Neurotech : Antagonist

Ξ juin 1st, 2011 | → 4 commentaires | ∇ Cyber Metal |

Neurotech : Antagonist«  Au travers de tous les trafics, manipulations ou transmutations génétiques de l’espèce, on est arrivé à un point de non retour où l’on ne peut plus déterminer ce qui est humain ou non-humain » (Jean Baudrillard)

Et si la Neurotechnologie avait raison de nous? Et si elle agissait à sa manière, véritable IA, prenant contrôle de notre esprit…et si elle devenait maîtresse, dans un monde évolué et technologique, où l’humain et ses progrès n’avaient qu’une seule et même fin : une annihilation partielle voire totale…? Ce phénomène Antagoniste donc, ne serait que l’ultime moyen d’assimiler un être humain en décadence, lui-même pris malgré lui et inéluctablement dans un monde décadent et de plus en plus aseptisé…à force de création et d’évolution, tout s’est retourné contre les créateurs, pris au piège dans un engrenage inévitable.

Le trio slovène, avec ce nouvel opus, reprend donc là où il s’était arrêté, après un « Transhuman » timide et simpliste basé sur ce phénomène de transgenèse et de modifications en tout genre, modification interne menant à une évolution génétique et à une certaine hybridité, pervertissant l’Homme et le mécanisant davantage, d’où cette pochette si caractéristique. Oui, l’Homme perd son humanité, ses émotions et son âme…au point que, à la manière de cette citation de Jean Baudrillard, on ne sache plus qui il est vraiment…peut-il donc encore exister? Peut-il encore garder sa part d’identité?

Neurotech se dirige décidément vers le futur, impose sa manière de voir les choses, se focalise d’autant plus vers ces thématiques et cette fameuse question d’identité, dont fait partie le rejet de l’individu et cette impression de non-existence, questions mises en relief avec des morceaux tels que « Nonexistent » et « The Sky Is Always Open », mais le combo ne s’arrête pas là…

Avec « Antagonist », il prend de l’assurance, sort de sa timidité et nous propose un Cyber Metal encore plus développé, ambitieux et irrémédiablement travaillé. Le chanteur/claviériste Wulf écrit et compose les morceaux, en plus de les enregistrer, mixer, et masteriser au NeuroLab Studio en Slovénie. Auto-production donc, mais loin d’être de piètre qualité. Cette dernière est bien meilleure que pour l’EP « Transhuman », si bien que les instruments sont mieux mis en avant. Tout se distingue parfaitement, claviers, voix et guitares. Ces dernières sont davantage mises en relief et travaillées pour un résultat plus tranchant, moins brouillon et moins minimaliste.

Au sein de ce concept album donc, même si Wulf reste le maître d’œuvre, le trio y aura vraiment mis toute sa détermination. En plus de faire tout son possible pour médiatiser la sortie en contactant le plus de monde possible et réactualisant l’imagerie du groupe, le packaging est bien soigné et complet, afin de ne pas en perdre une miette. Et bien sûr, musicalement, tout dépasse nos attentes…

L’opus se compose de dix titres pour une quarantaine de minutes dans lesquels l’ennuie ne nous prend à aucun instant. L’agencement des morceaux est assez réfléchi et suit une progression particulière dans laquelle le concept est développé. Des paroles à texte donc, embarquant inéluctablement l’auditeur dans le monde atypique de Neurotech, et ce aussi bien grâce à la musique et aux ambiances. Tout est fait au millimètre près, rien est fait au hasard. Les guitares sont plus incisives, plutôt saturées, légèrement plus techniques que sur l’EP précédent, toutefois les riffs restent pour la plupart des cas assez simples. La voix déshumanisée est à la limite du murmuré peine à varier mais est la digne représentante de ces êtres, humain ou non, du moins ceux pervertis par les différentes manipulations ainsi que les plus mécanisés. Les sons electro/indus sont toujours présents, même plus que précédemment: beaucoup plus variés et maîtrisés, ils représentent bel et bien cet aspect technologique ainsi que ce côté futuriste. Parfois sonnant comme une machine se mettant en route et imitant sa démarche (« The Mannequin March »), parfois nous offrant une myriade d’effets (« Antagonist »), ils sont omniprésents et respectent à la lettre les règles de la musique Cyber. Quant aux ambiances, elles sont toujours aussi froides et sombres, apocalyptiques selon les morceaux, mécaniques grâce à l’ensemble boîte à rythme/voix/claviers, désolées et très tristes…

