janvier 17th, 2012

Cynic, ou la culture de l’attente, le désir de se faire désirer. Derrière ces cinq lettres se cache un véritable univers majestueux créé de toutes pièces par des musiciens de génie. Alors que le groupe s’était lancé à corps perdus dans un Death/Thrash à ses débuts et avait ainsi réussi à se mettre dans la « poche » des pointures comme Atheist et avait fait les premières parties de Cannibal Corpse, Cynic a ensuite poursuivi dans une voie plus progressive, mais toujours teinté d’un Death vigoureux. Ainsi naquit le très efficace « Focus ». Mais des divergences musicales ont eu raison de ce groupe en 1994, provoquant le split de Cynic première génération.

Cynic deuxième génération débarque en 2008 avec « Traced in Air ». Et il est évident que rien ne sera comme avant. Moins Death, plus Metal, plus Progressif, plus Expérimental, « Traced in Air » laisse davantage de place au chant clair et à une brutalité moins présente. Et puis le groupe continue son évolution et c’est ainsi que se place « Carbon-Based Anatomy », réunissant à nouveau le trio Masvidal, Reinert et Malone, réunis pour la première fois depuis « Focus ». Cela tournerait donc vers un possible retour aux sources ?

Fan du Cynic de la première heure, vous serez déçus. On peut même dire que le Cynic de « Traced in Air » a subi un important lifting. « Carbon-Based Anatomy » se tourne ainsi beaucoup plus vers une musique ambiante, atmosphérique, quittant définitivement le Death d’antan. Exit également le fameux vocodeur de Paul, qui laisse ainsi librement aller son timbre de voix totalement magnifique.

Une chose est certaine chez Cynic : on privilégie la qualité et non la quantité. Pour un groupe de Progressif, « Focus » et « Traced in Air » sont quand même peu longs (on tourne autour de 35-40 minutes). Mais pourquoi faire plus si c’est pour risquer des moments longs et sans grand intérêt ? Cynic va droit au but et on les aime ainsi ! Ainsi, « Carbon-Based Anatomy » tapera dans la vingtaine de minutes, avec trois chansons et une intro, un interlude et un outro. Un encas de luxe, en quelque sorte.

Que ça soit l’introduction, l’interlude ou l’outro, les trois se ressemblent plus ou moins. « Amidst the Coals » ouvre donc le bal d’une manière angélique, où cette voix féminine accompagnera d’une façon autant relaxante qu’angoissante un air de ruisseau s’écoulant paisiblement, orientation orientale/tribale et la voix mélodique d’Amy Correia, « Bija ! », l’interlude se fera au djembé et au piano, sur fond d’incantations mystique et « Hieroglyph » reste dans la droite lignée du reste de cet EP, à savoir ambiante, mystique, lente et reposante.

Quant aux trois titres principaux, la ressemblance avec « Focus » est désormais révolue. On est désormais sortie des sentiers du Death Metal, et même le Metal tout court semble plus loin, sans pour autant être sorti de cet EP. L’entrée en matière est très réussie en laissant la batterie tout en retenue et en talent de Reinert pour introduire le morceau éponyme « Carbon-Based Anatomy ». Le chant sera ici parfait, totalement bien mis en avant avec divers effets (comme des voix superposées), alors que la guitare restera très en retrait jusqu’à son solo, tout cela formant une sorte de continuité de « Traced in Air ». Continuité qui suit ensuite un virage plus brusque avec « Box Up My Bones ». Ce titre joue d’une musique au premier plan afin de servir un chant discret, presque chuchoté avant de lancer un refrain influencé par des relents pops totalement bien construits et émouvants, le chant étant savamment dosé et accompagné de majestueux chœurs. Que ça soit la guitare ou la batterie, les deux se révéleront extrêmement techniques, Cynic oblige, disons-le. Le solo étant particulièrement touchant et rempli d’émotions. « Elves Beam Out » joue une carte expérimentale dans le jeu de Cynic et dévoile ainsi une facette encore méconnu du groupe, qui ne cesse ainsi d’évoluer avec talent. Une ligne mélodique bétonnée, un chant toujours juste et émouvant, une batterie dans la force et la maîtrise. Les nappes de claviers et les effets en tous genres prennent en particulier une importance de premier ordre, prenant le soin de distribuer des atmosphères spatiales et planantes.

Exit les growls furieux, exit les riffs agressifs et rapides, exit le Death Metal. Cynic joue une fois de plus la carte de l’expérimentation et réussi avec talent. Car la force principale de Cynic reste le fait que le groupe semble connaître ses « limites » à chaque composition. Riche, intense, touchant… Cynic troisième génération alors ?

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