Assacrentis : Put Them to Fire and Sword

Ξ avril 25th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Assacrentis : Put Them to Fire and SwordC’est l’année de la renaissance pour Assacrentis, un groupe niçois qui n’a pas eu une carrière de tout repos. Malgré une démo encourageante sortie en 2004 et l’arrivée de plusieurs membres dans les rangs, notamment les batteurs et guitaristes Abaddon et Walfnir, Assacrentis fait ses adieux en 2008 alors même que quelques morceaux ont été composés l’année d’avant. Un split-up brutal, d’autant plus que le groupe avait du potentiel, même s’il n’officiait pas dans quelque chose de spectaculaire, son black mélodique froid et malsain rappelant inévitablement les grandes figures du genre dans les années 90.

Toutefois, la renaissance en question a lieu en 2012 quand Assacrentis se reforme avec cette fois-ci trois membres : Dagoth (chant/guitare), Ceptis (basse) et Abaddon (batterie). Il sort son tout premier album cette année-même, « Put Them to Fire and Sword », un album qui comprend les morceaux composés avant la séparation du groupe et qui ont été mixés et remasterisés à Los Angeles avec l’aide de Damien Rainaud. On retrouve alors avec ce premier full length l’empreinte de la démo, à savoir un black mélodique à tendances symphoniques influencés par Immortal, Satyricon ou encore Emperor. Si les thématiques typiques du genre sont de la partie (sacrifices humains, apocalypse, feu), on retrouve aussi quelques inspirations Tolkien (les uruk-hai notamment).

Rien d’étonnant donc à l’écoute de cet opus, Assacrentis fait dans le classique et le fait plutôt bien. Les titres sont mélodiques et assez rapides mais auraient pu gagner en froideur si la production avait été un poil moins clean. Tout le long des onze chansons, on ne peut que penser aux cadors du style, ce qui ne permet pas vraiment à Assacrentis à sortir du lot. Toutefois, cet album « hommage » a de quoi attirer les amateurs tant le groupe apporte énergie et agressivité. C’est du mélo black comme on l’aime, avec sa dose de moments épiques et de touches symphoniques comme « Reign of Apocalypse », « Banished Forever » ou le long « Iconoclasm » dans lequel le piano, les cuivres et les riffs incisifs sont à l’honneur.

Assacrentis a fait des efforts au niveau du côté percutant même si des titres manquent d’accroche. Le chant reste d’ailleurs assez linéaire et pas assez accentué et aurait gagné à être un poil plus féroce, notamment sur le morceau des Uruk Hai, « Infernal Uruk-Hai », qui, même s’il est speed, ne possède pas cette bestialité qu’on aurait pu espérer. Seul « The Half Moon » arrive à tirer son épingle du jeu, avec sa ballade acoustique et folklorique.

« Put Them to Fire and Sword » est donc un bon album qui s’apprécie à sa juste valeur malgré quelques défauts persistants. Assacrentis n’est pas là pour originaliser quoi que ce soit (d’où cette veine bien old school). Il montre son amour pour le black des années 90 et montre une nouvelle fois qu’il marquera à jamais les esprits, malgré toutes les modernisations actuelles.

 

Zatreon : Shemhamphorae

Ξ avril 3rd, 2013 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Zatreon : ShemhamphoraeFormé en 2006, splité en 2010 et reformé récemment, Zatreon fait partie des groupes moyen-orientaux au background assez particulier. Bouleversé par les persécutions et plus récemment la révolution, en proie à des soucis aussi bien personnels que politiques, le quintet ne s’est pas laissé impressionné, et malgré son instabilité, a pris du poil de la bête en se solidifiant.

Le retour est aussi inattendu qu’excitant car Zatreon, c’était avant tout l’avantgardisme égyptien, une formation mélangeant différents styles dans son black metal. Certains se souviennent d’ « Ice Maiden », encourageant malgré une production laissant à désirer. Et le nouveau « Shemhamphorae » devait sortir courant fin 2011. Malgré tout, le quintet est en passe de dépasser ses limites avec un black symphonique grandiloquent et expérimental.

Signé chez Salute Records, le label suédois de l’underground, les Egyptiens nous pondent onze morceaux puissants dans lesquels l’avantgardisme est toujours de rigueur. Avec l’introduction, ils mettent en avant leur appartenance à la culture moyen-orientale avec ces sonorités arabisantes, ces percussions et ces chœurs féminins. Lorsque les guitares arrivent, on pense évidemment aux travaux des blackeux égyptiens d’Odious, qui officiaient dans le même domaine quelques années auparavant, avant de se séparer. Et le début de « This Icon Faces Insanity » ne peut que nous rappeler Seth.Ect (pour le discret chant féminin, à la « Orison »). Ce n’est qu’ensuite que l’auditeur tombe dans la folie guerrière de Zatreon, qui nous envoie en pleine face son black symphonique personnalisé.

Personnalisé, car avec une identité aussi forte que la leur, il est difficile de les rapprocher de tel ou tel groupe. Même si on sent une influence black metal scandinave évidente (Dimmu Borgir, Immortal…), on retrouve aussi la brutalité et la vivacité de la scène polonaise (l’ancien Crionics, Hermh) mélangé à des éléments venus d’ailleurs (quelques relents électroniques, une touche de prog et de l’oriental). Cela forme un ensemble solide et ambitieux, confirmé par la présence d’orchestrations d’excellente qualité, grandiloquentes et épiques à souhait comme en témoigne l’éponyme « Shemhamphorae », rivalisant facilement avec les formations du genre. Idem pour un « Unleashed Upon Makind », sorte de croisement entre une BO de film épique genre « Pirates des Caraïbes » et un black metal à la Vesperian Sorrow.

Zatreon diversifie son propos en alternant les parties et les humeurs. Les orchestrations ne sont pas omniprésentes et les parties purement black metal sont aussi à l’honneur comme « The Serpent ». Certains morceaux coupent la poire en deux comme « Awakening », avec une moitié metallique et une autre dans une style atmospherico-symphonique horrifique à la Hymir ou Bishop Of Hexen.

Même si parfois la production et la batterie ne suivent pas, même si quelques passages un peu longs nous font légèrement décrocher, on se retrouve avec un ensemble couillu et audacieux apportant une bonne bouffée d’air frais à une scène black symphonique peinant à trouver de nouveaux représentants. Comme quoi les groupes les plus underground, malgré leur manque de distribution, de moyens et d’adeptes, peuvent faire des albums plus qu’intéressants et encourageants.

 

Aquilus : Griseus

Ξ mars 31st, 2013 | → 0 Comments | ∇ Symphonic, Symphonic Black Metal |

Aquilus : GriseusLes voyages musicaux. Il n’est pas toujours aisé de trouver l’œuvre adaptée à nos exigences, à notre sensibilité, à nos goûts. A la découverte d’un opus susceptible de nous plaire, on finit la plupart du temps par être frustré. Pas assez de ça, trop de ça, etc. L’excitation laisse alors place à la déception et nous continuons inlassablement une ruée vers l’or, la pépite, le bijou qui nous rendra satisfait et content de notre acquisition. Comme une quête vers la plénitude auditive. Et là arrive l’album attendu…

Originaire d’Australie, Aquilus arrive comme une fleur au cœur d’une scène metal atmosphérique encore trop disparate. Il n’a que quelques démos en poche, peu de moyens, un manque cruel de promotion et de distribution, un cercle de fans limité et pourtant arrive l’inconcevable : la création d’un album repoussant les limites du possible et propulsant l’auditeur au sein d’un rêve éveillé. « Griseus ». LE voyage musical.

Il sort en auto-production fin 2011 et se compose de 8 titres pour une longueur totale d’une heure vingt. Même pas besoin de regarder un film, Aquilus nous offre une musique qui nous apporte des images. Il suffit de fermer les yeux et nous voilà projetés dans le monde de l’Australien, dans des prairies et des montagnes, dans un camp, au bord de l’eau, au sein d’une bataille, aux côtés de créatures mythologiques.

Aquilus décrit sa musique comme du metal atmosphérique. C’est très vague mais il s’agit sans doute d’une des meilleures appellations, avec metal symphonique. « Griseus » est un savant mélange de genres cohabitant les uns avec les autres. L’atmosphérique côtoie sans problèmes le death metal, le black metal, le folk metal, le prog et la musique classique. Tout est dosé de façon intelligente, pour nous embarquer sans interruption dans un univers cinématographique. Aquilus puise sans aucun doute ses influences dans des groupes comme Emperor, Summoning ou Opeth mais aussi des compositeurs de musique de film comme Howard Shore (Le Seigneur des Anneaux), l’inspiration la plus flagrante. La mélancolie et la noirceur se mêlent habilement à la beauté et à l’éclat.

