octobre 28th, 2013

What Mad Universe : A Cosmic Chapter with GaiaLes âmes littéraires l’auront sans doute déjà remarqué. ” What Mad Universe ” est le nom de l’un des romans de science-fiction les plus marquants de la bibliographie de l’écrivain américain Fredric Brown. Ce livre raconte l’histoire de Keith Winston, journaliste propulsé dans un univers parallèle suite au crash d’une fusée sur sa personne, l’envoyant dans un monde fait de pin-ups courts vêtus et spationautes, d’Arcturien tout laid et d’autres curiosités du genre.

Peu de chose à voir avec l’univers déjanté et parodique de l’Américain, si ce n’est la passion commune pour la mythologie et l’astronomie, What Mad Universe est le nom d’un duo Albigeois, première signature du label français Apathia Records. Un duo à l’origine One-Man Band avec RK aux manettes des premières productions avant d’être rejoint par Pep, qui intégrera une véritable batterie aux spectres sonores du groupe.

Musicalement, What Mad Universe évolue dans un environnement oscillant entre lourds plans de Metal Atmosphérique aussi sombre qu’un trou noir et d’autres apposant l’aspect plus spatial et lunaire du Post-Rock en restant instrumental. De Rosetta à Mogwai ou encore de Pélican et d’Isis, nous sommes en terrains connus et surabondés d’ersatz et de jolies trouvailles en tous genres. Et dans quelle catégorie « A Cosmic Chapter with Gaia » peut-il prétendre prendre place ?

« From Alpha Ursae Minoris (part. 1) » appose une lente introduction, entre arpège délicat et synthé minimaliste dans une grande douceur avant d’embrayer directement sur « And the Sun’s Still Silent ». Complémentarité bien ficelée entre batterie en mid-tempo et des riffs écrasants, la tournure musicale reprendra les airs du titre précédent pour mieux acheminer le son vers des parties plus ambiantes et des transitions assez téléphonée vers un retour à la puissance. Seulement deux titres et ça manque déjà de folie.

L’album n’est pas tellement une suite des EPs précédents. S’il en reprend la plupart des bases, il reste néanmoins beaucoup plus direct, quitte à parfois se montrer un peu répétitif sur certaines structures. C’est notamment le cas sur les écrasements sonores d’ « Across the Monolith », opposant d’un côté une rythmique excessivement lourde et lente qui manque justement de puissance et de l’autre des accords plus ambiants mal accordé avec l’ambiance globale. Même remarque pour « Autumnal Forest on Mars », mélangeant sa relative répétitivité avec une construction beaucoup trop évidente dans l’univers de la Post-Musique. Alors certains diront sans doute que c’est un parti pris, et sur ce point-là, je suis d’accord. Cela contribue à donner cette sensation d’infinité spatiale, sauf que ces plans ont été beaucoup trop fait et sur-fait pour que ça en soit surprenant…

Ces énormes non-prises de risque surprennent désagréablement, surtout en sachant que le groupe tente de nombreuses tentatives d’instrumentation intéressante sur l’album. C’est le cas de l’excellente « Eris In the Sky », mélangeant le caractère très rugueux d’une guitare lourde et d’une batterie rapide avec les notes plus enivrantes et exotiques d’un banjo et le caractère très cosmique d’un orgue discret, mais suffisant. Orgue que l’on retrouve d’ailleurs sur le titre suivant, « Mu Area D ». Véritable brasseur d’image, la lenteur de la mise en place n’en est que bénéfique, le caractère presque progressif du morceau jouant particulièrement bien en sa faveur, de la même manière que cette ambiance bâtit idéalement le long voyage spirituel de « Cosmic Chapter », entre leads mélodiques, démarrage lent, oscillation entre moment mid-tempo et cassures en relents Doom ou même l’apparition de chœur très discrets, presque incantatoire. Une atmosphère effrayante sans être malsaine.

Pour une parfaite imagination de sons et d’ambiance, la longue pièce « Orion » apposera les ambiances nécessaires. Le classicisme de certains passages de guitare (que ça soit sur la douce introduction mélodique autant que les réguliers passages dans des atmosphères bien plus violentes) ne masquera pas les bonnes idées du groupe, n’apposant pas de moments trop longs pour faire dérouler son histoire. L’apparition de nouveaux chœurs mystiques et l’apposition de quelques hurlements haineux et hargneux en fin de piste illustreront à la perfection le concept suivi par le groupe : créer un ouragan nous happant dans notre torpeur la plus intense. On finira ce voyage spatial avec l’ambiance de « To Sigma Octantis (part. 2) », uniquement constitué d’un synthé aux sonorités apaisante et cosmique.

« A Cosmic Chapter with Gaia » est un album aussi simple d’accès qu’il est difficile à décrire. Si l’ensemble semble parfois manquer d’unité et souffre de riffs souvent trop classiques dans le milieu, il ne reste pas moins que What Mad Universe affiche déjà une solide personnalité sur la plupart des morceaux, mélangeant habilement sentiment de solitude et de mélancolie (tout comme l’immensité spatiale, au fond). Réclamant tranquillité, sous la chaleur des étoiles, il ne manque finalement pas grand-chose pour faire décoller le groupe encore plus haut. Peut-être encore plus d’émotions, par exemple. Mais la voie et déjà bien tracée et il ne reste qu’à confirmer.

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