Slave Machine : Disconnected

Ξ décembre 13th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Industrial Metal |

Slave Machine : DisconnectedSlave Machine est un groupe formé par Kevin et David en 2011 avec pour but de créer une musique puissante taillée pour la scène et influencée par la scène metal industrielle actuelle. Il leur faut deux ans pour compéter le line-up et s’atteler à la composition de leur premier album,[Disconnected], enregistré au mois de mars 2013 sous la production de David Potvin (One Way Mirror, T.A.N.K.), signé chez Dooweet Records et sorti au mois d’octobre dernier.

C’est après une introduction industrielle menée par des guitares rageuses que la machine se met en route. Les Parisiens nous offrent « Anthrophobia » et nous balancent toute leur rage grâce à des riffs tranchants et à une rythmique efficace. Pourtant, malgré ces qualités, les points faibles se font rapidement ressentir, notamment la mise en arrière plan des éléments industriels, qui peinent finalement à immerger l’auditeur, et la faiblesse du chant : une alternance de chant criard qui manque d’articulation et de chant clair atmosphérique qui a ses limites à la fois dans les aigus et dans les graves.

Dans tous les cas, l’alliage est dans l’air du temps et on sent que le groupe veut nous faire un mélange de modernité et de brutalité, un peu à la manière de Fear Factory mais en moins thrashy et avec un chant plus hardcore. Il faudra se pencher sur « Just Like Me » pour découvrir un Slave Machine plus inspiré. Il s’agit d’un titre qui remplit plutôt bien son contrat puisque les touches indus, le côté saccadé des riffs et la rage du chant arrivent à nous transporter dans le concept d’un groupe désirant mettre un terme à toutes les nouvelles technologies.

« Relevant » montre que les Parisiens ont de la gnac mais prouve surtout que les compos sont avant tout taillées pour la scène. Le martèlement, l’incision des riffs et les hurlements en sont un bon exemple (un titre comme « Will You » aussi).

[Disconnected] est en réalité un album qui manque légèrement de personnalité mais qui doit certainement plus s’apprécier en concert ou en soirée metal avec des copains qu’en écoute isolée sur son canapé. Cela se ressent d’autant plus dans le mixage, qui met relativement en valeur les grattes, la batterie et le chant hurlé au détriment du chant clair et des bidouilles industrielles, beaucoup plus en retrait. Cela nous donne finalement envie d’une seule chose : aller voir Slave Machine en concert.

 

Mastic Scum : C T R L

Ξ décembre 10th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Industrial Death Metal, Thrash Metal |

Mastic Scum : C T R LMaggo Wenzel (Tristwood) et sa bande s’apprêtent de nouveau à faire des ravages en cette fin d’année 2013. Ces vétérans de l’extrême, bien ancrés dans la scène death metal autrichienne depuis le début des années 90, vont enfin donner un successeur au très remarqué « Dust » sorti en 2009. « CTRL » montre encore une fois un groupe très attaché aux titres d’albums de 4 lettres et prouve son orientation inDustrielle plus flagrante que jamais. En effet, « CTRL » évoque indéniablement le langage informatique et, en plus de cette pochette mécanique, on est sûr de se retrouver avec un concept futuriste. Bonne pioche. Mastic Scum nous propose sa propre vision de l’évolution technologique et du développement de la société – le besoin de contrôler et l’inévitable effondrement du système…

Ainsi, les Autrichiens décident de ne plus se contenter de leurs influences Napalm Death. Jusqu’à présent, ils nous avaient habitués à suivre leur traces en introduisant dans leur musique beaucoup plus d’éléments death metal et, avec le temps, quelques touches modernes (« Mind », « Dust »). Désormais, nous nous retrouvons davantage face à un mélange de Napalm Death et de Fear Factory, la faute à la présence plus conséquente d’éléments inDustriels. Cela se ressent facilement dans les titres puisque la plupart d’entre eux débutent avec des samples électroniques voire robotiques (« Controlled Collapse », « Dehumanized », « Cause and Effect »…). Cela propulse l’auditeur dans le monde des Autrichiens, d’autant plus que la batterie se dote d’un son plus mécanique : elle claque et sonne plus synthétique qu’à l’accoutumer. Les riffs aussi se dotent d’un côté très syncopé et déstructuré, à l’image de leurs influences américaines. On s’éloigne quelque peu du death/grind pour se diriger vers une forme de cyber death/grind…

Il faut croire que l’ombre du dernier « Dystopia and Disturbia » de Tristwood a plané sur le processus de composition de ce « CTRL ». Sans être ultra inDustriels ou inspirés par le black metal, les morceaux de cet album restent bien brutaux, portés par des blasts beats rouleaux compresseur, des riffs destructeurs comme des mitraillette et un chant incisif tantôt growl tantôt proche du cri porcin. C’est rapide, plutôt bien exécuté et souvent technique histoire de relever ce côté synthétique et inhumain (« Brute-Force-Method », « Hyper-Detection 2.0 »). Sans oublier le mixage très moderne de Tue Madsen (Illdisposed, Sick Of It All) qui accentue encore plus cette impression.

On aurait aimé que les samples aient un rôle plus important puisqu’ils ne servent qu’à démarrer les morceaux, sauf sur les très synthétiques et déstructurés « D1S3MB0D1M3NT », « The Vortex Within » et « Resurrection ». C’est mécanique à souhait et ponctué de quelques paroles distordues, à l’image de Fear Factory ou d’autres groupes de cyber metal comme Deus.Exe ou Hi-Tech

La prise de risque est louable et l’espèce de fusion Napalm Death/Fear Factory est réussie. Toutefois, malgré un début très brutal death et accrocheur et une fin toute aussi extrême et portée par l’indus, le milieu de l’album souffre de temps morts, ce qui nous fait un peu décrocher. Le petit côté polyrythmique peut légèrement agacer et la technique des riffs saccadés apporte quelques linéarités. Cette orientation musicale pourrait donc être intéressante pour certains, fâcheuse pour d’autres. Par conséquent, ce « CTRL » risquerait bien de diviser…

 

Rise Of Avernus : L’Appel du Vide

Ξ décembre 4th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Doom/Death, Gothic Metal, Symphonic Black Metal |

Rise Of Avernus : L'Appel du VideOriginaire de Sydney, Rise of Avernus est devenu de façon très rapide en valeur forte en Australie. En effet, le quintet a fait grande impression avec la sortie de son premier EP éponyme en 2012, lui offrant la possibilité de partager la scène avec des groupes renommés comme Rotting Christ, Enslaved ou Apocalyptica. Ce n’est pas pour rien. Les membres viennent d’horizons différents, certains ayant officié dans le folk, le doom ou l’atmo. Leur expérience passée et leurs influences personnelles leur permettent d’officier dans un style de metal atypique, quelque chose qu’ils aiment appeler « orchestral progressive doom metal », en particulier avec la sortie de leur premier album chez Code666, « L’Appel du Vide ».

Parler de doom symphonique serait toutefois prématuré puisque les Australiens ne se contentent pas de passages lents, lourds, pessimistes ou mélancoliques. Ils intègrent aussi pas mal de death metal et d’éléments gothiques dans leur musique, avec notamment un mélange de growl et de chants clair féminin atmosphériques. On pourrait alors parler sans se tromper d’une fusion de doom/gothique et de death symphonique avec une pointe de black metal dans certaines ambiances.

Il est un fait avéré, c’est que Rise of Avernus veut nous en mettre plein les oreilles mais aussi renforcer la réputation qu’il a pu obtenir jusqu’à présent. De ce fait, les musiciens ne font pas les choses à moitié. Le mastering est confié à Jens Bogren aux Fascination Studios (Deathronic, Rotting Christ, Dark Tranquillity, Bilocate, Orphaned Land…) et la pochette est réalisée, sans grande surprise, par Seth Siro Anton.

Ceci dit, Rise of Avernus n’a pas misé que sur les gros noms du metal, il a aussi fait de son album une bombe sombre et symphonique à souhait. Avec le premier morceau « A Triptych Journey », on sait immédiatement qu’on va avoir droit à du lourd. La montée en puissance avec l’apport successif des différents instruments nous amène à un ensemble puissant, riffs et growl death en tête, avec des orchestrations extrêmement alléchantes et bien foutues, arrangées par le guitariste Matthew Bell. Le morceau alterne gros passages death sympho en mid tempo et passages plus doom/gothic avec l’intervention de la chanteuse et claviériste Cat Guirguis apportant pas mal de romantisme sombre.

Cela est plus flagrant sur la suite, notamment « The Mire » qui nous permet d’apprécier des moments plus atmosphériques, doux et mélancoliques même si le death symphonique finit souvent par s’incruster. On remarquera que les interventions de Cat se font indépendamment de celles du growler, le death symphonique et son côté brutal étant d’un côté, le doom gothique et son côté doux et mélancolique de l’autre, tel un dialogue entre deux personnages. On n’est pas loin d’une sorte de fusion entre Septic Flesh, Paradise Lost et Draconian.

« Ethereal Blindness » fait partie des exceptions puisque cette fois-ci c’est du chant clair que nous avons, masculin et féminin. L’ambiance est plus tragique, renforcée par le piano et le violon, paradée de quelques accélérations tranchantes et d’envolées symphoniques de qualité, dignes de Dimmu Borgir. Et du chant clair on en a aussi sur le très joli « Embrace the Mayhem » qui joue énormément sur les atmosphères et en particulier sur un côté jazzy avec cette basse et ce saxophone. Au moins, avec Rise of Avernus, on varie les plaisirs.