Une fois pris dans les bras de « Nihil », impossible de ressortir de cette douce étreinte. Le symphonico-atmosphérique mène la danse avant de se coupler au black metal et aux cris guerriers de Waldorf. Les accélérations nous font prendre conscience du côté extrême des compos, sans non plus nous envoyer dans un torrent de brutalité. L’éthéré est de mise, ainsi que les allées et venues de violons épiques. Les guitares tranchantes renforcent la noirceur sans non plus nous étouffer et changent de teinte de façon déconcertante pour accompagner, de façon acoustique cette fois-ci, des chœurs, des notes de piano et des violons tout droit sortis de l’époque romantique.

« Smokefall », lui, touche davantage aux éléments folkloriques avec ses guitares acoustiques et ses flutes. Le contraste entre les parties instrumentales douces et les parties metalliques plus brutales est fort mais ne fait qu’accentuer une certaine dualité, cette bipolarité qu’Aquilus maîtrise à merveille. Le black/death rageur fait place à la caresse des violons et inversement, comme des péripéties qui se succèdent les unes après les autres. Idem avec un « In Lands of Ashes » mettant en avant des passages de toute beauté, aux atmosphères enchanteresses portées par les violons et le piano. Douze minutes de mélodies magnifiques, de puissance et de majesté dans un orchestre pourtant programmé…

Les morceaux les plus agressifs sont souvent les plus courts, comme avec « Latent Thistle » et son final folklorique joyeux ou « The Fawn » qui, après sa longue intro au piano, envoie le pâté avec un black/death symphonique racé. Mais Aquilus est beaucoup plus fan de l’atmosphérique dans tous les sens du terme. Clou du spectacle avec « Night Bell », dix-sept minutes d’envolées au piano, de ralentissements, d’accélérations, de pause, de déflagrations, de magie, de saveur, de violons émotifs…que demander de plus.

Il est clair qu’Aquilus divise car « Griseus » ne s’adresse ni aux puristes, ni aux amateurs de simplicité. Ici on a plus de parties purement symphoniques que de parties metal. La complexité oblige l’auditeur à passer du temps sur cette œuvre. Chaque écoute nous ouvre une nouvelle porte, nous montre un nouveau paysage et de nouvelles couleurs. Le maître à penser Waldorf, rassemble le temps d’une heure vingt, puissance, sensibilité, émotion et chaleur, pour un résultat grandiose et incomparable. On pourrait presque atteindre la perfection…

 

Vintergata : Lands of Plague

Ξ mars 2nd, 2013 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Vintergata : Lands of PlagueOn en finit plus de parler de la Russie, et ce dans tous les domaines. Musicalement, elle prouve que ses groupes cachent de nombreuses cartes dans ses manches et qu’elle est loin d’être à court de surprises. Niveau metal symphonique extrême, la Russie est le premier pays producteur depuis une petite dizaine d’années et il n’est pas étonnant de voir arriver en masse une horde de groupes au talent plus ou moins certains. Comme on dit, il y a à boire et à manger. Du bon comme du moins bon. En gros, il faut choisir ce qui nous convient le mieux, et ça, on peut le dire : on a l’embarras du choix.

Les Russes ont cette tendance qui vise à privilégier la mélodie et non la brutalité. Dans quasiment toutes les formations, qu’elles soient plus folk, death, black, gothic…ce sont les mélodies qui priment ainsi que les ambiances. Vintergata ne déroge pas à la règle. Actif depuis 2011, le quartet (devenu récemment sextet) officie dans un metal symphonique extrême assez dark où se mélangent plusieurs styles tels que le black, le death et le pagan dans un ensemble influencé par la fantasy. Vintergata représente bien cette scène en mutation dans laquelle une petite partie des groupes – indécis quant au style à adopter – en choisissent plusieurs afin d’en faire un melting pot plus ou moins cohérent comme Arcane Grail ou Emerald Night pour ne citer qu’eux.

Vintergata, c’est une sorte de mélange entre Arcane Grail et Emerald Night, mais en mieux. Les Moscovites réussissent à faire une musique cohérente, tout en ayant plusieurs styles. Moins brouillon, plus classes et plus sensés, leurs morceaux se dotent d’un charme et d’une efficacité qu’une bonne partie des groupes russes pourrait envier. On sent le travail dans les orchestrations, ainsi que dans le côté théâtral retrouvé dans le chant, avec cette alternance entre chant féminin lyrique, chant masculin black et death. C’est bien fait, plutôt entraînant et on se prend au jeu, d’autant plus que l’album, « Lands of Plague » raconte une histoire inspirée par la heroic fantasy et la mythologie nordique.

L’introduction «? ???????? ??????? ????? » nous met bien dans le bain avec une symphonie féerique. On peut dire, dans ce cas, qu’il s’agit de sympho pouet pouet dans la mesure où c’est très grandiloquent. Grâce à leur formation en musique classique, les membres arrivent à mettre en avant la beauté des cordes et des cuivres, même s’il s’agit de programmation. Mêlé à un morceau comme « ?????? ???? », on s’embarque alors en terres inconnues avec cette alternance de parties bien symphoniques et de parties à cheval entre le black et le death mélodique.

« ??????? » mélange l’efficacité à l’entêtant avec ces guitares tranchantes et ces mélodies, sans oublier les accélérations qui sont les bienvenues. Tandis que « ????? ???? ? ??????? » assombri l’ambiance, avec des blasts beats plus prédominants et un chant plus hargneux, « ???????? ????????? » joue plus sur la technique des guitares et le chant lyrique. On n’est finalement pas loin des sacrées nanas de Blackthorn.

Au moins, Vintergata varie son propos et ne fait pas toujours la même chose avec son sympho, comme c’est souvent le cas avec la plupart des groupes actuels (pas que russes, je précise). « ??????? ???? » met en valeur un death metal symphonique (et mélodique) entraîné par des soli bien fichus et des chœurs, ce qui rend le tout plutôt épique tandis que « Fra Vannhulet I Sitt Skarete Hjerte » devient impérial grâce aux claviers et au duo de chant.

Certaines choses ne feront pas l’unanimité notamment la production qui manque de puissance et de fond mais aussi le chant extrême masculin (ni black, ni death) qui est beaucoup trop linéaire. Heureusement que les chœurs et le chant lyrique féminin sont là pour contrebalancer car cela deviendrait ennuyeux et ça serait dommage ! Car au niveau des instruments, c’est du tout bon.

En clair, si vous recherchez un album de sympho extrême bien fichu, pas fourre-tout et inspiré, ce « Lands of Plague » peut être fait pour vous. Il y a les éléments nécessaires pour passer un bon moment en compagnie d’un groupe russe qui essaie de se démarquer, malgré quelques petites ressemblances avec ses compatriotes. Au moins, les parties symphoniques grandiloquentes ne sont pas mielleuses, ce qui n’est pas pour nous déplaire…

 

Inquinok : Dimension of I

Ξ février 24th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Inquinok : Dimension of IInquinok est un groupe qui aime prendre son temps, en témoignent les temps d’attente entre chaque album. Mais il faut dire que le jeu en vaut la chandelle. Non seulement on n’est pas déçus mais en plus on découvre une formation progressant au fil des années, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Ca évite de se retrouver avec une suite d’albums inégaux. C’est donc quatre ans après le correct « Immortal Dawn » que le combo américain revient avec « Dimensions of I ».

Une fois encore, le line-up n’est pas le même. Krelian, le maître à penser et multi instrumentiste, est toujours présent, mais il s’entoure de Dantven à la batterie et d’Andrew Lawrence à la guitare, deux anciens membres désormais de retour. Il faut croire que ce petit retour aux sources permet à Inquinok de se revitaliser. La musique s’en retrouve légèrement perturbée. On a toujours les influences scandinaves, sans doute plus mises en avant cette fois-ci (Immortal, Naglfar ou Emperor pour ne citer qu’eux). On sent de plus que les Américains font un petit tour du côté du progressif, les morceaux sont plus longs et il y a plus de changements dans les structures. Enfin, on s’éloigne davantage des concepts fantasy des deux opus précédents pour se diriger vers des paroles plus personnelles et plus torturées. Le tout devient plus sombre, plus épique, plus mélodique et surtout moins symphonique.

