août 25th, 2012

Le Spleen est un état d’esprit incroyable. Nous poussant à réfléchir sur nous-même dans les pires recoins sombres de notre Humanité, nous nous voyons sous un jour nouveau. Avachis sur notre propre dépression, on peine à porter un regard lumineux sur ce qui nous entoure. La voix trainante et décharnée, nous ne parlons que pour le minimum, que pour nous pousser à montrer encore plus ce sentiment de malaise intégral. La tristesse, les pleurs, la peine les inspirent. « Les », il s’agit du groupe de Post-Rock Britannique Blueneck.

Digne successeur de Mogwai quand ceux-ci se retireront (le plus tard possible, on l’espère), Blueneck dispose avec « Repetitions » de son troisième albums après les efforts produits par « Scars of the Midwest » (2006) et « The Fallen Host » (2009). Groupe extrêmement discret, relativement peu connus, Blueneck change sans véritablement changer, éloignant l’émotion électronique de son opus précédent pour davantage inclure de moments de tristesse au violon, au piano ou encore au violoncelle.

Blueneck privilégie en tout premier lieu l’émotion. Une émotion pure, calme… Un chant lancinant, plaintif, des phases vocales tout en murmure et en discrétion. Aucune surcharge de fausses émotions, tout semble brut, instantané… Duncan Attwood semble à fleur de peau, tout le long de « Repetitions ». Musicalement, le groupe alterne très souvent des phases alliant instruments à cordes et/ou piano en première moitié avant de laisser la seconde moitié du titre allier coups de cymbales féroces et guitares lentes et saturées.

L’émotivité du groupe trouve ses limites dans la durée même de l’album. Si le disque n’est pas excessivement long (environ cinquante minutes), son écoute en une traite relève d’une difficulté intense. Mais difficile de dire pourquoi… La lenteur intense de la musique, son état extrêmement mélancolique, ce mélange de tristesses souvent très intense… Un album noir, empreint de peine. Blueneck est un groupe extrêmement difficile à aimer, tout comme il s’agit aussi d’un groupe extrêmement difficile à détester. Au-delà même du style musical pratiqué par le groupe, son écoute se juxtaposera à l’état d’esprit de l’auditeur sur le moment.

Certains pourront comparer les Britanniques à Sigur Ròs. Il y a du vrai, il y a du faux. La bande à Jonsì possède un son qui lui est propre. Mais le chant très étiré et mélancolique de Duncan possède quelques similitudes, bien que sa voix aigüe reste tout de même moins profonde et plus « grave » que celle de l’Islandais.

Il est difficile de retirer un titre pour le décrire… On pourrait relever l’impeccable explosion qui clôture un « Pneumothorax » d’une intense beauté, la longue et pénétrante quasi-instrumentale « Sleeping Through a Storm » dont une guitare lente et grave dominera les débats tandis que quelques claviers apporteront quelques sonorités profondes et dépressives. Quasi-instrumentale, car des chœurs presque céleste s’élèveront de temps à autre… « Sawbones » joue également sur l’atmosphère dépressive violon et chant plaintif qui se relais par des bourdonnements de guitares saturées et de cymbales violentées … Batterie maltraitée à nouveau dans « The Last Refuge », dans son final grandiose… Une pression que l’on sent monter peu à peu au rythme d’une guitare de plus en plus présente, qui a cette envie de décoller mais qu’on laisse finalement à terre avant d’emporter l’auditeur dans un violent tourbillon d’émotions.

« Una Salus Victus » n’est qu’une marche de plus dans la noirceur de Blueneck. Un piano et le chant plaintif de Duncan, pas plus, si ce n’est quelques discrètes notes de guitares en guise de conclusion. La longue « Barriers Down » placera son atmosphère lentement. Toujours cette même base. Du piano, le chant émotionnel de Duncan… Tout s’étire en longueur, jouant avec notre ressenti, notre peine, pour l’amplifier davantage. La guitare, la batterie, la basse sont là, très discrètes, mais prenant de plus en plus d’espace jusqu’à révéler un final beau à s’en crever le cœur, la guitare en résonance, des cordes pour accentuer la tristesse. Seule « Venger », malgré son intense beauté et son instrumentation parfaite semblera trop peu inspiré… Mais rien qui ne pourra ternir cette œuvre musicale.

Une œuvre portée par « Ellipsis ». S’il n’y avait qu’un titre à retenir, ce serait celui-ci. Toute la tristesse du monde se matérialise dans ce titre, laissant chacun des instruments prendre une place prédominante, à commencer par le chant, d’une émotivité parfaite, à poursuivre par le piano, dont les touches résonneront comme les battements de votre cœur, comme la batterie dont les coups lents et puissants assommeront votre âme, s’ensuit un violon possédé et hypnotisant et une guitare se faisant mur sombre et intense.

La lente et l’étrange « Lopussa » clôturera cet album dans un sentiment flirtant entre la légèreté et les dernières larmes à verser. Le piano bercera la voix de Duncan, qui pour l’occasion sera plus entraînante, pas forcément plus joyeuse, mais plus dur, beaucoup moins dans les envolées que Duncan a parcourues durant tout le temps de cet album.

Éprouvant mentalement et sentimentalement noir, Blueneck réalise un album auquel finalement peu de gens accrocheront. Car cet album est long et sans doute trop répétitif pour beaucoup. Peut-être est-ce le spleen qui m’occulte l’esprit depuis quelque temps qui fait de ce disque une valeur refuge avec laquelle je me sens bien. L’état d’esprit et de toutes les manières le facteur principal lié à l’écoute du disque du groupe Anglais.

On aime. On n’aime pas. Qu’en sais-je….

Moi, je dis seulement « Merci ».

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