Les Australiens placent la barre relativement haut avec ce premier méfait. « L’Appel du Vide » est un album très réussi, riche, soigneusement orchestré et suffisamment prenant et ambiancé pour qu’on passe un bon moment le temps de trois quart d’heure. Manque plus qu’à voir si Rise of Avernus peut transcender le tout sur ses prochaines sorties…

 

Ghoulchapel : Nightmarish Illusions

Ξ novembre 30th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Ghoulchapel : Nightmarish IllusionsS’il y a bien un pays qui mériterait de se dynamiser un peu en matière de black symphonique, c’est bien l’Arménie. Les groupes du genre doivent à peine se compter sur les doigts de la main. Seul Blood Covenant semble tirer son épingle du jeu depuis 2001. Avec quatre albums au compteur, ils ont montré qu’ils étaient les leaders dans ce domaine, avec un line-up assez imposant. Le guitariste et programmeur Mark Erskine faisait partie de la bande avant de partir cette année pour fonder au mois d’août son propre groupe, Ghoulchapel, avec son ami Ando Kamavosyan. Une formation qui s’est faite très rapidement, à croire que les acolytes sont plutôt pressés. Ils disent vouloir créer quelque chose de nouveau afin de revitaliser leur pays. Et cette nouvelle force se matérialise sous la forme du premier album « Nightmarish Illusions », sorti en novembre, soit après trois mois d’activité.

Le titre de l’opus peut rappeler celui du dernier full length de Bishop Of Hexen, « The Nightmarish Compositions ». Ce n’est pas anodin. Ghoulchapel est inspiré par les histoires de fantômes, les récits horribles et les cauchemars. Même s’il emprunte aux Israéliens leur thématique, il ne s’intéresse pas à officier dans le même registre. Les Arméniens se rapprochent davantage d’Hymir ou de Carach Angren, le côté théâtral en moins. L’ambiance inquiétante est présente ainsi que ce côté fantomatique et effrayant que l’on peut retrouver dans « Lammendam », notamment dans les mélodies au piano et au violon. Ghoulchapel joue de ce côté-là, en intégrant des éléments death metal et en composant une bonne partie de ses orchestrations par ordinateur. Ce n’est pas spécialement pro à l’oreille mais les atmosphères sont là, en témoigne l’introduction « The Beginning » qui met l’auditeur dans le bain.

Ghoulchapel est un groupe qui semble vouloir tout miser dans les orchestrations ainsi que dans la vitesse et dans l’agressivité de sa musique. En cela, les claviers et les programmations sont très mises en avant et les blasts (assez basiques dans l’ensemble) sont souvent de la partie lorsqu’il ne s’agit pas de la double pédale. Les guitares ont vraiment du mal à se tailler la part du lion, surtout que les riffs suivent principalement les mélodies au violon, on ne les distingue donc pas beaucoup, comme dans « In the Hands of the Forest ». La musique du quatuor manque cruellement de puissance surtout avec une batterie sonnant particulièrement synthétique, avec une frappe qui manque de force.

Le reste des morceaux suit cette ligne de conduite. Des blasts qui ne cassent pas trois pattes à un canard, des lignes de piano qui soulèvent certains passages mais qui se ressemblent, des orchestrations bien fichues mais couvrant beaucoup trop les guitares, un chant black plutôt convainquant alternant parfois avec un growl death. L’ennui, c’est que certains passages sont très bons et d’autres sont plus basiques, comme dans « Where the Fear Conquers All », ou « Ghoul Chapel » qui met davantage l’accent sur les guitares. Mais souvent, l’enthousiasme retombe. Cela n’empêche pas les titres d’être tout à fait convenables, même si on se serait attendu à mieux pour un groupe prétendant apporter quelque chose de « nouveau » en Arménie.

Ghoulchapel n’aurait peut-être pas dû se précipiter car son « Nightmarish Illusions » manque de moments forts, de puissance, et d’efficacité. Le thème des fantômes étant de plus en plus présent dans le monde du black symphonique (Carach Angren, Bishop Of Hexen, Withering Soul, Hymir, Serpenthia, etc) il aurait sans doute fallu présenter les choses autrement et prendre le temps de peaufiner. Ceci dit, c’est sympa et c’est encourageant pour un pays qui manque de représentants, d’autant plus que le leader Mark Erskine semble s’investir énormément : il a d’autres projets comme Edengard ou Ao Eterno et s’occupe des artworks (celle de ce « Nightmarish Illusions » rappellerait presque l’artwork du « No Closure » de Withering Soul »). Ghoulchapel pourrait donc être à surveiller, malgré tout.

 

Temnein : 404 BC

Ξ novembre 29th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Melodic Death Metal |

Temnein : 404 BCLes groupes actuels se plaisent à puiser dans les mythologies, comme si elles étaient une force, un moyen de montrer que l’on est dans l’air du temps et qu’on peut créer une musique autour de ce sujet. Temnein n’est pas une exception. Ce groupe est originaire de Nancy et est influencé par Between The Buried And Me et At The Gates. Certains n’en ont jamais entendu parler mais ce quintet a tout de même eu de bons retours avec sa première démo et a eu l’occasion de faire des concerts avec Hypno5e, Hacride ou Valborg. C’est pour janvier 2014 que les Lorrains nous proposent leur premier album « 404 BC » dans lequel l’auditeur suit un personnage en proie à divers conflits moraux.

Ici, Temnein montre plusieurs facettes de sa personnalité. Son death mélodique et progressif prend désormais une autre teinte. Des influences hardcore, groove voire black se mêlent habilement dans les compositions, comme le montre « Self Division » qui enchaîne accélérations et passages plus sombres. Les mélodies sont aussi à l’honneur au sein de cet album qui mise sur les harmonies entre les guitares. En cela, certains moments rappellent indéniablement le death mélodique suédois et l’ombre d’At The Gates plane encore sur certains riffs, comme sur « Tangled » ou « Heart Hooks ».

Cependant, grâce à la richesse de ses compos, Temnein ne se repose pas que sur ses influences suédoises puisque le côté thrashy et le côté progressif jouent un rôle important. Les morceaux sont longs et se dotent de parties souvent saccadés tandis que le chant extrême de Yoann nous scande des paroles souvent abruptes. « Bright Knife » montre bien la complexité de la musique de Temnein avec ses treize minutes alambiquées dans lesquelles on alterne soli techniques, riffs tranchants, parties syncopées et parfois même passages polyrythmiques. On sent que les Frenchies essaient de flirter avec plusieurs horizons à la fois. Parfois c’est assez maladroit puisqu’on passe du coq à l’âne sans transitions, et il arrive qu’on se retrouve avec plusieurs longueurs. Mais la prise de risque est là et il est clair qu’avec un petit peu plus d’expérience, ils pourront nous en faire de voir de toutes les couleurs par la suite.

Même si on perd parfois notre attention, le côté progressif étant parfois trop poussif et les mélodies trop développées, il y a tout de même des moments de calme comme sur les deux uniques instrumentales « Slave / Master », introduction symphonique et attachante, et « Dropping Light », titre acoustique mystique.

Temnein livre un album encourageant qui parfois manque de puissance malgré le mixage et le mastering de Yann Klimezyk, qui a déjà travaillé avec des artistes français comme Kells ou Pobox. En dépit en ça, le gros label danois Mighty Music semble leur faire confiance, ce qui n’est pas une mauvaise chose car il y a beaucoup de travail dans les compos du quintet et beaucoup d’espoir. On verra bien ce que cela donne par la suite.

 

Carpe Tenebrum : Mirrored Hate Paintings

Ξ novembre 22nd, 2013 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Carpe Tenebrum : Mirrored Hate PaintingsAstennu a un planning bien chargé à la fin des années 90. Il officie deux ans (1997-1999) chez Dimmu Borgir et fait partie du line up ayant engendré le remarqué « Spiritual Black Dimensions », est aussi dans Covenant le temps de la sortie du célèbre « Nexus Polaris » (1998), et est surtout le membre fondateur et tête pensante du groupe Carpe Tenebrum avec le vocaliste Nagash (lui aussi membre de Dimmu Borgir et de Covenant, décidément).

Quand le second album des compères, « Mirrored Hate Paintings », sort, beaucoup se demandent quel en est vraiment l’intérêt, et pour cause : musicalement parlant, on se retrouve avec une musique très proche du « SBD » de DB en certainement moins symphonique. Il faut dire que ce « MHP » a été enregistré quasiment en même temps que l’opus de la bande à Shagrath dans le même studio (Abyss Studio) et sous la houlette de Tommy Tagtgren, la finalisation ayant lieu en hiver 1998.

Avec « Mirrored Hate Paintings », on ne peut pas dire qu’Astennu et Nagash aient pris le risque d’engendrer une musique dotée d’un autre univers puisque, n’ayons pas peur de le dire, l’œuvre n’est autre qu’un « SBD » numéro 2. On retrouve la même empreinte, à savoir les blasts contenus, le riffing dense, la patte black metal obscure, l’ambiance brumeuse, le chant tantôt black, tantôt rauque et la présence importante de claviers.

