Vildhjarta : Masstaden

Ξ novembre 23rd, 2011 | → 9 commentaires | ∇ Math Metal |

Vildhjarta : MasstadenQu’on le veuille ou non, depuis l’avènement de Meshuggah, une horde de groupes essaie d’effectuer dans le même registre, s’évertuant à officier dans un metal expérimental, technique et progressif à souhait, jouant avant tout sur la polyrythmie et la dissonance des riffings. Ce style de jeu prendra vite le terme de « mathcore », pour l’aspect mathématique dans l’exécution des riffs ainsi que pour le mélange avec certains éléments provenant du metalcore. Le terme « djent » est aussi mis en circulation depuis peu maintenant, afin de qualifier le ton de la guitare.

Si l’on avu la naissance de groupes tels que Periphery, Texture ou Tesseract ainsi que leur ersatz, certains tels que Cruentus ou The Interbeing ont réussi à intégrer un panel de nouveautés et d’éléments cybernétiques, faisant ressortir leur musique de cette masse devenue quelque peu volumineuse. Mais alors que l’on aurait pu croire que le mathcore tournait en rond, surtout au cours de ces années 2010-2011, les pales copies devenant (trop) nombreuses, un petit groupe suédois sort de l’ombre, après une formation récente et une démo « Omnislash » ayant déjà récupéré de très bons avis.

Qui sont donc les membres de cette formation au doux et étrange nom scandinave ? D’où sortent-ils ? On se le demande bien, car ces sept garçons dans le vent ont réussi à percer le tissu noir enfermant tous les groupes de « djent » dans le même panier. Les voilà donc chez Century Media avec une production signée Jen Bogren (Opeth, Devin Townsend) pour la sortie de « Masstaden », prenant le nom d’une ville. On vise le sommet, on voit tout en gros, peut-être devrions nous nous poser la question quant à la sincérité de ces membres, prétendant faire quelque chose d’aussi organique que possible. Qui a évoqué le terme « commercial » ? La moindre prononciation de ce mot serait une erreur, car Vildhjarta est loin de faire quelque chose d’accessible ou de conforme aux formations sus-citées. Bien qu’inspiré par Meshuggah, le combo fait quelque chose d’extrêmement expérimental et dissonant, les oreilles les moins aguerries auront sans doute du mal à se faire à cette cascade de technique et de parties arythmiques.

Mais ceci ne fait pas tout dans la musique de Vildhjarta, qui bien qu’usant les guitares à un niveau extrême, arrive à faire ressortir une âme et une personnalité atypiques. La pochette et les introductions de « Shadow » et « Dagger » pourraient nous induire en erreur sur le style pratiqué. Non il ne s’agit pas de goth metal, il ne s’agit pas non plus de doom. Il s’agit bien d’un mathcore, mais un mathcore loin d’être survitaminé ou bourré d’hormones. Vildhjarta ne fait absolument pas dans la rapidité ni dans l’agressivité accrues. Ici, l’auditeur se retrouve au sein d’atmosphères : sombres, lugubres, inquiétantes, elles forment un contraste net avec cette polyrythmie des riffs. Les claviers sont donc bien mis en avant, à la manière d’un Born Of Osiris revisité (« Benblast »), et se retrouvent accompagnés d’une batterie et de deux guitares maîtrisées au possible. Les jeux sont expérimentaux et progressifs, si bien que tout s’enchaîne, sans retour en arrière. Pas de refrain ni de couplet « type », nous suivons les péripéties narrées dans les fables de Vildhjarta, péripéties ponctuées par des interludes instrumentales du plus bel effet (« Ostpeppar », « Nojja »), où tout se joue sur les harmonies effectuées à la guitare, parfois acoustiques.

Le chant n’est pas un élément important, en témoigne son caractère occasionnel. Même si les chanteurs sont au nombre de deux, on remarquera que ce chant est utilisé à bon escient, afin de ne pas noyer les compositions de parties hurlées et passionnées. « Dagger », entre autres, montrera une alternance chant crié/growl tandis que « Traces », lui, sera plus avare en chant le long de ses six minutes, mais des parties chantées en clair se feront entendre, relevant le côté mélancolique et glauque des compositions. Une fois encore, le côté arythmique prend le dessus, le rythme ralentissant, s’accélérant, s’arrêtant, repartant de plus bel, guidé par des riffs syncopés et dissonants.

Une autre pièce maîtresse de l’album se voit incarner en « All These Feelings », essentiellement basé sur les émotions. Les guitares savent tout aussi bien se faire discrètes qu’agressives, à mesure que les claviers nous gratifient d’ambiances lumineuses et sombres à la fois. Un son strident et dissonant nous accompagne de temps en temps, pendant que les cris et growls perdurent jusqu’au moment fatidique : la pause aux alentours de 04:00 nous offre une atmosphère remarquable, où légères notes acoustiques à la guitare accompagnent un battement de cœur. La dissonance reprend ensuite de plus bel afin d’imiter ce même battement.

Ce « Masstaden » n’est pas qu’un simple album de mathcore. Vildhjarta arrive à originaliser un temps soit peu le genre, et même si certaines influences sont là, l’ensemble n’en reste pas moins atypique et différent de ce qu’on a l’habitude d’entendre ces derniers temps. Un opus qui peut se vanter de figure au panthéon des meilleures sorties de l’année.

 

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