Toutefois, c’est peu de le dire. Neurotech ne s’est pas contenté du minimum est a ajouté un panel de nouveautés. Tout d’abord, les envolées au piano sont beaucoup plus présentes et servent à renforcer ce sentiment de mélancolie et de désespoir ainsi que certaines mélodies à la guitare, comme nous le montre parfaitement le morceau « Awaiting Deception ». De plus, les chœurs apportent leur lot d’émotion en plus et accentuent l’effet ténébreux et sans espoir de titres comme « Inject Me Now » ou « The Angst Zeit ». Enfin, à partir de « A Hollow Impression », l’ensemble des chansons se parent d’éléments symphoniques pour quelque chose de plus original, percutant et terriblement apocalyptique, comme sur « Towards Tedious Nightmare » et les envolées au violon accompagnées de chœurs de « We Are the Last ». Du nouveau chez Neurotech.

L’avantage, c’est que les slovènes arrivent à faire ressortir les émotions et les sentiments en fonction du morceau et de la situation, à un moment précis, c’est à dire, à une étape précise de l’histoire du concept. Ainsi, si la rage est représentée à travers « Inject Me Now » et « Nonexistent », la déception et la tristesse ressortent parfaitement de « Awaiting Deception », de même pour l’angoisse du côté de « The Angst Zeit » (la peur du temps), ainsi que l’interrogation sur « A Hollow Impression ».

Évidemment, des morceaux ressortent de cet ensemble si particulier, tels que « The Angst Zeit », présent sur le précédent single qui avait servi à montrer la nouvelle orientation musicale du groupe. Un morceau assez dynamique et inquiétant où les chœurs sont énormément mis en avant, et où le refrain, guidé par ces derniers et le piano ne peut qu’attirer l’attention. De même pour « A Hollow Impression » et son intro particulière, résolument progressive dans l’esprit, et agencée à la perfection, aussi bien dans l’utilisation des riffs hargneux, des chœurs, et des effets électroniques arrivant aux moments les plus opportuns. Et ce break incroyable à partir de 03:10, sonnant comme l’ultime passage atmosphérique de l’album.

Malgré tout, on notera quelques ressemblances dans les introductions de « Awaiting Deception » et « The Sky Is Always Open » avec ces sons de guitare aigus, quasi similaires.

Mais le bas blesse au niveau des influences et ressemblances majeures. Ainsi Neurotech sur cet opus, fait moins abstraction de ses inspirations et n’hésite pas à évoquer le nom de Sybreed. Et il n’est pas anodin de retrouver quelques titres battis comme l’auraient fait les suisses, à la manière d’ « Antagonist » ou « Nonexistent »: rythme rapide, ensemble furieux et sons electro/indus en tête avec des refrains plutôt faciles à retenir. On notera aussi quelques similitudes avec les russes d’Illidiance notamment au niveau des ambiances et de l’attirail electro/indus. Et enfin, sur « Towards Tedious Nightmare » et « We Are the Last », il est clair qu’on a l’impression d’entendre du Shade Empire tout craché avec leur album « Sinthetic », à cause de cet ensemble électro/symphonique et des envolées reconnaissables parmi tant d’autres.

Un pas en avant pour Neurotech qui nous livre un album cybernétique meilleur et d’un très bon acabit. Une oeuvre martiale dans le domaine du Cyber Metal pour un groupe en devenir qui fera sans doute parler de lui dans les mois voire les années à venir. Combinant l’aspect technologique à un ensemble sombre, aseptisé et froid, « Antagonist », malgré ses défauts, est un opus à ne pas rater pour tout amateur de Cyber ou au moins, d’Electro/Indus.

