By vinterdrom

The Priest is back ! Putain 19 ans! 19 putains d’années que Judas Priest n’avait pas joué sur le sol français (1991 pour la tournée de Painkiller, déjà avec Megadeth). Si Glen Tipton et ses amis nous ont fait patienter fort longtemps pour revenir dans notre pays, il ne fallait en revanche pas arriver en retard au Zénith ce Samedi 21 Mars 2009.
Début du concert prévu à 19h, à moins le quart j’arrive tranquille, longeant l’allée en observant les divers regroupements de metalleux discutant autour de packs de bières, et là j’entends que la musique est partie : merde vite ! Le temps de rejoindre l’entrée, la présentation du billet, la fouille (par des nanas pour une fois…), commander rapido quatre pintes pour ma sœur et moi et voilà, j’ai raté les premiers titres et The New Order. Pas si grave, au moins j’arrive à temps pour Souls of Black, et pour constater que Chuck “Joe l’Indien” Billy a toujours autant de coffre. Le son en revanche n’est pas au top et on a beaucoup de difficultés à entendre les guitares derrière la batterie à toc, heureusement cela ne tarde pas à s’arranger et la deuxième partie du set est déjà bien plus audible.
Testament à fait relativement simple : quelques titres récents au milieu de classiques et le tour est joué, notamment un Pratice What You Preach plus que convaincant. The Formation of Damnation du dernier album du même nom clôt le set honorablement et c’est déjà fini… Mouais, pas mal mais ça manquait un peu d’intensité par rapport au Hellfest, peut-être Testament a adapté son set au public moins furieux de l’affiche, il n’empêche, un bon petit Into the Pit n’aurait rien gâché.
Une nouvelle halte au stand houblon avec des collègues clermontois rencontrés sur place, on fait la réserve et cette fois on verra le show de Megadeth en entier. Sleepwalker constitue une mise en bouche tranquille pour la suite des évènements, en effet dès le second morceau, le rouquin et sa troupe (désolé j’ai pas suivi et je n’en connais plus un) balancent le très carton Take No Prisoners, montrant que le groupe n’a pas l’intention de faire dans la guimauve ce soir. Bien sûr, il y a l’inévitable A Tout le Monde sur lequel j’aurais sorti mon briquet si je fumais encore, mais pour le reste, à part deux titres à moitié en carton, les indispensables sont là, axés sur la période Rust In Peace / Countdown To Extinction : Peace Sells, Skin’o'My Teeth, Sweeting Bullets, Symphony of Destruction…
Hangar 18 et ses duels de guitares enflamment littéralement le Zénith qui commence enfin à bouger un peu (les mauvaises langues évoqueront la moyenne d’âge de l’assistance). Evidemment, aux premières notes de Holy War… The Punishment Due, retentit la clameur de la foule qui attendait ce titre final fermant traditionnellement le set des potes de Vic
Rattlehead. En tout cas, on m’avait souvent rapporté que la voix de Dave Mustaine était parfois limite en live, ce ne fut pas le cas ce soir, livrant une prestation irréprochable et très applaudi par le public aussi.
En bonne équipière, ma petite sœur est partie faire le plein de pintes juste avant la fin du dernier morceau pour éviter les embouteillages, bien lui en a pris : avant que Judas Priest n’investisse la scène, la bière pression est déjà épuisée… Qui est le gestionnaire des stocks que je lui mette une danse ? A cause de lui, on est obligé de se rabattre sur les Kro cannettes en ferraille.
Plus le temps de papoter devant des bières, l’intro Dawn of Creation retentit et je me hâte de regagner ma place, on tente bien avec 2-3 vieux metalheads de lancer un Priest ! Priest !… mais les jeunes autour de nous n’ont pas l’air de connaître les traditions ancestrales et ça tombe à l’eau. On notera déjà une sacrée mise en scène avec le dernier album Nostradamus en fond et une très haute estrade où siège le batteur Scott Travis et ou Rob Halford se cache sur la gauche dans une toge à paillettes qu’on ne peut pas rater : un Michel de Nostredame très disco somme toute… Lorsque Prophecy part, c’est tout le Zénith qui se déchaîne, enfin on ne verra quand même pas de mosh ni de circle pit. On se dit alors que Judas va bétonner sur son dernier opus mais il n’en sera rien, à part un balade dont j’ai oublié le nom en milieu de set (qui me permettra de faire un aller-retour pour ramener des munitions liquides), le reste n’est qu’un condensé des nombreux classiques qui jalonnent l’impressionnante carrière du Priest.
Breaking The Law bien sûr et son refrain repris par toute la salle, l’inévitable Electric Eye, Metal Gods, Devil’s Child ou encore le très vieux mais toujours imparable Sinner, sur lequel Glen Tipton s’en donnera à cœur joie en faisant durer éternellement le solo, usant et abusant de son vibrato. A noter : suivant les morceaux joués, le décor de fond change et s’adapte à l’époque de façon interactive, bonne idée.
Le titre que tout le monde attendait au tournant est bien sûr Painkiller, symbolisant à lui tout seul l’énergie et la puissance du Heavy Metal, la paire Tipton / Downing est toujours aussi impressionnante et en plus d’un jeu de scène flamboyant, balance les innombrables notes des soli comme sur album.
Et le Metal God, le chauve le plus célèbre derrière Barthez, Giscard et Kojak, il en est où vous allez me dire ? Et bien niveau charisme pas de problème, le bougre assure toujours autant et bénéficie d’une côte de popularité immense, se permettant de faire chanter le public pendant 5 bonnes minutes. Oui mais voilà, Rob Halford à 58 ans et des brouettes et ça commence à se voir, enfin plutôt ça commence à s’entendre : finies les envolées suraiguës et les cris de trois heures en fin de morceaux. Bien sûr le bonhomme à de la bouteille et sait comment limiter la casse en adaptant son chant, d’ailleurs il est évident que des titres comme Night Crawler, Eat Me Alive, Between the Hammer and the Anvil ou Hell Patrol sont là parce qu’ils comportent très peu de chant criard.
Et oui, la voix du Metal God n’est hélas pas éternelle et on se demande combien de temps Judas Priest pourra tourner avec un chanteur dans cet état. Cependant, le public qui n’est certainement pas dupe ne le soutient que davantage et les rappels débutent avec l’inévitable entrée en Harley du chanteur et Hell Bent For Leather. Après The Green Manalishi et You’ve Got Another Thing Comin´, c’est Living After Midnight qui clôt les hostilités avec un public reprenant le refrain 15 fois avant un I’m Gone final de Rob qui met un terme à la prestation.
Voilà, entre l’immense satisfaction d’avoir vu l’un des groupe les plus légendaires de l’histoire du Metal et du Rock en général, et la déception de constater que le meilleur est derrière eux et que Rob Halford ne retrouvera sans doute jamais sa vois d’antan, mon cœur balance.
Cela dit à part les difficultés récurrentes de Halford, le show est irréprochable, notamment un Scott Travis assurant comme une bête derrière les fûts, on va donc essayer de garder uniquement les côtés positifs de cette soirée : The Priest is Back and I was there !
Live report réalisé par BeerGrinder
By vinterdrom

Les fans de hardcore n’ont jamais été légion en France et très peu de metalleux connaissent vraiment les origines et la définition de ce style. Pour preuve, nous étions seulement deux au début de cette sélection, Barback et moi, le premier ayant du quitter les Trublions pour des problèmes de temps. Me voilà donc tout seul face à un style que j’affectionne énormément mais où les infos ne tombent pas du ciel et les renseignements doivent s’arracher. Je tiens tout de même à remercier Barback qui m’a aidé dans mon orientation, mes chroniques, le choix de certains albums et qui m’a fourni quelques infos. J’ai essayé de faire une sélection aussi diversifiée dans le temps à travers toutes les 80’s ainsi que musicalement.
Si le hardcore n’est pas très commercialisé en France, c’est avant tout car celui-ci à su dominer toute l’Amérique du Nord dans les années 80 en restant souterrain. L’Angleterre a également été touchée par ce “phénomène” notamment par les groupes de punk les plus furieux qui voulaient briser les limites de la vitesse et de la brutalité par des accords simples, lourds et répétitifs. D’autres ont misé sur l’intrusion de courants musicaux différents ou de “bizarreries” tout en restant dans un esprit très keupon. J’espère que vous prendrez plaisir à écouter les albums proposés autant que j’ai eu plaisir à faire certaines découvertes ainsi que la chronique de tous ces chefs d’œuvres.
By vinterdrom

THE EXPLOITED - Punks Not Dead (1981)
Lorsqu’on parle de punk/hardcore, le premier groupe qui vient à l’esprit de beaucoup est bien entendu la mythique bande de punks écossais des “Exploited”. Ce qui au fond est un peu normal car c’est surement l’un des premiers groupes dont toute la scène punk/hardcore est partie, petit retour en arrière…
1977, la mouvance punk apparue quelques années auparavant aux USA avec des groupes comme les Ramones, New York Dolls…voit son étendue s’agrandir tandis que les Sex Pistols font leur apparition afin de déferler sur toute l’Europe, le punk est à cette époque une mode internationale et révolutionnaire. 1979, le split-up de ce même groupe suiyte à la mort de Sid Vicious essouffle le punk qui ne sera plus une mode mais le véritable cri de guerre de la classe ouvrière révoltée par les abus et les injustices sociales du système. 1979 est aussi l’année de création du groupe The Exploited avec comme line-up Wattie Buchan au chant, Big John Duncan à la guitare, Garry McCormack à la basse et Dru Stix à la batterie, qui sortiront deux ans plus tard un album aussi culte que explicite du nom de “Punks Not Dead”.
A présent, passons au contenu plus musical de cette œuvre. Quelques accords simples et hargneux, une batterie rapide et un chant “braillé” avec un accent écossais qui rend le tout encore plus agressif, cette recette sera la marque de fabrique du punk/hardcore durant toutes les années 80 avec d’autres groupes aussi violents que English Dogs, GBH, Crass, Chaos UK, Disorder, Bad Brains… qui sortiront par la suite des albums aussi mythiques que ce “Punks Not Dead”. Les textes sont tout aussi révoltés que la musique avec notamment les expériences du chanteur Wattie Buchan lors de son séjour à l’armée pour servir sa “chère majesté” ou bien les profondes envies du groupe de renverser cette société affligeante et injuste.
The Exploited sortira l’année suivante l’album “Troops of Tomorrow” qui est aussi punk que celui qui nous intéresse aujourd’hui, mais en peut-être un peu moins rapide. Dans le milieu des années 80, la direction musicale frôlait le speed/thrash voire le grindcore pour être plutôt tachée “metal” dès le milieu des années 90. Il est d’ailleurs à noter que ce groupe n’est jamais resté très longtemps avec le même line-up et que seul le chanteur est encore membre originel, sont frère Willy, batteur du groupe de 1983 à 1987, occupe depuis 1996 ce poste de manière fixe.

AMEBIX - No Sanctuary (1983)
Froid, sombre, décalé, torturé, nihiliste… Tel est le style de Amebix influencé par des groupes comme Motörhead, Black Sabbath et Killing Joke avec la vision anarchiste du collectif Crass. Cette bande, formée en 1978 à Bristol en Angleterre, composée du leader Rob Miller à la basse et au chant ainsi que d’autres amis de lycée et de son frère qui seront souvent changés au niveau du line-up, ne parle pourtant pas à tout le monde. Malgré le coté discret de Amebix, celui-ci reste une valeur sûre de la musique “extrême et violente”, ayant influencé bon nombre de groupes à présent cultes comme Sepultura, Napalm Death, Neurosis ou par exemple Devianted Instinct qui ont tous rendu un jour ou l’autre hommage à Amebix, définisseur du style crust.
A présent, pour le coté plus musical, le tout est vraiment difficile à décrire à cause du style unique de ce groupe, on a donc le droit à des éléments hardcore, une touche de thrash metal et un soupçon de heavy nappé de temps à autres de claviers lugubres pour rendre la musique encore plus oppressante et intrigante. Le genre est d’ailleurs plutôt difficile d’accès, j’ai mis un bon bout de temps avant de me rendre compte que la musique de Amebix était vraiment recherchée et ici, la violence ne se fait pas ressentir avec la rapidité du jeu des musiciens ou les hurlements primaires du chanteur, mais avec les rythmes décalés, les guitares vrombissantes, le timbre très spécial et poussif de Rob Miller, ainsi que les claviers joués plus graves et sombres, empruntés à l’influence new-wave du groupe. L’imagerie du groupe colle d’ailleurs très bien avec la musique : photos de cadavres, de guerres, d’un futur des plus angoissants….
Amebix peut se vanter de n’avoir jamais sorti de bouse infâme, leurs futures réalisations resteront toutes dans le même style que cet EP en se diversifiant à chaque fois sans perdre de son charme et de son esprit. Un gros coup de cœur découvert seulement cette année.

DISCHARGE - Hear Nothing See Nothing Say Nothing (1982)
Avant de commencer à lire ce commentaire ou bien à écouter cet album, vous devrez vous munir de : un poing americain dans chaque main, une bonne paire de rangers à coques pour la furie des pogos, un perfecto à spikes et une bonne vieille crête faite “maison”. Voici Discharge, plus violent que The Exploited et plus pessimiste que Amebix.
Formé à Stroke-on-Trent en Grande Bretagne, Discharge apparait dans le paysage punk anglais en 1977 (très en avance sur son temps). Le groupe se compose alors des frères Roberts, Terry et Tony, de Roy Wainright et Tony Axon. Dès sa première démo, le groupe se démarque énormément de la scène punk contemporaine par un son très agressif et une saturation au niveau des guitares incroyable, puisant ses influences chez les Clash, The Damned et plus tard chez Motörhead.
La musique de Discharge est minimaliste, simpliste mais efficace et le tout est prouvé avec cet album qui sera réédité en 1988 avec 12 bonustracks (soit 26 chansons au total). Ces anglais inventent une nouvelle vague musicale nommée le D-Beat, les frontières de ce style ne sont pas vraiment délimitées, on a à faire à un mélange de gros punk/hardcore lourd et extrêmement rapide. Le son et la violence des guitares sont aussi tranchants que des lames de rasoirs, le chant de Cal (Kelvin Morris de son vrai nom) ressemble à des grognements de pitbull en furie qui braille la misère du peuple ouvrier et les injustices sociales de l’époque avec en vue un futur vraiment pas optimiste. Quand à la batterie, elle reste assez bateau, se contentant de suivre la rapidité du tout, mais cela va avec l’esprit du groupe.
Je n’ai réellement découvert ce groupe que très récemment et je dois avouer avoir été surpris par la violence et la haine qu’il dégage, un petit merci à Barback pour m’avoir conseillé sur ce groupe sur lequel je n’ai jamais vraiment pris la peine de me pencher jusqu’à présent, mais dont je ne pouvais éviter de parler du fait de son statut culte et surtout de sa grande influence sur le thrash et le grind.

BAD BRAINS - Attitude, The Roir Sessions (1982)
Bad Brains, un groupe aussi étonnant que diversifié et culte. Le style mélange punk/hardcore et reggae (!!!!) et la bande est composée seulement de black américains à la dégaine très “rasta”. Formé en 1977 au USA, Bad Brains sort tout d’abord deux démos qui font beaucoup de bruit dans le milieu punk et surtout près de la scène new-yorkaise, ce qui leur permettra de réaliser bon nombre de concerts dans la célèbre salle du CBGB, avec sur scène, une énergie aussi débordante de la part du groupe que du public. Et cette même énergie nous la ressentons bien avec ce véritable premier album sorti en 1982 sur le label We Bite Record, le groupe ayant entre temps changé de chanteur pour recruter le célèbre leader qui se fait nommer “H.R”.
Dès le premier morceau, le ton de l’énergie et de la vitesse est donné avec sûrement l’un des titres les plus connus et les plus cultes de Bad Brains, “Sailin’On” avec son introduction reconnaissable parmi tant d’autres. Tant d’hymnes sur cet album, tant de morceaux qui ont permis à la reconnaissance musicale de ce groupe si varié. Au niveau de l’instrumentation, on a à faire ni plus ni moins à un bon gros punk/hardcore avec cette petite touche “diversifiée” qui enrichit la musique de Bad Brains et surtout la voix très reggae et poussée de H.R qui n’est pas sans rappeler celle de J.Rotten des Sex Pistols. Quelques morceaux purement reggae viennent détendre l’atmosphère même si personnellement je ne suis pas fan, je dois avouer que c’est plutôt culoté, donc bien joué.
Malgré les longues années d’existence de Bad Brains, ceux-ci n’ont sorti que quatre véritables albums parmi bon nombre de démos, de lives et de EP/LP. Une valeur sûre de toute cette génération punk en pleine évolution et ceux qui ont eu la chance de voir ce groupe mythique sur scène se souviendront à mon avis toute leur vie de leur expérience. HORS NORME !