Toutefois, Carpe Tenebrum arrive à se différencier de ses compères norvégiens pour plusieurs raisons. D’une, il n’y a pas de batteur, Astennu ayant été contraint de se contenter d’une vilaine boîte à rythme. De deux, il n’y a pas de chant clair, ici on a préféré remplacer les interventions divines de Vortex par des interventions diaboliques et très agaçantes, sortes de narration en voix déformée que l’on retrouve sur la majeure partie des titres, notamment l’intro de « The Abyss’s Mystic Haze » et le final de « Ludus ». De trois, la basse est légèrement plus audible et un poil plus technique mais cela ne l’empêche pas d’être parfois noyée dans le flot de claviers et de blasts. De quatre, les éléments symphoniques comportent quelques divergences. N’est pas Mustis qui veut. Même si Astennu utilise quelques sonorités, quelques nappes, quelques arpèges similaires à ce qui est fait sur « SBD », on ne retrouve pas des parties symphoniques pures et dures à la « The Promise Future Aeons ».

Quoi qu’il en soit, même si on tente un temps soit peu d’oublier les antécédents d’Astennu et de Nagash, les références à « SBD » finissent toujours par revenir. Rien que le premier titre contient les ingrédients d’un « Reptile » ou d’un « Grotesquery Conceiled ». Ca va vite, ça nous transporte dans la noirceur de leur musique avec cette atmosphère quasi fantomatique et la patte atypique d’Astennu niveau riffing et soli.

Malgré tout, il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas trouver des qualités dans la musique de Carpe Tenebrum et ce, en dépit des nombreuses ressemblances avec « SBD ». On retrouve une partie de la force de ce dernier avec des montées en intensité, des accélérations bienvenues, des coups de claviers bien placés et des riffs qui font mouche. Sans oublier les moments forts avec des passages calés de manière judicieuse pour renforcer l’intensité, « The Painting » en est un bon exemple ainsi qu’« And Forever », ces deux titres étant sans doute les deux plus grosses pièces de ce « Mirrored Hate Paintings ».

« Mirrored Hate Paintings », même s’il n’a pas marqué les esprits contrairement au « SBD » qui a bien mieux fonctionné, reste un album très satisfaisant qui devrait parler à tous les amateurs de Dimmu Borgir. La musique et les paroles sont loin d’être bâclées et truffées de maladresse, contrairement à tout l’aspect visuel et conceptuel : une faute de latin dans le nom (normalement Carpe Tenebrae), une faute de frappe dans la tracklist sur la pochette arrière (« And Fever »), une faute d’étiquetage au niveau du morceau « Lured Like Your Thought », indiqué comme instrumental alors qu’il y a bel et bien du chant et des paroles, et des fautes de couleurs dans le livret (de l’écriture claire sur un fond clair ne font généralement pas bon ménage…).

 

Fallen Joy : Inner Supremacy

Ξ novembre 22nd, 2013 | → 0 Comments | ∇ Melodic Death Metal |

Fallen Joy : Inner SupremacyDébut 2010, nous avions découvert Fallen Joy, petit groupe parisien de death mélodique, à l’occasion de la sortie auto-produite de son premier EP « Order to Die » enregistré aux studios Sainte-Marthe et diffusé dans toute l’Europe. Ce premier jet montrait un groupe prometteur même si ses compos manquaient d’originalité. Trois ans après, les revoilà sur pied et encore plus hargneux que jamais avec l’arrivée de leur premier full length, « Inner Supremacy ».

Cette fois-ci, le groupe voit plus loin puisqu’il a signé chez les Canadiens de Spread The Metal Records, s’est offert le mixage et le mastering d’Anthony Chognard (Smach Hit Combo) et une sortie non pas européenne mais mondiale. Le quintet semble bien progresser et malgré plusieurs changements de line-up, il semblerait qu’il ait les bases nécessaires pour non seulement tourner auprès des plus grands (Kataklysm, Morbid Angel, Cryptopsy) mais aussi servir des compositions raffinées et efficaces.

Nos premières impressions n’auront pas été fausses : Fallen Joy est un combo qui a du potentiel et cela s’entend très bien avec ce premier rejeton plutôt bien exécuté. Les Parisiens ont le mérite de faire un bon dosage entre brutalité, technique et mélodie si bien que les titres ont suffisamment d’énergie et de culot pour attirer notre attention. Bien sûr, certains restent classiques, comme « Back to Life » ou « Breaking the Light », qui sonnent très suédois dans l’esprit, mais Fallen Joy a quelque chose qui permet tout de même de se faire une identité, à savoir son chant quasi black, très criard, son côté mélancolique et son déferlement de mélodies.

Les morceaux contiennent toujours autant de soli, ces derniers faisant partie intégrante de la musique des Parisiens. Certains regrettaient cette profusion de mélodies sur « Order to Die », ils le regretteront sans doute encore une fois sur cet opus, mais elle fait souvent mouche sur « Hymn to Silent Soliders » ou « Burst of Hope » qui sonne limite arabisant dans le riffing.

En tout cas, le quintet ne se contente pas s’assembler technique, mélodie et brutalité, puisqu’il sait tout autant varier les rythmes et les ambiances. On peut avoir du rapide comme du mid tempo « War of the Undead », quelque chose de quasi pagan comme sur « Hold the Final Breath » où le growl s’invite, ou quelque chose de plus tranchant et agressif comme sur « The Rage to Live on » avec ses riffs dissonants. Sans oublier l’introduction mélancolique et symphonique à la Dawn Of Tears, « Back to Life », exécutée aux claviers, qui cette fois-ci, n’est pas un avant goût puisque ce type d’ambiance ne se retrouve nullement sur le reste de l’album.

La production semble moins puissante, moins aux petits oignons que l’EP précédent, mais il n’empêche que ce « Inner Supremacy », avec sa pochette qui ne peut qu’évoquer le Pain de Sucre de Rio, est un bon opus. Fallen Joy confirme sa capacité à captiver son auditeur sans en faire des tonnes et même si, de nouveau, c’est l’originalité qui pèche, on ne leur en voudra pas : vaut mieux cela que de la soupe technique sans fond et sans accroche. S’il continue sur cette lancée, le quintet pourrait faire partie des futures références françaises en death mélodique…

 

Dawn Of Tears : Act III: The Dying Eve

Ξ novembre 17th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Melodic Death Metal |

Dawn Of Tears : Act III: The Dying EveCette troisième sortie des Espagnols de Dawn Of Tears se sera faite attendre, et pour cause. Non seulement cela fait quatre ans qu’on n’avait pas eu de nouvelles mais en plus, ce « Act III : Dying Eve » est la suite logique des deux tueries que sont « Descent » (2007) et « Dark Chamber Litanies » (2009). Cette fois-ci, ils ont eu l’occasion de se dégoter un label (Inverse Records) et de s’extraire de leur statut de groupe autoproduit. Voyons voir ce que donne ce nouveau méfait, sorti fin septembre 2013.

Eh bien il semblerait que Dawn Of Tears soit toujours autant en forme. Le premier titre « A Cursed Heritage » est dans la digne continuité des efforts précédents, à savoir un death mélodique mélancolique et émotif, mené par une alternance de chants criards, presque black, et de chants growlés, de guitares énergiques et mélodiques, et de claviers aux touches symphoniques. Les Espagnols ouvrent l’album d’une main de maître avec un condensé de brutalité et de mélodie, tout en ponctuant leur titre de moments plus calmes et de soli plaintifs, comme à leur habitude. Cela n’annonce que du bon.

Et ce n’est pas trompeur puisque « Present of Guilt » enchaîne avec un jeu de guitare proche d’un « Lost Verses ». Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que les Espagnols accentuent l’aspect émotif et mélancolique de leur compos. Les petites touches aux claviers ainsi que le chant féminin sont très touchants et apportent une autre dimension. Sans parler du soli, assez tortueux, dans l’esprit du groupe.

Je parlais précédemment de l’aspect symphonique, mais il n’est pas extrêmement mis en avant. Il sert plus de fond et Dawn Of Tears ne mise absolument pas dessus puisque ce sont vraiment les guitares qui ont le premier rôle. Cependant les claviers permettent de renforcer l’atmosphère mélancolique, déjà bien présente dans les riffs et les soli, et le sympho permet justement de guider les musiciens qui peuvent même s’orienter vers quelque chose de très proche du néo-classique comme sur « Lament of Madeleine », « The Dark Secret » ou « Prize Denied ».

La tension ne descend pas sur le reste de l’opus puisque le groupe renforce toujours plus l’aspect mélancolique de ses compos en ajoutant du piano ou une pointe de chant féminin. Parfois on croirait entendre du melo death/gothic. Cela se confirme sur « Angel Gone », le paroxysme, en contradiction avec un « 7th Seal » plus costaud, plus sombre et tranchant.

Pas de doutes à avoir, ce nouveau Dawn Of Tears est très bon et même si on ne retrouve pas tant de nouveautés que ça, le groupe n’a pas perdu son énergie, ni son amour pour la mélancolie, en gros, il a conservé son identité, ce qui n’est pas plus mal, quand on voit tous ces combos qui se laissent facilement influencer d’albums en albums…Si vous êtes en panne de bon death mélodique, vous pouvez tester ce « Act III : The Dying Eve » sans problèmes.

