînent, les chansons peuvent sembler déstructurées, d’autant que la plupart du temps, ça va plutôt vite, même si les rythmes varient beaucoup, ce qui aère agréablement le tout et le rend plus digeste.

Mais putain, force est de constater après de nombreuses écoutes que la maîtrise tant rythmique que mélodique est totale. Une fois qu’on a réussi à identifier les structures, qu’on est parvenu à démêler cet enchevêtrement inextricable de riffs, on se laisse entraîner par cette folie de tous les instants, on se détruit les cervicales, les oreilles et le cerveau sur ces guitares assassines qui assènent des rythmes tordus et frénétiques, et on ferme les yeux dans des transports extatiques quand les grattes hurlent leurs soli mélodiques et distordus. On sent que tout est travaillé et habilement agencé, que rien n’est laissé au hasard, et que tout est parfaitement étudié pour multiplier l’intensité de la claque sonore que l’auditeur ne manque pas de se prendre en pleine gueule.

Tour à tour violent et rapide, puissant et massif, ou carrément aérien et hypnotique, Theory in Practice développe un style assez personnel qu’on pourrait rapprocher de groupes comme Gory Blister ou Council of The Fallen, une sorte de croisement entre un Cynic époque Focus pour les changements de rythme, la virtuosité et le côté moderne, et un Carnal Forge pour l’intensité et le côté hargneux de l’ensemble (!).

Bref, comme vous pouvez le constatez, même un néophyte du death comme moi pourrait largement s’attarder à vanter les qualités de cette excellente galette. Mais, le mieux pour apprécier ce genre de musique étant encore de l’écouter soi-même, je vous laisse découvrir ce Colonizing The Sun en gageant que, si vous parvenez à l’adopter, il ne vous laissera pas indifférent!

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