AGNOSTIC FRONT - Victim in Pain (1984)
Je ne vais pas vous mentir, je ne suis pas spécialement fan de Agnostic Front, mais après tout, si ce groupe est si connu et si culte autant dans la scène hardcore que metal, voire apprécié par certains groupes de thrash, c’est qu’il y a forcement quelque chose derrière, je vais donc être le plus objectif possible sur ces terres inconnues. De plus, parler hardcore sans évoquer Agnostic Front serait comme parler science-fiction sans parler de Star Wars, sûrement le leader de tout un mouvement. Ne connaissant pas bien, j’ai du me baser sur plusieurs conseils ainsi que plusieurs chroniques et une écoute approximative de la discographie de Agnostic Front qui, je dois l’avouer, est vraiment très diversifiée. Il s’avère donc que c’est ce premier album “Victim In Pain” qui a tout déclenché. Groupe formé à New-York, Agnostic Front est l’un des fondateurs du punk/hardcore “maison”. Le chanteur Roger Miret est le frère de Freddy Cricien, chanteur de Madball.
Au début des années 1980, la ville de New-York était en pleine récession, la criminalité était très présente, la scène underground n’avait jamais connu une si grande activité. De nombreux jeunes de la classe ouvrière habitant Manhattan et le reste de la ville ont commencé à former des groupes de rock dur, inspirés par la scène punk-rock du CBGB pour lutter contre les épreuves et les dangers de la vie urbaine. New-York est donc devenu logiquement la scène de l’épanouissement du hardcore (NYHC) qui a vite remplacé le mouvement punk.
Musicalement, on sent bien le coté punk par la vitesse, l’agressivité, la voix de ce cher Roger et la durée des titres. Seulement voila, on ne peut pas classer cet album de simple “culte punk”, la violence, la hargne et les thèmes de dénonciation sans compromis nous montent au niveau du hardcore. Même si chaque morceau ne se différencie pas par les accords et encore moins le jeu de batterie, cette simple puissance jetée en bloc suffit, et on sent que le tout a été fait avec le cœur et surtout les poings couverts de sang, ce qui nous donne vite l’envie de nous retrouver dans une fosse à éclater tout ce qui se trouve autour de nous.
J’ai découvert ce chef d’œuvre sur le tas pour cette présentation, et je ne regrette pas de m’être penché sur ce premier album qui est vraiment génial. Juste une petite parenthèse, c’est que chaque production est assez différente de la précédente, peut être ce qui m’a gêné chez AF, sachant qu’avant “Victim in Pain” je ne m’étais qu’attardé sur les derniers. Merci les Trublions.

DIRTY ROTTEN IMBECILES - Crossover (1987)
Dirty Rotten LP ou Crossover ? Crossover ou Dirty Rotten LP ?… Choix difficile au vu de ces deux bombes atomiques lancées par Dirty Rotten Imbeciles formé le 2 mai 1982 à Houston, Texas, appelé plus couramment DRI. Le premier étant sorti en 1983 et celui-ci en 1987 avec entre les deux, un simple bon album, “Dealing With It” et une compile.
Pour moi, le choix est tout fait, je ne vais pas m’en cacher, j’ai une nette préférence pour Crossover. Pourquoi ?! Tout simplement parce que contrairement au punk sale et plutôt désordonné des deux premiers albums, Crossover, sur une base hardcore, frôle le thrash comme un poing frôlerait notre visage dans un pit. Ainsi est né le crossover qui sera même plus tard considéré comme un style à part entière influençant des groupes comme Municipal Waste ou les plus furieuses et cultes bandes de grindcore comme Napalm Death et Nasum. Les rythmiques de batterie se ressemblent comme à l’habitude, mais le tout est tellement propre, tellement carré, les guitares toujours aussi tranchantes mais plus lourdes et moins mises en avant où l’on sent un équilibre des instruments avec la surprise de quelques solos biens travaillés mais plutôt courts et une basse des plus furieuses et tapeuses suivant sans fautes la “mitrailleuse”. Quant au chant, on sent que ce groupe vient du hardcore et pratique le hardcore, mais le brailleur en herbe donne des tons beaucoup plus metal dans les mêmes timbres que Paul Baloff de Exodus mais en peut-être beaucoup moins grave. Des morceaux plus longs et mieux construits dans l’ensemble qui classent DRI à la limite du metal.
Un groupe et en particulier un album pour les moshers qui n’ont pas peur de mouiller le maillot et de se mettre les poings en sang. DRI, l’une des valeurs sûres de toute une génération et fondateur d’un mouvement des plus furieux.

DEVIATED INSTINCT - Welcome to the Orgy (1984/1987 - Sortie 2006)
Deviated Instinct est un groupe de crust formé en 1984 au Royaume-Uni et splitté en 1991 avec à son actif quelques compiles sorties notamment sur Peaceville Record et surtout ce best-of qui résume bien la carrière de Deviated. De plus, la plupart des albums (si ce n’est peut être tous) de DI sont quasiment impossibles à trouver. Formé de Snapa à la basse, Charlie à la batterie et Rob Middeleton à la guitare et au chant qui remplaça Leggo au chant parti en 1988. Peu d’informations sont délivrées sur ce mythe vivant.
Apparu un peu plus tard sur le tas comparé aux autres groupes aussi cultes, Deviated Instinct pratique tout d’abord un anarcho-punk des plus violents et chaotique. La suite se fera un peu plus diversifiée avec des éléments hardcore, thrash, un tantinet de death des 80’s et surtout, si j’ose dire, un soupçon de Hellhammer.
Le son est toujours un peu grésillant mais rien de bien choquant, les guitares très graves et rythmées sans jamais faire de la vitesse grand V, les vocaux sont également très graves et même si les paroles nous sont inconnues, ont sent un grand univers malsain et crasseux derrière ce groupe qui n’est pas sans nous rappeler Amebix et Hellhammer, Discharge et le collectif Crass. Pas de solos, pas de fioritures, on va droit au but avec ce coup de barre en fer rouillée, les titres étant disposés sans réel ordre. Le tout n’est pas toujours très carré et la basse est noyée dans cet amas de crasse mais le pire, c’est qu’on en redemande, comme si se rouler dedans était devenu plaisant….
Une autre pochette existe également pour ce best-of avec les mêmes 25 titres des plus furieux. Pour ceux qui recherchent les premiers méfaits en original, je vous souhaite bon courage. Pour ceux qui ont la chance de les avoir, je vous dis : gardez-les précieusement !

ENGLISH DOGS - Where Legend Began (1987)
Si English Dogs n’avait pas été ce qu’il a été, cet album aurait sûrement eu sa place dans la sélection thrash. Seulement voila, English Dogs est un groupe culte du punk et non de thrash. Formé en 1982 à Peterborough en Angleterre, ED sort une première démo cette même année et deux ans plus tard un premier album résolument punk. Pour “Where Legend Began”, le groupe est à l’époque composé de Adie au chant, Gizz assurant la guitare rythmique et soliste, Wattson à la basse qui est aujourd’hui le seul membre encore restant et Pinch à la batterie. Musicalement, le groupe s’est aujourd’hui “assagi” comparé aux premiers méfaits totalement hardcore. En revanche, le charme est toujours présent.
L’album commence très bien avec un premier morceau instrumental où l’on distingue clairement les guitares rythmiques rapides et régulièrement agrémentées d’un solo finement joué tout le long. Le reste n’est pas moins plaisant avec toujours cette même recette aussi efficace, une voix fluide et aigue typique d’un groupe de crossover nous transporte avec ces riffs de guitares magnifiquement exécutés et bien souvent un solo des plus plaisants. On a même droit à une petite ballade vraiment pas désagréable avec “Calm Before the Storm” pour partir sur un ensemble thrash/heavy joué par un groupe de punk. Le son est bien entendu impeccable, mettant en valeur tout le charme de “Where Legend Began”, ses solos, ses parties mélodiques et bien entendu la fluidité de la voix de Adie. La batterie est très basique, répétant souvent les mêmes plans mais rien de lassant en somme car le tout est très bien tenu et pour moi tout repose vraiment sur les guitares.
Un excellent album que je conseille à ceux qui veulent écouter du thrash/heavy joué par un groupe de punk mythique, je le rappelle. On peut également noter que la pochette sort vraiment du “cliché” punk.

MINOR THREAT - Out of Step (1983)
Minor Threat est un groupe auquel je n’ai jamais vraiment accroché mais que je ne pouvais pas laisser sur le carreau de par son statut culte et surtout le mode de vie des plus spéciaux qu’ils ont inauguré.
Originaire de Washington DC, fondateur du mouvement “Straight Edge”, ce groupe marqua profondément l’histoire de la musique punk malgré la courte durée de son existence (1980-1983). Toutefois, Ian MacKaye (chanteur) refusa plus tard de se considérer comme le “leader” de la scène “Straight Edge”. Le groupe, composé de Brian Baker à la basse, Jeff Nelson à la batterie, Ian Mackay au chant et Lyle Preslar à la guitare, est tout d’abord connu dans sa région avec la sortie de deux démos en 1981, “Minor Threat” et “In my Eyes”.
Le choix de l’album n’a pas été des plus difficiles. Les chansons sont courtes, et plus très punk-rock teinté de Oï que vraiment hardcore. Les paroles souvent très engagées sonnent comme des slogans pour les futurs punks adoptant le mode de vie proposé par Minor Threat que sont l’abstention de drogues, d’alcool et l’abstinence, très rare dans le rock, avec cette célèbre phrase : “Don’t smoke / Don’t drink / Don’t fuck / At least I can fucking think / I can’t keep up / I’m out of step with the world.” (”Ne fume pas / Ne bois pas / Ne baise pas / Au moins je peux - putain - de penser / Je ne peux pas suivre / Je suis hors du coup avec le monde”). Une musique qui ne sort pas de l’ordinaire mais souvent jouée avec une grande vitesse, des guitares claires, une batterie simple et efficace avec un chant très punk-rock assez aigu. Le son est limpide et efficace, où les influences de l’époque se font énormément ressentir.
Un groupe que seuls les vrais fans de hardcore connaissent mais que je conseillerais aux personnes aimant les premiers Agnostic Front et le son moderne, très loin de l’agressivité de Bad Brains ou de la scène anglaise par exemple.

BLACK FLAG - Damaged (1981)
Black Flag est un groupe de punk hardcore originaire de Hermosa Beach (Californie, États-Unis). Il est parmi les premiers à conjuguer le punk Do It Yourself avec le hardcore. Le son hybride qui en résulte rallie de nombreux fans de metal au début des années 90.
Fondé par Greg Ginn et Chuck Dukowski, Blag Flag comprend également Keith Morris au chant et Brian Migdol à la batterie en 1977. La même année, leur démo atteint le label local indépendant Bomp qui, après plus de six mois, décide de ne pas sortir le 45 tours “Nervous Breakdown”. MCA-Unicorn n’appréciant pas le contenu des textes, Ginn et Dukowski fondent donc avec leurs sonorisateurs Mugger et Spot leur propre label S.S.T. (Solid State Tuners) et sortent “Nervous Breakdown” en 1978.
La sortie de leur premier album “Damaged” en Novembre 1981 s’accompagne de changements de personnel : Keith Morris est remplacé par le légendaire leader du groupe, Henry Rollins. La musique est à l’image de la pochette : hargneuse, rapide et entrainante. Des accords très primaires et simples avec des solos sûrement pas toujours justes, une batterie des plus basiques avec un chant très punk se rapprochant bien plus de la Oï que du hardcore pur et dur. Une drôle de surprise avec le morceau “No More”, l’introduction sert une combinaison basse/batterie pendant plus d’une bonne minute et le tout part en total délire complètement décalé, mais bon sang, que du bonheur. Le son “cra-cra” n’enlève en rien le charme de cet album, il y rajoute au contraire un esprit authentique et garage. Un groupe précurseur du punk/rock actuel, à une époque où celui-ci avait des couilles et n’hésitait pas à taper fort et vite. Les concerts, souvent déchainés, rameutaient autant de punks que de skins pour une bonne partie de pogos et de doigts levés à la société !
Je le conseille au fan d’Agnostic Front et à ceux qui aiment toute cette scène américaine de l’époque.

DEAD KENNEDYS - Plastic Surgery Disasters (1982)
Les Dead Kennedys se sont formés en 1978 à San Francisco en Californie, ville emblématique du punk hardcore. Leurs chansons expriment un mélange de propos délibérément choquants, de commentaires engagés politiquement à gauche, d’humour acerbe et sarcastique, et de satire virulente, qui visaient notamment les questions politiques et sociales de l’époque, en particulier celles des États-Unis. Plusieurs des chansons du groupe ont critiqué les idéologies de la droite conservatrice, les politiques reaganiennes et les stéréotypes de la culture de masse américaine.
Le plus étrange dans ce groupe est surement la “déstructure” des morceaux et l’intrusion d’instruments plus ou moins farfelus dans leur punk, comme des instruments à vent ou des rythmes blues derrières des guitares ultra-saturées et agressives. Du jamais vu si j’ose dire. Le premier morceau sort une sorte de boucan instrumentiste en guise d’intro puis part sur un punk déjanté avec une basse/batterie rockabilly, ce genre de rythmes se retrouveront tout au long de l’album. Chaque morceaue est une nouvelle surprise inattendue, country, jazz, gros hardcore de cogneur, chœur féminin, alarme de police… Le tout sans jamais perdre cet esprit dérangé et même dérangeant qui donne une tout autre dimension à la musique. Les guitares sont fluides, souvent rapides et très rock’n roll. Le duo basse/batterie est très marquant non par sa complexité de note, mais par ses rythmes magnifiquement exécutés et tenus avec grande classe. La voix très spéciale et poussée de Jello Biaffra risque de choquer et peut être déplaire à certains mais il faut voir ça comme faisant parti d’un tout ! Le son est quant à lui parfaitement lisse et l’on sent bien que chaque instrument a sa place, y compris cette basse hyper vrombissante ! Les morceaux durent rarement plus d’une minute trente, ce qui permet de ne pas se lasser.
Un groupe à part entière qui n’a pas fini d’être sur le fil du rasoir de par la difficulté d’accès de sa musique et ses provocations.
Sélection réalisée par Sathanas
By vinterdrom
Et oui, en cette belle soirée de Mars, c’est le soir fatidique, le grand soir, le soir test pour savoir si le Lyon’s Hall, salle activiste pour la scène lyonnaise, est désormais aux normes. Rappelons qu’une descente de sécurité fut réalisée trois jours avant le concert de Baptism + Sargeist. Tout ça sent bon la délation…. Du coup, je retrouve le père Sathanas au Lyon’s Hall, vu que d’un œil vif et aux cillements furtifs, sur leur site de la salle, j’ai appris que les colmariens de Necros passaient sur Lyon. Le concert commence plus tard que prévu. 20h30. Boarf, pas la mort non plus, du coup on se permet d’assister aux balances de Perfectö et l’on observe les aménagements réalisés, semblant rendre la salle conforme à sa capacité nominale. C’est donc de bon augure pour des dates à venir.
20 minutes d’attente plus tard, et seulement 25 pélots en plus dans la salle, le concert commence avec Perfectö. Groupe de reprises, créé pour le fun par le batteur et le bassiste/chanteur (ici guitariste) de Necros, et de Hagend, bassiste/chanteur de Bloody Sign, par ailleurs assez tatillons quant à la qualité du son de son instrument lors des balances, Perfectö envoie la sauce. Et qu’attendre d’autre de la part du groupe que des reprises de Mötorhead et d’autres standards du hard rock? Bah rien justement. Et c’est ça qui est bon, puisque le mimétisme est poussé à fond, de la dégaine de Hagend au jeu de basse. Cependant, le trio de fendra d’une reprise de Johnny Cash avec une double à fond les ballons, ainsi que de ZZ Top. Pas un set très long, mais pour une petite mise en bouche, foutrement sympathique.
On passe ensuite à Thanator. Groupe basé à Lyon, et que je vois pour la première fois. Et il faut dire que j’en avais pas spécialement eu des bons échos. Et ça se confirme. Après un premier titre passable, arrive le deuxième où le groupe se chie royalement dessus à vouloir faire des plans syncopés. Résultat : mais qu’est-ce que c’est que cette merde ? Le pire, c’est que les membres du groupe ne sont pas spécialement jeunes. Et ouais, la vieillesse ne fait pas tout. Du coup, on finira le set dehors, dans la bagnole, à vider la bière et écouter un groupe bien bien meilleur.
Installation d’une double pédale plus loin, branchement de gratte et basse, micro. Un regard vite posé sur le public, et voilà que commence le set de Necros avec, précisons-le, deux des ses membres éclopés. Du coup, là, pas la même affaire. Officiant dans un death metal old-school fortement influencé par Incantation ou Immolation, le trio se charge d’envoyer le bois. Jeu de cymbales riche au possible, gratte distillant une ambiance assez prenante et un putain de chant pas piqué des hannetons, rappelant énormément celui d’Angelslayer d’Archgoat, Necros exécute un set d’une bonne grosse quarantaine de minutes. Malheureusement, la sortie de leur démo ayant pris du retard, je ne pourrais pas vous donner des titres de morceaux. Pour conclure ce set, le groupe se fend d’une reprise… d’Incantation, “Unholy Massacre”, tirée du “Onward to Golgotha”.
Viennent ensuite les Children Of Carnage. Jeune formation, ils ont pour particularité d’avoir une moyenne d’âge de 17 ans, et un bassiste étant… le père du guitariste/frontman. Mais la musique, écrite par un gamin autodidacte, laisse présager un possible futur avec des compos ultra techniques, coincées entre celle de Death ou Necrophagist par moments. Certes, le groupe pour l’instant est dans une optique technique, mais je pense sincèrement qu’ils se calmeront avec ça. Comme à son habitude, ils offrent une prestation scénique carrée à souhait, et les nombreuses cassures de rythmes freinent bien la lancée de pogos.
Cependant, il y a un truc qui m’a énervé, et pour lequel je ne vais pas me gêner pour chier dessus : OK, 25 péquins dans la salle. Mais seulement trois personnes devant les sets de Necros et Perfectö. Normal, personne ne connaissant. Du coup, presque tout le reste du public a fait office de tapisserie, vu que les groupes jouant n’étaient pas ceux des potes. Et évidemment, pas un headbang non plus. Félicitations les mecs.
Heureusement qu’il y en avait trois pour se marbrer (un peu) la gueule, sinon ça aurait fortement senti la blase pour les p’tits pères de Colmar. Encore merci à ces deux groupes.
Live-report réalisé par Ihopeyoudie
By vinterdrom