Cela se sent directement avec « Shrouded in Chaos ». Inquinok balance les riffs destructeurs mêlés à une voix pas loin d’un Shagrath, idem sur un « King » qui montre une belle progression ainsi qu’un solo rare mais bien placé. Le groupe sait placer les touches mélodiques et épiques et ne lésine pas sur les blast beats qui appuient sur l’aspect féroce des compositions (« Tormented Skies »). On ne pourra pas dire que cet album touche beaucoup au black symphonique pour le coup. Les nappes de claviers sont présentes pour soulever un passage ou une ambiance et ne sont, en aucun cas, dominantes. De toute manière Inquinok n’a jamais joué sur la prédominance du sympho et, sans le laisser de côté, il l’utilisait avec parcimonie afin de ne pas noyer l’auditeur.

Avec ce « Dimensions of I », c’est différent, puisque ce sont vraiment les guitares qui créent les mélodies et les atmosphères. Les claviers ont juste une place secondaire et servent d’appui sur la majorité des titres. Mais il y a quelques exceptions, comme « Illusion » et son intro impériale orientale, comme un mirage dans le désert, le long éponyme « Dimensions of I », l’excellent « Banner » qui arrive à coupler le tranchant et l’efficacité des riffs black metal à des touches sympho entêtantes, ou l’épique « Shattered » qui joue sur les moments forts.

Inquinok présente une belle amélioration et un bel album. Même s’il ne révolutionne en rien le genre, il se dote d’une réelle efficacité et propose quelque chose de cohérent et de très maîtrisé, rien à voir avec le premier album maladroit « Entranced by Twilight’s Gaze » ou le correct « Immortal Dawn ». Krelian emmène son projet dans la bonne direction, ça c’est sûr, et cet opus est là pour le prouver.

 

Ad Extirpenda : Cathartic EP

Ξ février 11th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Ad Extirpenda : Cathartic EP1208-1244 : le Midi toulousain est frappé de plein fouet par une hérésie religieuse dénommée le catharisme. Afin d’agir contre les hérétiques, le pape Innocent III décide de recourir à la force pure et dure. Une expédition contre les cathares est mise en place : la Croisade contre les Albigeois.

C’est cette thématique que mettent en valeur les Nantais d’Ad Extirpenda avec ce premier EP « Cathartic », influencés par les dérives du Moyen-Âge et les méthodes extrêmes, à l’image de son nom de scène, relatif à la légitimation de l’usage de la torture dans le cadre de l’Inquisition. Fondé en 2008, ils officient dans un black/death symphonique aux touches heavy, médiévales et épiques.

Dès le premier morceau, « The Inquisitor », il y a plusieurs choses qu’on ne peut que remarquer. Tout d’abord, la production laisse à désirer et ne met pas toujours en valeur les instruments et les voix, d’autant plus que l’introduction tend à sonner kitsch. Ensuite, cette dernière est censée nous emmener tout droit dans le délire des inquisiteurs. Le clavecin n’est donc pas de rigueur, surtout qu’il ne date pas du XIIIe siècle mais d’un peu plus tard. Puis, on ressent quelques influences Satyricon dans ce heavy/black symphonique, mais aussi Comédie Macabre, lors d’un monologue au centre du titre, accompagné d’une ambiance sombre et du clavecin.

C’est à partir de « Béziers » que l’ensemble devient plus cohérent. Même si on a vu mieux dans le genre, l’intro mystérieuse au piano fait place à un côté épique où les claviers prennent plus d’importance. Les guitares ont un certain tranchant, ce qui fait un contraste avec le chant, qui manque de profondeur et d’efficacité. Dommage, car on se situe du côté du Sac de Béziers, la ville étant assiégée par une armée de croisés.

« Holocauste » met en avant les diverses influences d’Ad Extirpenda avec cette conclusion relatant les excès de l’Inquisition. Mais le titre sonne trop propre, trop gentillet, malgré des paroles en français explicites. Ca manque d’agressivité, d’atmosphères pesantes et terribles, pour pouvoir emmener l’auditeur dans l’horreur des massacres et des tortures.

Au final, on n’a pas vraiment l’impression d’avoir été faire un tour du côté de l’Inquisition tant les titres sont uniformes, parfois plats et loin d’être forts en émotions. Seul « Béziers » sort du lot, avec son côté épique et sa dynamique, mêlant bien le black et le death au sympho. On regrette au final qu’Ad Extirpenda n’ait pas été au bout de ses idées, et on attend le prochain opus avec une certaine curiosité, en espérant que les Nantais s’améliorent et soient plus cohérents.

 

Saille : Ritu

Ξ février 6th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Saille : RituIl est grand temps de quitter la vague russe qui nous assomme pour se diriger dans un pays plus proche qu’on ne l’aurait imaginé. Qui aurait crû que la Belgique renfermerait un jour un des groupes de black symphonique les plus prometteurs du moment ? La sortie de « Irreversible Decay » en 2011 nous avait fait découvrir un combo en grande forme, délivrant un art noir déroutant, fouillé et percutant. Saille est bien loin du cliché actuel mettant en avant une musique plus extrême que black, plus pompeuse qu’inspirée. Il délivre, avec autant d’audace que d’imagination, un ensemble particulièrement intense, violent et sombre qu’il serait dommage de rater.

Si le projet du claviériste Dries Gaerdelen était, à la base, totalement voué au studio, il s’avère qu’il prend de plus en plus forme, au point de créer des opus riches et d’effectuer des prestations live remarquées aux côtés de Melechesh, Ancient Rites ou Izegrim pour ne citer qu’eux. 2013 marque un nouveau bouleversement dans la carrière de Saille avec la sortie de « Ritu » enregistré aux Shumcot Studios, masterisé par Tom Kvalsvoll aux Strype Audio (Mayhem, Emperor, Arcturus, Limbonic Art) et de nouveau signé chez les Italiens de Code666. Les Belges conceptualisent leur album en le basant sur les rites funéraires des cultures anciennes et en s’inspirant de Lovecraft. Enfin, ils s’entourent de musiciens guests pour ce qui est des orchestrations.Le programme s’annonce sombre et raffiné…

D’entrée de jeu, la froideur des guitares et l’ambiance épique propres à Saille se font ressentir. « Blood Libel » commence en beauté avec une noirceur toute particulière et un léger côté théâtral proche de Carach Angren. La déflagration de guitares typiquement black metal ne se fait pas attendre, et les interludes au violon apportent beaucoup de piment, surtout lorsque les mélodies sonnent malsaines. « Subcutaneous Terror » enfonce le clou avec sa rapidité et son agressivité sans failles, son sens de la mélodie et du symphonique. Les orchestrations sont loin de recouvrir les guitares, qui gardent le premier rôle. La preuve avec le solo atmosphérique proche de celui d’un « Grotesquery Conceiled… » de Dimmu Borgir, la rapidité en plus.

La diversité des rites prennent plus de place par la suite, avec un « Fhtagn » incantatoire, référence ultime au Cthulhu de Lovecraft. « Sati » reprend le nom de la coutume funéraire hindoue dans laquelle la veuve s’immole. Du coup, on n’est pas étonnés de retrouver le bruit des crépitements du feu, de la sitar, des chants traditionnels féminins, et la répétition du mot « Sati », comme un mantra, dans un morceau particulièrement riche et dérangeant, guidé par la variété des instruments et les terribles cris de Dennie.

On retrouve la force et la puissance du black symphonique à l’intérieur d’un morceau comme « Haunter of the Dark ». Saille varie les plaisirs, en nous offrant un tas de moments forts, comme cette déflagration, cette montée en puissance, ce jeu impeccable de batterie, ces choeurs, ces mélodies sombres et prenantes…sans oublier un « Ritual Descent » progressif et au final grandiose.

Difficile de trouver des points négatifs dans tout ça tant Saille arrive à se démarquer du lot. « Ritu » ne souffre d’aucune linéarité ni d’aucun temps mort et se dote d’une richesse et d’une force rares. L’osmose entre tous les instruments est quasi parfaite, les parties symphoniques sont mesurées et les parties purement black metal ne manquent pas d’accroche et d’efficacité. « Ritu », meilleur que l’ensemble des sorties actuelles ? Meilleur qu’ « Irreversible Decay » ? Oui, sans aucun doute.

 

Astarium : Wyrm of Melancholy

Ξ janvier 10th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Astarium : Wyrm of MelancholyIl y a ceux qui veulent absolument être clean, et ceux qui désirent rester dans le domaine de l’underground comme Astarium qui, contrairement à ces acolytes russes, n’a pas comme but d’ultime de se faire remarquer par les Européens afin de décrocher des contrats alléchant. Formé depuis 2005, ce petit one man band s’essaie dans un black symphonique loin d’être puissant ou grandiloquent, puisqu’on se situe plus dans l’atmosphérique et le mélancolique. Il a déjà sorti plusieurs démo et EP, ainsi qu’un album en 2008, enchaînant les signatures chez des tout petits labels. Fin 2012, c’est chez les Américains de Metallic Media que sort « Wyrm of Melancholy ». Comme quoi, on peut trouver en dehors de la Russie si on n’a pas la folie de grandeurs.

