octobre 24th, 2013

Un arbre nu et noir, un fond blanc. Un artwork simple, mais qui colle parfaitement à l’image de Cold Lands. Un souffle froid venu de Grenoble, qui empile son premier album plus d’un an après un premier EP voguant entre les terres riches du progressif et celle plus désolée de l’atmosphérique. Pour ce premier effort, le quatuor grenoblois s’est offert les services de Francesco Alessi du studio Le Hangar 38, d’où sortes de plus en plus régulièrement de belles pièces musicales.

D’une durée moyenne de 5-6 minutes, Cold Lands réalise le beau tour de force de proposer une musique à la fois riche, mais également très simple d’aspect. L’écoute de cet album, qui dure tout de même une heure, se révèlera au final d’une magnifique simplicité non dénué de technicité. C’est donc après quelques changements de line-up que le groupe sort « Inside », dans la continuité de l’EP éponyme.

L’atmosphère est très froide, mais pas pesante. Dès « The King of the Broken Chair », nous ne sommes pas surpris par l’écoute. Des guitares à la fois lourdes et reposantes, une complémentarité basse-batterie qui se sublimera tout au long de l’album, un chant pouvant quelque peu rappeler celui de Vincent Cavanagh (Anathema) dans cette capacité de brusquer ou d’apaiser le rythme sans jamais forcer sur son chant pur.

Pour les auditeurs ayant pu écouter l’EP précédent, le groupe se fait un plaisir en réorchestrant les titres « The Thing » et « Jail ». La complainte du premier portera tristement l’ignorance du monde. Un chant à fleur de peau, un refrain mélodique entraînant… C’est touchant et au final très intime. Malheureusement, la petite tentative de chant plus violent sur la fin cassera la rythmique ambiante, de même que ces riffs lourds. « Jail » mène un rythme profondément Post-Rock, encore amener par un très beau chant remplis d’émotion, sublimé par de touchants chœurs féminins.

Il y a dans les morceaux de Cold Lands une véritable maîtrise de l’atmosphérique dans toutes les facettes. Néanmoins, et comme c’est beaucoup le cas aujourd’hui, le groupe n’évite pas les redites… De même que les structures des morceaux. Mais là où cela n’est que moyennement gênant, c’est par la technicité du groupe. Tout est maîtrisé à la perfection.

Cette manière d’envoyer des couplets très mélodiques et délicats, de nous pondre des refrains autant catchy que réussis par un rythme souvent entêtant… Ça peut sembler bizarre, surtout quand on parle de musique atmosphérique. Mais n’y voyait pas là un point négatif, peut-être seulement un point à améliorer. Car il y a des titres tout simplement parfait dans leur genre, comme « Inner World » sombrant dans une folie à l’approche de ces boucles de guitares, ou bien un « Avenged of the New World » à la rythmique simple et entraînante, autant rapide que puissante.

Il y a aussi des titres plus intimistes. Telle une musique toute en retenue, où chaque instant semble être la volonté d’extraire nos sentiments les plus enfouis. « When O Die » impose le visage plus doux du quatuor. Des chœurs somptueux, un beau violon (trop discret) et un chant remplis d’émotion. C’est cette émotion qu’il faudrait faire encore ressortir davantage ! Alexandre à parfois l’air de se retenir, de rester dans sa facilité… Pour le coup, la beauté peut laisser place à une sorte d’ennui, c’est franchement dommage. Un peu la même remarque pour « Cold Lands »-titre, belle dans sa simplicité et sa musique épurée, mais longue à se mettre en place…

Malheureusement, ce qui risque de nuire à la bonne écoute de l’EP se tient en deux points. Le premier, il ne vous aura pas échappé, c’est l’originalité de la chose. C’est du déjà-entendu beaucoup de fois et ça ne manquera pas de sentir la lassitude lors de l’écoute prolongée du disque. C’est classique. Très bien exécuté, mais classique. Les musiciens de Cold Lands sont des élèves appliqués et c’est globalement ce qui sauve ce disque : pour un premier essai, c’est plutôt très intéressant et ça laisse présager des idées des risques à prendre pour la suite.

Le deuxième défaut est un tout et il sera aussi apprécié à votre convenance. Je parle de la performance globale. Le chant est excellent, l’anglais se comprend facilement et l’articulation génialissime. Mais ça manque tout de même de variété, de folie, de culot (comme sur la tentative plus offensive de « Signs », trop timide) ! Surtout quand autant de thèmes sont abordés, l’album tournant régulièrement autour d’un cercle spirituel traitant de la solitude, de la mort… D’une épaisse fourchette de sentiment qui laisse finalement place à notre propre vision de ce que la musique nous inspirera. Musicalement, ça tient très bien la route, la batterie impose un rythme efficace, de même que la basse, présente quand il le faut. Les guitaristes sont appliqués, peut-être que les refrains et les parties plus puissantes manquent un peu de pêches (l’introduction de « One Day » est un peu trop plate), mais au fond, ça n’est pas non plus trop préjudiciable, le tout est rattrapé par de nombreux solos bien agencés et des rythmiques mélodiques prenantes. En résumé, ça suit beaucoup trop un schéma propre au style sans jamais trop oser s’en extirper.

Mais au final, les reproches adressés à ce très beau premier album ne peuvent masquer la beauté des compositions des Grenoblois. Dans une ambiance très communicative, en toute sincérité. Déjà bien taillé pour un premier album, Cold Lands ne peut que mûrir encore pour nous offrir un deuxième opus peut-être plus personnel, cette fois. D’éparses petites erreurs qui n’entretiennent que la sincérité du groupe. On attend la suite, messieurs.

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