Descend Into Despair : The Bearer of All Storms

Descend Into Despair : The Bearer of All StormsDes groupes roumains, vous en connaissez beaucoup, vous ? Oui, d’accord, il y a bien Negura Bunget, et les amateurs de sympho connaissent aussi Magica, mais à part ces deux-là, franchement ?

Quoi qu’il en soit, il faudra désormais compter avec Descend Into Despair, un jeune duo qui se forme en 2010 et qui sort en ce début d’année 2014 son premier full length, The Bearer of All Storms, sur Domestic Genocide Records. La formation évolue dans un funeral doom relativement accessible et mélodique, et le premier nom qui vient à l’esprit à l’écoute de ces 7 pistes est Shape of Despair (comme quoi la similitude n’est pas que dans la musique, mais aussi dans le nom !), avec des titres solennels à la lenteur grandiloquente, renforcés d’une aura mystique grâce à des claviers éthérés.

La musique est enveloppée d’une beauté résignée et mélancolique, et même si le tout reste largement dépressif et cafardeux, funeral doom oblige, on est quand même loin de l’hermétisme musical et du malaise dégagés par certains combos de doom extrême comme Thergothon : bien souvent, un pâle rayon de soleil parvient à percer le gris du ciel et l’épaisse ouate des nuages, notamment grâce à des notes de guitares claires ou à des parties de clavier légères et lumineuses (le thème de Pendulum of Doubt, à la mélancolie hypnotique, la fin de Plange Glia de Dorul Meu, presque apaisante, aux relents post rock planants).

Ce qui est appréciable sur cet opus, c’est que Descend Into Despair est parvenu à un bon équilibre entre lourdeur, dépression et mélancolie : sans donner dans la surenchère de l’apathie extrême, il évolue dans un style plus atmosphérique et vaporeux, une musique solennelle et mystérieuse, rarement malsaine, même si les passages les plus intenses et dissonants avec ce piano sombre et désaccordé, font penser à Murkrat (Portrait of Rust).

A ce titre, le morceau Plange Glia de Dorul Meu, chanté entièrement en roumain et long de presque 18 minutes, est excellent, d’une ambiance gothique délicieusement dépressive, grâce à ces guitares dissonantes et ces voix décharnées qui raisonnent comme une incantation funèbre mystérieuse. Ce rythme lent (mais pas trop !), ces guitares bourdonnantes, ces claviers omniprésents qui enveloppent la compo d’un voile de tristesse sobre et touchant, ce chant clair désespéré, et enfin ces vocaux extrêmement arrachés qui jaillissent des abysses dès 6min 42 sur fond d’orgues lugubres, tout contribue à former un monument de noirceur et de dépression imparable. Le temps s’arrête, le ciel se zèbre d’éclairs de langueur orange, tout se fige, et une chape de brume mélancolique enveloppe le jour agonisant, happant les derniers rayons du soleil.

On pense parfois – inévitablement ! – à My Dying Bride, dans cette déliquescence désolée, cette ambiance délétère et funèbre, ce sentiment de résignation aux relents presque romantiques qui se poursuit inéluctablement sur Embrace of Earth, dernier titre de l’album. La superbe intro, mêlant ce chant désabusé si dérangeant et ces orgues sacrés, se dissout comme une oraison funèbre d’un autre temps dans les vapeurs d’une aube à l’agonie, on sent la résignation qui enserre comme une chape de plomb notre être frêle, l’abattement nous prend à la gorge dans tout son dénuement et on se laisse tranquillement mourir jusqu’à ce superbe final, un riff planant typé post rock et appuyé par la double pédale, qui vient doucement expirer sur les notes du piano, portées par des claviers angéliques : plus de doute, à l’issue de ces 95 minutes (!), on a définitivement quitté ce monde en décrépitude, et on peut goûter dans le sommeil de l’au-delà la paix et la béatitude éternelles.

Tout cela sonne très bien, mais ce premier opus n’est malheureusement pas exempt de défauts : avant tout, on peut déplorer un son qui manque cruellement de puissance pour un style où les grattes se doivent de former un mur opaque : il faut vraiment monter le volume pour être totalement immergé, ou écouter au casque, et c’est bien dommage, car le contraste entre lumières et ténèbres en prend un coup. De même, certains vocaux clairs, s’ils apportent indubitablement à cette ambiance mélancolique et surannée, se voulant plaintifs et désaccordés, donnent parfois juste l’impression de sonner faux, et sont alors plus pénibles que réellement émotionnels.

Ceci dit, ces défauts n’entachent pas la qualité générale de l’album, et Descend Into Despair reste un groupe intéressant, qui mixe habilement plusieurs facettes du doom pour créer sa propre identité, pas extrêmement novatrice, certes, mais habitée d’une certaine âme. Alors bien sûr, The Bearer of All Storms ne sera certainement pas une révolution dans le monde du doom, mais il a de fortes chances de combler tous les aficionados du genre, pour peu qu’ils ne soient pas réfractaires à un brin de mélodie, et il pourrait également s’avérer une bonne porte d’entrée pour ceux qui n’ont pas encore osé franchir le terrifiant palier du doom extrême. Une sortie à saluer comme il se doit, et un groupe à suivre de près.

Leave a Reply

You must be logged in to post a comment.