Comme tout combo de black symphonique russe qui se respecte, Astarium met en avant des ambiances froides et des mélodies caractéristiques de la région. Mais ici, point de violence ni de bourrinage. Le multi instrumentiste met le paquet sur les atmosphères et la la lenteur de sa musique. On y découvre un bel hommage aux contrées hivernales, emmené par des claviers aux sons cristalins et glaciaux. C’est calme, berçant, idéal pour nous transporter tout en douceur dans un univers personnel.

Chaque instrument alimente ce côté atmosphérique prédominant, que ce soit les guitares, alternant riffs vrombissants et passages acoustiques, la voix black très raw et insistante, les nappes de claviers ou les samples de tempête de neige (« Kingdom of White Madness »). Le tempo lent permet d’accentuer ce côté pesant, cette mélancolie omniprésente et cette folie passagère qu’un personnage semble endurer. On n’est finalement pas très loin d’une certaine forme de black dépressif à la Annorkoth (« Unrelieved Solitude »), bien que ce soit plus la morosité qui prédomine, plutôt que des complaintes et lamentations. N’oublions pas de passer du côté de « Voices from the Night Sky » et de « Velleity About Aeonian Rain » afin de découvrir la beauté de la nature.

Au final, il est vrai qu’on a plus à faire à du black atmosphérique qu’à du black symphonique. Mais les touches symphoniques, si on peut dire, existent bel et bien dans cet album, que ce soit les nappes enveloppantes, les mélodies insistantes et les touches neo classiques de « Farewell », « Revival of Curse Spirit » ou du plus rapide « Permafrost ».

Même si Astarium manque de panache et nous propose quelque chose de simple, on se laisse rapidement prendre au jeu et on finit rafraîchis et revigorés par ces neuf morceaux aussi doux et relaxants que la tombée de la neige.

 

Serpenthia : Beyond

Ξ janvier 8th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Serpenthia : BeyondIl est étonnant de voir que Serpenthia n’a pas percé plus que ça, alors que le quintette fête tout de même ses dix ans de formation. Dix années dans lesquelles ces Finlandais n’ont pas chômé, sortant, à intervalles régulières, des démos toutes aussi personnelles les unes que les autres. Sans doute parce que le groupe ne s’aventure pas du côté de la simplicité. Leur mot d’ordre est l’expérimentation et cela se ressent dans leur musique, sorte de dark metal progressif touché par le black, le death, le gothique, l’atmosphérique et le symphonique. Ce melting pot permet à Serpenthia de créer des compositions variées mais toutes guidées par une ambiance sombre et horrifique, à la manière des derniers Hymir, Carach Angren, Withering Soul ou Bishop Of Hexen, avec toutefois une production faite maison.

Si l’enregistrement a été fait l’été dernier, l’écriture s’est produite directement après la sortie de « Sindicate », les années 2010 et 2011 ayant été très mouvementées. Maintenant que le nouveau matériel se révèle et que Serpenthia se dote d’un line up désormais solide, voyons donc ce que vaut le nouveau méfait, « Beyond », sorti fin 2012.

Les Finlandais nous mettent dans le bain dès les premières secondes de « Them », avec son ambiance de maison hantée : piano, mélodies dignes d’une boîte à musique, crépitement d’un feu, nappes de claviers fantomatiques…les parties metal dégagent une grande agressivité, que ce soit dans les riffs et les vocaux, tiraillées entre les parties black metal et les parties death metal. On sent directement une grande cohérence et l’osmose entre les instruments et parfaite. Ces derniers ont tous une place importante et l’un n’est pas étouffé par l’autre, la basse est bien audible, les claviers n’ont pas une place prépondérante mais apparaissent au moment les plus opportuns tandis que le chant hargneux nous narre une histoire terrifiante.

« The Spectre » met le paquet niveau efficacité, entre lourdeur et atmosphère. On se retrouve ici avec un death metal assombri par des éléments black metal et des touches symphonico-atmosphériques marquées, rappelant le « Spiritual Black Dimensions » de Dimmu Borgir et le « Event Horizon » de l’ancien Cruentus.

Mais ce qui fait plus la marque de fabrique de Serpenthia, c’est le côté progressif. L’auditeur n’est pas passif, il est aussi actif, il participe à la progression de la musique, que ce soit sur le long « Tragedy » et le très long « The Fall (Deception Pt.2) ». On découvre des parties plus classiques et d’autres plus alambiquées, soutenues par une ambiance prenante et une histoire de malédiction, sans que cela n’enlève l’aspect bourrin et résolument extrême des compositions. Malgré tout, c’est sans doute le piano qui permet de véhiculer cette ambiance horror, guidé par des guitares aux soli carrés et un chant rageur très expressif. Le final est d’ailleurs très bien pensé, on retrouve le crépitement du feu et les nappes sombres de claviers de l’intro de « Them », comme un retour à la réalité.

Malgré leur discrétion, les Finlandais arrivent à se mettre en avant avec cette cinquième démo inspirée et très bien fichue, et même si leurs travaux restent encore perfectibles, ils possèdent le talent nécessaire pour attirer les oreilles des amateurs du genre.

 

Khargash : Pathway Through Illumination

Ξ décembre 24th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Khargash : Pathway Through IlluminationLes pays de l’Est – et à moindre mesure, du Sud-Est – sont sans aucun doute les plus actifs en matière de sympho extrême ces temps-ci. De nombreux projets naissent dans cette région encore sous estimée et pourtant…les formations ne sont pas dénuées de talent. Elles apportent un peu de sang neuf à une scène revue et corrigée et permettent d’ouvrir les esprits vers un mode de pensée différent. Le Serbe Khargash en a fait une force. Originaire de Novi Sad et influencé par la scène black metal des années 90, le jeune homme essaie d’apporter des expérimentations nouvelles à son black metal symphonique. Chose faite avec la sortie de « Pathway to Illumination », son premier opus.

Il ne s’agit pas vraiment du genre d’album qui se fond dans la masse, à savoir le truc qui ressemble à tout ce qui sort en ce moment. Au contraire, « Pathway to Illumination » aurait tendance à briller et à attirer notre attention dans ce flot de sympho extrême dénué de personnalité. D’une, il s’agit d’un one man band, Khargash s’est occupé de tout dans les moindre détails et a enregistré ses compositions dans différents studios situés dans sa ville natale. De deux, on ne retrouve pas de thématiques et d’atmosphères sombres. En effet, le musicien nous embarque dans un voyage vers l’illumination. De trois, on s’éloigne des standards du black symphonique et pour cause. A la manière d’un Grand Alchemist en Norvège, Khargash propose un ensemble éclectique et complexe, dans lequel se côtoient l’épique, l’industriel, l’atmosphérique, le death metal et le folklore serbe.

Avec l’introduction ambiente « At the Tombs of Time », on sent qu’on s’extirpe petit à petit des ténèbres avec ces sons étranges, qui s’apaisent dès la venue de « The Defiance Mephisto ». On découvre illico le travail qui a été fait sur les orchestrations et sur les harmonies. Du point de vue symphonique, c’est très réussi et les violons sont de très bonne qualité, de quoi nous immerger dans le monde de Khargash. Du point de vue black metal, on sent les principales influences (Emperor, Dissection, Dimmu Borgir) métissé avec des éléments divers comme sur un « Raju » tourné vers le death metal et surtout un « Incineration of the Worthless » puissant et très marqué par la fusion de sympho/électro.

La majeure partie des morceaux sont marqués par des passages atmosphériques, presque féeriques comme « Portrayal of the Last Crucifix » ou l’instrumental « Angel Whisper », lumineux et mélodique, sans oublier les touches folkloriques dans l’enchaînement des notes, les sons et les solos (« Eternity’s Shade »).

Même si, pour le moment, « Pathway to Illumination » risque d’avoir un peu de mal à trouver son public, il n’en reste pas moins un album original et très bien fait, dans lequel l’ambition et la passion se font ressentir. La diversité se mêle à l’imaginaire dans un voyage particulier vers une dimension lumineuse et riche. Dommage toutefois que cela soit trop court. Alors…à vous de plonger.

 

Hymir (NL) : Nyctophobia

Ξ décembre 3rd, 2012 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Hymir (NL) : NyctophobiaEn 2010, on aura beaucoup entendu parler du « Abrahadabra » de Dimmu Borgir ou du « Death Came Through a Phantom Ship » de Carach Angren, mais certainement pas de Hymir. C’est cette année que les Hollandais sortent leur premier méfait, trois ans après leur EP « Perish ». Et pourtant, on aurait pu avoir vent de leur travaux, le quintette de l’époque officiant dans un pays manquant cruellement de black symphonique. On est alors en droit de se demander si ce silence est dû à un manque de distribution, ou s’il est le reflet d’un manque flagrant de talent.

