Sycronomica : Paths

Ξ mai 11th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Sycronomica : PathsSycronomica est né à Dusseldorf en 1996 alors que le black symphonique commence à bien prendre de l’ampleur et à s’étendre aux quatre coins de l’Europe. Le berceau norvégien aura entre temps réussi à faire des siennes, mettant en avant des groupes légendaires tels Emperor, Limbonic Art ou Dimmu Borgir. Pourtant, l’Allemagne n’est pas spécialement très bien réputé pour son black symphonique, bien qu’il y ait une formation notable dans le genre, j’ai nommé Obsidian Gate. Les autres Ninnghizhidda et consorts laissent les amateurs de sympho extrême sur leur faim, peinant à apporter cette empreinte atypique et cet ensemble résolument ambiancée.

Pourtant, Sycronomica, hormis le groupe sus-cité, fait partie des références du coin avec Mystic Circle, mais des références qui passent quelque peu inaperçues, et pour cause : elles ne jouissent pas d’une très grande distribution et encore maintenant, il est très difficile de trouver des albums de ces formations là dans le commerce. Leur côté marginal y est aussi pour quelque chose.

En tout cas, les Allemands auront eu des débuts un peu difficile, avec une démo qui est totalement passée inaperçue et un mini CD promo en 2002 qui aura peu attiré les foules. Le mécanisme n’était pas encore en marche et Sycronomica souffrait de la montée en puissance de nouvelles formations et de l’adoration des pionniers. Ce n’est pas non plus l’année 2004 qui changea la donne, entre les sorties très attendues et remarquées du « Polarity Axiom » d’Alghazanth, du « Redemption Process » d’Anorexia Nervosa, du « Sempiternal Consecration » de Luna Ad Noctum ou du « The Gorgon Cult » de Stormlord.

Le quintette subit donc le destin de nombreuses formations qui se seront essayés cette année, dont les polonais de Cruentus ou les Serbes de Draconic. Sauf qu’à l’inverse de ses confrères, Sycronomica continue sa lancée dans le black symphonique et n’abandonne pas. Et il aura eu raison. Bien que son premier album, « Paths », soit peu réclamé à sa sortie en 2004, il n’empêche qu’il est le début de tout un ensemble, d’une identité atypique qui fait le charme de Sycronomica.

Pour cela, le groupe s’envole à Munich pour un enregistrement au Helion Studio et signe chez le petit label allemand Black Attakk Records (qui hébergera plus tard Fjoergyn et Equilibrium). Il compose dix morceaux, dont quatre qui figuraient déjà sur le mini CD promo, mais en ré-enregistrés. Personne ne s’en doutait vraiment à l’époque, mais Sycronomica allait apporter un souffle frais dans l’univers black symphonique, mélodique et paganisant de surcroît.

Esthétiquement, Sycronomica se tourne vers la nature et les rituels, sans non plus tomber dans le satanisme. On retrouve le papillon en guise de logo, une pochette représentant une forêt gelée et évoquant, sans aucun doute, le « In The Nightside Eclipse » d’Emperor (les grands esprits se rencontrent toujours) et un « prélude » en guise de morceau introducteur avec cette ambiance bucolique et presque guerrière. Les « preludium » font partie des traditions de Sycronomica, qui en met un à chaque début d’album, avec sa patte reconnaissable entre mille.

On découvre cette patte particulière dès l’ouverture de « Erased by Light », ce mélange pris entre le black symphonique, le pagan et un peu de gothique. Le jeu de guitare de Christian lui est propre, dans la mesure où il impose un style qu’on ne retrouve pas vraiment dans les autres formations de black symphonique : ses riffs suivent majoritairement les lignes de claviers mais apportent ces mélodies imparables, qui vont et viennent sans arrêt, créant l’essence même du groupe. Idem pour ce qui est du clavier, qui va de paire avec la guitare unique et qui nous offre une palette de mélodies et de sonorités, que ce soit des choeurs, des orchestrations synthétisées, ou des flutes.

De ce côté là, on sent que le groupe manque encore de moyens et le clavier n’est pas l’élément qui frappe le plus nos oreilles tant on sent que c’est du synthétique. Toutefois, son apport reste important, et on se prend vite au jeu, surtout sur « Creations of Mine », qui embarque bien l’auditeur dans un univers tout particulier, entre douceur et dynamisme, agressivité et mélodie. Sycronomica s’en sort plutôt bien de côté là, offrant un ensemble tout ce qu’il y a de plus harmonieux tout en apportant une dose massive de mélodies entraînantes et entêtantes.

« Path (of a Forgotten Time) » montre sans aucun doute le charme de Sycronomica, avec ses atmosphères très relevées, presque oniriques et hivernales, sa guitare et son chant bien black, mais aussi ses failles, avec l’utilisation du piano et ce côté expéditif dans la dynamique, déjà entendu. Cependant, ce qui fait que Sycronomica reste un groupe à part, c’est la façon dont il exploite ses instruments. Pourtant, la sauce, en elle-même, pourrait rappeler bon nombre de groupe. Mais les Allemands ont véritablement la maturité nécessaire pour composer des morceaux qui sortent du lot, malgré quelques éléments plus traditionnels. Au moins, chaque titre possède son moment fort, son passage magnifique et envoûtant, entre deux parties bien tranchantes. « In Silence I Die » met l’accent sur les orchestrations au début et sur les choeurs mélancoliques, mais aussi sur un break au piano très émotif. « Vampiric Dances» nous sort une flute qui attire toute notre attention alors qu’on s’y attendait pas aux alentours de 01:45.

Hormis ça, Sycronomica, c’est aussi beaucoup d’expérimentation là où on ne les attend pas forcément, et ce dû à un fort aspect progressif qui apparaît davantage en milieu d’album et en particulier sur « Vampiric Dances » ou « Something from the North ». Il faut dire que ça part dans tous les sens, que ce soit avec les guitares, les variations de rythme, la mise en avant d’une basse ou d’une certaine forme d’orchestration. Il faut suivre, et il faut dire que les Allemands arrivent tout de même à tenir l’auditeur en haleine avec de nouvelles sonorités, même si on sent qu’ils tendent à se perdre en court de route. Le pire, c’est sans doute le second titre cité, qui lui, nous montre du tout et du n’importe quoi, tant dans la dissonance de certains riffs que dans l’entrée de choeurs ou de cordes.

Au final, ce « Paths », c’est à peu prêt une heure de black symphonique un peu pagan, un peu gothique, et surtout mélodique, montrant la naissance d’un groupe sous estimé mais très inspiré, qui aura tout de même réussi à améliorer quelques points noirs et à se surpasser (« Kaleidoscope ») mais qui aura eu le malheur de tomber dans l’excès (« Gate »). Il n’empêche que le quintette a réussi à affirmer un style et une identité à une époque où le black symphonique nous en fait voir de toutes les couleurs, que ce soit des vertes ou des pas mures !

 

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