Salut Joffrey. Pour commencer, peux-tu nous faire une brève présentation de toi ?
Salut Vinter ! Et bien, pour faire simple, j’ai dix sept ans, je suis encore lycéen en Terminale et habite dans le fin fond de la campagne sarthoise.
Je suis un passionné de musique et d’art en général, allant de la lecture au cinéma, avec toujours cette recherche critique d’une certaine originalité et nouveauté dans le contenu ou la forme. Le cinéma me décevant de plus en plus (les films intéressants se comptant malheureusement de plus en plus au compte-goutte !), je suis plus axé sur les romans depuis quelques temps, allant de Philip K. Dick à Bernard Werber en passant par le maître qu’est Stephen King !
Comment as-tu découvert le métal, quels ont été tes premiers CDs et qu’est-ce qui t’a séduit dans ce genre musical au point d’y avoir persévéré ?
Le métal est une histoire de famille ! Si mes parents ont toujours pensé qu’il ne s’agissait que de fous aux cheveux longs (rires), mes trois frères ont toujours été fans de heavy metal.
Etant beaucoup plus jeune qu’eux, j’ai baigné très tôt dans Mötley Crüe, Iron Maiden ou Helloween, c’est ce qu’on appelle une bonne éducation je pense (rires).
Mais je n’y prêtais pas trop attention pour être sincère, j’étais gamin et je ne faisais pas attention à ce que j’écoutais. Deux déclics firent que je devins le passionné que je suis aujourd’hui.
Le premier fut lorsque mon frère m’enregistra sur une cassette “The Savage Poetry” d’Edguy, et je fus subjugué. Cette voix, cette puissance, j’étais vraiment hypnotisé et j’écoutais l’album des dizaines de fois par jour, je n’écoutais plus que celui-là…j’avais neuf ans.
Le second déclic fut à Noël, je ne sais plus quand, j’avais onze ans je crois, où mes parents m’ont offert “Edward the Great” d’Iron Maiden, le best de 2002 ! Et je ne sais combien de fois j’ai écouté par la suite “Run to the Hills”, je suis fou de cette intro de batterie (rires).
Ce disque eut également pour autre effet de m’intéresser à posséder des albums originaux, et non plus à simplement graver ceux de mes frères. J’avais trouvé ce que j’aimais, je découvrais des tonnes de disques tous plus cultes les uns que les autres, toujours dans un registre foncièrement mélodique, sans compter que mes frères jouaient aussi dans un groupe !
Ce fut pour finir Metallian qui m’ouvrit au métal extrême, genre auquel ma connaissance était encore vierge, alors que je n’avais que quatorze ans !
Comment as-tu découvert SoM et qu’apprécies-tu en particulier dans ce site ?
J’ai eu internet chez moi relativement tard, donc ce n’est que chez des potes ou au lycée que j’y accédais, la plupart du temps pour voir des chroniques d’albums qui m’intéressaient ou les nouveautés. Et je revenais très souvent sur Spirit, notamment au niveau des chroniques.
De plus, aimant beaucoup écrire, il n’était pas rare que je chronique moi-même des albums que j’aimais beaucoup sur un bout de cahier ou sur mon pc, sans pour autant savoir quoi en faire.
Ce qui fait que le premier geste que je fis quand j’eu internet fut de créer un profil sur SoM. A la base, c’était uniquement pour les chroniques, mais j’y ai découvert un lieu de vie et d’échange pour un style que je ne partage avec presque personne personnellement. J’ai donc décidé de vraiment m’impliquer sur le site.
J’aime beaucoup la grande variété du site, passant presque tout ce qui est imaginable en revue, ainsi que la possibilité de pouvoir y faire de nombreuses activités. Nous sommes loin d’un site où seulement quelques individus agissent et les autres restent spectateurs…c’est cette interactivité entre tous qui me plait !
Au contraire, qu’est-ce qui te déplait dans SoM et que tu aimerais voir s’améliorer ?
Je ne sais pas…Korn peut-être (rires) !
Non, sérieusement, je ne suis pas très ancien sur le site donc je pense que je suis arrivé à une époque où la grande majorité des défauts majeurs avaient été bannis.
Ce que je pourrais regretter se situe au niveau des individualités et non pas du site en lui-même, la supériorité de certains sous prétexte qu’ils se cachent derrière un écran me désole, la diffamation gratuite sur les forums me fait vomir (enfin, un peu rire aussi !) ainsi que la prétention qu’ont certains à venir détruire le travail des autres sans autre motif que celui de faire chier son monde. Mais nous retrouvons ici une facette peu reluisante de notre société commune, et ce n’est pas à SoM qu’il faut imputer ça !
Tu es un des chroniqueurs les plus prolifiques de SoM. Comment abordes-tu l’exercice de la chronique ? Quelles sont tes méthodes de travail ?…Dis-nous tout !
De la manière la plus simple qu’il soit, avec le cœur et les tripes.
Lorsque j’écoute un album et que je commence à le connaître d’un point de vue strictement musical, tous un tas de phrases commencent à envahir ma tête, je n’y peux pas grand-chose ! J’ai toujours été très descriptif, vouloir mettre des mots sur les sensations, ce qui représente selon moi autant la base d’une chronique que son élément le plus difficile à capter.
Mais la chronique finale, son intention et sa profondeur dépendra beaucoup de l’album en lui-même. Tout dépend du style, lorsqu’il s’agit de heavy par exemple, ce pour lequel je suis le plus spécialisé, je pourrais y apporter beaucoup de références, de comparaisons voire même quelques notes d’humour.
Ce dont je suis incapable pour certains artistes ! Je ne supporte pas de voir des chroniques drôles pour des albums profondément noirs ou très émotionnels, il faut y injecter du ressenti, décrire les émotions traversées, laisser aller son cœur et ne pas rester dans une écriture linéaire et ennuyeuse.
Je ne dispose donc d’aucune technique qui pourrait être réutilisée, simplement ma sensibilité artistique.
Combien de temps te prend en moyenne l’écriture d’une chronique ? Es-tu du genre à la terminer d’un trait ou la laisser mûrir en retravaillant régulièrement ton texte ?
J’écris toujours de manière instinctive, je ne suis pas du genre à commencer pour terminer une semaine après, cela mettrait tout en l’air, la spontanéité et l’émotion que je peux chercher à transmettre. Donc jamais plus de 1h / 1h30.
Il faut que je sente l’album, que je sois certain qu’il s’agisse du bon moment. Quand je définis un album, je l’écoute alors avec une minutie et une précision peu communes, en notant de temps à autres les sentiments qui parcourent tels ou tels passages, tels solos, hurlements ou déchirement de haine, afin de présenter ce que je définis comme essentiel dans un disque.
Ensuite, je commence l’écriture en écoutant une nouvelle fois l’album, pour certaines impressions qui me viendraient sur le moment. Je suis persuadé qu’une de mes chroniques serait totalement différente dans la forme si je la refaisais plusieurs semaines plus tard, même si le fond et le jugement musical et artistique seraient, quant à eux, inchangés ! Pas de négociation (rires).
As-tu déjà ressenti l’angoisse de la panne d’inspiration en plein milieu de l’écriture d’une chronique, ou à la simple idée de l’attaquer ? As-tu quelques essais inachevés dans ta besace ?
C’est peut-être prétention de dire ça mais non, jamais. Etant donné que, comme je te l’ai dit, je choisis chaque disque que je chronique avant d’entamer une chronique, je sais toujours plus ou moins où je vais.
Et la musique est avant tout une histoire de feeling je pense, donc, on peut toujours développer des arguments ou des critiques envers ce même feeling. Je ne possède également rien d’inachevé, tout ce que je commence se retrouve actuellement sur SoM !
En revanche, c’est un peu plus compliqué quand je m’attaque à l’écriture des romans (rires).
Tu es en passe de devenir la nouvelle “coqueluche” de certains membres du site, n’appréciant visiblement guère que tu critiques ouvertement certains de leurs albums chéris. Comment réagis-tu à cela ?
(rires) Il fallait bien que ça tombe ! Par simple soucis de déontologie, je ne citerai donc pas de (pseudo) nom (rires).
Non mais franchement, lorsque je lis certains commentaires, j’ai l’impression que je suis payé par un label qui n’est pas content que j’ai assassiné son dernier poulain ! Sérieusement, je me suis moi-même imposé de passer du temps à écrire des chroniques, alors ce n’est certainement pas pour m’imposer des concessions.
Je n’ai jamais critiqué ni adulé aucun album sans une argumentation solide et détaillée. Je déteste viscéralement les chroniques visant à un simple “Génial, rien à redire” ou à un puéril “C’est de la merde”.
Certes, je suis tout à fait conscient qu’il puisse y avoir des divergences d’opinions, et heureusement car le débat forge la maturité, mais lorsque l’optique est simplement de venir détruire ton boulot, je ne suis ni d’accord et encore moins tendre avec ceux-là, surtout que ce sont toujours ceux qui en font le moins qui viennent critiquer. Comme je l’ai dit, SoM est un site démocratique, alors strictement rien ne leur empêche de prendre leur clavier pour écrire une chronique dans la direction inverse de la mienne. Au contraire, ainsi le lecteur aura plusieurs points de vue et il pourra ensuite tirer le meilleur de chaque partie pour forger sa propre opinion.
Mais ce qui me fait le plus rire est que les arguments sont dans ce contexte-là si vides et stériles que je ne peux qu’être déçu par un tel comportement, notamment lorsque une certaine prétention prend le pas sur la critique. Prétention venant également de mon âge je pense.
Mais comme dis le dicton, “il faut de tout pour un faire un monde”, même du pire (rires).
Souhaites-tu continuer à écrire des chroniques sur SoM pour le plaisir, ou penses-tu à l’avenir te professionnaliser dans cet exercice ? Serais-tu prêt à travailler, si l’occasion se présentait, pour un mag metal de renom, malgré le fait que la plupart de leurs chroniques ne visent qu’à satisfaire les maisons de disques et leurs poulains ?
Je pense, même si c’est peut-être naïf, que les magazines ne sont pas aussi corrompus que l’on veut bien le laisser entendre. Si je prends l’exemple de Metallian, ils ne se gênent jamais pour critiquer des groupes de renom, et je les trouve vraiment intègres dans leur démarche très axée sur la scène underground permettant, bien mieux que la concurrence, de découvrir les joyaux de l’ombre.
Pour répondre à ta question, les études supérieures que je vise se situent dans l’édition ou le journalisme et c’est en effet un désir que je caresse quelques fois, surtout depuis que j’ai réalisé l’interview de Kalisia. Cela m’a ouvert un autre horizon, une autre facette du groupe qui me plait aussi énormément mais un autre problème me vient à l’esprit : la taille !
SoM offre une liberté totale sur le contenant d’une chronique, ce qui n’est pas le cas dans un magazine qui, trop souvent, souffre de chroniques trop courtes et manquant de développement à mon goût.
Peut-être y arriverais-je un jour ? Je ne sais pas mais je suis aussi heureux de faire partie en quelque sorte avec SoM d’un maillon de la chaine underground, même s’il reste le moins glorieux tout en restant indispensable à mes yeux !
Parallèlement à l’écriture de tes chroniques, tu travailles à l’élaboration de romans dont un en particulier (”Black Earth”) est fin prêt ! Peux-tu nous en dire plus à ce sujet, notamment sur les thèmes que tu abordes et les principales difficultés liées à cet exercice ?
Il ne va pas sans dire que le romanesque est bien plus complexe que la chronique. J’avoue d’ailleurs avoir un peu mis de côté cet aspect pour le moment, préférant travailler et perfectionner mon style sur les chroniques avant de revenir aux romans.
La difficulté principale réside dans l’approfondissement de la psychologie des personnages, un point essentiel. Il faut rendre les personnages denses, complexes, paradoxaux, loin de la linéarité ou du manichéisme dont souffrent les fictions actuelles.
Ensuite, il faut un scénario et une approche originale, ce qui n’est pas aisé mais j’y attache la plus grande importance, que l’histoire développée fasse réfléchir le lecteur et surtout qu’il n’y voit pas la simple redite d’un scénario déjà connu. Puis enfin vient l’écriture en elle-même, qui doit également révéler une certaine profondeur, l’utilisation d’effets de styles devenant indispensable pour fournir l’épaisseur dont le récit a besoin, comme par exemple la multiplication des points de vue d’une même action afin d’établir une certaine objectivité à l’intérieur d’un capharnaüm de ressentis et de perceptions différentes. Une horreur à écrire mais un résultat souvent intéressant (rires).
Quand à “Black Earth”, il s’agit d’une fiction d’anticipation. Le personnage principal se retrouve enfermé dans une cellule avec pour unique vision le spectacle de la totale annihilation de toute forme de vie organique de la planète. Il cherchera les raisons de son enfermement, de sa survie, recollera les morceaux de son passé un-à-un à travers des flashbacks.
Le but était de pointer du doigt la maîtrise du pouvoir sur nos vies, un peu à la manière d’un Matrix mais dans une direction diamétralement opposée. Les chimères de nos existences, les mensonges quotidiens, la noirceur d’une réalité cachée sous de nombreuses couches de mensonges et surtout la fragilité de notre ère.
As-tu, à l’heure actuelle, noué des liens avec des maisons d’éditions ?
Je me suis renseigné, ai téléphoné à des boites plus ou moins axées sur les jeunes auteurs, mais il m’est impossible actuellement d’aller plus loin en raison de frais d’édition trop élevés.
Je prends donc le temps de peaufiner le roman, qui est actuellement entre les mains de deux professeurs de français afin de le retoucher. J’essaie également de développer des nouvelles idées et mon deuxième roman possède une base très commune, très simple et loin de l’univers chaotique du premier. Je vise uniquement la psychologie et la décadence sur cet écrit, mais tout est encore au stade embryonnaire.
Non content de manier la plume, tu pratiques aussi la musique et le chant. Dans quel(s) registres évolues-tu et quelles sont tes influences ?
On ne peut appeler ça pratiquer (rires). Je cherche, oui, des musiciens mais sans grand espoir de compatibilité avec quelqu’un d’aussi chiant que moi en campagne (rires).
Un de mes meilleurs amis habitant dans mon village s’est mis depuis peu à la guitare, et nous avons une vision de la musique en grande partie similaire, mais c’est encore trop peu !
Côté musique, j’aime le clavier mais je n’en possède pas et la batterie, je dispose d’une bonne oreille mais je n’ai pas la chance d’en avoir une non plus. En revanche, côté cordes vocales, étant normalement formé, j’en possède comme tout le monde (rires).
Je possède une voix plutôt aiguë, comme mon frère (chanteur d’Eleventh Plague) même si je chante moins bien ! Néanmoins, je tente de m’ouvrir au chant extrême, je suis un grand admirateur des émotions véhiculées par le black metal.
Je suis un fan de Maiden, Angra, Meshuggah, Edguy, Gamma Ray et une bonne partie de la scène heavy allemande, mais ça ne m’intéresserait pas d’en jouer. Tout a déjà été dit, et je ne prendrais pas le risque de tomber dans le plagiat de mes influences.
En revanche, je possède une grande admiration pour Devin Townsend ou Beyond Twilght, qui font avancer la musique avec un grand talent et une sensibilité rare. Dernièrement, j’ai été ébloui par la mélancolie de Totalselhatred, déchiré par le dernier album de The End, très impressionné par Kalisia et hypnotisé par Porcupine Tree…des groupes uniques au service d’une musique novatrice et avant-gardiste. C’est vers des artistes comme ceux-là que je tenterais de me diriger, sans compter ma récente découverte de l’ambiant…
Tu es également à la recherche de musiciens…Alors, le “Eternalis Band”, ça ressemblerait à quoi ?
Alors, Steve Harris à la basse, Gene Hoglan à la batterie, Finn Zierler aux claviers et Kiko Loureiro aux grattes (rires).
Je ne peux pas te dire, je voudrais simplement découvrir des personnes aussi passionnées que moi, et surtout sincères dans leur démarche, pas des saloperies de rock stars (rires).
Il n’y qu’avec un groupe que je parviendrais à perfectionner ma voix, je suis ouvert à toutes propositions !
Cette interview sera publiée sur le blog de Spirit of Metal donc question inévitable : que représente pour toi l’esprit du metal ?
J’ai longtemps pensé que le metal était la seule vraie musique intéressante et que tous les metalleux étaient comme des frères entre eux. Mais plus le temps passe et plus je m’aperçois que cette soi-disant fraternité n’existe pas, les mêmes débilités reviennent partout, les préjugés, la mauvaise foi, la négativité sont présentes dans le metal autant qu’ailleurs.
C’est donc du côté de la musique que je me pencherais, plus que ses membres. Le metal est synonyme de recherche, de créativité et surtout d’un rejet du conformisme ambiant détruisant l’art à petit feu.
Selon moi, le vrai metalleux n’est pas l’adolescent en mal de vivre écoutant Slayer ou Slipknot sans le comprendre, c’est celui qui saura pourquoi il l’écoute et qui aura des valeurs. Le metal n’est pas une musique passive, on ne l’écoute pas parce que c’est cool, il y a toujours un but derrière, la recherche d’un absolu. Cette envie (pas partout, c’est clair !) de marier les genres, de le coupler avec le noble art classique ou encore de repousser toutes les frontières afin de devenir unique ; c’est en ceci que réside l’esprit du metal !
Merci Joffrey pour le temps consacré à cette interview. Une dernière chose à ajouter ?
Je voudrais d’abord remercier mes parents, mes frères, mon chien… quoi, vous vous en foutez ?! Bon OK (rires).
Non, sérieusement, pas mal de choses ont été dites. Que pourrais-je rajouter ? Je suis toujours un peu désabusé de voir le heavy metal si critiqué par les fans de metal sous prétexte que ce n’est pas assez agressif, je trouve ça pathétique. Ce sont mes racines, mes bases…
Merci d’avoir pris le temps de lire cette modeste interview.
Joffrey “Eternalis” ! Stay Heavy !!
Interview réalisée par Vinterdrøm
By vinterdrom
- Jingle bells, jingle bells, la la la la la
- Hein ? Mais keskecé z’bordel, kestu fous là, le vioque ? Et c’est quoi ce pyjama rouge de mes deux ?
- Et bien … hum … vois-tu, mon garçon, j’ai été dépêché par les p’tits gars des Trublions pour venir t’offrir tout plein de jolis cadeaux metalliques. Joyeux Noël, mon garçon !
- Noël, non mais t’as cramé un fusible, t’as pas vu ? Hé, le 25 Décembre, c’est passé, on est en Février, là ! T’es bigleux ou quoi ?
- Hu hu hu, je comprends parfaitement ton emportement, hu hu. Mais si les p’tits gars ont pris leur temps, c’est pour mieux te gâter, mon garçon. Et puis … mmmh … (comment m’ont-ils dit déjà ?) … mmmh … oui, c’est bien ça, ils voulaient revenir aux fondamentaux, aux racines.
- Racine, c’est pas un scribouillard à la con, ça ? Et Trve Blyon, c’est quoi ce groupe ? Ils jouent quoi ?
- Hu hu, non, mon garçon, ce n’est pas un groupe musicalement parlant, bien que certains de ses membres pratiquent la musique. Il s’agit d’une équipe de rédacteurs qui publie des articles sur le blog de Spirit Of Metal traitant de différents courants du metal ou styles associés, abordant parfois certains genres très … underground, comme ils disent.
- Connais pas. Et puis t’façon, moi, je lis que Metallian. Ca, c’est du mag underground qui déchire sa mère. Le reste, m’en fous, c’est d’la merde.
- Si je puis me permettre une remarque, mon garçon, tu ferais bien d’aller y jeter un coup d’œil, leurs articles sont très instructeurs … (marmonnant dans sa barbe … et ça t’mettrait un peu d’plomb dans la cervelle, vin diou)…
- Hein, t’as dit quoi à la fin, j’ai pas entendu ?
- Hum hum, je disais que … je prendrai bien un peu de Morgon ou de Tavel, vin diou. La route a été longue et je ne serais pas contre un petit remontant, hu hu … (pfffiou) …
- C’est des trucs de snob ça, y’a que d’la piquette ici. Et tes boniments à deux balles, tu peux t’les carrer bien profond. Bon, t’as ram’né quoi alors ?
- Et bien, pour commencer, j’ai avec moi un best-of de l’année 2008, que les p’tits gars des Trublions m’ont chargé de t’apporter en guise de compensation pour le retard de livraison. Et ils m’ont dit aussi que … mmmh, attends … voilà ! … qu’ils en avaient marre des best-of aseptisés et mainstream, et qu’ils voulaient offrir quelque chose de plus original, de plus barré. Et montrer qu’ils assument pleinement leur réputation de farouches combattants de l’extrême et de l’underground.
- Extrême ? Underground ? Ils déconnent là, attends, y’a même pas le dernier Cradeule, le meilleur album 2008, alors qu’ils en ont parlé dans Metallian. Ca craint, leurs cadeaux !
- Mmm bon (moue perplexe) … mais dis-moi, mon garçon, quelles sont donc ces sonorités en … hum, comment dire … polymère de synthèse, qui sortent de tes haut-parleurs. Pourrais-tu baisser un tantinet le volume, mon garçon, eu égard à un pauvre vieillard comme moi dont les oreilles s’affaiblissent de jour en jour ?
- V’a t’faire voir, j’baiss’rai pas. Et ça le vioque, t’y touche pas, tu dis pas du mal hein, sinon j’te crame le cul. Ca, c’est In Sorte Diaboli, le meilleur album 2007. L’est trop fort, ct’album. J’arrête pas dl’écouter, c’est du trve de la mort !
- Hu hu, toutes mes excuses, mon garçon, mais vois-tu, dans le best-of 2008, question … hum, trve de la mort comme tu dis, il y a des groupes qui enregistrent dans des caves et des cimetières, il paraît.
- Ah ouais, c’est vrai ? Trop d’la balle, faut que j’écoute ça alors !
- (Marmonnant dans sa barbe … Bigre, qu’est-ce-qu’il faut pas inventer pour les appâter, ces p’tits vauriens) …
- Hein, tu disais quoi, j’ai pas entendu ?
- Hum hum, je disais que … on pourrait peut-être continuer à déballer, si tu le veux bien ? … (pfffiou) …
- Bon alors, c’est quoi la suite ?
- Un bon gros cadeau pour les grands et les petits, qu’ils disent. Une sélection heavy metal présentant les pierres fondatrices du genre. La base de tout, qu’ils disent.
- Du heavy metal ?! Attends, c’est pourri, que des tarlouzes en falzar moulant, j’veux pas d’ça moi !
- Hu hu, mais d’après eux, il paraît que sans ces groupes-là, la musique que tu écoutes aujourd’hui, mon garçon, n’existerait certainement pas, et ils savaient également bien … hum … balancer la sauce, comme on dit, si tu me permets cette petite gaillardise, hu hu !
- Ouais, OK, j’vais filer ça à mon vieux, il arrête pas de radoter avec ses Médeune et ses Manauouare, ça l’calmera. Mais que des feukin’ poseurs ça !
- Hum, soit … Et bien, je suis très heureux que tout le monde puisse profiter de ces cadeaux. Et bonne année et bonne santé, mon garçon, à toi et à tes proches, de la part de toute l’équipe des Trublions.
- Ouais, c’est ça, et qu’ils crèvent avant la fin de l’année. Maintenant, barre-toi.
- (Crève toi-même, p’tit trve du cvl !)
- Hein, quoi ?
- Hu hu hu … jingle bells, jingle bells, la la la la la …