 

Reptilian Death : The Dawn of Consummation and Emergence

Ξ novembre 15th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Death Metal |

Reptilian Death : The Dawn of Consummation and EmergenceReptilian Death, c’est tout d’abord le projet annexe de deux membres de Demonic Resurrection, à savoir le chanteur/guitariste Demonstealer et le bassiste Husain, un projet qui a été mis sur pied en 2001. C’est aussi une des formations indiennes phares en matière de Death Metal. La scène n’est pas très dynamique mais compte sur une poignée de groupes pour faire bouger le tout. Reptilian Death a déjà fait ses preuves avec la sortie d’un album, d’un EP et d’un split avec quelques combos désormais silencieux (Warface, Narsil) et avec le nouveau rejeton Exhumation qui a depuis sorti son premier album. 2013 marque l’arrivée du second opus sobrement appelé « The Dawn of Consummation and Emergence ».

Dès le début de l’opus, on ne sait pas vraiment où se dirige Reptilian Death. Même s’il officie dans un death metal à tendances brutales déjà vu (entendu), on ne sait pas vraiment s’il a décidé d’opter pour la brutalité, la technique ou la mélodie. En cela, on sent que l’ensemble de l’album manque de cohérence puisque les musiciens n’ont pas de réelle ligne directrice. Cela se sent sur « Incohate » ou « Stimulate Hike Impel Tear » qui sont brutaux mais qui finissent par manquer de fond avec l’ajout de mélodies impromptues.

A côté de ça, on a quand même des titres pas trop mal fichus comme « Emerge, Hatred, Emerge » ou « Unnervingly Perverted At The Altar » où Demonstealer a l’air bien hargneux sur sa guitare et dans ses vocaux. Mais il est clair que les titres ont vite tendance à s’essouffler sur la longueur, voire à tous se ressembler. Pire encore, on a un peu l’impression de se retrouver avec du Demonic Resurrection en plus brutal, sans les claviers, évidemment. La suite de l’album sonne très banale, ce qui ne permet pas de tenir le coup : on s’ennuie très vite. La faute sans doute à un manque de personnalité.

On ne pourra pas dire, donc, que l’inspiration est au rendez-vous pour la bande à Demonstealer et les influences Nile, Hate Eternal ou Cryptopsy n’apporteront ici aucun bénéfice. La pochette étrange avec ce lézard mi-Alien mi-Predator inapproprié met d’ailleurs sur la voie sans même qu’on ait besoin d’écouter l’opus. Dommage en tout cas car ce n’est pas avec cet album que le combo indien pourra attirer l’oreille du deahtster averti…

 

Calling Of Lorme : Pygmalion

Ξ novembre 13th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Cyber Metal |

Calling Of Lorme : PygmalionOn avait découvert les Marseillais de Calling Of Lorme avec leur premier EP « Corporation » en 2011 dans lequel ils livraient un metal industriel assez classique mais plutôt encourageant. En effet, il y avait un fort potentiel et un concept très recherché, ce qui ne présageaient que du bon pour la suite. Et la suite, la voilà, « Pygmalion » sort en ce mois de novembre et montre un groupe survolté et prêt à nous en mettre plein les oreilles…et plein les yeux. Les Frenchies se sont payés le mixage et le mastering de Fredrik Nordström aux Studios Fredman, une production digne de ce nom et un visuel extrêmement développé et minutieux : « La liberté guidant le peuple » de Delacroix se transforme un peu en « La Lorme Corporation guidant le peuple robotisé ». L’ensemble est en effet très futuriste, mécanique et sombre, offrant à l’auditeur une pochette extrêmement soignée, dépassant de loin la simplicité de l’image de l’EP « Corporation ».

Calling Of Lorme nous propose un album reprenant les événements qui suivent une certaine révolution. La Lorme Corporation semble désormais avoir pris le pouvoir, elle a même mis en place sa « proclamation des préceptes indéfectibles de la Pupille », une sorte d’équivalent plus « illuminé » de notre Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen que l’on peut retrouver en guise de back cover. Les onze morceaux de l’opus correspondent aux onze articles, les anges semblent plus mécaniques que divins, d’autant plus qu’ils sont reliés de part et d’autres à d’innombrables câbles électriques…

Les Marseillais n’auront jamais été aussi inspirés en termes de visuel et on peut dire sans hésitation que c’est très réussi. Ils mélangent habilement des éléments traditionnels/historiques avec des éléments futuristes. Il en va de même avec la musique. Nous nous retrouvons autant avec un metal industriel traditionnel qu’avec un metal industriel ultra futuriste et pessimiste dans la veine du cyber metal. Calling Of Lorme joue donc avec deux facettes de sa personnalité.

Mais l’on remarquera que la facette « traditionnelle » n’est pas forcément celle qui leur va le mieux. En effet, dès le début de l’album, on voit illico dans quoi ils puisent leurs inspirations : si l’intro nerveuse à la batterie de « Layman » rappelle celle de « Captain Bligh » de Filter, la suite nous fait plus penser à du Deathstars de par la rythmique énergique, les chœurs et le chant, très proche de Whiplasher. « Lore » nous prouve que Rammstein fait partie des formations très chères dans le cœur de Calling Of Lorme, car ce morceau possède des passages qui sont véritablement dans l’esprit des Allemands, que ce soit dans le chant, les sonorités mais aussi les riffs et pour cause : le pré-refrain semble presque être un copier-coller du pré-refrain de « Meine Teil ». Et je ne parle pas d’ « Away the Grim Stars » qui évoque sans peine « Du Riechst So Gut ».

A côté de ça, au contraire, Calling Of Lorme nous gratifie d’éléments nouveaux dans sa musique comme le côté épique et plus torturé. C’est le cas sur « Child in Ebony », avec ses riffs plus insistants, ou « Dust », plus saccadé, avec des touches plus mécaniques. La seconde partie de l’opus semble d’ailleurs plus intéressante de ce côté-là, rien que « 1720 » et sa force noire surprenante ou « Hindsight » et son dialogue original entre trois personnes (un homme, un robot, une femme) accompagné de riffs bien tranchants et de quelques touches arabisantes.

Il est clair que Calling Of Lorme n’en est plus aux balbutiements de « Corporation » puisque son album est plus puissant, plus pro, plus travaillé et plus recherché. Mais il sera peut-être temps d’aller encore plus de l’avant et de s’extirper de ses influences pour voler de ses propres ailes. Quand on voit le travail accompli sur le visuel, sur les claviers mais aussi sur scène, on sait que les Marseillais ont de quoi aller encore plus loin et de quoi trouver un style qui leur est propre…

 

Idensity : Chronicles

Ξ novembre 8th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Death Metal, Symphonic |

Idensity : ChroniclesCertains se souviennent peut-être des Frenchies d’Idensity, groupe fondé en 2008, qui avait sorti en 2011 un premier album très convainquant et plus qu’encourageant pour la suite, de surcroît enregistré aux très renommés Hertz Studio (Vader, Decapitated et compagnie). Deux ans plus tard, le sextet est de retour avec « Chronicles »…et autant le dire tout de suite : le résultat est bluffant.

Idensity va au-delà des frontières qu’il s’était imposé avec le précédent opus « Serenity ». Ici, on passe à autre chose, on se dirige vers un death metal symphonique pur jus. Alors oui, ce style devient de plus en plus à la mode ces temps-ci, en particulier depuis les tueries de Septic Flesh et de Fleshgod Apocalypse. Il faut dire qu’il a encore de belles heures devant lui quand on voit la qualité et le professionnalisme qui découlent de ce « Chronicles ». Le son est énorme (le mixage est signé Dan Swanö…), les compositions sont aux petits oignons, les sonorités particulièrement bien choisies…et même si les influences Septic Flesh semblent évidentes (la pochette, tout d’abord, les riffs et l’ambiance du morceau « Sekhmet », ensuite) il faut dire qu’Idensity explore un bon paquet de recoins et ne se limite pas qu’à la « crème » du death sympho actuelle.

Le concept de l’album est très clair : « Chronicles » traite des croyances et des mythes sur les origines de la Fin de la vie. Il évoque dans les paroles et la musique les terribles chapitres des dogmes respectés par l’humanité ». L’auditeur va donc voyager de continents en continents, de mythes en mythes, de religions en religions. Il ne faut donc pas se limiter aux statues grecques présentes sur la pochette. Le premier titre éponyme nous met d’ailleurs la voie, avec son introduction très aguicheuse qui nous montre le côté « hollywoodien » des orchestrations d’Idensity. Tout a été pensé à la note prêt, les chœurs, les cordes et les cuivres sonnent plus vraies que nature, avant l’arrivée de la déflagration métallique, growl, blasts et gros riffs en tête. Pas de doute à avoir avec ce premier morceau, on a droit à quelque chose de massif et d’ultra puissant.

Dès qu’on rentre dans l’album, on en ressort plus. Les titres s’enchainent avec brio et on est engouffrés dans cette musique qui reste bel et bien du death metal bien lourd : il ne faut pas se méprendre. Les caractéristiques du style se mêlent à des orchestrations de haute voléeset à un fort côté épique. L’avantage aussi, c’est que le groupe est composé d’une violoniste, Mayline, qui manie bien son instrument. Les lignes sont superbes et même touchantes comme sur « Over the Abyss », qui nous propose aussi un peu de chant clair : le mélange nous ferait presque penser à du Aeternam.