 

Sybreed : Challenger

Ξ juin 1st, 2011 | → 1 Comments | ∇ Cyber Metal |

Sybreed : ChallengerSybreed parcoure du chemin depuis sa formation en 2003 et les cendres de Rain. Nouveau souffle d’une vague cyber metallique, après déjà trois albums bien définis, passant d’un « Slave Design » terriblement violent et mécanique à un « The Pulse of Awakening » noir et plus fort en claviers, les suisses nous proposent en ce mois d’avril une exclusivité particulière au sein d’un nouvel EP, à la manière d’un « AEON » il y a deux ans. Une nouvelle direction musicale, une nouvelle force, et un nouveau dynamisme devraient s’imposer, sans pour autant occulter cette imagerie, ce concept et cette musique si caractéristiques de Sybreed

Car nous le savons tous, la fin sera la même, qu’importe les événements. L’humain, en digne Challenger, malgré une volonté certaine de s’en sortir et de réparer ses erreurs, ne peut lutter longtemps contre son œuvre. La situation se retourne irrémédiablement à son désavantage, de façon à ce qu’il devienne à l’image des ses machines devenues dominatrices : le pire ennemi de l’humanité.

« I’ll become the enemy of mankind »

Sybreed continue à nous proposer un univers sombre, et rien que l’EP nous présage que du bon pour l’album à venir. Composé de quatre morceaux, le « Challenger » et ses trois remixes, il se veut être à l’image d’un « The Pulse of Awakening » en plus sombre mais aussi agressif, moins axé sur les parties électroniques, malgré leur omniprésence. Cette fois ci, l’homme devient son propre ennemi, pris dans un engrenage technologique et cybernétique sans fin. Sybreed accentue donc le tranchant des guitares ainsi qu’une certaine agressivité dans les couplets. Ces derniers sont des plus étranges et des plus déshumanisés, les claviers nous octroyant des sonorités aussi bien futuristes que machinisées, tandis que Ben pose une voix diversifiée comme jamais. Aussi bien criée et violente que synthétique et décharnée, claire et mélancolique ou plus grave à la manière d’un « Slave Design » revisité, tous les timbres semblent ici être parcourus. Evidemment, le refrain reste bel et bien dans une optique plus légère, sans occulter cette forte incision à la guitare et à la batterie, il n’est pas sans évoquer les prouesses d’un « Electronegative » couplé avec un « I Am Ultraviolence ».

Toujours bien pris dans une atmosphère bien particulière, pervertie et très pessimiste, les trois remixes ne sont que des versions plus électroniques mais toujours aussi cybernétiques de ce « Challenger » déroutant. Faites par deux artistes différents (la troisième étant l’œuvre du guitariste/claviériste Drop), l’une rappelle les mélanges electro/indus sans perte d’agressivité toutefois, alors que l’autre possède un certain côté frais, davantage « popisant », plus déstructuré par rapport à l’original, presque méconnaissable.

Mais quitte à faire dans le synthétique, autant le faire jusqu’au bout. Drop et sa version nous offre un mélange tout en éléments électroniques, sans non plus être techno, contrairement à l’EP « AEON » qui poussait le bouchon un peu trop loin de ce côté-là. Ce morceau est une réelle poussée vers un monde robotisé, et bien sûr, synthétique. Les claviers et le rythme prennent le pas, le chant restant identique à la première version, mais le côté robotique est davantage mis en avant lors des couplets.

Un EP intéressant mais finalement dispensable, surtout si le titre « Challenger » figure lui-même sur le prochain album, ce qui n’est finalement pas impossible. Tout de même moins brute et ambiancé qu’un « Antares » mais plus direct et sombre à la « The Pulse of Awakening », nous sommes ici dans la suite logique des événements. Attendons donc la suite histoire d’en avoir le cœur net.

 

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