KILL THE CLIENT - Cleptocracy

Aïe, putain la baffe dans la gueule ! On a pourtant eu du lourd cette année avec des galettes de Misery Index, Brain Drill et des invincibles Origin… Mais avec ce deuxième album, les grindeux texans de Kill The Client tirent dans le tas et se font une place de choix dans les albums 2008 à grandes rafales de M16.
Comme tout groupe de grind/death revendicatif qui se respecte, Kill The Client vomit sa haine à grands coups de riffs dévastateurs, de paroles accusatrices soutenues par les blast-beats déchainés de Brian Fajardo.
Ceux qui apprécient l’incroyable brutalité de “Chaos Dissection Order” et “In for the Kill” des hollandais d’Inhume doivent se jeter sans attendre sur ce Cleptocracy aussi débridé que précis. Le côté death est un peu moins présent que chez les hollandais au profit du côté punk, mais dans tous les cas, l’efficacité est bien présente.
Pas de chichi, des titres entre 1′ 00” et 1′ 30” qui déblayent tout comme “Bullet Proof Vultures” ou le monumental “Spartacus “et le tour est joué. Bon, 18 titres pour 22 minutes de zique, c’est court mais au vu de l’intensité de la galette c’est presque suffisant.
Un cadeau injustement oublié cette année qui ravira les plus brutaux d’entre nous.


LIFELOVER - Konkurs

Troisième album en trois ans pour les névrosés de Lifelover. Subtil mélange entre l’agressivité maladive de “Pulver” et le spleen urbain de “Erotik”, “Konkurs” s’ouvre également à la nostalgie et la mélancolie, suivant une progression logique et implacable, véritable maelström de pulsions morbides et suicidaires (à peine) dissimulées sous une apparence lisse et respectable.
Œuvrant dans un melting-pot rock/metal aux influences black, new-wave, jazz, electro voire même ambiant, avec des morceaux construits selon un format tubesque et des mélodies simples à la fois accrocheuses et venimeuses, le sextet suédois présente avec “Konkurs” ce qui n’est rien de moins que leur album le plus riche et le mieux produit à ce jour. Leur album le plus abouti, leur meilleur, en somme.
Original, varié et artistiquement top, cette galette n’est rien de moins qu’un pur concentré de drogue dure. Gare à l’addiction … et à l’overdose !


PENDRAGON - Pure

Attention cet album est une pépite de prog metal !
Pourquoi Prog Metal et pas Metal Prog me direz-vous?
Parce qu’à l’écoute du disque on remarque plus facilement l’aspect prog que metal. Toutefois, la combinaison des deux styles est une vraie réussite faite de hauts pics d’émotions et d’un degré technique enviable, le tout servi par des riffs en béton.
A ceux qui aiment Ayreon, Porcupine Tree, Pink Floyd ou même le “Damnation” d’Opeth : écoutez-le, offrez-le à votre meilleur ami ou à vos parents, faites-vous-le en cadeau et alors là, vous m’en direz des nouvelles.
Pour les amateurs de belles guitares, c’est aussi l’occasion de toucher le paradis grâce aux envolées splendides ici présentes.


MAR DE GRISES - Draining the Waterheart

L’Amérique du Sud est une terre de metal bien connue des fans de thrash, de death, de black ou même de prog. Le Chili n’est cependant pas son représentant le plus connu, et quand il s’agit de parler de doom, là il s’agit d’une première.
Pour leur second opus, les Chiliens ont pondu une merveille. Du doom-death de grande qualité, très respectueux des fondamentaux (ce qui est un gage de qualité en doom), allant lorgner vers des univers atmosphériques pour alléger ce qu’il faut leur musique, qui demeure d’une grande élégance (l’influence d’Anathema se révèle par instants).
Une sombre masse en mouvement, jamais pesante, toujours fluide et chargée d’émotion. Un grand disque de doom-death trouvant parfaitement sa place dans une scène de plus en plus fournie.


IMPIETY - Dominator

Un simple EP hyper efficace d’un groupe qu’on ne présente plus. Pas beaucoup d’albums à écouter datant de cette année mais si il y en a un que j’ai retenu, c’est vraiment “Dominator” avec sa batterie/mitraillette/coup de canon, ces riffs hyper-soignés, accrocheurs, rapides et ultra-violents avec des vocaux sortis de l’enfer, tout aussi diaboliques que les paroles. La petite reprise de Sarcofago “The Black Vomit” faite à 200 km/h et de manière plus moderne sans enlever le charme de l’originale. Pas une minute de répit et encore moins de lassitude. Encore merci à Impiety pour leur live au Lyon’s Hall et pour ce “Dominator”.


OPETH - Watershed

Jamais un groupe n’aura su imposer avec autant d’assurance une quasi-unanimité auprès d’un aussi grand nombre d’auditeurs si divers et variés. Opeth, on aime ou on n’aime pas, mais on s’incline respectueusement devant les qualités et la démarche de ce travail de recherche musical captivant. Aidé de ces sept morceaux explorant des horizons musicaux étonnants, Opeth poursuit sa quête initiatique aux confins d’un univers où se croisent des influences qu’on pourrait croire contradictoires, mais qu’il réunit pourtant avec un talent et une audace incroyables, enfantant ainsi un mélange subtil et délectable. De telle sorte qu’Opeth redonne tout son sens au terme “progressif”, repoussant les limites toujours au-delà…


NYKTALGIA - Peisithanatos

A vrai dire, je ne pensais pas tomber sur une telle révélation. Etant farouchement hostile au black metal ambiant enrobé de mélodies gentillettes et de mid-tempos à endormir un pompier en plein brasier, voilà que je tombe nez à nez avec l’une des plus belles définitions de BM mélodique et posé que Lucifer puisse m’apporter. Nyktalgia, formation germanique, en est à son deuxième album, un concentré de black metal très mélodique, parfois doucereux. Mais ô joie, rien de tout cela ne renifle le miel bon marché, la musique du groupe reste rugueuse et appuyée par des rythmiques rigoureuses, aucune de ces envolées guitaristiques n’est prise à la légère, chacune a été minutieusement réfléchie par le musicien, laissant parler à la fois sa logique et ses émotions, on a droit à un bassiste mis incroyablement en évidence, offrant au riffing toute sa profondeur. Le chanteur, quant à lui, excelle dans un registre proche de Varg Vikernes, dégageant cependant davantage de colère que le norvégien. Les morceaux sont longs, rien que “Nekrolog”, morceau le plus court de la galette dure 7 bonnes minutes, morceau d’ailleurs à la palette la plus sombre, intégrant une lourdeur death bien prononcée (oui oui, vous avez bien lu !), gros changement par rapport aux premier et troisième titres tout en dentelle. Le dernier reste absolument mid-tempo, comme une dernière ode aux lamentations.
Ce magnifique album m’a apporté de l’espoir et une nouvelle vision du black metal plus posé. Sachant se montrer inventif, malicieux et surtout suffisamment nerveux, il jouit d’un répertoire atmosphérique singulier, abouti grâce à cette manière de composé tellement intelligente.
L’album de 2008, sans hésitations.


DEAD CONGREGATION - Graves of the Archangels

La scène grecque est certes peu développée, et les bons groupes ne sont à mon goût pas légion. Sauf qu’œuvre depuis 2004 les death-metalheads de Dead Congregation.
J’aime énormément leur musique, les mecs ont leur patte, c’est incontestable. C’est particulièrement sombre et ambiancée pour du death, que je trouve pas si éloigné que ça pour ce côté d’un Immolation (l’aspect technique en moins, cf. le “Teeth into Red”, ou le mini-album “Purifying Contesting Ground”), avec la simplicité d’un Incantation et de temps à autres des plans furtifs à la Morbid Angel, ainsi que des relents de Deranged dans la voix (avis perso mais bon). Il n’y a pas tout à fait l’aura très noire d’un Necrovation, piochée chez Belial ou Incantation par exemple, mais on sent que les mecs aiment aussi pas mal le black pour cet aspect funèbre et très noir qui ne se retrouve généralement que dans un disque de black metal. Puis avec cette intrusion en quelques endroits de chants orthodoxes, qui renvoient assez bien le caractère sataniste de leurs paroles, et l’ensemble glauque du truc. Du tout bon.


