Vuyvr : Eiskalt

Vuyvr : EiskaltAttention mesdames et messieurs, la nouvelle révélation black metal vient de Suisse! Vuyvr est un tout jeune groupe de black formé en 2011 qui sort avec Eiskalt sa première réalisation. Les gus qui composent le combo ne sont pas d’illustres inconnus puisque la plupart d’entre eux font partie de formations locales reconnues telles que Knut, Rorcal ou Impure Wilhelmina, néanmoins, pas de promo fracassante pour la sortie de cette première galette, il semblerait que le groupe ait préféré rester discret afin de se concentrer uniquement sur l’essentiel, à savoir la musique.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le résultat est là. On sait que les Suisses ne sont pas les moins versés dans l’art noir, et qu’ils sont parvenus à créer une identité sonore assez typique avec les grandes figures de proue du black ambiant que sont Darkspace et Paysages d’Hiver, ou dans un style plus synthétique lorgnant vers la décadence froide et déshumanisée de l’indus’ (Borgne, Mirrothrone…), ceci dit, pouvait-on vraiment s’attendre à un tel déferlement de violence et à une leçon aussi magistrale de black metal de la part de ce groupe totalement inconnu et sortant comme qui dirait de nul part?

Le premier titre, Hoch, déboule sans préambule et nous lamine la tronche sans crier gare. Du haut de ses 3 petites minutes, il nous met sur les genoux, implacable condensé de haine, de fureur, de noirceur et de décadence. Alternant le mitraillage impitoyable de blasts phénoménaux de rapidité et d’impact sur un mur de guitare poisseux et étouffant avec d’autres passages plus lourds et rampants, il donne le ton de la galette: extrêmement violent, éprouvant, suffocant d’agression, mais pas bêtement linéaire et bourrin. Betrayers of the North nous le confirme d’ailleurs intelligemment, toujours tout en puissance et en sauvagerie, mais avec quelques parties plus lourdes et ce riff mélancolique et poignant dès 3 minutes 12, qui renforcent encore l’atmosphère de noirceur et de décadence qui nous prend à la gorge dès les premières secondes de la galette.

On sent planer comme un dégoût morbide urbain, un rejet vomitif de la société et de son modernisme, surtout dans ces ralentissements dissonants à la lourdeur phénoménale, aux confins du malaise indus, qui nous rappellent des groupes comme Borgne, par exemple. Néanmoins, l’intensité du tout, ce côté straight in your face complètement furibard mais parfaitement maîtrisé (putain, ce hurlement insane qui vient déchirer la stridence des guitares à 1,45 minutes de War of 100′000 Centuries, et cette reprise phénoménale, la démence à l’état pur!), cette force de frappe ahurissante renforcée par un son d’une lourdeur poisseuse mais limpide vous scotchant irrémédiablement au sol, cette violence presque gratuite et ultime sublimée par quelques parties mélodiques envoûtantes, tout cela nous renvoie irrémédiablement vers des groupes de hardcore/black extrême, Céleste en tête. Cette comparaison se trouve pleinement justifiée par ces vocaux proprement habités, vibrants d’une hargne furieuse et hystérique, très typés hardcore, mais un hardcore cradingue, morbide et vomitif à la Kickback.

Vuyvr continue impitoyablement son chemin de haine, nous atomisant à coups de blasts frénétiques, pénétrant insidieusement notre esprit par le biais de riffs tantôt lourds et dissonants, tantôt d’une mélodie noire et vénéneuse. A ce titre, de nombreux passages d’une violence jouissive et hypnotique servis par un riffing nordique hypnotique et des blasts sauvages font penser à Dark Funeral ou Setherial (les bombes incandescentes que sont Idolatry et Slaves), mais là où le combo suisse nous surprend, c’est quand entre deux salves d’une barbarie inouïe, il parvient à distiller dans notre cerveau engourdi par la brutalité suffocante de la charge des parties bien plus lentes, habitées d’une mélancolie désespérée, d’une beauté simple et touchante, extirpant les dernières larmes de notre corps déjà vidé de toute sa substance par les furieux assauts de la Bête (Betrayers of the North, Dead Trees Are Wandering at Night). Dans ces moments d’accalmie salvatrice, Vuyvr se dépare de sa hideur animale et se drappe dans l’aura d’un black lent, majestueux, racé, au feeling très nordique.

Et, effectivement, au fur et à mesure que s’égrainent les minutes de cette torture auditive qu’est Eiskalt, la fureur bouillonnante et sauvage des premiers titres se mue petit à petit en une musique plus calme, mélancolique, et contemplative. La haine devient dégoût, la virulence fait place à la tristesse, la fureur retombe et se cristallise en une amère résignation, de sorte que l’album se conclut sur un Wyvern de presque 9 minutes, principalement instrumental, majestueux et épique, d’une lenteur solennelle et majestueuse, rappelant les grandes fresques nordiques de Taake.

Vous l’aurez compris, cet album est une véritable perle du genre qui ne saurait laisser indifférents les amateurs de black vraiment violent. Mêlant habilement diverses influences, mariant avec une maestria désinvolte et géniale différents styles (black brutal suédois, sonorités plus indus et hardcore, black épique norvégien), Vuyvr parvient à nous servir une galette d’une compacité et d’une cohérence improbables, délivrant pendant près de 40 minutes une musique d’une rare sauvagerie et d’une noirceur suffocante, toujours habitée, authentique, originale et racée et empreinte d’une certaine beauté et d’un magnétisme irrésistible malgré sa violence repoussante. Amateurs d’extrême, vous voilà prévenus. Vous savez ce qu’il vous reste à faire…

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