Il s’agit plutôt de la première supposition. Hymir est auto-produit et ne jouît pas des moyens nécessaires pour faire suffisamment parler de lui. Il est donc dommage que le premier opus soit tombé dans l’anonymat, alors qu’il mérite une attention toute particulière. Même si Hymir ne révolutionne pas, il offre un opus certainement plus racé et prenant que tout ce qui sort depuis plusieurs années, grâce notamment à un sens de la mélodie et à une force palpable plutôt rare.

Hymir s’intéresse à la nyctophobie, c’est à dire, la peur de l’obscurité. Il s’attache à tous les processus liés à cette phobie, que ce soient les premières apparitions de la peur à la sensation de froid, en passant par les hallucinations, les fantômes, la peine, mais aussi la mort, pour ceux dont la nyctophobie est fatale. Les ambiances sont donc plutôt sombres et sinistres, soutenues par quelques vas et viens fantomatiques, ce qui place ce « Nyctophobia » d’Hymir quelque part entre les « Lammendam », « The Nightmarish Compositions » et « Spiritual Black Dimensions » des Carach Angren, Bishop Of Hexen et Dimmu Borgir.

Les Hollandais proposent une musique relativement puissante, emmenée par des riffs tantôt black, tantôt death, et des claviers proposant en alternance des nappes ténébreuses et des envolées symphoniques de qualité. Les influences apportées par les groupes sus-cités se retrouvent dans la majeure partie des morceaux, même si Hymir arrive à s’en détacher sur certains passages, notamment les touches death, apportant davantage de tranchant, et la mise en avant de samples fantomatiques et morbides. Si « Let the World Be Cold » montre ce dont le quintette est capable et que « Poltergeist » met en avant la venue d’esprits, c’est réellement le duo « And Sorrow Turned in Death » qui montre toute la force du groupe à créer des compositions grandioses et prenantes, mélangeant l’agressivité, les ambiances, les mélodies et une force imparable. La combinaison des violons effrayants et du piano inquiétant soulève extrêmement l’atmosphère obscure, Hymir essayant de se mettre à la place d’un nyctophobe. Une chose relativement bien réussie, dans la mesure où les riffs ne perdent pas de leur violence, même lorsqu’ils viennent soutenir les choeurs et les pauses planantes.

On n’est pas déçu non plus avec la suite de l’opus, qui sait tout autant nous embarquer dans un monde morbide où la peur est fatale. Même s’il n’apporte rien de nouveau, les qualités de ce « Nyctophobia » permettent d’en faire un très bon opus, dans lequel les différents éléments sont très bien dosés, de quoi permettre à la scène black symphonique néerlandaise de faire le deuil du split de Liar Of Golgotha et de proposer autre chose que le trio de Carach Angren.

 

Grief Of Emerald : It All Turns to Ashes

Ξ novembre 29th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Grief Of Emerald : It All Turns to AshesAlors que le black symphonique se modernise énormément, notamment en Russie, l’old school se meurt et il est très difficile de trouver des formations officiant encore dans un son très typique des 90s. Les derniers Evilfeast et Locus Neminis nous auront montré qu’il y avait encore un peu d’espoir ainsi qu’un petit nombre de formations perdues quelque part en Scandinavie, comme Grief Of Emerald en Suède, grand foyer de black metal mais pas de black symphonique. Les quelques groupes existants ont vite disparu, que ce soit Ishtar ou Necromicon, laissant des places presque vacantes depuis des années. Presque, car le quintette originaire de Uddevalla subsiste et continue de faire perdurer le mouvement des années 90.

Depuis la sortie d’un « Nightspawn » très prometteur en 1998, il se sera fait plus ou moins remarquer, connaissant des hauts et des bas, apparaissant et disparaissant, à l’image de la qualité de ses albums. « Christian Termination » avait montré tout son potentiel avant un split-up de plusieurs années et une reformation récente, menant à une signature chez les Néerlandais de Non Serviam Records et aux enregistrements de deux albums sortis de façon consécutive, 2011 avec un « The Devils Deep » très moyen et 2012 avec « It All Turns to Ashes ».

On reste ici dans le bon black metal suédois, avec des riffs typiques et une batterie qui envoie du paté. L’ensemble rappelle ce qui avait été fait avec « Christian Termination » en plus de flirter avec les touches symphoniques norvégiennes à la Dimmu Borgir ou Old Man’s Child (période début 2000). On a donc quelque chose de puissant et d’agressif, souvent bourrin et parfois brutal, avec un concept anti-religion apportant des ambiances sombres et malsaines soutenues par une production correcte. « And Yet It Moves » et « God Carnage » mettent littéralement dans le bain sans nous laisser le temps de réfléchir. Bien au dessus de « The Devils Deep », on ne nous laisse pas de répit et on nous assomme à grands renforts de riffs bien placés, de cris black crédibles et de batterie bourrine.

Le rythme est souvent rapide et il ne nous permet pas toujours de respirer, l’album perd alors en variation. Grief Of Emerald mise énormément sur les blasts, à croire qu’il ne sait pas vraiment comment caser des moments plus lents, sauf sur un « Where Tears Are Born » plus mid-tempo, un titre éponyme influencé par le death metal (un élément qui n’avait plus vraiment fait son apparition depuis un bon moment chez le groupe) ou un « Cage of Pain » emporté par un bel élan symphonique, avec les arrangements et le piano.

Hormis ça, on ne pourra pas dire que le clavier est toujours l’élément principal des compositions de Grief Of Emerald. Ce sont souvent les guitares qui mènent la danse et le clavier tend à accompagner, en posant une atmosphère et des nappes plus ou moins bien intégrées. Certains morceaux manquent cruellement de puissance de ce côté là, tandis que d’autres font moitié/moitié, alternant parties black metal suédois et parties black metal symphonique norvégien, comme le terrible « The Third Eclipse », qui écrase à lui tout seul tous les morceaux de l’album.

Grief Of Emerald s’améliore et retrouve son inspiration, sans non plus faire quelque chose de révolutionnaire dans le genre. « It All Turns to Ashes » reste perfectible mais propose un bon mélange de black suédois et de sympho norvégien à la sauce 90s, ce qui pourra plaire à tous les nostalgiques de cette mouvance.

 

Entropia (FRA) : Black Drop in Clear Water

Ξ novembre 9th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Entropia (FRA) : Black Drop in Clear WaterSi les Français d’Entropia avaient commencé leur partie en optant pour du metal à chanteuse sans grande personnalité, ce qui est de plus en plus courant ces temps-ci, ils ont tout de même trouvé le moyen de changer de voie et sortir des sentiers battus. La preuve en musique avec le dernier EP en date, prouvant qu’Entropia n’était pas qu’un vulgaire ersatz mais, au contraire, une formation qui pouvait progresser, avec une chanteuse plus hargneuse que jamais, alternant judicieusement chant clair lyrique et chant hurlé. Cependant, comme dans toute partie, rien ne se passe forcément comme prévu : les choix, quels qu’ils soient, sont à double tranchants et il faut savoir rebondir afin de ne pas perdre le fil de l’aventure. Même si Marie quitte le groupe, le guitare Jérôme Bougaret prend les commandes du chant.

Voici donc la nouvelle facette d’Entropia. Plus masculine et plus extrême. L’enregistrement se fait au Conkrete Studio et ainsi se dessine le nouveau chemin des Français avec « Black Drop in Clear Water » dont l’artwork plutôt clair détonne avec les productions précédentes. La musique n’est pas plus lumineuse pour autant. Le groupe trace sa voie du côté du black/death symphonique/gothique, quelque part entre Cradle Of Filth et Carach Angren. Il renforce son jeu avec les cartes « travail » et « production » afin de jouir d’un son moins amateuriste. Sa musique est mieux maîtrisée sans être technique, plus sombre sans être ténébreuse, mélodique sans être pompeuse, et surtout gothique sans faire dans l’exagération. Les orchestrations prennent plus d’ampleur tandis que les riffs et le rythme se durcissent, soutenus par un chant death de bonne facture mais trop saccadé et trop monocorde, et les choeurs de Marie.

Les dés sont lancés et l’introduction fantomatique de « Black Drop » laisse la place à « Le Horla », mélangeant les riffs black et la voix death à des orchestrations puissantes. Les accélérations sont les bienvenues ainsi que les passages plus calmes où apparaît de temps à autre un violon rappelant le erhu de Chthonic. L’agressivité du jeu continue avec « My Own Eschaton » et un « Keeper of Truth » particulièrement réussis, mariant avec brio le tranchant du metal extrême avec la douceur, la fantaisie et le côté virevoltant des orchestrations.