KORUPTURE - The Book of Time

Alors qu’en 2008, certains s’animaient à redonner des couleurs au thrash en lui procurant un revival et que d’autres fournissaient des albums de death metal mémorables, en Alaska, cinq metalheads fondaient Korupture pour créer la passerelle entre les deux mouvements.
Les efforts passés voulant mélanger le death et le thrash n’ont pas toujours été glorieux et le résultat pas si savoureux. Grace à son chanteur maniant le chant clair du thrash et le growl du death, des lignes mélodiques pas empruntées qui accompagnent des riffs massacreurs, Korupture nous offre “The Book of Time” qui devra ravir à n’en pas douter les amateurs des deux genres.
By vinterdrom

BLACK SABBATH - Black Sabbath

Et Satan créa le heavy metal.
Oh bien entendu, il y a déjà quelques années que le Malin avait eu quelques échos de l’existence d’une prétendue musique de “possédé”, nommée le rock n’roll. Cela lui avait d’abord provoqué un sourire amusé, en voyant ces vieux puritains américains hurler au diable, mais bientôt, une idée Diabolique - évidemment - germa dans l’esprit de Satan.
Celui-ci choisit d’aller faire un tour du côté de Birmingham, dans la grise Angleterre industrieuse, exsangue par la Seconde Guerre Mondiale. Là, il pris possession (au sens premier du terme) des esprits de quatre jeunes gens. Il commença son ouvrage avec le jeune Tony Iommi : son premier acte maléfique fût de sectionner deux phalanges du garçon alors apprenti, tandis que celui s’afférait sur une machine dans un atelier de métallurgie. Pour quel résultat me direz-vous ? Le Malin portant bien son nom, l’action de celui-ci, d’apparence dérisoire, fût le déclenchement de tout. Le jeune Tony, dont la passion pour la guitare n’était sans doute pas fortuite, fût contraint, les années passant, de jouer en sous-accordant ses cordes à cause de son handicap. Le son qui en découle est révolutionnaire, grave, sombre et tout à fait au goût du démon.
La deuxième recrue se nomme John Michael Osbourne, surnommé Ozzy. Même la famille de ce dernier se rendit à l’évidence que ce garçon était possédé : gagnant son argent de poche dans un abattoir, il gagnait surtout son pain en faisant dans le larcin, ce qui lui valut rapidement d’avoir un casier bien rempli.
Le troisième, Bill Ward, inquiétait lui aussi par une précaire santé mentale, qu’il parvenait tant bien que mal à canaliser en se mettant à la batterie. Satan ayant quand même bien étudié la question, il se rendit compte qu’il manquait un bassiste, et mit son grappin sur un jeune psychédélique et excentrique du nom de Terry Butler, étrange garçon toujours vêtu de vert…
Le Malin laissa quelques années aux jeunes gens pour se parfaire, leur soufflant à l’occasion quelques tuyaux pour les amener invariablement au résultat espéré. Jouant sous le nom de Earth, les Anglais se font un nom par le bruit de leur rock n’roll, très amplifié et bruyant.
Lorsque tout sembla en place, le diable prit définitivement possession du groupe, qui inconsciemment se rebaptisa Black Sabbath, du nom du morceau monstrueux qui venait d’accoucher : Black Sabbath, l’acte de naissance maléfique du heavy metal. Un univers désespéré de fin de monde inédit aux oreilles des fans de rock n’roll, subjugués par la noirceur, la puissance et l’inspiration démoniaque de ce premier morceau de l’histoire du Metal.
Le Mal était fait, et dès lors, l’histoire de Black Sabbath redevient une de ces légendes humaines, vivantes mais inspirées pour de longues années.
Le coup de tonnerre se répercuta en un longue écho, qui s’amplifia jusqu’à la sortie de…”Black Sabbath”, le premier album éponyme du groupe, en Février 1970. Le premier disque de Heavy Metal est forcément voué à un culte mérité. Outre son premier morceau dont nous avons déjà parlé, Black Sab’ présente déjà de futurs grands classiques, comme “Wicked World” ou “N.I.B”, typiques du jeu déhanché et lourd du groupe, avec les vocaux inquiétants d’Ozzy en maître de cérémonie. Ce premier opus reste toutefois largement influencé du hard rock de ses contemporains, malgré une thématique et une atmosphère en marge.
Le succès, sans être démesuré, est suffisant pour que la maison de disques du groupe invite les quatre musiciens à se remettre au travail : avant la fin de l’année 1970, le groupe a achevé la composition de “Paranoid”. Le mythe explose, il n’est plus seulement l’étincelle, il devient le lourd socle fondateur de tout un mouvement. Désormais nettement détaché des influences blues-rock trop évidentes, Black Sabbath pose des bases musicales définitives : le riff légendaire de “Paranoid”, son utilisation de la corde à vide pour donner cet effet rythmique imparable, l’hypnotique “Iron Man” et son ambiance de plomb, sans parler d’un hymne du heavy metal repris cent mille fois : “War Pigs”. Là encore, Black Sabbath innove. La thématique anti-militariste, évoquée de manière aussi crue et noire, tranche avec les discours éculés et peace and love de beaucoup de ses contemporains. C’est surtout dans la manière de lier ces paroles dures, engagées (et évoquant Satan par dessus le marché), avec cette musique d’acier qui impressionne et frappe les imaginaires. La lente descente musicale en enfer, avec cette fin guitaristique jouissive, est d’un lyrisme unique. Le heavy metal et la profondeur de son impact auprès du public prend corps.
L’album comporte également des morceaux plus étonnants, comme l’étrange balade “Planet Caravan” ou l’angoissant “Hand of Doom”, venant parachever une œuvre fondamentale, à la fois plurielle et homogène de par son atmosphère.
Mal accueilli par la critique, Paranoid devient la référence de toute une nouvelle génération qui va se lancer à corps perdu dans la voie tracée. Mais Black Sabbath ne s’arrête pas là, sa diabolique inspiration semblant sans faille.
“Master of Reality” sort courant 1971, et une nouvelle étape est encore franchie. C’est en effet sur ce troisième album que Black Sab’ parvient à ce fameux son légendaire, dû à un accordage plus bas de la guitare et de la basse. Des classiques comme “Children of the Grave” ou “Into the Void”, une nouvelle fois, révolutionnent un peu plus le paysage musical. Le riffing de fer, très puissant et pesant, bien encadré par une rythmique implacable, sert d’ossature à des compositions dévastatrices, toujours diaboliquement inspirées pour créer des ambiances lugubres et impressionnantes. La césure définitive avec son cousin le hard rock est désormais achevée.
Le culte n’a jamais été aussi fiévreux, les concerts dantesques se multiplient. Black Sabbath varie un peu les plaisirs sur Vol.4, mais tout en conservant des hymnes de heavy metal de très haute volée (”Snowblind”,…), et se montre plus audacieux encore sur un “Sabbath Bloody Sabbath” certes culte (surtout grâce à son morceau éponyme), mais s’éloignant indiscutablement de la sphère occulte du groupe. C’est que la drogue fait des ravages au sein du groupe, Ozzy en tête, et que la dispersion musicale s’en ressent. La première période dorée s’évapore au fur et à mesure des errements du groupe. Cette première période, celle de la légende, s’achève dans la douleur. Aucun des albums suivants, Never Say Die compris, ne retrouve le merveilleux impact de ses prédécesseurs. La nouvelle génération du heavy metal est désormais bien en marche, et il faudra attendre le remplacement de Ozzy Osbourne par Ronnie James Dio au chant pour que Black Sabbath retrouve la place qui lui échoit parmi les leaders du heavy metal. Mais ceci est déjà une autre histoire, celle où la légende survit.
Pour le reste, au travers de “Paranoid” ou “Master of Reality” (entre autres), Black Sabbath a tout inventé. Son immense aura, et les territoires musicaux défrichés permettent rapidement à toute une génération de se lancer dans l’aventure du metal. Dès la sortie de “Paranoid”, un jeune groupe de Birmingham nommé Judas Priest est décidé à suivre la voie tracée par le maître…Rob Halford voit d’ailleurs en cet album un acte de naissance qui l’inspira pour la carrière que l’on sait.
A plus long terme, l’inspiration de Black Sabbath ressurgit de tous les pores du heavy metal : outre la structure musicale classique (le riff, le son, les structures), les thématiques abordées et le goût pour l’occulte et les ambiances plombées…du heavy au black metal, l’ombre des géants de Birmingham est partout.
La force primitive de sa musique est telle, qu’au milieu des années 80, à l’heure où le heavy metal vit sa transition la plus profonde, on trouve des groupes pour entretenir le flambeau et continuer à jouer la musique d’origine de Black Sabbath, l’essence la plus pure du heavy metal. Le doom est né, et quarante ans après les débuts de la légende, ce style demeure aujourd’hui l’un des plus authentiques et des plus profonds de l’univers tentaculaire du heavy metal.
Si la main de Satan n’est pour rien là dedans…

MOTÖRHEAD - Overkill

Généralement, lorsque l’on évoque Black Sabbath, le créateur du heavy metal, on stigmatise tous les aspects de sa musique qui présentent une vraie rupture vis-à-vis du rock n’roll. N’allez donc pas jouer ce tour à Lemmy Kilmister, vous risqueriez de le fâcher. Le fondateur de Motörhead, lui, est un enfant du rock. Né à la fin de la seconde guerre mondiale en Angleterre, Lemmy a grandi avec une guitare et la rock n’roll attitude, qu’il n’a jamais quittée : sex, drugs and rock n’roll…et la vingtaine à peine passée, le voilà traînant ses guêtres en tant que roadie de Hendrix himself ! Après plusieurs expériences, il joue dans Hawkwind, un groupe de hard psyché plutôt solide, mais se fait virer pour une sombre histoire de stupéfiants au Canada… De retour à Londres, c’est la fondation de Bastard, son propre groupe. Sommé par son manager de le rebaptiser Motörhead, Lemmy et ses deux acolytes d’alors mettent en boîte un premier disque éponyme qui reste sans suite (1975). Les années qui suivent sont difficiles, mais permettent néanmoins à Lemmy d’établir le line-up historique, le punk Phil Taylor venant d’abord prendre la place de Lucas Fox derrière les fûts, puis Eddie Clarke s’imposant à la guitare au détriment de Larry Willis. Ces évènements ne sont pas anodins, car la force et l’énergie de Taylor justifiera la présence du jeu rythmique plus massif de Clarke, là où leurs deux prédécesseurs avaient un jeu plus conventionnel. Le tournant “brutal” de Motörhead prend source ici.
Ayant trouvé un label, le trio (re)sort son premier album éponyme en 1977, mais c’est surtout le single “Louie-Louie” qui fait connaître le groupe, bien que présentant encore un hard rock rugueux mais conventionnel. Peu importe, Bronze Records, leur nouveau label qui connaît le succès avec ce single leur offre la possibilité de pondre un second album. Motörhead a de l’énergie à revendre et lâche les chevaux pour de bon. Le résultat s’appelle “Overkill”, et c’est le premier coup de tonnerre. Les racines rock du groupe, mêlées au contexte heavy metal explosant alors en Grande-Bretagne, et l’énergie punk de son batteur et de son guitariste vont faire accoucher Motörhead d’un nouveau style : précurseur du speed metal qui va bientôt ravager le petit monde du heavy, “Overkill” présente par moments (essentiellement sur le morceau éponyme introductif) une puissance jusque là jamais vue : riffs d’acier très rapides, double pédale et tempo enlevé, chant rauque et agressif, le tout dans une atmosphère aux antipodes du raffinement mélodique de certains groupes de hard rock de l’époque. La structure de l’album reste malgré tout de facture conventionnelle, collant avant tout avec un hard rock graisseux et rustique qui fait beaucoup, beaucoup de bruit. D’ailleurs, “Overkill” comporte quelques grands classiques imparables qui ont meurtri des générations de petits tympans lors de concerts mémorables. C’est que les “No Class, Stay Clean” et bien sûr l’imparable “Overkill” avec ses multiples rappels lancés à grands renforts de double, sont taillés pour la scène. Oh ne cherchez pas le refrain-hymne à la Judas Priest, Lemmy et sa bande font plus dans l’agression sonore par son implacable feu roulant rythmique et le débit éraillé de son bassiste/chanteur impayable.
Si les Anglais récidivent quelques mois plus tard avec un solide “Bomber”, c’est l’année suivante, en 1980, que le clou en acier trempé est définitivement enfoncé à grands coups de masse. Avec “Ace of Spades”, Motörhead passe la vitesse supérieure. Là encore, c’est le morceau éponyme qui sert de fer de lance et devient la nouvelle référence. Aussi bien en terme de riffing qu’au niveau du couple basse/batterie, la vitesse d’exécution et la puissance dégagée se rapprochent très nettement des bases du speed metal, avant même le hardcore frénétique de Discharge ou le black/thrash naissant de Venom. Mais là où ses congénères préfigurent une nouvelle génération du metal extrême, Motörhead reste viscéralement attaché à son imagerie de toujours. Groupe de rock n’roll, quelque part ultime, la bière, les filles, la coke, le vieux cuir tanné par des tournées incessantes, voilà l’univers définitif de Lemmy Kilmister et de ses deux acolytes, ce qui achèvera de le laisser associé au hard rock / heavy metal des années 70, bien que sa musique s’avère être un des plus puissants précurseurs de la vague brutale des années 80.
C’est que, 30 ans après, à soixante balais passés, Lemmy est toujours là, sa basse Rikenbacker en bandoulière, plus de vingt albums au compteur, en oubliant même les innombrables lives (dont certains sont peut être les disques les plus essentiels du groupe - je pense à “No Sleep ‘til Hammersmith”), et autres compilations… Et Motörhead joue toujours son rock n’roll immuable, n’ayant plus guère changé depuis lors. Et là, un jour de concert, ils sont toujours des milliers à frémir au moment du rappel, lorsque sonne “Overkill”, ses soli légendaires et ses breaks imparables. Parce que pendant quelques minutes, un pan d’histoire du metal continue toujours de vivre.

