décembre 18th, 2011

Moby est un petit phénomène, le musicien ayant révolutionné avec les Massive Attack ou autres Depeche Mode la musique électronique. Le palmarès principal de Moby fut des premières parties de Björk (entres autres), des albums plus ou moins réussis et lorsque l’arrière-petit-neveu d’Herman Melville (auteur du fameux « Moby Dick » d’où le surnom du DJ américain) sorti « Play » en 1999, il ne pouvait raisonnablement pas imaginer un seul instant l’explosion qu’il allait engendrer.

Classer Moby comme de l’électro-rock est une grosse simplification, mais elle se justifie dans le fait que Moby utilise énormément de sample tout en s’inspirant de cette musique qui a permis de construire le rock tel qu’on le connaît. Beaucoup de blues, un soupçon de gospel, une trace de jazz et tout cela teinté d’une grosse touche ambiante.

« Play » n’est pas un album qui se laisse dompter facilement, il faut le cuisiner, le laisser frémir, le goûter, le remettre en cuisson, le regoûter, il faut parvenir à en séparer les saveurs, ne pas hésiter à le laisser pour y revenir plus tard. C’est un disque très difficile d’accès, car, outre contenant un nombre assez important de titre (dix-huit tout de même), le nombre incalculable d’ambiances en ressortant en fait un disque technique (dans un sens).

Alors oui, les samples sont omniprésents ici, on reconnaît volontiers que Moby chante excessivement peu, laissant la voix à des chanteurs(ses) plus ou moins présent au travers de sa mécanique d’ambiance. « Play » est surtout une volonté marquée de rendre un hommage à toutes les musiques qui ont fait que Moby est devenu Moby. Il puise là sa force, tout mélanger et mixer pour faire des titres intemporels, que l’on entend encore tous les jours.

Certains morceaux peuvent être « facilement » classés dans un style en particulier. « Find My Baby », basé sur une voix répétitive voit les instruments venir peu à peu, la basse en premier plan, quelques cordes ensuite, un joli petit riff de guitare et des chœurs magnifiques prouvent que l’on n’a pas besoin de textes grandiloquents pour faire un bon titre et la magnifique « Natural Blues », la voix grave, l’ambiance distillée par ce long titre suffit à vous faire voyager sur des contrées lointaines. Deux chansons purement blues, mais très différente. « Bodyrock » touche ce qui ressemble déjà à une fusion entre un chant très typé rap et des riffs de guitares extrêmement entrainant, le tout à écouter avec les bass poussés au maximum. « Honey » et « Why Does my Heart Feels so Bad » se rapprochent bien plus d’un gospel tant l’ambiance semble spirituelle sur le second et totalement mouvante et presque dansante sur le premier. « Machete » touche à l’électro pur et dur (enfin dur…) et reste peut-être l’un des titres les moins indispensables. « Run On » semble tout droit sortis d’une de ces vieilles comédies musicales complètement jazz tel que seuls Broadway peut fournir. Vos doigts claqueront tout seul au rythme de cette mélodie frénétique.

D’autres titres sont déjà plus durs à classer, comme « If Things Were Perfect » (basse rapide et répétitive, voix lancinante et grave, quelques frottements d’une main sur un CD, une autre voix semblable à un écho… Déroutant). Certains titres ne sont là que pour entrainer une sorte d’atmosphère spatiale comme « The Sky is Broken », une batterie, un ”ding” et une voix grave, qui semble résonner. « 7 » forme une sorte d’interlude, totalement dispensable car elle n’apporte vraiment pas grand-chose à l’album. « Down Slow », très lente et répétitive atmosphère a l’horreur de servir de musique d’attentes lors des délibérations des nominations lors des superbes (erk…) télé-réalité TF1.

Mais que fais-je ? Non, je ne peux pas oublier « Porcelain », sans doute l’une des plus belles ballades que la terre rock a pu enfanter… Est-ce possible de faire chanson aussi prenante, aussi délicate, aussi planante aujourd’hui ? Comment rester de marbre devant ce piano émouvant, cette voix entre l’étouffement et la tristesse… Comment oublier « Everloving » qui laisse place à une splendide guitare acoustique, un piano si élégant et une batterie dans un tempo parfait ? Le coup de cœur, encore aujourd’hui. Comment ne pas relever « Guitar Flute & String » et son influence classique ouvertement mise en avant ? Comment mettre de côté le sublime conclusion qu’est « My Weakness »…

« Play » nous transportes dans toutes les émotions… A son écoute, on est émerveillé, on est emporté… Rêver est encore permis, que diable ! Et ce disque nous en donne les moyens… « Play » est un (si ce n’est Le) disque majeur de la discographie du DJ américain. Autant de variété, d’émotions et recherche ne suffiront malheureusement pas à laisser l’artiste perdurer dans cette voie. Si ses futurs albums seront tout de même réussis, aucun ne dépassera « Play ». Un disque intemporel comme dit plus haut, un disque que, 11 ans après sa sortie, on a toujours un plaisir de gosse à ressortir.

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