Ces dernières sont de très grande qualité et on sent le travail accompli derrière. Toutefois, Entropia a choisi de nous attaquer avec elles – en finesse évidemment. Elles sont beaucoup plus grandiloquentes, happant les guitares sur la majeure partie des titres. Même si elles dégagent une ambiance gothico-impérialiste parfaite, proche des musiques de film (« And Far Beyond », entre autres), on peine à remarquer l’aspect black metal, d’autant plus que la production, trop clean, tend à le cacher.

Il n’empêche qu’Entropia, en continuant sur sa lancée, pourrait gagner la partie car il a le talent nécessaire pour faire partie des potentiels challengers. Même si le black symphonique français a beaucoup connu – et connaît – des hauts et des bas, il se pourrait que ces petits Auvergnats se trouvent une place de choix sur une scène en constante mutation. Ce « Black Drop in Clear Water », bien qu’encore imparfait et dans l’emprise de ses influences, pourra sans doute ravir une certaine catégorie d’amateurs de black symphonique, à savoir ceux qui préfèrent la modernité et les touches gothiques.

 

Morghash : The End of Flesh Divine

Ξ octobre 18th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Morghash : The End of Flesh DivineDepuis les débuts du black symphonique, beaucoup de groupes se sont attelés à la composition d’un metal fortement inspiré par la musique classique au sens large du terme, des compositeurs classiques aux compositeurs contemporains en passant par les créateurs de musique de film. Des formations telles que Limbonic Art, Dimmu Borgir et plus récemment Septic Flesh dans le death metal ont prouvé que metal extrême et musique classique n’étaient pas des termes antagonistes, conduisant vite à l’apparition de nombreux combos plus ou moins originaux. C’est le cas de Morghash, petit groupe alsacien inspiré à la fois par le black scandinave et la musique classique du 19e siècle. Le trio s’est vite trouvé une personnalité et une envie profonde de développer un metal ambitieux et riche dans ses compositions. Ainsi naquit « The End of Flesh Divine » en 2011, sa deuxième démo.

Morghash distille une aura épique tout en installant une ambiance quasi dramatique. On retrouve l’alchimie des grands auteurs du 19e siècle avec ces mélopées enivrantes et majestueuses, plutôt bien retranscrites dans les claviers. On dénote une grande qualité dans les orchestrations, même si certains sons ont l’air un peu trop synthétiques, cependant, rien que dans l’introduction – et dans les morceaux qui suivent – on se rend vite compte que les orchestrations occupent une grande place dans le black symphonique de Morghash.

Ainsi, on peut dire que les guitares sont reléguées au second plan et il faut dire que ce sont les parties metalliques les moins bien réussies. En cela, la production pêche un petit peu et les grattes et la voix black ont du mal à tirer leur épingle du jeu. Il ne faut toutefois pas négliger leur apport car de ce côté, on peut dire que tout se compense. Le manque de panache de l’un est caché par la fougue et le côté ambiancé de l’autre. Pourtant, le rythme est dynamique et embarque l’auditeur dans le concept sombre de Morghash.

Petit exemple avec « Archaic Mechanism » prouvant que les Alsaciens peuvent être, à la fois, forts et faibles. Les guitares peinent à se démarquer même si elles conduisent le rythme, la voix black est tranchante et suffisamment présente pour nous prendre aux jeux, mais ce sont bien évidemment les claviers que l’on retient le plus. Omniprésents, ils créent tout, si bien qu’on s’imagine bien la musique sans guitares, un peu comme Profanum. Cependant, il ne faut pas renier certains arpèges et riffs typiquement black et qui apportent un peu de piment.

Contre exemple avec « The Canvas of the Battle » qui bluffe du début à la fin. Ensemble épique, entre tradition et modernité, porté de bout en bout par des guitares et une voix présentes, ainsi qu’un rythme efficace et des claviers extrêmement maîtrisés. L’interlude atmosphérique, carrément spatial, mélange l’électronique au symphonique avant de repartir avec le black symphonique à la sauce Morghash.

Tout est là : une démo de metal extrême symphonique avec un grand S, avec ses qualités et bien sûr ses défauts. Dommage que la production ne soit pas au rendez-vous, ce qui nous empêche de bien apprécier les parties véloces et agressives, mais pour ce qui est de l’assemblage, de l’ensemble en tant que « tout », c’est plutôt pas mal, voire même plutôt bon. Morghash est donc un groupe à suivre, en espérant qu’il trouve un équilibre, histoire de parfaire ses compositions.

 

Path Of Destiny : Parasite God

Ξ octobre 16th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Melodic Death Metal, Symphonic Black Metal |

Path Of Destiny : Parasite GodPath of Destiny vient d’Allemagne, un petit pays concernant le black symphonique. Formé en 2007, le combo a eu l’occasion de jouer dans certains festivals réputés tels que le Legacy-Festival en 2009 et le Metalfest en 2011. On ne peut pas dire que ces Allemands aient loupé quoi que ce soit, entre de très bonnes prestations, une bonne promotion (même si auto produit) ainsi qu’un premier full length plutôt bien vu (« Rise and Fall » – 2010).

Janvier 2012 marque la sortie du nouvel EP de Path of Destiny nommé « Parasite God ». Enregistré aux Echolux Studios par Andy Schmidt, il se compose de six titres dont certains ont été écrit en 2009. Le groupe a toutefois réussi à les réarranger afin de les restructurer et d’apporter de nouvelles idées, ce qui permet de les mettre en adéquation avec les morceaux les plus récents. Tout se situe donc dans la même logique, à savoir un death/black mélodique symphonique puissant, efficace et bien produit, quelque part entre Dimmu Borgir et Fleshgod Apocalypse.

En cela, on ne pourra pas dire que Path of Destiny révolutionne le genre mais il a le mérite de bien se débrouiller. Les titres restent fidèles au metal extrême symphonique actuel en mettant l’accent sur la lourdeur, les atmosphères, l’agressivité et la mélodie, quatre facteurs qui, a priori, rendent l’écoute d’un opus du genre plutôt agréable. Pas de doute en tout cas sur la qualité de la musique des Allemands. Après une introduction instrumentale et guerrière, tambours, cuivres et choeurs en tête, « Unleashed Memories » montre la capacité de Path of Destiny à concocter des titres véloces, de par l’aspect death mélodique omniprésent, mais aussi sombre grâce aux touches black et aux orchestrations.

« Messiah » met largement plus en avant un death metal racé, guidé par des riffs tranchants et carrés, un growl efficace et des orchestrations plus impériales, tandis que les autres pistes sont plus axées sur la mélodie. On note que leur exécution ne pardonne pas, malgré quelques petites linéarités et quelques passages fades, mais il faut dire que l’enchaînement des riffs, couplé aux claviers, fait mouche.

L’EP en question a beau ne faire que 25 petites minutes, on n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer et on découvre un groupe qui tire ses influences de plusieurs styles, à savoir l’épique digne des BO de films, le black (symphonique) scandinave pour les ambiances et le death mélodique « en général » pour le reste. Même s’il n’est pas formidable en soit, et que le growl reste un poil linéaire, il a le mérite d’embarquer l’auditeur dans un concept basé sur la Mort.

 

Dies Ater : Hunger for Life

Ξ septembre 27th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Dies Ater : Hunger for LifeIls ont de l’expérience, une belle discographie derrière eux ainsi que du talent, mais il faut savoir que la carrière de Dies Ater n’a pas été de tout repos. En effet, entre les coups bas, les mauvaises pioches et les innombrables soucis avec les labels, avec des problèmes financiers à la clé, les Allemands n’ont pas vraiment eu l’occasion de suivre un chemin parfaitement tracé. Ils ont réussi à sauter par dessus les obstacles avec succès, jusqu’à certains changements de line up : les départs du bassiste d’Obskur et de son remplaçant Ebonizer, puis le coup de massue, la décision fatale, la sortie du chanteur/guitariste Nuntius Tristis, conduisant à la séparation en 2009.

Le split de Dies Ater a été plutôt passager, les musiciens reprenant du poil de la bête en 2010 grâce au retour de NT, sans non plus retourner en studio. Les nombreux concerts leur ont permis de retrouver cette flamme et cette motivation précédemment perdues. Le come-back est donc plus qu’attendu, les Allemands retournant aux Stage One Studio d’Andy Classen (Krisiun, Belphegor, Legion Of The Damned) avec un album au concept ambitieux centré sur l’exorcisme d’Anneliese Michel et signé cette fois-ci chez Obscure Abhorrence Productions.