DIAMOND HEAD - Lightning to the Nations

C’est en 1976 à Stourbridge en Angleterre que se forme la “tête de diamant” par deux potes : le batteur Duncan Scott et le non moins excellent six-cordiste Brian Tatler. Ils auditionnent et engagent un chanteur du nom de Sean Harris dans leur lycée accompagné de son pote, le bassiste Colin Kimberley. Le line-up enfin complet, le groupe peut démarrer l’aventure. Ce groupe peut être considéré comme l’un des tous premiers et plus importants groupes de ce que l’on appellera un peu plus tard la NWOBHM (New Wave Of British Heavy Metal), aux côtés de Angel Witch, Iron Maiden, Tank, Raven, Def Leppard, Venom entre autres… Suivant Black Sabbath, Motörhead et Judas Priest, la vieille garde des 70’s qui répond toujours présent en ces 80’s.
En 1978, le groupe enregistre sa première démo à Kidderminster, non loin de Birmingham, qui a vu la naissance du heavy metal en son sein grâce à Tony et Geezer qui ont ensuite inspiré Ian et Kenneth. Cette première trace discographique attire l’attention et le groupe gagne en notoriété à force d’intenses séries de concerts, ouvrant même pour les australiens d’AC/DC et les tous jeunes futurs célèbres Iron Maiden.
De manière à pouvoir sortir leur premier matériel autoproduit et autofinancé, les “têtes de diamant”» créent leur propre label, sobrement baptisé Diamond Head Music. Ils réussissent toutefois à sortir deux premiers singles que sont “Shoot Out the Lights” qui s’ensuivra de “Helpless” sur le petit label Happy Face Music.
L’histoire concernant le premier album de Diamond Head est particulière, puisque, à la manière des Led Zeppelin, il n’a pas de titre officiel, on le connaît principalement sous le nom de “Lightning to the Nations” ou aussi “The White Album”, en raison aussi de l’absence de pochette, constituée uniquement d’un fond blanc. L’album se verra pressé à 1000 exemplaires, chacun avec la signature de chaque membre du quatuor. Il sera distribué pendant les concerts ou par correspondance pour la modique somme de 3,50£. Un nouveau pressage de 1000 exemplaires avec le tracklisting s’ensuivra. La légende est en marche, mais disparaîtra par malheur bien trop prématurément. La même année, 1980, Iron Maiden et Angel Witch sortent leur premier opus, la nouvelle garde passe à l’attaque, peu s’en remettront.
Mais qu’est ce qu’un album sans pochette, sans titre officiel, autofinancé et autoproduit peut bien se targuer d’apporter dans l’histoire de notre musique tant adorée ? Et bien 7 titres qui forgeront la légende trop méconnue qu’est Diamond Head, car si le contenant d’un tel disque est relativement pauvre, ce n’est pas le cas de la musique développée sur ces 41 minutes de pure NWOBHM. Car on a à faire ici à l’excellence-même dans le domaine, un heavy très influencé par le hard rock des 70’s (Deep Purple et Led Zep’ principalement), mais en plus “couillu”, caractérisé par un rythme de batterie et des lignes de basse très simples accompagnés d’un chant plus mis en avant et d’une guitare plus complexe, oui une seule, donc au revoir le mur de guitare. Car oui, ici, ce sont avant tout la voix superbe de Sean Harris et les riffs de Brian Tatler qui sont les maîtres de Diamond Head qui prédominent. Ils sont d’ailleurs les seuls crédités pour la composition de tous les morceaux du disque, c’est donc sur eux deux que je concentrerai mon commentaire.
Harris a un chant très “lâché”, pas trop aigu, empli de feeling et d’émotions, se permettant quelques petits gémissements orgasmiques, se la jouant même à la Robert Plant sur les 9′30” de “Sucking My Love” au titre plutôt évocateur… à coup de “Oh ! Yeah !” et “Tasty !” (très très sous-entendu tout çà !). Il peut aussi se montrer plus agressif notamment sur le sombre et étrange “Am I Evil ?” ou pousser des cris comme littéralement transporté par les mélodies de Tatler à la manière de la chanson-titre et “The Prince”, qu’on a encore dans le crâne après une seule écoute et qu’on a envie de chanter.
Au niveau musical, cet album ne souffre d’aucun défaut, tout est bien en place, caque titre a son petit truc à dire. Tatler démontre tout son talent de riffer sur le titre éponyme “Lightning to the Nations” ainsi que le très purpleien “It’s Electric” où l’influence 70’s est très palpable. Le paroxysme est atteint au cœur même du disque sur “Am I Evil ?”, un titre qui porte d’ailleurs très bien son nom, un climat sombre et inquiétant, une mélodie en tapping en guise d’intro qui nous transporte, un riff mémorable, un refrain qui l’est tout autant avec un Harris littéralement possédé, le tout avec des paroles dans le but de choquer un petit peu et se faire remarquer : “My mother was a witch, and she was burn alive ! Thankless little bitch”, c’est très… evil, quoi ! Incontestablement le morceau le plus metal de tout l’album.
Oui, Brian Tatler est un grand guitariste dans l’histoire du metal, même si pas reconnu à sa juste valeur, que ce soit pour sa maîtrise inspirée du bon riff killer ou pour son superbe toucher tant en mélodie qu’en solo. Il arrive à nous prendre aux tripes tout au long de ces 41 minutes de pure quintessence musicale métallique, ses soli et parties mélodiques sont toujours d’un pertinent et d’un ponctuel rarement vus, toujours bien placés, il n’en fait jamais trop, tout en justesse et en finesse. Sean, quant à lui, nous donne envie de nous égosiller sur chaque refrain, il arrive à rendre chacun d’eux indispensable à chaque titre, on a un petit frisson qui nous traverse sur le pré-refrain de “Helpless”, tellement bien pensé et tellement en phase avec le reste.
Tout se tient sur ce disque, chacun des 7 titres est le fruit d’un intense travail de composition depuis 1976, donc 4 ans, tout est dit, rien ne manque, c’est complet, abouti, juste et bien joué. Tout comme le premier album de la Vierge de Fer sorti la même année, son aspect très abouti vient du fait que les compos ont été peaufinées pendant 5 ans depuis 1975.
Ici, il y a une envie qui transpire à grosses gouttes, on est face à un album qui marquera au fer rouge et ardent une nouvelle génération métallique plus féroce qui verra ses premiers émois un an plus tard aux Etats-Unis et en Allemagne. Tout autant que l’ont été et le sont encore Iron Maiden, Judas Priest, Black Sabbath et même Motörhead, Diamond Head a aussi sa place sur le podium des formations britanniques les plus influentes de l’histoire du metal.
Malheureusement pour le groupe, il sombrera vite dans l’oubli par la suite, l’album suivant “Borrowed Time” de ‘82 n’est pas un grand succès et le “Canterbury” un an plus tard signera l’arrêt de mort de ce groupe pourtant talentueux, faute d’un manque évident de promotion et de soutien de la maison de disque (MCA), n’y croyant plus tellement. Ce sera le cas de beaucoup d’autres groupes de cette vague comme Angel Witch, tandis que la Vierge de Fer a su dès le début se démarquer de ce courant, en écrasant tout sur son passage et montant rapidement aux sommets du succès.
Le groupe est toutefois encore actif, dans l’ombre des grands, qu’ils ont été le temps d’un album, ne restant que Brian Tatler du line-up original.
Mais la magie d’antant sera à jamais enfermée dans cette Ile au Trésor qu’est et sera toujours “Lightning to the Nations”. Un des périples les plus palpitants qui m’ait été donné de vivre et qui me donne toujours envie d’y revenir, car il se renouvelle à chaque écoute.
Vous avez sans doute remarqué que je n’ai ici pas fait mention d’un groupe américain ultra connu, par l’intermédiaire duquel Diamond Head doit injustement et tristement sa célébrité par ses nombreuses reprises, je ne le ferai pas, et même si, en ce qui me concerne, j’ai découvert de cette manière la “tête de diamant”, ce serait un manque de respect plus qu’évident dans une chronique qui leur est exclusivement et honorifiquement consacrée.

SAXON - Wheels of Steel

Issu de la célèbre NWOBHM (New Wave Of British Heavy Metal) qui a vu naître également Iron Maiden, Def Leppard, Angel Witch et bien d’autres, le groupe Saxon, après s’être fait appelé Son Of A Bitch, publie un premier album éponyme en 1979 déjà fort prometteur.
Il ne tarde pas à se faire une renommée en enfonçant le clou l’année suivante (Février 80) avec la sortie de ce “Wheels of Steel” qui squatta ainsi la 5ème place des charts anglais.
L’attitude bikers/rebel qui émane de l’album donne des sensations de liberté et un sentiment d’authenticité à l’auditeur, tout heureux qu’il est de prendre sa dose de metal à l’ancienne au feeling hard rock.
Les morceaux, malgré leurs structures simples, ne doivent pas faire oublier l’indéniable qualité des soli de guitares de la paire de mécanos du riff que sont Paul Quinn et Graham Oliver ni la voix criarde si caractéristique de Peter “Biff” Byford, les parties de batterie de Pete Gille (ex-Motörhead) jouant tel un mutant à quatre bras et enfin la basse de Steve Dawson très solide sur ce disque.
“Motorcycle Man” démarre les hostilités tout en rapidité et puissance donnant la marche à suivre : direct et efficace avec soli imparables. La suite directe est dans la même veine tout en étant moins vindicative, cela forme en tout cas une bonne entrée en la matière.
“747 (Strangers in the Night)”, plus contrasté avec ses arpèges et la lourdeur de ses power chords (accords basiques du heavy metal joués sur 2 ou 3 cordes), est un incontournable du groupe sur scène, il possède de surcroit des paroles intéressantes sur les impressions que l’on peut ressentir lors d’un vol en Boeing.
Autre standard et autre ambiance avec “Wheels of Steel” qui use de la même rythmique tout au long du morceau, mais l’effet hypnotique que cela peut provoquer n’est pas gênant outre mesure tant la mécanique bien huilée parvient à s’incruster joyeusement dans notre tête.
“Freeway Mad”, introduit par une batterie sauvage, déboule pied au plancher. C’est le titre le plus court de l’album et l’un des plus speed avec une sortie de route toute en finesse exécutée à la guitare.
Le dernier morceau “Machine Gun” est lui aussi un modèle de rapidité avec un pont bien trippant et une fin apocalyptique qui voit les guitares s’emballer, dérailler complètement, pour finir en roue libre à coup de vibratos.
Je ne me suis pas étalé sur toutes les pistes du disque mais apprêtez-vous, vous qui ne les connaissez pas encore, à passer des moments exaltants à leurs écoutes : c’est burné avec encore de bon soli de guitares et toujours cette stimulante signature vocale.
Je ne connais pas tous leurs albums car mon intérêt pour le groupe est récent mais la découverte de ce “Wheels of Steel” m’a convaincu de me procurer un max de leur discographie, même les plus inégaux car il y en a eu. Les dernières sorties ont redressé la barre et nous prouvent encore que Saxon est un groupe essentiel dans le monde du heavy/hard.

IRON MAIDEN - The Number of the Beast

A l’image de sa pochette représentant Eddie, la célèbre mascotte du groupe, manipulant telle une marionnette le Diable en personne qui lui même semble manipuler le genre humain, “The Number of The Beast” est un album emblématique de la scène heavy metal.
Tout d’abord, le recrutement de Bruce Dickinson (ex-Samson) au poste de chanteur symbolise un nouveau départ pour le groupe déjà auteur de deux albums remarqués (”Iron Maiden” et “Killers” avec Paul Di’Anno au micro) et ce dernier ne se contente pas de faire de la figuration, bien au contraire il impose directement son style puissant et racé, faisant corps avec la musique devenue à la fois encore plus heavy et mélodique.
Deux titres sont un peu à part sur cet album: “Children of the Damned” au rythme proche d’une power-ballade s’énervant sur la fin avec un magnifique solo de gratte, l’ensemble est magique, et “Gangland”, titre assez rapide que je trouve très bon même s’il dénote du reste des compos de par son côté épuré.
Tous les autres titres, justement, ont leur place dans le panthéon du heavy metal, gravés dans le plus pur granit créé par la section rythmique, rehaussés d’une bonne couche d’or sortant des guitares de Dave Murray et Adrian Smith, ces deux-là s’entendant parfaitement dans l’enchevêtrement des mélodies purement imparables.
Le jeu de basse de Harris est lui aussi un délice avec ses célèbres cavalcades qui constituent la moelle épinière des morceaux qui sont avant tout les siens.
Les véritables hits que sont “Invaders”, “The Prisoner”, “22, Acacia Avenue”, “Run to the Hills”, “The Number of the Beast” ne peuvent laisser indifférent : votre tête, vos pieds se mettent à bouger tout seuls, martelant le sol telle une danse de possédé en imitant les différents instruments à tour de bras.
Le début de “The Prisoner”, juste après la courte intro, est un pur bonheur, Clive Burr à la batterie nous montre qu’il sait aussi groover.
Et que dire du dernier titre “Hallowed be thy Name” ? Ses atmosphères sombres, prenantes, ses phrasés de guitares magistraux, le chant complètement habité de Bruce et une section rythmique du tonnerre ont rendu ce morceau monstrueusement culte.
Si Iron Maiden est si populaire aujourd’hui c’est grâce à cet album, qui remporta un vif succès et leur permirent, avec l’appui d’un très grand chanteur et un nouvel esprit de cohésion, de repousser toujours plus loin leurs limites.
Steve Harris, le bassiste leader de la formation, avec tout son talent d’instrumentiste et d’auteur compositeur peut enfin laisser libre court à son imagination en ayant laissé de côté les problèmes de drogues et d’alcool de son ancien chanteur pour nous offrir encore pleins de pépites metalliques qui ne manqueront pas de jalonner la carrière de la Vierge de Fer.

JUDAS PRIEST - Painkiller

Judas Priest est le plus vieux groupe de heavy metal encore en activité aujourd’hui. Rendez vous compte : près de 40 ans de carrière (Judas Priest s’est formé en 1970), 16 albums studio (en comptant le petit nouveau “Nostradamus”), et des tournées triomphales partout dans le monde.
Après un début de carrière où les influences rock et psyché sont plus présentes : “Rocka Rolla” (1974) et “Sad Wings of Destiny” (1976), le combo va ensuite définitivement se tourner vers le heavy metal dont il sera un groupe majeur.
Les anglais, que beaucoup considèrent comme le chaînon manquant entre le hard rock et le heavy metal tel que nous les connaissons aujourd’hui, ont traversé toutes les époques en tenant bon le cap et en restant indifférents aux modes : le punk des années 70, le thrash metal des 80’s, le death des 90’s, le neo et le black des 00’s, le quintette de Birmingham a toujours pratiqué son heavy metal, style qu’il a contribué à créer et fait considérablement évoluer.
En tout cas, il est certain que Judas Priest a laissé son empreinte musicale dans chaque décennie qu’il a traversée, nous gratifiant au passage de quelques galettes cultes : “Sin After Sin” (1977), “British Steel” (1980), “Defender of the Faith” (1984) et surtout “Painkiller” (1990) que nous développerons plus en détail à la fin de ce topo.
Bien sûr, leur carrière exceptionnelle de longévité a aussi été jalonnée de quelques problèmes et après le départ du légendaire chanteur Rob Halford en 1993, on a bien cru le Priest disparu à jamais. C’est également à cette époque du début des années 90 que le groupe a connu des problèmes avec la justice et cette fameuse histoire des messages subliminaux de la chanson “Better By You / Better Than Me” (sur “Stained Class” en 1978) dont vous trouverez quelques détails sur ma chronique (ici).
Glen Tipton et ses comparses, après avoir soufflé pendant plusieurs années, recrutent Tim “Ripper” Owens et la machine redémarre. Mais après deux albums, dont le semi-ratage “Demolition” (2001), Tim Owens est remercié pour la simple raison que malgré son talent vocal indéniable, celui-ci a du mal à faire oublier son illustre prédécesseur et après diverses expériences en solo avec Fight, Two ou Halford, le chanteur chauve réintègre enfin les rangs en 2004 après plus de 10 ans d’absence pour le plus grand bonheur des fans, qui n’attendaient que ça.
“Angel of Retribution” (2005) marque un retour réussi et prouve que “les papis du metal” ne sont pas morts et “Nostradamus” (2008) marque un changement d’orientation vers le prog : Judas Priest sait se renouveler et s’adapter.
Parmi la riche carrière phonographique du Priest, “Painkiller” restera définitivement au-dessus du lot pour de nombreuses raisons. Faisant suite au bon mais sans plus “Ram It Down” (1988), rien ne laissait présager que “Painkiller” aurait l’effet d’une bombe à neutron.
Tout d’abord, l’intégration de Scott Travis à la batterie (ex-Racer X) va considérablement brutaliser la musique de Judas Priest par sa vélocité, sa double-pédale omniprésente et son jeu agressif. Ensuite, au niveau des guitares, la paire Tipton / Downing va se surpasser pour pousser les duels de soli à leur paroxysme avec une efficacité, une vitesse et pourtant aussi un sens de la mélodie jamais égalés depuis. Des atmosphères angoissantes de “Night Crawler” aux ambiances épiques de “One Shot at Glory”, en passant par la puissance et la virtuosité (d’ailleurs présentes à chaque seconde de cette galette) de “Leather Rebel”, tout est parfait du début jusqu’à la fin.
La transformation du Priest transparaît jusque dans l’artwork où ce personnage imaginaire, le “Painkiller”, règne en maître sur sa mécanique de combat, au-dessus d’une ville dévastée sur laquelle le Metallian, symbole du groupe bien avant de devenir un magazine, s’élève des entrailles de la terre.
La particularité de ce disque a été de repousser les limites du heavy metal, dans un style qui n’est pourtant pas du thrash, les anglais parviennent à insuffler une puissance et une agressivité hors du commun : des titres comme “Painkiller”, “Metal Meltdown” ou “All Guns Blazing” dévastent tout sur leur passage.
Et enfin, “last but not least”, cette voix du Metal God, cette satané voix reconnaissable entre milles (bien que parfois copiée n’est-ce pas Mr Ralph Sheepers…) et jamais égalée qui atteint sur “Painkiller” son apogée de puissance, de diversité et de talent.
“Painkiller” est un disque que même les fans les plus endurcis de metal extrême apprécient, peut-être même l’album le plus fédérateur de l’histoire du metal. Voilà en quoi ce bijou constitue l’œuvre ultime du Priest, considéré tout simplement par de nombreux metalleux comme le meilleur album de heavy metal jamais sorti.
Alors pour les plus jeunes d’entre vous qui trouvent que Stratovarius est ce qui se fait de mieux au niveau de la puissance et de la virtuosité dans le heavy metal, il est grand temps de vous pencher sur “Painkiller” de Judas Priest.
Pour plus de détails sur la première partie de la carrière du groupe, rendez-vous sur l’article “Judas Priest : des débuts difficiles à la consécration (1970-1982)” paru dans nos pages.

