Dream Theater : A Dramatic Turn of EventsLa vie d’un groupe n’est pas de tout repos. En effet, comme tant toute société pluri-individuelle, il est obligatoire de constamment respecter un certain nombre de règles pour que la coexistence entre les membres soit la plus pacifique possible. Parfois, l’ambiance est tellement ensoleillée qu’un line-up reste stable durant des années. A d’autres moments, les egos, ou les problèmes personnels, mettent à mal les efforts collectifs de bonne entente. Dans ce dernier cas de figure, une séparation temporaire ou une modification de configuration humaine d’une formation peut se révéler salvatrice.

Dream Theater a déjà une longue expérience. Et malgré les relations amicales qui Lient ses membres entre eux, de nombreux changements se sont avérés plutôt utiles à l’évolution du groupe. C’était le cas avec les départs de Kevin Moore et Derek Sherinian. Dream Theater a continué son petit bonhomme de chemin jusqu’à l’auto-éviction récente et surprenante d’un de ses fondateurs, j’ai nommé Mike Portnoy. Que s’est-il passé pour que celui qui, à l’évidence, était le cœur de la musique interprétée par le combo new-yorkais en arrive à être remercié par ses collègues ? Portnoy a toujours été un battant. Pourtant, il a dû faire face à de multiples difficultés, tant personnelles que professionnelles, qui l’ont forcé à annoncer, via un communiqué de presse, son désir de mettre Dream Theater en stand-by. Parmi ces raisons, nous pouvons citer, entre autres, la dégradation de ses relations avec les autres membres du groupe, ses problèmes de fatigue récurrente ou le fait qu’il prenne bien plus de plaisir à jouer avec ses autres projets (Transatlantic, Hail !, Avenged Sevenfold). L’état d’esprit dans lequel s’était embourbé le batteur allait, semblait-il alors, sonner le glas de Dream Theater.

Heureusement pour les fans, ce ne fût pas le cas. Car, même si Portnoy, détenteur légal du patronyme du groupe, ne souhaitait pas que ses ex-compères continuent sans lui en usant du nom Dream Theater, James, les deux John ainsi que Jordan ne l’entendaient pas de cette oreille et prirent la décision, certes la plus aisée, de le conserver. C’est à partir de ce divorce assez mouvementé que les quatre rescapés se sont mis à la recherche d’un nouveau frappeur de fûts pour remplacer Mike. Après avoir auditionné des musiciens aussi prestigieux les uns que les autres (citons par exemple Aquiles Priester, Virgil Donati ou Derek Roddy), l’identité du lauréat est enfin annoncé dans le dernier épisode de la mini-série ‘The Spirit Carries On’, filmé pendant les auditions, en date du 29 avril 2011 : c’est Mike Mangini (Extreme, Annihilator, Steve Vaï) qui a l’extrême privilège et la lourde tâche de devenir le nouveau batteur de Dream Theater.

Dans la foulée, les américains enregistrent ‘A Dramatic Turn of Events‘, un album intéressant de par son éclectisme, se situant dans la parfaite continuité de ‘Systematic Chaos‘ et ‘Black Clouds & Silver Linings‘. Un poil plus sombre que ses prédécesseurs, ‘A Dramatic Turn of Events‘ fait la part belle aux ambiances et aux éléments plus rock qu’à l’accoutumée. De nombreuses parties, inhabituelles chez Dream Theater, tels que ce merveilleux break blues au sein de « Breaking All Illusions » (à 7′14) ou l’intro mystique tibétaine de « Bridges In The Sky », ponctuent cet album. Mais, c’est certainement le titre « Outcry » qui est vraiment sur surprenant : celui-ci démarre en douceur par une mélodie jouée aux claviers avec un son de vibraphone, puis continue par un riff en mid-tempo digne d’un Excellent Within Temptation, puis un pont constitué d’un sample électronique, proche de celui intégré au morceau « Cold Heritage » de Lacuna Coil, fait son apparition, avant de laisser place au métal progressif. D’autres innovations sont distillées avec parcimonie ça et là tout au long des 1h25 de musique présentes sur ce disque. Mais, je vous laisse le soin de les découvrir par vous-mêmes, comme des grands.

A part ces évolutions, l’on retrouve les éléments caractéristiques du métal de Dream Theater : rythmiques impaires, morceaux en tiroirs (« On The Back Of Angels », « Breaking All Illusions »), surexposition de claviers, mélodies barrées, section rythmique mise en avant, soli de fous, balades empLies de tristesse (« This Is The Life », « Far From Heaven », « Beneath The Surface »), refrains plaisants et dantesques (« Lost Not Forgotten », « Build Me Up, Break Me Down »). Toutefois, les deux plus grandes baffes de ‘A Dramatic Turn of Events ‘ se révèlent être « Bridges In The Sky » et « Outcry ».

Malgré les événements récents relatés au début de cette chronique, cette nouvelle pièce maîtresse de Dream Theater est tout bonnement magistrale. Elle tient largement la comparaison avec ‘Images and Words‘, ‘Train of Thoughts’ ou ‘Black Clouds & Silver Linings‘ en termes de qualité de composition, de production et d’interprétation. Cela est dû principalement au fait que tout le groupe, hormis Mike Mangini, s’est attelé au travail d’écriture. Ce dernier se débrouiller très bien derrière les fûts. L’union fait la force, comme le dit l’adage. Cela s’est vérifié ici. Par ailleurs, le départ de Portnoy a permis un relâchement des tensions internes. Enfin, le son puissant et le mixage sont dû au duo John Petrucci / Andy Wallace. Ce qui se traduit par un enregistrement brut de décoffrage, avec une basse et une batterie que l’on arrive à entendre un peu plus. Le ton général est, donc, plus direct, plus ténébreux. Ce léger revirement de cap redonne plus de dynamisme à l’ensemble, ce qui, vu la complexité de la musique de la formation, n’est pas un mal, loin de là. Il lui donne plus de fraîcheur et nous permet, enfin, d’apprécier le talent de Dream Theater à sa juste valeur au travers d’un métal plus aéré et moins brouillon.

Les compos devraient très bien passer le test de la scène. Nul doute que les gens devraient reprendre d’une seule voix les refrains et passer un Excellent moment de communion avec James Labrie et ses collègues.

Tout comme Stratovarius il y a trois ans, Dream Theater est arrivé à survivre après le départ soudain et douloureux d’un membre fondateur et à créer puis enregistrer l’un de ses albums les plus versatiles et réussis. Il a réussi à me surprendre de bout en bout et, bien que les ¾ des chansons de ce nouvel opus dépassent les 6 minutes, à aucun moment je n’ai eu envie d’éteindre ma platine pour reposer mes oreilles et ma cervelle. C’est un très grand progrès. Finalement, je dois avouer que ce ‘A Dramatic Turn of Events‘ est un très beau cadeau en ce début d’automne, qui devrait plaire tout autant aux proggeux qu’aux autres métalleux, grâce à sa variété, sa subtilité et sa tendance à naviguer entre les genres. Le meilleur album du début du second semestre 2011, tout simplement !



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