Asgaard : Stairs to Nowhere

Ξ mai 28th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Avant Garde Black Metal |

Asgaard : Stairs to NowhereLa carrière d’Asgaard n’aura pas été de tout repos. Le groupe existe depuis prêt de vingt ans et s’est depuis longtemps présenté comme un vrai ovni, loin de la brutalité et de la force dévastatrice de la scène extrême polonaise. Des débuts dark/doom en passant par un ensemble davantage black, tiraillé entre l’atmosphérique et le symphonique, les Polonais ont eu tout le temps d’expérimenter et de se forger une identité, en s’attirant la présence de Quazarre (Devilish Impressions, Crionics) pour ce qui est du chant.

Après de nombreuses sorties et des signatures chez les fameux labels Mystic Productions et Metal Mind, Asgaard opte pour une autre direction, se dirigeant vers le nouveau Icaros Records et vers un ensemble encore plus avantgardiste. Les musiciens avaient quelque peu mis le groupe de côté, Quazarre étant très actif dans ses autres formations, mais ayant réussi à gérer leur préoccupation, les voilà donc prêt, toujours sous forme de trio, à nous envoyer leur nouveau méfait, « Stairs to Nowhere ».

On ne change pas la tradition, Asgaard confie la production et la masterisation aux frères Wieslawscy du Hertz Studio et les parties batteries au fameux Icanraz (Devilish Impressions, ex-Hermh, Abused Majesty). Tandis qu’Hetzer se charge de tout ce qui est guitare et que Quazarre repend le micro, Flumen s’occupe de tout le reste, que ce soit le grand piano, les claviers et autres orchestrations.

Il n’est pas aisé de décrire la musique d’Asgaard, le groupe s’étant aventuré dans des contrées aussi tortueuses qu’avantgardistes. Leur black metal se retrouve irrémédiablement métissé, devenant ainsi moins extrême et plutôt alambiqué. Il est aussi difficile de savoir s’il en reste quelques traces tant il se retrouve bousculé pour une immensité d’influences. Quazarre met à profit son chant clair dans la majeure partie de l’album, les guitares ne possèdent pas vraiment le côté haineux et sombre retrouvé dans le black metal, et le rythme reste quasiment en mid tempo. Seul « Of Pawn and King » garde la puissance du metal extrême, et encore, avec ce soupçon de chant crié.

Si vous recherchiez quelque chose de vraiment black, passez votre chemin. Par contre, si vous aimez les choses expérimentales et novatrices, dans un univers censé être black, ce « Stairs to Nowhere » pourrait vous plaire. Asgaard ne fait pas les choses à moitié. Il s’inspire du symphonique voire du classique, du trip hop, de l’électro, du post-rock, du jazz et plus encore…de quoi se perdre, à la manière d’un escalier aux innombrables marches.

C’est « Labyrinth » qui introduit l’album, emmenant l’auditeur dans l’étrange dédale de l’esprit d’Asgaard. Ensemble jazzy, avec son piano et ses cuivres, mené par les voix superposées de Quazarre, avant d’accélérer le rythme et proposer une sorte de black symphonique. L’expérimentation rappelle celle du récent album d’Aenaon « Cendres et Sang », qui laissait transparaître des éléments jazz avec un saxophone sur le titre « Suncord ». Ici, on n’en est pas loin.

On continue les expérimentations étranges avec du trip hop et de l’électronique sur « God of the 3rd Millennium » avec sa structure syncopée et mécanique, ses riffs souvent dissonants, et les bidouilles synthétiques. Puis « Irradiance » et « Marionnettes » se lancent sur les terres du black atmo/sympho, pas loin de Sear Bliss ou d’Arcturus pour l’apport du coté cosmique et planant. Les changements de rythme sont assez fréquents et peuvent déstabiliser, cela se poursuivant sur le dernier « Within the Eyes of Angels », encore plus poussé niveau expérimentation, avec Hal de Vader en guest bassiste.

Il ne sera pas facile, pour ceux qui n’aiment pas les métissages, de se retrouver sur cet album de « transgressive post metal » (selon Asgaard). Les influences sont très nombreuses, le chant de Quazarre n’est pas toujours très juste et surtout trop superposé, les guitares manquent de patate, la production reste trop clean. Toutefois, Asgaard a le mérite d’apporter quelque chose de frais, prouvant une fois de plus qu’il est un vrai ovni, autant sur la scène polonaise que sur la scène internationale.

 

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