Locus Neminis : Weltenwanderung

Ξ juillet 15th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Locus Neminis : WeltenwanderungL’Autriche est en train de frapper fort… ce n’est pourtant pas le pays le plus en vogue en matière de black symphonique mais il s’avère qu’une nouvelle formation risque fort de faire parler d’elle. En effet, cette dernière est loin de se contenter de suivre les pas des groupes modernes ou de ceux ayant tantôt fait parler de ce petit pays proche de l’Allemagne : loin du côté prog des défunts Amortis, de l’épique de Summoning ou du grandiloquent de Hollenthon, Locus Neminis (et sa locution latine signifiant « No Man’s Land ») opte pour un black symphonique made in 90’s à la Emperor/Limbonic Art croisé avec l’atmosphérique des débuts d’Arcturus et le black ambient de Darkspace (rien que le logo et la pochette évoquent les différents chapitres créés par les Suisses).

A l’instar des groupes sus-cités ou d’Obsidian Gate, Sirius ou Covenant, pour ne citer qu’eux, Locus Neminis fait de l’espace un repère, un refuge sombre et vide loin de notre Terre natale, ainsi que le théâtre de nouvelles émotions. De ce fait, les Autrichiens ont créé un son bizarre et stérile dans le but de faire une atmosphère sombre et inorganique. Ils incorporent des éléments death metal ainsi que des plages ambientes ou, a contrario, très brutales afin de jouer avec les paradoxes. On est loin du black symphonique actuel et donc plus proche de l’ancien avec de discrètes touches industrielles et un côté spatial prédominant.

Il s’agit donc d’un space black metal d’une noirceur et d’une froideur étonnantes. Le sextet ne fait pas de place à la lumière ni aux mélodies gentillettes car il nous plonge irrémédiablement dans les ténèbres infinies de l’univers. « Spiegelbild der Vergangenheint » démarre les hostilités avec une introduction atmosphérique happant l’auditeur dans un monde dépravé et inhumain avant de tomber dans le rouleau compresseur d’une batterie aux blasts maîtrisés, accompagnés des riffs et de chants bien relevés. Tout comme l’éponyme « Weltenwanderung », il s’agit d’un black symphonique porté sur les atmosphères et il n’y a donc rien de bien grandiloquent à l’horizon. Toutefois, l’utilisation des claviers joue beaucoup sur l’apport d’ambiance glaciale et prenante, avec ces choeurs très sombres et ces notes de piano à la Arcturus mais pas que. Les nappes continues, soutenues par des guitares véloces aux riffs bien froids, permettent à l’auditeur de bien s’imprégner de cette musique inhumaine.

Sur la majorité de ce « Weltenwanderung », on retrouve continuellement l’empreinte des groupes de black sympho des 90’s ainsi que celle de Darkspace. Le mélange est des plus intéressants, car bien travaillé et immersif. De plus, l’utilisation de guitares acoustiques et de solos renforcent le côté glacial sans non plus tomber dans la mélodie facile, comme sur « Wenn Die Nacht Den Tag Verdraengt » ou « Ein Neuer Anfang » car c’est souvent un black brutal à l’arrière plan cosmique qui suit ces moments de douceur et de désespoir.

La cohabitation du black et du death metal permet d’apporter plus de profondeur aux morceaux, surtout lorsqu’ils sont mystérieux et tordus à l’image de « Wanduhr » et son alternance growl/chant crié. Le piano y fait aussi beaucoup et contribue à l’apport de mélopées cosmiques, ce qu’on retrouve aussi sur « Mut Zum Letzten Shritt », pas si loin d’Arcturus par moments. Mais à l’inverse des Norvégiens, les Autrichiens arrivent à fusionner les atmosphères avec une brutalité acerbe, une violence dans les riffs, les blasts et les vocaux qui détonnent complètement avec les ambiances créées.

En guise de conclusion, Locus Neminis offre un « Die Begegnung » long de plus de vingt cinq minutes, pris entre ambient, black brutal et black symphonique. C’est sans doute dans ce morceau que les parties les plus symphoniques se feront le plus entendre, les violons ressortant en compagnie du piano. Ne vous fiez pas aux quelques minutes de blanc, elles cachent une autre partie du titre qui décoiffe tout autant avec une batterie folle et des guitares très véloces, sans oublier les claviers, jouant une fois de plus avec le froid et le vide intersidéral.

« Weltenwanderung » est un album remarquable, une sorte d’hommage à un style de black symphonique désormais mort, loin des productions lisses, des métissages avec le death mélo et du grandiloquent de maintenant. Locus Neminis a su combiner le black sympho cosmique made in 90’s avec l’ambient et le brutal pour un résultat bluffant et intense, sans pour autant faire dans le passéiste. Ce voyage dans l’espace ne vous laissera pas indemne, tentez-le.

 

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