Dies Ater a-t-il retrouvé toute sa force et son intensité après autant de déboires ? Ce « Hunger for Life » peut-il concurrencer le précédent opus, « Odium’s Spring », faisant preuve d’une brutalité acerbe ? Il semblerait bien que oui. Le quatuor a beaucoup appris de ses mésaventures, utilisant son expérience et sa créativité pour nous concocter des morceaux d’une efficacité digne de ce nom. Sa musique se situe toujours dans la tradition du black metal scandinave des 90s, sans non plus faire dans le vieux jeu. Il propose des mélodies sans faire de la douceur, du symphonique sans faire dans le pompeux, de la noirceur sans manquer de subtilité. Combiné avec une certaine agressivité et un fort côté occulte, Dies Ater nous emmène dans un monde malsain, dérangeant et froid.

Si l’introduction nous met dans le bain, « Blutpfad » révèle de nouveau tout le potentiel qu’a le groupe à aller au fait, sans chichi, sans grosse technique. Les riffs sont directs, assassins, le chant a de la poigne tandis que le rythme est rapide et que le clavier soulève une certaine atmosphère. Les breaks peuvent être inattendus, ils n’enlèvent en rien cette puissance ainsi que la capacité de Dies Ater à alterner passages brutaux et passages symphonico-atmopshériques, à coups de nappes et de piano. Un morceau comme « Dies Ater » évoque sans soucis le travail effectué sur le « Odium’s Spring », dont le côté tronçonneur des riffs souffle sans vergogne, toujours avec cette ambiance impeccable.

C’est véritablement à partir de l’éponyme « Hunger for Life » que le concept se met en place et que le côté malsain et occulte prend l’avantage. Dies Ater nous offre les samples de l’exorcisme d’Anneliese Michel, avec cette voix possédée. Les riffs, à la fois mélodiques et violents, sont entêtants tandis que le chanteur nous narre cette terrible histoire, soutenus par les claviers aux sonorités mi symphoniques mi industrielles. Après cette expérience toute particulière, la noirceur de « Branded with a Cross » enfonce le clou, avec les samples de l’interview de Charles Manson, l’aspect malsain et perturbant de l’instrumental sympho/industrielle « Edge to Oblivion » nous écrase, et la reprise de la marche funéraire de Henry Purcell (compositeur du XVIIe siècle) « Funeral March ».

Comme le disait le philosophe Nietzsche, « ce qui ne te tue pas te rend plus fort ». Les multiples mésaventures de Dies Ater lui ont permis de prendre des force, de se dépasser et de transcender sa musique dans le même temps. « Hunger for Life » est un opus on ne peut plus réussi, puissant, efficace et prenant, aussi mélodique qu’agressif, aussi occulte que profond, aussi brutal que sombre. Sans doute une des sorties les plus importantes cette année en matière de black metal.

 

Nightside Glance : Breaking Point

Ξ septembre 24th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Nightside Glance : Breaking PointEn 2009, les Biélorusses de Nightside Glance s’étaient plutôt fait remarquer lors de la sortie de leur premier album « Edge of Time ». Sur une scène black symphonique quasi saturée et manquant fortement d’originalité, ils avaient réussi à sauver leur compos de la redondance et du sentiment de déjà-vu, sans toutefois créer quelque chose de réellement nouveau.

En 2011, ils sont de retour avec un nouvel EP, « Breaking Point » et plusieurs changements. D’abord, le son est meilleur et digne de ce que les Russes ont l’habitude de faire, à savoir s’offrir une production made in Europe tout en gardant cette identité de l’Est, principalement présente dans les mélodies. De plus, le black symphonique de Nightside Glance semble avoir légèrement changé d’orientation puisqu’ici le sextet affirme ses influences électroniques, ce qui change de ce qu’ils nous avaient habitués avec « Edge of Time ».

Hormis un petit tournant musical, pas de nouveauté à l’horizon vu que cet EP renferme deux titres nouveaux, deux versions live et deux reprises. Ce qui nous intéresse le plus, ce sont évidemment les deux premières compositions, « Breaking Point » et « Changing Lives ». Elles montrent bel et bien un black symphonique assez mélodique, porté sur le tranchant des guitares et l’efficacité des claviers. La voix rappelle aisément celle de Shagrath tandis que les ambiances, crées majoritairement à coup d’électronique, évoque les récents travaux des Allemands d’Agathodaimon (« Breaking Point » ayant beaucoup de points communs avec « Cellos for the Insatiable »…).

L’influence électronique se comprend davantage avec la reprise du célèbre morceau « Children » de Robert Miles (un DJ initiateur de la dream house). On retrouve la mélodie au synthé et les nappes, mélangées aux parties metal et quelques beats techno, le début restant très proche du morceau original, très zen, très aérien, jusqu’à un tournant plus oppressant et plus proche du black symphonique (cris, envolées au piano à la Dimmu Borgir, atmosphères sombres…). Pas de chant mais quelques narrations qui nous font vite comprendre que nous avons à faire à un mangeur d’enfants, le rêve tournant au cauchemar…

Rien de très épatant non plus avec les versions live, si ce n’est que le son est très bon et que le tout reste proche des titres originaux. Hormis cela, l’EP « Breaking Point » reste juste intéressant pour les deux premières chansons, et éventuellement la cover de « Children ». Mais il y a fort à parier qu’elles figureront dans le prochain full length du groupe. EP plutôt dispensable, donc, mais soulevant quelques interrogations. Est-il à part dans la discographie des Biélorusses ou les influences électroniques marquent-elles un point de rupture et par conséquent une nouvelle orientation ? Il n’y a plus qu’à attendre pour le savoir…

 

Sinister Frost : Cryotorment

Ξ août 28th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Sinister Frost : CryotormentC’est un fait, la Russie est désormais la nouvelle terre du black symphonique et ce depuis quelques années. Les groupes sont suffisamment variés pour attirer l’oreille des amateurs et c’est peu de le dire : on trouve de tout chez ces Russes. Leur principal atout, c’est de pouvoir s’octroyer une production à l’européenne tout en gardant cette identité de l’ « Est », présente dans les mélodies, même si les influences norvégiennes se font ressentir. Sinister Frost est aussi né dans cet état d’esprit, avec comme but de créer un black symphonique mélodique basé sur le froid, ce qui correspond aux contrées hivernales de leur pays. La pochette, le nom des titres ainsi que les photoshoots montrent cet amour pour tout ce qui touche à la glace et à la neige.

Après avoir stabilisé son line-up en prenant dans ses rangs la batteuse Varaska de Blackthorn, Sinister Frost enregistre son travail aux Miomi Rcds entre juin 2010 et mai 2011 avant de terminer avec les samples et les orchestrations. Beaucoup de boulot en perspective avant une signature cette année chez MSR et la sortie de leur premier opus « Cryotorment ».

Dès le titre instrumental éponyme, on devine qu’on aura à faire à une musique glaciale, parfaite pour les grandes chaleurs de cet été. Les claviers posent des nappes extrêmement froides et inquiétantes, accompagnées de samples de vent, avant d’enchaîner avec « Mystery of Sinister Frost », la version plus musclée de cet instrumental. Départ sur les chapeaux de roue, alternance de parties aux claviers et de parties metalliques ainsi que de growl et de chant black, sans oublier la fusion des riffs black et des riffs death. On se retrouve exactement dans le schéma typiquement russe, qui est de s’octroyer différentes influences metalliques afin de les mélanger avec une production moderne, des ambiances glacées et des orchestrations très bien installées.

Le black symphonique de Sinister Frost est donc carré et très bien fichu, dommage toutefois que certaines touches à la Dimmu Borgir se fassent ressentir dans la majorité des pistes. Certaines mélodies sont prévisibles et assez proche de ce qui a déjà été fait par le passé. Cependant, heureusement que Sinister Frost arrive à intégrer sa patte ainsi que des variations de rythme, comme sur « Nightmare », offrant un début doux, avant une déferlante de riffs et de claviers. Le calme avant la tempête de neige…

Le piano est aussi très important dans ce « Cryotorment ». Mélangé aux claviers, aux samples et à des riffs bien placés, il intègre parfaitement ce côté hivernal et l’auditeur se croit alors seul au milieu d’un champ de neige. C’est le cas avec « Vicar of the God of Death » ou « Gomorrah and Sodom Pt.2 ».

Bien qu’encore à un stade embryonnaire, Sinister Frost a de quoi attirer du monde avec son frosty black symphonique, on attend donc de nouvelles compositions, et surtout du concret : six morceaux pour un total de trente et une minutes, c’est très peu et on reste rapidement sur notre faim. Mais en tout cas, si vous avez trop chaud, et que vous avez aimé, par exemple, le dernier méfait d’Astral Winter, vous pourriez être conquis par ce « Cryotorment ».