On commence un petit tour du monde avec la puissante déesse de la mythologie égyptienne, « Sekhmet » avec un ensemble pas loin du dernier Septic Flesh. Tous les instruments se mêlent avec cohérence dans ce morceau énergique et sans concessions. Le growl est incisif comme il faut, aidé de ces riffs rageurs et d’une batterie qui, même si elle est triggée, apporte pas mal de punch.

Il y en a pour tous les goûts dans cet opus qui se veut complet et qui explore tout un tas de contrées. Les amateurs de metal asiatique trouveront leur bonheur avec « Mofa » dans lequel les chants gutturaux de moines tibétains se mélangent à des instruments traditionnels asiatiques. C’est spirituel à souhait et très relaxant par ailleurs. Ceux qui préfèrent la Grèce antique seront ravis d’écouter « Antikhristos » avec son extraordinaire violon et sa force de composition.

Ceux qui ont un gros faible pour l’oriental vibreront sur « Mahdi’s Arrival » (Mahdi, celui qui montre le chemin, en arabe) qui d’entrée de jeu nous transporte dans les sables de l’orient, sitar, violons, percussions, mandolines, chœurs traditionnels…que demander de plus ? Un beau mix entre Orphaned Land, Arkan et la patte d’Idensity. Le résultat est tout simplement bluffant. Puis nous partons directement vers la mythologie mésopotamienne et les divinités annunaki, cette fois-ci c’est plus brute de décoffrage mais aussi plus impérial.

Chaque titre a sa personnalité, son petit truc, sa petite mélodie et son petit instrument. Le death symphonique n’aura jamais été aussi riche. De ce côté-là, la fin de l’album est totalement magistrale. Il suffit d’écouter « Mantra » qui nous transporte en Asie du côté de l’Hindouiste. Idensity se la joue brahmane, il vénère Shiva et Rudra avec un chant à la limite du possédé, les riffs sont bien trouvés et accrocheurs au possible, parfois brutaux, parfois mélodiques, violon et sitar ne font plus qu’un, le refrain nous mettrait presque en trance.

Et puis tiens, ça tombe bien, il y a la suite de Thor qui sort au cinéma, comme un fait exprès. « Loki » est donc parfait pour accompagner la chose. Vous l’aurez compris, ici on parle de mythologie nordique. Ce dieu rusé débarque et veut nous faire sa loi dans un morceau où Idensity se dépasse. Le growl et le chant clair sont immersifs, le metal bien puissant et les orchestrations n’auront jamais été aussi cinématographiques, hollywoodiennes, pas loin du « Death Cult Armaggeddon » de Dimmu Borgir avec la flamme death metal pour couronner le tout, ou, dans un style plus proche, du « From the Past » de Melted Space.

Que dire de plus…Idensity fait fort avec ce « Chronicles » qui est un terrifiant et redoutable boulet de canon de death symphonique. Les Frenchies livrent un album aussi brutal que mélodique, ambiancé et exotique. Une chose est sûre : on en prend plein les oreilles. Inutile donc, de dire qu’Idensity est à suivre de très près et qu’il ne faut pas rater cette sortie. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Send The Wood a eu le nez fin sur ce coup là : c’est un opus qui s’écoute sans fin…

 

Eternal Oath : Ghostlands

Ξ novembre 5th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Melodic Death Metal |

Eternal Oath : GhostlandsOn a peu ou pas entendu parler d’Eternal Oath. Et pourtant, il fait partie des formations suédoises de death mélodique nées au tout début des années 90 aux côtés d’In Flames, d’Amon Amarth ou d’A Canorous Quintet (désormais This Ending) pour ne citer qu’eux. Ils ont même eu le bassiste Ted Lundstrom (Amon Amarth) dans leurs rangs au tout début. Mais cela ne fait pas tout. Des éléments les ont ralentis, en particulier le manque de moyen et de diffusion, mais aussi l’anonymat des débuts, d’autant plus que le premier album est sorti en 1999, alors que leurs confrères avaient énormément de succès. Pourtant, Eternal Oath a eu l’occasion d’enregistrer ses productions aux Studios Fredman et de tourner avec la plupart des gros groupes suédois. Ce n’est pas non plus un groupe inconnu au bataillon puisqu’il a tout de même son public et un style tout particulier. Ses albums sont solides mais manquent de prétention, malgré le remarqué « Wither ». En dépit de ses progrès, le groupe décide de faire un break en 2006. Mais la créativité bouillonne encore. Un concert en 2011 lui montre qu’il a encore du potentiel, d’autant plus que l’accueil est excellent. La reformation est inévitable. Eternal Oath renait. Et de cette renaissance apparaît « Ghostlands ».

Les quatre membres fondateurs s’entourent d’un nouveau bassiste et d’un nouveau claviériste avant de reprendre là où ils s’étaient arrêtés. Ils engagent Jocke Skog (Clawfinger, Scarpoint, Meshuggah) pour la production de leur nouvel album et travaillent sur des compositions plus mélancoliques qu’à l’accoutumer. Cela fait mouche…Eternal Oath se différencie largement de ses confrères suédois. Ses morceaux sont plus « lents », plus sombres, plus émotifs et dramatiques. Plus symphoniques aussi. On pourrait très facilement les rapprocher d’Eternal Tears Of Sorrow ou de To Die For, bien qu’ils aient une identité bien à part, un côté plus mystique, légèrement moins romantique. « Into the Mist of Sorrow » nous met bien dans le bain. C’est une intro très douce mais aussi très triste, laissant place à un « Entangled in Time » plus dynamique. Le growl est rageur et les riffs bien entraînants, accompagnés de claviers symphoniques mélancoliques. Eternal Oath ne vise pas l’agressivité à tout prix, le tranchant renforce la mélancolie et la profondeur. Cela se sent sur « Tears of Faith » qui se tente de sonorités black. Mais le chant, quand il n’est pas growlé, peut être clair, créant une atmosphère gothique lorsqu’il se couple à une voix féminine. L’émotion est au rendez-vous lorsque les timbres se mêlent, lorsque les soli apparaissent et que les claviers délivrent des nappes brumeuses.

Le sympho n’est jamais trop pompeux et permet d’instaurer cette atmosphère dramatique. Une atmosphère qui peut parfois être pesante et profonde, comme sur le doomesque « Stolen Innocence », dans lequel les murmures nous donneraient presque des frissons. Le rythme est lent, les guitares harmonieuses, les claviers inquiétants et les accélérations particulièrement intenses. Au moins, Eternal Oath sait incorporer les moments forts sans en faire de trop et diversifie aisément son propos. Cela se voit de nouveau sur « Fields of Dreams » et « A Hymn for the Fallen » qui proposent des éléments plus modernes avec des touches électroniques. Mais ces dernières ne durent pas. Elles laissent vite place aux guitares et au mid tempo ainsi qu’à une ambiance romantique pas loin de To Die For : le chant clair et grave, mêlé au piano et au chant féminin, renforce cette impression.

C’est l’éponyme « Ghostlands » qui conclut l’œuvre avec une touche dépressive et épique à la fois, presque touchante. Eternal Oath n’aura pas fait les choses à moitié. L’album de son retour est très satisfaisant, gagnant en cohérence et en maturité. Le groupe repart donc sur de très bonnes bases.

 

Ex Machina : Autonomous Automation

Ξ octobre 29th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Cyber Metal |

Ex Machina : Autonomous AutomationCela fait trois ans qu’Ex Machina officie sur la scène cyber metal et il faut dire qu’il se fait légèrement timide depuis tout ce temps. Même si quatre albums sont sortis en 2012 (dont le très bon « Machinist »), le one man band ne bénéficie pas d’une très grande exposition, et c’est dommage au vu du talent du multi instrumentiste. Il a pourtant le mérite de proposer des opus plus innovants que ce qui a tendance à se faire en ce moment (comme, par exemple, les redondances de Tyrant Of Death). Malheureusement, il reste dans l’ombre de ceux qui ont les moyens et les capacités pour se mettre sur le devant de la scène.

Ex Machina pourrait être considéré comme un « sous-groupe » de cyber pour certains alors qu’il arrive néanmoins à mélanger des éléments qui donnent un rendu plutôt redoutable et efficace. Il emprunte le côté instrumental et technique de Kreepmaster, le côté bourrin et percutant de Tyrant Of Death (sans le côté djent néanmoins) et la lourdeur et la férocité du death metal. On ajoute à cela l’enrobage électronique, les bidouilles, l’atmosphère futuriste, sombre et pessimiste, et vous avez le nouveau méfait d’Ex Machina, « Autonomous Automaton ».

L’album aurait pu sortir plus tôt, mais le jeune compositeur a du faire face à quelques contretemps. D’un côté, ce n’est pas plus mal puisque ce retard lui a permis de se focaliser davantage sur la qualité de ses compositions et de sa production. Le son en ressort donc meilleur, plus professionnel et plus carré que les opus précédents. Le jeu de guitare a gagné en maturité. Les titres nous proposent quelque chose de plus complet. Le musicien ne se contente pas de nous balancer des riffs et de changer de style de titres en titres, comme il l’avait fait sur « Machinist ». Ici, on a quelque chose de cohérent et on alterne passage tranchant, passage plus mélodique, passage plus technique, comme « The Cancer Host », qui commence de manière inquiétante avec des samples et quelques orchestrations.