WASP - WASP

WASP voit le jour au début des 80’s sous l’impulsion de Blackie Lawless (Steve Duren pour les intimes) qui après avoir joué dans différents projets décide de monter son propre groupe. Pour se faire, il s’adjoint les services de Chris Holmes avec qui le bonhomme partage quelques points communs, comme le fait d’avoir par exemple été tous les deux virés de l’école…
Et avec ses deux olibrius dans ses rangs, WASP va se montrer provocateur et subversif dès ses premières productions, avec en particulier le Single “Animal F**k Like a Beast” à la pochette évocatrice, on y voit en effet un membre du groupe avec une scie circulaire entre les jambes faisant office de vous savez quoi.
En ce qui concerne son look, le combo s’inspire aussi bien du glam, du heavy metal (cuir à la Judas Priest) et du punk, et c’est aussi un peu le cas de leur musique, sorte de glam / heavy vraiment violent pour l’époque. Les américains véhiculent une image sulfureuse à l’image de leurs concerts mouvementés, du style boire du sang dans un crâne ou couper des bouts de viande à la hache pour les balancer sur le public. Ajoutons à cela quelques filles nues sur scène et la passion pour l’occultisme de Blackie Lawless et il n’en fallait pas plus pour déclencher les foudres du PMRC, une sorte de ligue puritaine à la mors-moi-le-nœud dirigée par la femme d’Al Gore (à ne pas confondre avec le pote d’Actarus dans Goldorak hein…) qui causera également plus tard des ennuis au grand Dee Snider. Cela dit, les cerveaux liquides du PMRC auront contrairement à leurs intentions, servi grandement les intérêts du combo en prétendant que WASP signifiait en fait We Are Sexual Perverts, ce qui ne fera qu’augmenter leur notoriété, des Marylin Manson avant l’heure en somme.
Cependant contrairement à ce que prétendaient certaines mauvaises langues du moment, WASP n’est pas qu’une mise en scène et des provocations pour attirer l’attention sur eux, le groupe va prouver avec son premier full-length qu’il n’est pas seulement un produit marketing mais bien un combo talentueux et inspiré. Ainsi le premier album “WASP” (1985) connaîtra un succès assez impressionnant avec 500 000 albums vendus et au vu de la qualité, l’authenticité et l’énergie de celui-ci, ce n’est que justice.
Rien que le premier titre “I Wanna Be Somebody” est culte à mourir, Blackie y hurle avec une intensité rarement atteinte et sa voix caractéristique et venimeuse prend aux tripes dès les premières écoutes, culte comme cette pochette ou Chris Holmes (guitare), Randy Piper (guitare), Tony Richards (batterie) et bien sûr Blackie Lawless (chant / basse) posent d’une façon qui prêterait désormais à sourire mais qui faisait grincer des dents les bien-pensants de l’époque avec squelettes, torches et bien sûr la fameuse scie circulaire de Blackie (mais pas au même endroit cette fois…). Le titre “Animal F**k Like a Beast” devait à l’origine figurer sur ce disque mais Capitol, déjà affolé par les vagues déclenchées par le quatuor, fait pression et convainc le groupe de la retirer de la tracklist.
Peu importe, il y a bien assez de morceaux énormes sur “WASP”, comment oublier “Love Machine”, les extraordinaires couplets a capella de Blackie Lawless et ce refrain entêtant s’incrustant dans vos esgourdes ? Impossible également d’oublier la magnifique balade “Sleeping (In the Fire)” montrant tout le savoir faire de Blackie Lawless qui sait faire jouer l’émotion et prouve qu’il n’est pas un hurleur quelconque. Et comment oublier le final “The Torture Never Stops” ? La paire Holmes / Piper distillent ici des rythmiques puissantes et des soli simples techniquement mais tellement jouissifs, et puis ce qui fait la grande force de ce disque en général : quel refrain une fois de plus !
Sur des chansons comme “Hellion” (au solo très Judas Priest) ou “The Flame”, on sent nettement une nette influence de Twisted Sister et pas seulement dans la puissance du chant et les chœurs, ils sont de la même école pas de doute. Dans tous les cas, ce premier jet est une réussite totale qui amènera le groupe à se produire entre autres avec Judas Priest aux US.
Les albums suivants sont tous d’excellente facture : “The Last Command”, “Inside the Electric Circus” et le fantastique “The Headless Children” montrant le combo au sommet de son art, sont tous recommandés pour ceux qui ont aimé ce premier album. Au fil du temps, WASP deviendra le joujou de Blackie Lawless et il deviendra rapidement le seul maître (tyran ?) à bord, jusqu’à composer l’intégralité du disque “The Crimson Idol” (1992), dernier album culte des américains.
Blackie continuera par la suite à sortir régulièrement des albums dont le récent “Dominator” (2007) de pas trop mauvaise facture, les productions post-”The Crimson Idol” ayant tout de même perdu un peu d’éclat, je conseillerai aux “débutants” de se cantonner à la première période de WASP.
- Bonjour Monsieur je voudrais acheter un album de WASP à Pau s’il vous plait, c’est possible ?
- C’est vous qui voyez, mais y’en a qui ont essayé ils ont eu des problèmes.
- On peut les acheter ou bien on peut pas les acheter les albums récents?
- C’est vous qui voyez….
- Oui mais on peut ou pas ?
- C’est vous qui voyez…

DIO - Holy Diver

On ne présente plus Ronnie James Dio, à la fois petit farfadet à la voix en or massif et géant de la scène heavy metal, à la carrière aussi longue que le bras. Personne ne peut dire avec certitude l’âge du bonhomme, mais il approcherait aujourd’hui de la soixantaine. On dit qu’il serait né en 1942 à Portsmouth dans le New Hampshire aux Etats-Unis. De son vrai nom Padavona, il ne prendra le nom de “Dio” (”Dieu” en italien) qu’au début des années 60 avec son groupe Ronnie Dio & The Prophets. Ronnie serait aussi à cette époque celui qui aurait popularisé les “Devil’s Horns”, ce fameux signe de la main, majeur et auriculaire levés, cher à tout metalhead pendant les concerts, devenu un symbole dans le monde du Metal. D’ascendance italienne, Ronnie se serait inspiré du geste de sa grand-mère italienne “mano cornuta” (main cornue) aussi appelé “malocchio” (mauvais œil), à l’intention des personnes mauvaises et malignes. Voilà pour l’anecdote.
Après un certain nombre de groupes formés depuis la moitié des années 50, Ronnie se voit engagé dans le projet du non moins grand Ritchie Blackmore : Rainbow en 1975. C’est à ce moment que la carrière de Ronnie va exploser, sa voix transporte littéralement les compositions du hard rock intelligent de Ritchie, et après trois albums studios et un live, il se voit remercié en 1978 après l’album “Long Live Rock’n'Roll”.
Dio a travaillé avec un grand pendant trois ans, et c’est un autre qui lui tend la main en cette année 1979, j’ai nommé Tony Iommi, véritable icône et fondateur de Black Sabbath. Car après le départ d’Ozzy Osbourne, celui-ci cherchait un nouveau chanteur de talent. On peut dire que Ronnie a littéralement transformé le “Sabbath Noir” : sa voix est plus lyrique et moins haut-perchée que celle de son prédécesseur, se révélant parfois aussi agressive sur les morceaux plus durs, il vient de trouver un nouvelle terre musicale correspondant à ses attentes. L’album “Heaven & Hell” sorti en 1980 nous montre un groupe totalement renouvelé et plus en phase, qui a encore quelque chose à dire, Dio ayant grandement participé au travail de composition, notamment sur le classique “Children of the Sea” pour lequel il rappellera maintes fois par la suite être le premier titre coécrit avec Tony et Geezer. Il se révèle donc être, en plus d’un grand chanteur, un compositeur de talent. Après l’album “The Mob Rules”, sorti un an plus tard, dans la lignée du précédent, qui verra le départ du batteur Bill Ward et la venue de l’américain Vinnie Appice derrière les fûts, c’est en 1982 que Dio enregistre son premier live avec le groupe, où il reprend avec aisance les classiques de la période Ozzy tels que “Iron Man” ou “N.I.B.”. C’est en cette année là qu’arriva le fameux clash entre Ronnie et Tony, la légende veut que ce dernier accusa Dio d’avoir voulu mettre sa voix en avant lors du mixage pour lancer sa carrière solo, Ronnie ayant toujours nié avoir eu à cette époque l’idée de monter son propre groupe, il accuse même le Tony d’avoir mis sa guitare en avant… Las de cet échange de pierres, le Ronnie s’en va former son propre groupe, emportant Vinnie Appice sous le bras et laissant pour compte Tony et Geezer, qui auront beaucoup de mal à s’en remettre. En cet an de grâce 1982, le groupe Dio est né. L’aventure commence pour notre lutin chanteur.
Mais Ronnie doit tout d’abord s’entourer d’un line-up solide, à la hauteur de son talent, ayant déjà Vinnie sous le bras, il recrute son ancien pote de Rainbow, l’écossais Jimmy Bain à la basse. Et là, nous arrivons à la question essentielle, le choix du guitariste… Le doigt est pointé sur un tout jeune totalement inconnu, l’irlandais Vivian Campbell qui se révèle être un très grand six-cordiste tant sur scène qu’en studio, ayant déjà joué avec le groupe de NWOBHM Sweet Savage. Avec ce nouvel arrivant tout frais et sortant de l’ombre, Dio a voulu éviter toute querelle d’ego. Cette collaboration ne durera que trois albums, et encore aujourd’hui, on a pu voir quelques querelles par presse interposée entre les deux hommes.
Le groupe ainsi formé arrive en 1983, en plein “boom” de la scène heavy metal, avec le succès d’autres géants tels Judas Priest et Iron Maiden alors en pleine gloire, ainsi que l’effervescence du tout jeune thrash metal avec Slayer et autre Metallica. Il se doit donc de marquer sa patte au fer rouge pour pouvoir s’imposer parmi les grands.
C’est en mai 1983 que sort le premier méfait de la bande à Dio, il s’intitule “Holy Diver”, à la pochette très controversée à l’époque, car on y voit la mascotte du groupe, un monstre dénommé Murray, noyer un prêtre catho enchaîné. Ronnie a d’ailleurs soutenu que cela pouvait aussi bien être un prêtre noyant un monstre (sacré Ronnie !). De plus certains ont soutenu pouvoir lire “Die” si on lit le logo du groupe à l’envers… Malgré tout, on a beau dire, l’artwork en question est très réussi et même devenu culte au sein du heavy.
L’album est enregistré aux Sound City Studios de Fortuna en Californie, produit par Dio lui-même, il est signé chez Warner Bros et Mercury Records.
Ce que l’on peut dire de prime abord sur ce disque, c’est qu’il est musicalement très influencé par la NWOBHM, et c’est à s’y méprendre, ne serait-ce qu’au niveau du son, très typé, de même pour les compos : lignes de basse et rythmes de batterie simples, guitare et chant davantage mis en avant. De plus, il n’y a qu’une seule guitare, donc pas de mur, on entend ainsi bien distinctement tous les instruments, y compris la basse. Certains disent même que l’on a affaire à un pur album de heavy britannique, ce n’est pas si faux finalement, mais il y a un atout supplémentaire… La voix de Ronnie.
Pour se démarquer un peu plus encore, l’album doit démarrer avec un titre fort qui montre que cette nouvelle formation a son mot à dire dans le milieu. C’est chose faite avec la speederie “Stand Up & Shout”, sûrement à l’heure actuelle le morceau le plus rentre-dedans et violent du groupe. On peut y voir un Ronnie agressif, moins lyrique qu’à l’accoutumé, comme on en avait l’habitude sur Rainbow ou Black Sabbath, le bonhomme pose sa marque et se montre un chanteur polyvalent, touchant à tous les registres.
On ne peut parler de cet album sans mentionner sa chanson titre, tube parmi les grands tubes de l’histoire du heavy metal, avec sa fameuse intro aux claviers par Dio lui-même. C’est un mid-tempo lourd au riff très heavy, on sent l’influence de la bande à Iommi sur ce titre, et Ronnie est en terrain connu : écoutez-moi cette ligne de chant, ces couplets, ce refrain, c’est un pure réussite, un véritable hymne du style, ça y est c’est fait ! Seul le solo se montre un peu plus faible par rapport au reste, mais ça n’enlève rien, strictement rien à ce titre mythique !
Le meilleur solo du disque est probablement celui de “Don’t Talk to Strangers” où Vivian nous démontre toute sa virtuosité et sa folie, Ronnie ne s’était pas trompé dans le crucial choix du six-cordiste ! Ce titre est un “Die Young” (cf. album “Heaven & Hell” de Black Sab’) revu à la sauce Dio. Un début en ballade soutenu par un Ronnie lyrique et velouté à souhait, pour ensuite rentrer dans le lard par un riff des plus sombres et lourds, quand arrive ce fameux solo, qui place ce titre au rang des tubes de l’album. Son passage en tapping est une pure jouissance, quel frisson !…
Un peu de rock’n'roll pour faire respirer le tout, “Caught in the Middle” et “Invisible”, sont le parfait exemple de l’héritage hard rock du style, que l’on retrouve aussi dans certains albums de la NWOBHM de l’époque.
L’un des titres les plus célèbres du groupe, n’est d’autre que le “Rainbow in the Dark”, encore joué en concert, sa ligne de clavier très joyeuse permet de l’identifier à la première écoute, Vivian Campbell est une fois de plus impérial sur ce titre, sans parler du refrain enjoué de Ronnie.
En conclusion, ce “Holy Diver” se montre un disque très varié, on peut y trouver de tout : de la ballade, de l’hymne intemporel et du direct sans fioriture. Mais il ne serait rien sans la voix de Ronnie, il peut enfin s’exprimer librement sur cette première offrande, et le fait d’une des plus belles manières possibles. Il se montre moins lyrique que par le passé et nous produit ce mélange si particulier d’agressivité et de ce fameux lyrisme, ce qui en fait une voix carrément unique dans ce milieu et qui le propulse en première place du podium des plus grands chanteurs de heavy aux côtés des Dickinson, Halford et Adams. A plus de quarante balais, le bonhomme nous montre qu’il n’est pas prêt de disparaître. Il faut saluer aussi la performance de Vivian Campbell, nous démontrant qu’il est un jeune guitariste des plus prometteurs, et cela même s’il sera remercié deux albums plus tard. Tant ses soli que sa rythmique font, en plus de la voix de Ronnie, de cet album ce qu’il est : un grand disque !
Et même si ce disque révèle encore les influences qui ont marqué les expériences précédentes du chanteur américain, il sera un succès retentissant dans le monde du Metal, certifié Disque d’Or aux US en 1984 et deuxième meilleur album de l’année 1983 dans la presse française.
Il est un classique incontournable du heavy metal, il ne faut surtout pas passer à côté, ce serait hérésie pour tout metalhead qui se respecte.
L’année suivante, l’effort est confirmé par un “The Last in Line” puissant et égalant en excellence son prédécesseur. Ce dernier, par son aura et son contexte, le rend à mon humble avis supérieur à tout autre album qu’ait pu sortir le groupe. Une carrière riche et pleine de succès se profile encore pour ce cher Ronnie…

