juin 22nd, 2012

C’est une question à laquelle bien du monde a envie de répondre. Si aujourd’hui, des albums comme « The Bends » ou « OK Computer » (et même les suivants) ont permis à Radiohead d’asseoir sa domination sur la scène indépendante, leur premier album « Pablo Honey » aurait très bien pu empêcher le groupe de se développer davantage. Les années 80 et 90 ont vu la naissance de ce qu’on appelle couramment des « One Hit Wonder », à savoir des artistes qui, dans toute leur vie, seront toujours associés à un seul titre, qu’importe ce qu’ils auraient pu faire à côté. Dans les plus connues des « One Hit Wonder », on peut notamment noter des titres phares des années 80 comme « Born to Be Alive », un seul titre et Patrick Hernandez n’a besoin de rien d’autre pour vivre correctement sa vie. On pourrait encore nommer des dizaines d’autres, mais je crains fort que le propos soit hors-sujet.

Pour en revenir à Radiohead, lorsque ce groupe sort en 1993 son premier album, « Pablo Honey », il en ressort un titre, vous l’aurez probablement deviné, il s’agit de « Creep ». Si au départ, cette chanson est boudée par les radios anglaises, les Américains se font l’écho de ce titre. Alors que le monde est en pleine vague Grunge dû au succès de Nirvana, Pearl Jam ou Soundgarden entre autres, « Creep » anéanti tout sur son passage. Cette mélodie entre moments de calme et refrains plus lourds, cette voix dans laquelle on ressent une profonde tristesse et une émotion sans pareil accompagné de ses passages hauts perchés qui ont pu influencer le chant de Matthew Bellamy (Muse) plusieurs années plus tard lors d’un « Showbiz » acclamé. Le succès est tracé : seconde place au US modern rock chart et la septième place au UK singles chart.

Mais tout succès à son revers. « Creep » était l’ange gardien du groupe, il en deviendra très vite le fardeau. Radiohead va devoir traîner ce titre comme un boulet le long de cette année 1993, les gens ne venant à leurs concerts que pour ce titre et repartant ensuite. « Creep » « Creep » « Creep » ! Les gens n’avaient que ce titre à la bouche, les autres singles issus de ce premier album étant chacun plus ou moins des échecs. Avions-nous affaire à un nouveau titre unique d’un groupe ne signant qu’un seul succès avant de s’éteindre définitivement ? Heureusement, non. Le groupe va contrer avec la manière ce titre en signant en 1994 l’EP « My Iron Lung » (qui sera une chanson antithèse de « Creep »). Le groupe va évoluer, il est désormais clair que « Creep » sera oublié, tant pis pour les fans de la première heure. Et grand bien en a fait au groupe, qui signera plusieurs albums dans les années suivantes, jusqu’à atteindre l’apogée mondiale d’ « OK Computer » qui propulsera par la même occasion le groupe en pause par trop de pressions. Mais c’est une autre histoire.

Si le public l’a presque ignoré à ce moment-là, il est important de noter que « Pablo Honey » contient également onze autres chansons avec « Creep ». Sortis en pleine vague Grunge, certains titres se démarqueront par leurs caractères bien rentre-dedans comme « Anyone Can Play Guitar », jouant sur des guitares saturées et une basse extrêmement présente et précise. Le morceau a beau souffrir de quelques banalités, il en demeure tout de même très accrocheur. Le titre introducteur « You » bien Rock et rythmé comme il faut, excellemment bien accompagné par Thom York et son timbre mélodieux. « How Do You ? » : courte et entraînante. « Ripcord » insiste davantage sur le changement de rythme de l’ensemble, des guitares toujours saturées, mais manquant de pêches, trop mises en retrait et une batterie jouant habilement sur un chant à la limite de la pop.

La Pop, parlons-en ! Certains titres sont d’une facilité déconcertante, pas mauvais pour autant, mais pas suffisamment accrocheurs pour y repenser par la suite. On peut ainsi y nommer « Prove Yourself », court, efficace, entraînant, très facile, des choeurs peut-être un peu niais. « I Can’t », plus longue, mais basée globalement sur le même aspect que le titre précèdent tout en rajoutant un Thom York qui tente d’aller parfois un peu trop loin dans le chant émotionnel pour le rendre un peu poussif et ennuyant parfois. Le petit moment acoustique « Thinkin About You » n’apporte pas un énorme plus à cet album, bien que ce morceau soit agréable et délicat. « Vegetable », sympathique, mais anecdotique, restera dans la mouvance de cet album.

L’album contient également quelques titres plus longs comme la ballade « Stop Whispering » qui aurait davantage gagné à être raccourci tant ce morceau agréable se révèle rapidement lassant. C’est d’autant plus idiot que l’ensemble est véritablement prenant, les envolées vocales de Thom sont splendides, tout comme l’instrumentation globale, qui laisse la part belle à des riffs dissonants autant qu’à des passages très délicats. On ressent une certaine insouciance dans le jeu… Insouciance dans le chant sans pression de Thom sur « Lurgee » et sa magnifique guitare, très atmosphérique. Le morceau de conclusion, l’étrange « Blow Out », s’appréciera au gré de chacun. Calquée sur un modèle déjà fouillé dans l’album entre couplets très calmes et refrains un peu plus dans la saturation. Les envolées de Thom sont, certes agréables, mais relativement agaçantes.

« Pablo Honey » nous montre un groupe talentueux, bien que l’insouciance de leur jeunesse et un certain manque d’expériences se ressentent dans les compositions d’un disque qui ne se démarque pas vraiment de la scène Rock de ce début 90. Le premier album de Radiohead ne laisse ainsi aucunement présager la tornade que le groupe engendrera en plusieurs années au point de devenir l’un des groupes majeurs de la scène Rock britannique, inspirant derrière eux de nombreux autres groupes comme Muse, Travis, Coldplay ou encore Placebo, à des degrés différent. Un bon album à défaut d’en être un grand, pour un jeune groupe dont les membres ne pouvaient raisonnablement pas imaginer l’engouement qu’ils susciteront année après années.

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