Ex Machina nous offre des compositions plus sombres et plus torturées, guidées par une guitare efficace et des bidouilles électroniques bien futuristes. « Tetragrammaton » se la joue hypnotique avec une programmation de sons aux petits oignons et « Shinra Tensei » est l’archétype même de l’univers cyber punk que Ex Machina essaie de nous dépeindre. Les riffs death metal se mélangent avec des claviers plus aériens même si on retrouve bien le côté décadent et ultra futuriste propre au cyber.

Mais cela ne fait pas tout. Sur cet opus, il semble clair que le multi instrumentiste essaie de garder une ligne directrice principale. Il essaie de garder la même ambiance tout le long et de proposer un riffing, comme sus-cités, cohérent et un panel de sons en adéquation avec son identité. Toutefois, cela ne fonctionne pas toujours car on manque en diversité sur certains titres et la linéarité finit toujours par pointer le bout de son nez, comme sur « Nanomachines » où les touches industrielles sont clichesques et où les riffs rappellent les œuvres passées d’Ex Machina. Pareil pour « Wires & Flies » qui distille une atmosphère bien mécanique et robotique, mais qui finit par lasser. En fait, on connaît déjà la chanson et on en attend davantage d’un musicien aussi atypique qu’Ex Machina. Ce qu’il aurait fallu, peut-être, c’est du chant, histoire de renforcer l’ambiance et d’accentuer ce côté robotique.

Ce « Autonomous Automaton » ne sera pas aussi convaincant que « Machinist » ou « Hi-Tech / Low Life » mais a au moins le mérite de nous montrer un musicien qui a encore des idées et qui essaie de s’orienter vers un style en particulier. Peut-être devra-t-il songer à faire intervenir des membres de session histoire d’intégrer quelques influences nouvelles. Il ne faut pas tomber dans le piège de la composition facile et ne pas oublier que le cyber metalleux averti en attend toujours plus d’un style qui s’essouffle de plus en plus rapidement et qui ne tourne, il faut le dire, qu’autour de Sybreed

 

Filter : Title of Record

Ξ octobre 29th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Alternative |

Filter : Title of RecordAprès avoir quitté Trent Reznor et Nine Inch Nails pour créer son propre groupe sobrement baptisé Filter, Richard Patrick sort avec son ami Brian Liesegang le premier album en duo (et grand succès) « Short Bus » dans lequel les compères se partagent les tâches et utilisent une boîte à rythme. Ils officient dans un metal/rock industriel à la NIN mais en plus accessible et avec une personnalité toute particulière, le bourreau de travail qu’est Richard Patrick désirant monter son groupe le plus haut possible et loin de l’ombre de son ancienne formation. Autant dire que la pression est forte au sein de la formation américaine. D’autant plus que les années qui suivent la sortie de « Short Bus » sont compliquées et il est alors difficile de savoir si le premier succès commercial de Filter allait avoir un petit frère.

Les différentes propositions de tournées les obligent à engager de nouveaux membres, Geno Lenardo à la guitare, Frank Cavanagh à la basse et Mark Walker à la batterie alors qu’initialement, Richard Patrick et Brian Liesegang comptaient suivre ce qu’ils avaient entamé avec « Short Bus », c’est-à-dire travailler en duo et avec leur propre moyens. Et même si tous les membres réunis apparaissent sur le vidéo clip « Dose », même s’ils travaillent sur des soundtracks pour X-Files, Spawn ou encore The Crow : City of Angels, c’est la débandade. Liesegang a d’autres projets et se tourne petit à petit vers un style de rock à tendances électroniques à la Radiohead tandis que Patrick, lui, veut conserver le style très couillu et lourd de leur précédent effort. Ils ont beau collaborer avec le groupe The Crystal Method, cela ne fait qu’envenimer les relations, l’un montrant de plus en plus son amour pour l’électro et l’autre désirant le mettre hors-jeu. Avec les disputes et les clashs, cela mène inévitablement au départ de Liesegang et des autres membres (Lenardo, Cavanagh et Walker) dans la foulée.

Patrick, qui a montré son côté possessif et exclusif, subit alors une traversée du désert. Son groupe a explosé, il n’a pas de studio et n’est pas vraiment polyvalent et décide donc de se prendre en main. Il se met alors à composer tout seul, à maîtriser d’autres instruments, à écrire des paroles et à monter son home studio « Abyssinian Son » après quelques soucis de bail. Il rencontre ensuite le producteur et ingénieur du son qui l’épaule lors du processus de composition et d’enregistrement. Mais Patrick ne se sent pas la force de continuer seul, il lui faut des musiciens, et en particulier ceux qui ont participé à la tournée de « Short Bus ». Walker est indisponible, puisqu’il est en tournée avec The Smashing Pumpkins, idem pour Lenardo, qui a une famille et qui sent bien que ses attentes sont différentes de celles de Patrick, mais ce dernier finit par être conciliant et le fait revenir. Cavanagh est aussi de retour. Steven Gillis remplace alors Walker au poste de batteur.

La bande de nouveau formée travaille donc sur les ébauches de Patrick, ses bouts de morceaux et ses paroles, et bossent comme des fous en s’octroyant les services de quelques musiciens de sessions (guitare acoustique, programmation, trompette, violoncelle, percussions…) et du mixeur Ben Grosse.

« Title of Record » nait petit à petit entre 1998 et 1999 avec onze compos plus sombres et surtout basées sur les expériences passées de Patrick. On s’éloigne du côté industriel de « Short Bus » et on se dirige plus vers un metal influencé par différents courants musicaux, comme le hard rock, la musique acoustique ou même le rock progressif. Les années de battement entre le premier opus et celui-ci a permis à Patrick d’améliorer son jeu et aussi sa voix, il alterne plus facilement chant rageur (dans le genre, type en colère) et chant plus doux et ultra modulé. Cela se sent directement dans « Welcome to the Fold », un des titres phare, qui s’étend sur plus de sept minutes et alterne entre rage excessive à coups de gros riffs et mélodie metallique guidée par quelques percussions. Grosse réussite de Filter, qui arrive à tenir l’auditeur jusqu’au bout, même avec son break atmosphérique, et qui justifie à lui seul l’écoute de l’album.

Il n’y a aucune honte à dire que Filter enchaîne les hits sur ce « Title of Record ». On comprend alors pourquoi il a fini disque de platine. Sur « Captain Bligh », Patrick n’a jamais eu une voix aussi belle, modulant son timbre comme jamais à mesure que les riffs et les moments tranchants s’enchaînent. On dit que ce morceau a été écrit en rapport avec Trent Reznor et son comportement antisocial lorsque le leader de Filter était encore chez NIN. « The Best Things », lui, conserve une flamme industrielle (boîte à rythme, petites bidouilles) et se place sans hésiter parmi les meilleurs titres des Américains. C’est mélodique mais aussi agressif, et le tout bien dosé. Parfait.

On a quand même des titres plus doux mais qui valent malgré tout le détour, même la ballade acoustique « Take a Picture » qui finit par prendre de l’ampleur dans les dernières minutes. D’autant plus quand on connaît le contexte et le sujet de cette chanson : en effet, Patrick, autrefois bien atteint par l’alcool, raconte un de ses grands moments de solitude, en particulier lors d’un trajet en avion, lorsqu’il était ivre mort et qu’il s’était complètement déshabillé. Imaginez le tableau.

Autre morceau plus soft mais non moins dénué de personnalité, « Cancer », qui, guidé par la basse hypnotique de Cavanagh, nous propose de l’atmosphérique sombre et quelque peu malsain (les murmures et le chant aérien rendent le tout assez déstabilisant). Il faut dire que la fin de l’album y va plus fort dans les atmosphères comme pour « I’m Not the Only One » qui montre une basse en fil conducteur et des guitares chantantes avant la déflagration finale. « Miss Blue » s’influence plus de l’alternatif avec des passages en acoustique et un refrain qui rappellerait presque un « Sweet Emotions » d’Aerosmith.

Les galères qui ont précédé la sortie de ce « Title of Record » ont sans doute contribué à la personnalité de cet album dense, complet et efficace, qui a marqué une part de l’histoire du metal/rock américain. Sous-estimé dans beaucoup de pays, il n’empêche que cet opus marque une période houleuse dans la carrière de Filter tout en lui permettant de montrer une autre facette de sa musique. « Title of Record » est donc un album à ne pas manquer…une sorte d’ « essentiel ».

 

Rudra : RTA

Ξ octobre 21st, 2013 | → 0 Comments | ∇ Death Black |

Rudra : RTALes brahmanes adorateurs du dieu hindou de la destruction ne chôment pas et nous habituent, depuis au moins deux ou trois albums, à sortir un album tous les deux ans, ce qui nous empêche d’attendre des lustres avant de voir leur œuvre voir le jour. Il faut dire que les Singapouriens ont un public fidèle qu’ils n’ont pas déçu, et pour cause : leur death/back metal reste original puisqu’il met en valeur, dans les paroles et la musique, la culture locale mais aussi la mythologie hindouiste et védique, ce qui aura donné naissance au terme « vedic metal », référence ultime au metal de Rudra. En ce sens, l’œuvre la plus complète est la trilogie des « Brahmavidya » puisqu’on y retrouve tout tous les éléments qui font le charme et la réputation du groupe, le plus faible étant toutefois « Immortal I », sentant indéniablement le réchauffé.