 

Obscurcis Romancia : Theatre of Deception

Ξ août 4th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Obscurcis Romancia : Theatre of DeceptionAu Canada, rares sont les formations qui ont su tirer leur épingle du jeu. Hormis Tvangeste il y a quelques années et, à moindre mesure, Veneficum, ce pays est loin d’être une des valeurs sûres du black metal symphonique. Toutefois, il y a bien un groupe qui est sur la bonne voie : Obscurcis Romancia. Fondé en 1997, les Québécois ont sorti une première démo en 2001 puis un album éponyme en 2002, quasiment passés inaperçus. Mais la sortie assez attendue de « Theatre of Deception », dix ans plus tard, est sur le point de changer la donne et de donner à ce petit combo le statut de fer de lance.

Même si les Québécois s’influencent de groupes qui n’ont désormais rien à prouver et dont la réputation est certaine (Dimmu Borgir, Cradle Of Filth, Illnath), ils ont su se forger une identité en intégrant dans leur black symphonique des éléments neo-classiques, death metal et prog, ce qui n’est pas pour nous déplaire. En effet, le tout instaure une certaine complexité et un sens profond de l’inspiration. Difficile donc de se faire à la musique d’Obscurcis Romancia, qui n’hésite pas non plus à jouer sur la théâtralité de ses compositions, d’où le titre de son album.

Le sextet en fait voir de toutes les couleurs, et ce dès le départ avec le premier morceau « Awakening in Spiritual Madness » long de plus de dix minutes. Après des samples effrayants, nous voilà embarqués dans la folie d’Obscurancis Romancia, qui utilisent autant de voix black torturées que de growls, de riffs perturbés et de touches de claviers alambiquées. Le tout paraît assez tortueux, le chant s’apparentant aux hurlements aigus de Dani Filth tandis que la surdose de mélodies rappelle les travaux d’Illnath dans un style moins symphonique.

Et puis arrivent le duo « Sanctuaire Damné » et « Le Quatrième Acte », montrant tout le potentiel d’OR. Ensemble audacieux, mélodies entraînantes et très néo-classiques, et surtout, orchestrations virevoltantes, parfois dignes d’une BO. Le chant black peut toutefois en rebuter certains, peut-être trop criard et torturé, mais heureusement le growl digne des groupes de death metal de haute volée peut rassurer.

« In Memoriam » fait partie des titres que l’on retient vite car il possède une patte toute particulière. Le piano et les guitares se joignent pour ne faire qu’un, proposant quelque chose étonnant car proche de Beethoven. On ne s’attend pas forcément à ça car nous avons droit à une « symphonie » au piano, avec des guitares qui remplaceraient même les violons. Du classique version black metal, surprenant.

Si la longueur des chansons permet au groupe de faire part de sa technicité et de certaines expérimentations, elle ne l’empêche toutefois pas de laisser entrevoir certaines faiblesses dans la progression, ainsi peut-on ressentir quelques linéarités sur les titres les plus longs ainsi que certaines influences trop flagrantes (voire ci-dessus) pour ce qui est des riffs et des ambiances. Cependant, il faut avouer qu’Obscurcis Romancia a un potentiel immense et qu’il est en passe d’apporter un peu de fraîcheur dans une scène black symphonique qui tend à tout miser sur leurs inspirations et la prod au détriment d’un véritable talent.

 

Grand Alchemist : Disgusting Hedonism

Ξ juillet 22nd, 2012 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Grand Alchemist : Disgusting HedonismSouvenez-vous. En 2002, les Norvégiens de Grand Alchemist, menés par Sigurd et Stoelan, sortaient leur premier opus « Intervening Coma-Celebration », une œuvre ayant très bien été reçue et ayant prouvé que le berceau du black symphonique pouvait subir certaines mutations. En effet, l’opus des compères démontrait une certaine approche transversale du metal symphonique, si bien que les compositions étaient à cheval entre plusieurs styles, pour un résultat difficile à classer. Toutefois, c’était l’aspect indéniablement symphonique qui faisait leur force, et non le côté extrême des titres, pris dans une rythmique mid tempo et des riffs trop peu incisifs.

Dix ans plus tard, Grand Alchemist sort enfin de sa léthargie névrotique. De drôles de changements de line up auront eu lieu, notamment le départ du membre fondateur et batteur Stoelan en 2006, de retour cinq ans plus tard à la basse, ainsi que l’arrivée d’un nouveau claviériste, entre autres. Le nouvel album se nomme donc « Disgusting Hedonism » et se trouve être la suite du premier « Intervening Coma-Celebration », aussi bien musicalement que conceptuellement. La preuve en image avec cette pochette sensiblement proche de la précédente, les tons de couleur étant identiques.

Cette fois-ci, les Norvégiens laissent quelque peu de côté les plans atmosphériques pour mettre plus en avant les guitares. Ces dernières ont plus de pêche et obtiennent un certain niveau d’agressivité qu’on peinait à ressentir sur l’opus précédent. Évolution oblige, le groupe a su combler les trous et apprendre de ses erreurs, ceci dit, il continue sur sa lancée au niveau du rythme. Très mid tempo, les variations sont très rares, si bien qu’on a pas de parties lentes ou de parties plus rapides, plus portées par les blast beats. Bien sûr, la double pédale est à l’honneur sur certains passages, histoire de souligner le caractère agressif des guitares ou de relever l’ambiance, mais cela ne suffit pas à nous faire tourner la tête.

Il n’y a d’ailleurs pas d’introduction et on part directement avec « Crème de la Crème Collapse », un drôle de nom pour un début quelque peu maladroit puisque l’auditeur se retrouve directement pris dans l’univers de Grand Alchemist avec le chant, les guitares et le piano. Aucune entrée en matière, il faut donc tenter de prendre ses marques dès le départ. Pas facile si vous n’êtes pas un amateur du genre ni du groupe. Plus aisé si vous connaissez davantage l’univers étrange des Norvégiens. Cependant, encore une fois, il sera difficile de poser une étiquette sur leur musique tant elle est inclassable. Pas vraiment black, pas vraiment heavy, pas vraiment death, mais très symphonique et bien sûr extrême, le terme plus approprié reste sans doute « metal symphonique extrême ». La preuve avec « Deserted Apocalyptic Cities » ou « Disgusting Hedonism » entres autres, au riffing carrément plus death mais doté de touches thrashy pour ce qui est des saccades, et à la voix rageuse à cheval entre le growl et le chant black. « Synthetic Physical Intercourse » montre de façon plus flagrante l’influence melo death finlandaise, pas si loin de Kalmah pour ne citer que lui, mais toujours avec ces éléments venant d’autres contrées metalliques.

De toute manière, c’est bel et bien le sympho qui se taille la part du lion, avec des mélodies à la fois planantes, plus percutantes ou plus virulentes, il y en a pour tout le monde et on peut dire que le travail du claviériste est très bien fait, malgré quelques petits défauts d’authenticité. « Strongly Addicted to a Simulating Despair » rassemble tous ces éléments, accompagnés du tranchant des guitares et de la hargne des vocaux. Sur « Touching the Cause of My Muse », les notes vont et viennent en continu, proposant même un solo au violon.

Grand Alchemist n’a pas oublié pour autant son goût pour les touches électroniques et orientales. On les avait souvent entendus, ne serait-ce que quelques secondes, sur le « Intervening Coma-Celebration », eh bien c’est toujours le cas sur ce « Disgusting Hedonism ». Il faut dire que ces deux éléments sont étrangement associés, si bien que lorsque l’un montre le bout de son nez, l’autre n’est pas si loin derrière. C’est le cas sur « Deserted Apocalyptic Cities » ou « A Brilliant Dissonance » avec ces touches électroniques étranges et ces notes de cithares, quelque part entre le côté moderne de l’un et le coté plus traditionnel de l’autre. Plus flagrant encore, « Alcohol and Gambling » est le morceau le plus arabisant, très proche du metal des groupes moyen-orientaux. Les mélodies sont typiques ainsi que dans l’utilisation du violon, des instruments traditionnels et des choeurs féminins. On croirait entendre un croisement entre Narjahanam et Arkan.

Finalement, les dix ans d’absence de Grand Alchemist ne leur auront pas tant permis d’évoluer. Bien sûr, les guitares sont davantage mises en avant, mais on gagne en agressivité ce qu’on perd en ambiance, ce qui n’empêche pas à ce « Disgusting Hedonism » d’être, de nouveau, un album de metal symphonique principalement, avec sa dose d’éléments extrêmes, ses bons moments et ses longueurs.

 

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