Après vingt ans de carrière et sept albums studio, ils sont de retour avec un nouvel opus, « RTA ». Vu que la trilogie est terminée, Rudra se dirige vers autre chose, tout en gardant, évidemment, ses habitudes. « RTA » signifie « l’ordre dans l’univers », une sorte de rythme que l’on retrouve n’importe où, dans n’importe qui. Pour cela, le quatuor toujours mené par Kathir (chant/basse), opte pour une pochette plus sombre mais aussi plus sobre : pas de divinités, de statuettes ni de temples, un fond noir suffit. Il propose aussi des noms de titre plus courts, plus simples, plus communs. Ce côté minimaliste côtoie une musique qui semble cette fois-ci plus influencée par le prog. En effet, la durée des morceaux s’allonge considérablement : il faut compter 9-10 minutes, minimum.

Pour six titres (plus un caché, eh oui), autant dire que cela fait long. Et même si la musique de Rudra a toujours été comme un carrefour entre Est et Ouest, ce « RTA » semble complètement dénué d’âme, froid, vide d’idée. Le réchauffé est de nouveau à l’honneur avec cet album. Bien que « Death » commence bien avec sa guitare acoustique, sa mélodie mystique et ses flutes, les parties metalliques sont bien fades. On retrouve tout de même le style du groupe, avec ses guitares chantantes et le chant black de Kathir. Le solos sont mis en avant mais le titre a toujours la même structure et autant dire les quasi neuf minutes s’écoulent très longuement, d’autant plus que le rythme manque de dynamisme.

« Heartbreak » débute de la même manière mais nous offre des chants traditionnels avant de laisser place à la dualité des guitares. Mais une fois encore, la mayonnaise ne prend pas. Les moments calmes, avec des instruments traditionnels, sont très chouettes, mais il n’y a pas de déflagration, pas de moments intenses ni d’assemblage de riffs massifs et de rage. A trop vouloir faire dans le spiritisme et le védisme, Rudra s’embourbe pas mal, et en oublie sa force : des riffs féroces, un chant hargneux, pour un ensemble énergique.

Au final, il n’y a presque pas besoin de décrire les morceaux puisqu’ils sont (presque) tous formés de la même manière. Devinez donc l’introduction « Abduction » ou celle de « Resolve ». Allez, vous avez trouvé. La différence, c’est qu’ « Abduction » a quelques minutes plus costaudes, avec des blasts et un côté épique très prononcé, qui relève le niveau. Un côté épique qu’on retrouve aussi dans « Manipulation », la chanson phare de ce « RTA », beaucoup plu dynamique.

Ce « RTA » est très difficile à ingurgiter, en particulier pour les fans purs et durs du groupe et ceux qui voient dans les termes « death/black » et « epic » autre chose que du metal mou du genou et des structures dénuées d’inspiration. Le manque d’inspiration…il en est question dans cet album. Certains se plaignaient d’ « Immortal I » mais ce nouveau méfait montre les faiblesses de Rudra, un groupe qui semble de plus en plus avoir atteint les limites de son imagination et qui fait de son mieux pour se renouveler, avec, notamment, plus de prog, et moins d’instruments traditionnels. Quoi que, si vous en voulez un peu, la piste cachée peut vous dépayser et fonctionne très bien en ambiance. Il faut maintenant espérer que ces soucis ne soient pas irréversibles, auquel cas le metal asiatique perdrait une grande figure et un grand moteur…

 

Shadowcraft : Principles of Chaos

Ξ octobre 17th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Shadowcraft : Principles of ChaosCela fait plus de vingt ans maintenant que la scène black metal grecque s’est implantée avec Rotting Christ ou Necromantia en fers de lance. Une scène riche, avec ses diversités musicales, qui s’est étendue jusqu’au black symphonique avec Transcending Bizarre, par exemple, depuis le début des années 2000. Des formations ont tenté de suivre les traces de leurs ainés, sans grand succès. Pourtant, Shadowcraft, originaire de Thessaloniki, semble s’être fait un chemin dans le domaine qui lui correspond le mieux. Actif depuis 2005, créateur de plusieurs démos plutôt bien perçues, l’arrivée du claviériste Q_Snq quelques années plus tard lui a permis de s’affirmer et d’étendre son horizon musical vers un black symphonique plus original et avant-gardiste, en témoigne le nouvel album, « Principles of Chaos »…

La pochette cosmique et magique peut rappeler celles de « The Sad Realm of the Star » d’Odium ou d’ « In Abhorrence Dementia » de Limbonic Art. On y retrouve dans tous les cas un personnage qui semble avoir une forte attirance pour la beauté du cosmos. Shadowcraft se situe un peu de ce côté-là sans posséder la violence et le côté vindicatif de ses confrères norvégiens mais l’aspect spatial, épique et théâtral sont bien présents, sans oublier les influences Emperor (la base) et Dimmu Borgir (lorsque les orchestrations sont plus poussées). Ca a beau être grec, l’ambiance de ce « Principles of Chaos » est 100% norvégienne.

L’intro orchestrale dramatique semble longue et on peine du coup à démarrer l’album, mais lorsqu’arrive l’éponyme, tout va mieux. Les riffs black et épiques sont légions et les claviers distillent une atmosphère majestueuse. La symphonie est enveloppante et les sonorités sont variées, si bien que l’auditeur n’a aucun mal à rentrer dans le monde de Shadowcraft. La musique des Grecs peut sonner de façon féérique comme sur « The Light of Apollo » avec la flute et l’allée et venue des cordes. Les vocaux ont aussi une présence importante puisqu’ils ne sont pas linéaires et jouissent d’une variété non négligeable. En clair, on n’a pas que du chant black.

Il y a deux morceaux importants dans ce « Principles of Chaos » à savoir les deux parties « Burning Sun ». La première, « Ascending », est une pièce ambiante cosmique qui nous embarque très haut dans les cieux. On se retrouve tantôt avec un passage onirique, tantôt avec un passage inquiétant très proche du dark ambient. Puis « Bringer of Plagues and Suffering », la seconde partie, montre le côté plus noir de Shadowcraft qui accélère le rythme et le tranchant de ses riffs. Ces derniers ne sonnent pas assez malsain à cause d’une production un peu trop proprette, ce qui peine à immerger l’auditeur, qui ne retiendra que le côté grandiloquent des orchestrations.

On pourra toutefois se délecter d’un « Transcending into Infinite Aeons » varié et mélodique dans lequel le riffing nous guide, soutenu par les blasts et par des claviers inspirés, en témoignent ces petits sons et le clavecin. La majesté de Shadowcraft revient après deux titres basés sur le côté dérangeant des vocaux.

Les Grecs ne nous laissent pas sur notre faim avec ce « Principles of Chaos ». Ils nous livrent un bon album plutôt efficace et bien fichu, loin d’être linéaire puisque nous ne nous retrouvons pas avec la même ambiance du début à la fin. Seule l’originalité pêche un peu puisque l’ombre des Norvégiens plane sur l’ensemble des morceaux, cependant le groupe arrive à utiliser ses influences de façon intelligente…il serait dommage de ne pas en profiter.

 

S4D : S4D

Ξ octobre 16th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Cyber Metal |

S4D : S4DS4D, c’est la rencontre de deux artistes ayant un fort attrait pour le metal futuriste, à savoir Alex Rise de Tyrant Of Death et Jacek de Return To Base. Ces deux hommes sont des habitués des collaborations puisque le premier a déjà fait des titres avec le Tunisien Lucem Fero tandis que le second a officié très rapidement dans la petite formation déjantée Grobyc. Les voilà maintenant réunis afin de coupler leur particularité. D’une part, nous avons le cyber metal mécanique, polyrythmique et dissonant d’Alex, de l’autre, nous avons l’indus très rythmé et porté par les percussions de Jacek. Autant dire que le résultat final sonne de nouveau très cyber metal.

C’est « Futurewave Zero » qui ouvre les hostilités avec une voix de femme synthétique en intro et un ensemble musical très futuriste. Les guitares sont agressives, les claviers très mis en avant, avec des sonorités très électroniques, avant de laisser place à des beats prédominants. On sent irrémédiablement la patte de Jacek de ce côté-là, qui apporte du « drum’n'beat » dans le cyber très caractéristique d’Alex.

« Conquerors – Progenitors » fonctionne de la même manière mais avec plus d’originalité. Les sons sont plus fouillés et nous embarque davantage dans l’univers du duo. C’est efficace et très cybernétique, sans aucun doute. Mais nous nous demandons très rapidement qu’elles étaient vraiment les intentions des deux hommes. Les titres, au final, se construisent de la même manière (la différence réside dans la recherche de l’emploi des sons et des bidouilles). De plus, on n’arrive pas vraiment à sentir une différence. Est-ce du Tyrant Of Death avec la percu de la tête pensante de Return To Base ? Ou est-ce du Return To Base avec en guest le riffing bien connu du maître de Tyrant Of Death ? Difficile à dire en tout. La création d’un side-project – limite abandonné à l’heure actuelle – n’était donc pas utile. Un split ou une simple collaboration dans l’un des deux groupes aurait été plus judicieux.

En clair, on ne loupe pas grand-chose puisque ces quatre titres n’apportent rien de concret à la discographie des deux musiciens (il n’y a aucun sites précis référençant le projet si ce n’est quelques liens youtube et gotdjent.com) mais on peut toujours se passer les morceaux si on apprécie le travail de Tyrant Of Death à l’époque où Alex Rise était hyper actif, le morceau « Futurewave Zero » étant, il faut le dire, très bon et très proche de ce que le Canadien a l’habitude de nous concocter dans son projet principal…

 

Sphere (NOR) : Primordial

Ξ octobre 12th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Cyber Metal, Modern Metal |

Sphere (NOR) : PrimordialC’est peu après la sortie de son album « Instigator » que Black Comedy nous laissait avec une impression mitigée puisque son effort n’avait pas la force nécessaire pour nous embarquer dans le monde futuriste qu’il voulait nous offrir. Une déception pour certains qui voyaient en Black Comedy l’ersatz norvégien des Suisses de Sybreed, le tout gâché par des sonorités kitch et un manque d’immersion. Des années plus tard, la formation renaît de ses cendres sous l’impulsion des deux membres fondateurs, Marius Strand et Bjorn Dugstad Ronnow. Ils s’entourent de membres expérimentés et adeptes de metal moderne et se baptisent Sphere.

Après l’enregistrement aux Strand Studios et un mixage effectué par Marius Strand avec sa double casquette d’ingénieur (Susperia, Chrome Division, The Wretched End), l’album débarque cet automne. Sphere a bien l’intention de nous en faire voir de toutes les couleurs avec son nouveau méfait et nous faire oublier la déception d’ « Instigator ». Le groupe se dote d’un son dans la veine du metal moderne avec ses guitares à 8 cordes et sa basse à 6 cordes. La complexité et la technicité des riffs se font entendre d’entrée de jeu avec le titre éponyme, qui déboule à la manière d’un Tyrant Of Death, avec son introduction synthétique, robotique. Les accélérations sont les biens venus ainsi que le riffing syncopé et cette tonalité djent. L’enrobage électronique et les ambiances futuristes sont résolument cyber. On se retrouve en définitive avec un style de Cyber Metal qui est très en vogue ces temps-ci.

On ne sera alors pas étonnés de retrouver des morceaux dans la veine de ce qui se fait actuellement dans le genre. Le côté lourd et pointu de « Hardliner » peut faire penser à The Interbeing avec ces riffs insistants, l’alternance mélancolique de cris et de chant clair, sans oublier des moments plus atmosphériques et plein d’émotions. Les parties vocales claires ou rageuses (sans être criées ou growlées) rappellent étrangement la voix de Ben (Sybreed) et le rapprochement n’est pas anodin puisque Sphere, en effet, peut s’apparenter à une version plus djent et légèrement plus mélo death de Sybreed. « Shock and Awe » en est un bel exemple, avec sa force et ses bons blasts, sans oublier les claviers qui distillent quelque chose de très synthétique et futuriste, comme sur « Servitor ».

Comme beaucoup de ses confrères, Sphere mise beaucoup sur l’alternance chant crié (couplets)/chant clair(refrain). Mais il se démarque de certains par sa façon de jouer sur le côté pessimiste, mélancolique et arraché des parties claires, qui ne sont en aucun cas mielleuses ou trop gentillettes. On nous parle de tromperies et de désillusions sur « Vestiges » ou d’espace-temps sur le très électronique « Arbitrary ». Cependant, c’est justement ça la faiblesse de Sphere : ce chant clair trop poussé et parfois énervant comme sur un « Heretech » très penché vers les chœurs. La voix a l’air mal intégrée à cet ensemble post-apocalyptique.

Sphere conclut par un « Puncture » plus pessimiste qu’à l’accoutumer avec ses orchestrations sombres. Les Norvégiens n’hésitent pas à élargir le champ de leurs influences pour embarquer l’auditeur jusqu’au bout, et c’est très bien, puisqu’au moins, ils ont le mérite de ne pas toujours proposer la même chose. « Primordial » est donc un premier album réussi qui tient ses promesses et qui nous permet d’avoir un sentiment plutôt optimiste quant au futur du quintet.

 

Immergo : Sunken World

Ξ octobre 5th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Immergo : Sunken WorldLa mode est à l’océan dans le black symphonique actuel, en témoigne les péripéties maritimes de Stormlord, les histoires de pirates de Carach Angren, les voyages de colonisations d’A Land Beyond The Sea (dans un registre plus « mélodique » ceci dit) ou le ratage récent de Tond. Les Finlandais d’Immergo ne dérogent pas à la règle avec la sortie de leur premier album sous leur nouveau nom (le groupe étant né des cendres de Drowlich).

Il faut dire que le sextet s’en sort très bien avec ce « Sunken World » qui nous emmène dans les profondeurs d’un monde sous-marin. L’auditeur prend son souffle le temps de dix morceaux et s’engagent dans un black/death symphonique impérial et puissant qui fracasse bien comme il faut, comme si Immergo était le descendant d’une famille de grandes figures comme Vesania, Dimmu Borgir, Fleshgod Apocalypse ou Sycronomica dans une moindre mesure.

L’intro au piano et très porté sur les orchestrations nous laissent pantois et ne présage que du bon pour la suite. Au moins, on n’est pas trompé sur la marchandise puisque « The Earth Unseen » démarre avec une entrée en puissance dévoilant tout le potentiel d’Immergo. Les riffs black mélodiques sont accompagnés d’une rythmique efficace et véloce tandis que les orchestrations majestueuses nous embarquent volontiers dans l’univers du groupe. Les violons s’envolent, soutenus par un chant black tranchant, qui peut parfois virer vers le growl.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le groupe ne manque pas de force et frappe fort, très fort. « False Premise » insiste sur un jeu de guitare très mélodique qui pourrait éventuellement rappeler Kalmah tandis que les chœurs en fond ajoutent un côté mystique. Le piano est souvent présent aussi, à la manière de Sycronomica qui aime bien porter ses compos sur de solides arpèges. Idem sur « The Murderer from the Beginning » dont l’ambiance fantomatique rappellerait presque le dernier méfait des Finlandais de Serpenthia.

Ce qui est bien avec Immergo, c’est sa capacité de nous proposer un album varié, qui ne traîne pas en longueur. On a du lourd avec du bien costaud et destructeur mais aussi du fantomatique (comme sus-cité) mais aussi du théâtral/dramatique avec « Shapeshifter » qui alterne les rythmes ou « Figures of Deconstruction » avec ses différentes envolées et ses moments épiques. De ce côté-là, il n’y a rien à dire tant c’est bien composé, riche et fouillé. Le seul souci réside sans doute dans la trop grande prédominance de l’orchestration, qui parfois écrase tout de son poids. Il est clair qu’Immergo joue beaucoup là-dessus, et il faut faire attention à l’overdose.

Bien qu’encore jeune dans cet univers black symphonique, Immergo livre un très bon « Sunken World » qui ne présage que du bon pour l’avenir. Il est clair qu’avec un début aussi prometteur, et auto-produit de surcroît, les Finlandais ont toutes les chances de percer et d’attirer l’attention, en espérant qu’ils aient de quoi nous impressionner par la suite.

 

Tond : Key to the Watery Gates

Ξ octobre 5th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Tond : Key to the Watery GatesEn cette ère du numérique dans laquelle tout le monde peut enregistrer sa musique et la poster n’importe où et n’importe comment, on peut trouver des artistes tout à fait honorables avec un certain savoir-faire et un certain talent, mais aussi des artistes qui tentent de faire du metal comme ils peuvent, sans vraiment savoir s’ils ont les compétences nécessaires. C’est le cas de Tond, petit duo américain formé en juin dernier qui semble avoir l’ambition de faire des concepts albums et de raconter des histoires sur le long terme. Ce projet transpire d’optimisme car le résultat sur leur premier MCD “Key to the Watery Gates” est loin d’être admirable…

Les deux Américains se disent influencés par le black symphonique (Dimmu Borgir, Stormlord) et le black folklorique/viking (Bathory, Windir) pour ce qui est de l’ambiance ou des parties acoustiques. Il ne faut cependant pas espérer avoir un ensemble proche de ces formations là. « Voyage on the Wandering Star » est très pénible à écouter. Le chant clair est mauvais, ainsi que la production qui ne met en avant que les grésillements des instruments. La batterie est mal programmée puisque des plans sont vides et sans efficacité. Les parties acoustiques sonnent parfois fausses, il y a des soucis dans le son (par exemple, ça saute).

On ne s’étalera pas non plus sur un « The Wrecking of a Nobel Vessel » complètement dégueulasse et affligeant (batterie horrible, riffs souvent à côté, et j’en passe) ou un « Alone and Adrift » dont le seul atout réside dans la mélodie. Le bruit des vagues n’arrive même pas à nous emporter dans le concept marin de Tond.

En fait, rien est à sauver tant l’ensemble semble amateur. C’est comme si le duo avait superposé ses instruments sans vraiment penser au fond. L’ambiance est inexistante car les claviers ne relèvent rien si ce n’est quelque chose de très brouillon comme le début de « Far Beyond This Mortal Realm ». Je ne parlerais même pas des morceaux qui suivent à moins que vous soyez adeptes du viol auditif créé par une basse vrombissante et inaudible.

Rien à dire de plus concernant ce MCD raté qu’il faut éviter à tout prix, sauf si vous êtes du genre « amateur de souffrance » auquel cas vous serez ravis. Tond est loin de fournir un travail acceptable et ne fait pas partie des artistes en herbe au talent caché. S’il continue sur cette lancée, il lui sera très difficile de remonter le niveau…

 

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