MANOWAR - Hail to England

Les américains de Manowar sont un groupe unique dans le paysage heavy metal, représentant tout ce que ce style a de plus brut, définissant leur musique comme du true-metal et s’autoproclamant les “Kings of Metal”, ils ne font pas appel à la demi-mesure, aussi bien adulés jusqu’au fanatisme que détestés pour leur côté mégalo et prétentieux, ils ne laissent pas indifférents. Manowar ça se résume à des muscles, du sexe, de la bière, un mur d’amplis et du pur rock’n'roll, le tout appuyé par une imagerie guerrière heroic fantasy à la Conan le Barbare sur fond de mythologie scandinave. N’y cherchez aucune correspondance avec les fleurons du heavy britannique, nous sommes dans un univers radicalement différent.
C’est en 1980 que Joey DeMaio, technicien basse/pyrotechnique pour Black Sabbath durant la fin des 70’s, rencontre un compatriote du nom de Ross Friedman grâce à Ronnie James Dio, alors guitariste du groupe français Shakin’ Street (connu surtout aux Etats-Unis). Le courant passe très bien entre les deux hommes, ils décidèrent de fonder ensemble un groupe de heavy metal, le plus puissant au monde. Ils recrutèrent ensuite Eric Adams au chant et Donnie Hamzik aux fûts, le navire Manowar est prêt à prendre la mer pour de glorieux horizons.
Après une première démo enregistrée en 1981, le groupe est repéré par l’écurie Liberty Records (rachetée par Capitol Records à la fin des 70’s), ils signent même le contrat avec leur propre sang (sacré Joey) la même année, et sortent en 1982 leur premier album du nom de “Battle Hymns”, un concentré vitaminé de heavy metal très influencé par la scène hard rock contemporaine, ils se payent même les services du grand Orson Welles, cinéaste américain très célèbre dans l’histoire du 7ème art, pour narrer une partie du titre “Dark Avenger”, les premiers textes narrés dans l’histoire du metal. Joey nous démontre ses grands talents de musicien, avec l’instrumental “William’s Tale” de Rossini, le bonhomme est un sacré musicien. La basse de DeMaio est l’atout principal du groupe, Joey est crédité pour l’écriture de l’intégralité des paroles, certains titres sont coécrits avec l’aide de Ross Friedman, baptisé Ross “The Boss”.
En 1983, nos guerriers se séparent de leur batteur Donnie Hamzik, qui ne peut plus supporter la vie en tournée, et recrutent Scott Columbus aux fûts. Ayant auparavant travaillé dans une fonderie d’aluminium, le gaillard s’est vu obligé de jouer sur des kits en alu, car tous les jeux habituels de batterie s’écroulaient sous sa frappe de mastodonte. Techniquement pas irréprochable, sa puissance de frappe est toutefois primordiale dans le son Manowar. Le line-up durera jusqu’en 1989.
En cette même année, le groupe décroche un contrat avec la toute récente écurie Megaforce de Jonny Zazula. Dans la lignée du morceau éponyme de clôture du précédent opus, un heavy lent, épique et fédérateur, Manowar enregistre une démo qui sera finalement leur disque suivant : “Into Glory Ride”, affublé d’une pochette d’un kitsch assez hilarant représentant nos quatre guerriers vêtus de peaux de bêtes et d’armes de guerre. Après le titre d’ouverture, on oublie tout de suite le côté rock’n'roll de “Battle Hymns”, pour se fondre dans un univers épique de magie, de fantaisie et de mythologie (nordique, première mention dans le monde du metal). Les morceaux sont plus longs (l’album dure pas moins de 45 minutes pour 7 morceaux seulement !), plus pesants, plus mystiques… Manowar plus épique que jamais avec un Eric Adams ne faisant qu’un avec tous les titres… Ses performances vocales en concert impressionnent, avec ses poussées dans les aigus interminables ! Le groupe développe une puissance sonore gigantesque grâce aux murs d’amplis. Un clip faisant la promo du grand classique qu’est “Gloves of Metal” est shooté, épées en plastoc et demoiselles en peaux de bête : c’est kitsch, sans finesse mais bon… C’est Manowar !
Passons maintenant à l’album qui nous intéresse, et qui a marqué le nom de Manowar au fer rouge dans l’histoire du heavy metal, le non moins connu “Hail to England”, nommé en hommage aux fans Britanniques de l’époque, qui ont été en cette année 1984 la majeure partie de la fan-base du groupe. Une pochette de goût moyen très “époque”, représentant un Musclor portant le drapeau de la Perfide Albion. Sang, batailles et magie nous attendent. Manowar change une fois de plus de maison de disques pour Geffen, ce qui sera encore le cas les années suivantes. Le groupe finira d’ailleurs par créer son propre label, dans sa volonté de faire comme il l’entend et non comme on le lui dit.
Au départ destiné à être un simple EP, cet opus de 7 morceaux pour 33 petites minutes revient à quelque chose de bien plus brut que l’album précédent “Into Glory Ride”. Si on excepte le morceau de clôture, aucun ne dépasse les 4′30”. Au niveau du son, il fait moins “vieillo”, la basse de DeMaio est claquante et métallique, la batterie de Scott est lourde et bien mise en avant, dans la plus radicale définition du heavy metal, le pur. Le chant de Eric Adams est à son apogée, poussant à fond dans les aigus, faisant toujours aussi bien passer les émotions et sentiments, sans conteste, et il le confirme ici, un des plus grands chanteurs du style. L’album reste toutefois très épique, dans la lignée de son prédécesseur.
Nous avons ici tous les ingrédients qui font un excellent album de Manowar.
Les marches guerrières de “Blood of My Enemies” ou du morceau-titre “Hail to England”, avec des refrains à pleurer tellement c’est bon. On a envie de tout défoncer, de hurler les refrains avec Eric, de tous se réunir pour une même cause. Le second cité est particulièrement entraînant de bout en bout, c’est headbang obligatoire tout le long.
Le bijou dark “Each Dawn I Die” avec son ambiance ésotérique, son pas lent écrasant et ses paroles sur fond de magie et autres sorcières, incantées par un Eric totalement possédé, la basse de Joey tissant ses lignes les plus sombres autour.
Le carton “Kill With Power” et son fameux refrain en “Die ! Die !”, titre le plus speed du disque, Eric est plus enragé que jamais !
Le morceau dédié aux fans comme les Kings en feront à la pelle par la suite : “Army of the Immortals”, cela vient du fond du cœur et ça se sent.
L’instrumental de basse dispensable “Black Arrows” où Joey torture des cordes à coup de disto et d’effets en tout genre, je tiens à préciser que ce genre d’instru est la marque de fabrique des Kings, même si non pourvu de valeur purement musicale. Une voix démoniaque annonce ce qui arrivera à tous les “False Ones” s’ils daignent ne serait-ce qu’une fois affronter le Navire de Guerre !
Attention ! Pépite ! Le long morceau épique de clôture et le plus beau composé à ce jour, j’ai nommé le grand “Bridge of Death” sur fond d’Enfer et de Satan, le chant d’Eric n’a jamais été aussi beau, on n’a jamais eu autant envie de balancer ses poings sur les battements de Scott et les accords de Joey. Une ambiance vraiment envoûtante, on s’envole et frissonne sur les textes chantés par Eric, complètement possédé, une de ses plus belles performances en studio. On ne pourrait se passer de superlatifs pour décrire un tel voyage, 9 minutes, on aimerait plus et mourir avec !
On pourrait pourtant hurler à l’arnaque, 7 titres pour à peine plus d’une demi heure de musique ! Mais attention, nous sommes à une époque où les morceaux bouche-trous n’étaient pas encore légions. Ici on a 7 titres, 7 perles, 7 classiques (l’instru dispensable étant un élément essentiel d’un bon disque de Manowar), rien à jeter sur cette petite galette.
Je tiens à saluer aussi la performance de Ross “The Boss” qui nous gratifie sur ce disque de plusieurs grands soli bourrés de feeling, caractéristique de son jeu, où chaque note est pertinente et pose sa pierre à l’édifice.
Vous l’aurez compris, cet album est tout simplement un indispensable du groupe, d’une puissance et d’une homogénéité sans failles. Il représente au mieux ce qu’est un groupe comme Manowar, chaque mot, Heavy et Metal, est honoré comme il se doit, par un son, une aura, un esprit unique au sein de cet univers… Chaque musicien se transcende sur ce disque, la palme à un Eric Adams qui vit sa musique à pleins poumons.
A tous ceux ne connaissant pas le groupe ou ayant de fausses appréhensions, ce disque est pour vous, il démentira toutes les critiques habituelles dont Manowar est sujet, vous ne serez pas déçu du voyage !

ACCEPT - Metal Heart

1985: Accept est à l’apogée de sa carrière débutée en 1971, en ayant sorti consécutivement trois albums majeurs du heavy metal que sont “Restless and Wild” (1982),” Balls to the Wall” (1984) et donc ce “Metal Heart” qui nous intéresse aujourd’hui.
D’ailleurs, intéressant, il l’est assurément car tout porte à croire qu’il n’a pas besoin d’un pacemaker pour continuer à battre dans nos cœurs et dans ceux de nos descendants pour des siècles et des siècles.
Parce que ce Cœur de Metal a de la gueule! Non seulement sur la pochette mais aussi dans le contenu musical : aucune artère bouchée, tout circule abondamment sans anicroche. On se laisse porter par les afflux électriques de la guitare de Wolf Hoffmann qui varie fort bien ses soli et les refrains éructés avec conviction par notre cher Udo Dirkschneider donnent un sacré coup de fouet.
Ce que j’aime particulièrement dans Accept est ce contraste entre une musique certes percutante mais surtout mélodique et le timbre éraillé de son chanteur Udo qui aurait du mal à nous faire gober qu’il a un passé d’enfant de chœur !?!
Cette voix extraordinaire est devenue la marque de fabrique du groupe (d’ailleurs l’album “Eat the Heat” en 1989 avec un autre vocaliste n’a pas bien marché). Elle lui donne une originalité, et au vu de la concurrence qui est rude, avoir de bons morceaux ne suffit pas toujours : il faut savoir les faire vivre au travers du chant.
Mais revenons à l’album si vous le voulez bien… Bien que certains morceaux soient dans la même veine, l’ensemble de l’album reste suffisamment diversifié si bien qu’à aucun moment on ne sent venir poindre l’ennui. Les trois premiers jouent quasiment sur le même rythme mais chacun possède un truc magique qui le distingue aisément des autres.
On sait à ce moment là que l’on va aimer cet album d’autant que “Wrong Is Right” arrive pour accélérer le tempo, très appréciable à ce moment de l’album, le speed laisse ensuite la place à “Screaming for a Love-Bite” aux allures de standard pour les radios.
Les hostilités reprennent avec “Too High to Get it Right” et “Dogs on Leads” qui pose le décor avec sa petite intro et ses breaks qui m’évoquent une sortie nocturne avec la crainte de se retrouver en face d’une meute de chiens enragés. Ce titre est mon préféré justement grâce à cette recherche d’atmosphères.
“Teach us to Survive” bouscule quelque peu le schéma établi dans le sens où elle constitue la chanson la moins immédiate, en effet on ne tape pas forcément du pied mais on salue la mélodie de guitare simplement efficace.
Avec tous ces rebondissements et sans parler d’un “Living for Tonite” très académique mais délicieux, nous nous retrouvons au dernier titre “Bound to Fail” qui résonne comme une ultime pulsation fiévreuse d’où filtre une agréable ambiance de stade de foot, un morceau que les fans adorent.
Enfin, comment ne pas parler de “Metal Heart” sans faire ne serait-ce qu’une allusion aux passages de musique classique qui se trouvent sur le premier titre, qui est d’ailleurs éponyme?
En guise d’intro, nous avons droit à “La Marche Slave” de Tchaïkovski, et ensuite à “La Lettre à Elise” de Beethoven intégrée au solo avec un brio du tonnerre.
Une petite question entre deux headbangings : sachant qu’Udo se consacre à sa carrière solo, est-il possible qu’une réelle reformation ait lieu un jour ?
Moi je l’espère et en attendant, faites comme moi et complétez votre collection d’Accept !

KING DIAMOND - Abigail

Projet solo du chanteur de Mercyful Fate, King Diamond donne son nom à cette nouvelle entité du metal qui, après un premier méfait (”Fatal Portrait” en 1986) intéressant mais manquant encore de personnalité, porte sa seconde attaque l’année suivante d’une manière plus convaincante.
De tous les skeuds présentés ici, Abigail est peut être bien celui qui est le plus technique : en effet, la batterie de Mickey Dee brille par sa vélocité, elle fabrique une trame alambiquée et implacable qui pour autant ne mise pas tout sur la puissance.
Les drums vont d’ailleurs de paire avec l’éclatante performance d’Andy Larocque à la guitare, générant de multiples successions de plans rapides. Ce grand guitariste a joué sur un album du groupe Death (”Individual Tought Patterns” en 1993), c’est dire s’il est particulièrement doué !
Les lignes mélodiques sont bien entendu présentes mais ce n’est pas ce qui caractérise le plus la musique de King Diamond, les soli par exemple vous traversent comme des frissons au lieu de s’étendre sur de longs phrasés, c’est un régal que cette féroce jubilation auditive.
Ecouter King Diamond c’est un peu comme se plonger dans un bon film d’épouvante car à chaque album il nous régale d’une histoire sur fond d’occultisme ou d’ésotérisme où les guitares se font tranchantes et le chant théâtral.
Le King possède un chant atypique, le bougre est capable de moduler sa voix pour passer d’un registre aigu (voix de fausset) à un registre plus grave tout en nous gratifiant de ses narrations inspirées dont lui seul détient le secret.
Sur l’ensemble de ses albums, les parties narratives sont souvent complétées par des rires sadiques, des bruitages, grincements de portes ou même de rocking-chair, parfois Diamond prend la voix d’un enfant ou d’une vieille femme, toujours dans le but d’enrichir les atmosphères.
Ayant découvert le groupe en 1995 avec l’album “Spider’s Lullaby”, puis “The Graveyard” en 1996, j’ai mis un certain temps avant de me pencher sur les anciennes productions et c’est peut-être pour ça que mon speech sur Abigail n’est pas très étoffé.
Ce n’est pas mon favori mais il représente très bien le style du groupe tout en comportant bien des hits horrifiques en puissance.
Au final, c’est un recueil de titres homogènes que nous propose cet album, avec toutefois quelques surprises comme des passages acoustiques sur “The 7th Day of July 1777″ ou des claviers judicieux sur “Omens” qui est mon titre favori, grâce à sa construction assez basique contrairement au reste plus compliqué même si les émotions arrivent à passer malgré tout.
Vous l’aurez compris : il faudrait être damné pour ne pas connaître ce disque aux trésors insoupçonnables !

HELLOWEEN - Keeper of the Seven Keys Part 1

Penchons-nous maintenant sur un groupe qui a sa part d’importance pour le heavy metal, car il a créé un sous-style très important, que pas mal de ses contemporains transformeront en style à part entière - le power metal (européen, à ne pas confondre avec le power US) - j’ai nommé les citrouilles de Helloween. Pourquoi des citrouilles? Pour plusieurs raisons. D’abord parce que la citrouille est l’emblème du groupe, qui est donc plutôt tourné vers l’humour plus ou moins débile (en témoignent les nombreux dessins de personnages à têtes de citrouilles qui hantent les livrets de leurs albums) et ensuite à cause du nom lui-même : Helloween. On pense immédiatement à Halloween, et donc aux citrouilles. Et là, tout se tient.
Après cette étude étymologique fort intéressante, penchons nous sur le groupe en lui même. Il (le groupe, donc Helloween) fut fondé en 1983. Le line-up jusqu’au premier album (”Walls of Jericho”, sorti en 1985) fut le suivant : Kai Hansen à la guitare et au chant, Mickaël Weikath à la guitare et aux chœurs, Marcus Grosskopf à la basse et aux chœurs, Ingo Schichtenberg à la batterie et non, pas aux chœurs. Par la suite, et à partir de leur second album longue durée “Keeper of the Seven Keys Part 1″ (celui qui nous intéresse ici), Kai Hansen décida de se consacrer essentiellement à la guitare, laissant le chant à Mickael Kiske, autant à l’aise dans les aigus que dans les graves, mais privilégiant les aigus malgré tout. Le line-up tint bon jusqu’à “Chameleon”, album-échec pour le groupe, et marquant la fin de la première ère Helloween : le batteur se suicide, Kiske est viré pour digressions d’opinion et d’orientation musicale, Kai Hansen s’en va fonder l’excellent Gamma Ray… Le Helloween seconde ère (je viens de m’apercevoir que je viens de faire un jeu de mots, les puristes n’aimant pas trop le Helloween de la nouvelle ère, et lui préférant largement l’ancienne ère…. Allez, je vous aiguille : Helloween secondaire, ah ah ah!) connaîtra plusieurs changements de line-up (au niveau des batteurs et second guitaristes, le chant restant stable en la personne d’Andi Deris, dont le registre est assez particulier et s’éloigne de celui de Kiske. On aime ou on n’aime pas….), voyant passer Uli Küsh, Roland Grapow… Le line-up actuel est constitué, outre Marcus Grosskopf et Mickael Weikath, les survivants, de Sasha Gerstner à la guitare, Andy Deris au chant, et Dani Löble à la batterie. Mais comme je l’ai dit, cette période ne sera pas traitée ici.
Après ce petit résumé, focalisons-nous sur la musique d’Helloween. Le premier album “Walls of Jericho” était une sorte de heavy bien speed, bien influencé par Iron Maiden et Judas Priest, lorgnant presque vers un thrash sobre (ils participèrent à un split intitulé Death Metal, avec Running Wild et… Hellhammer, groupe dont l’influence sur le black metal fût importante.). Des guitares bien rapides, des soli à gogo, et la voix de Kai Hansen, lorgnant carrément vers les aigus, et pas encore totalement maitrisée à l’époque. Il a fait des progrès depuis.
Et que dire de ce “Keeper of the Seven Keys Part 1″ sorti en 1987 ?
Heavy ? Oui.
Speed ? Oui.
Mélodique? Oui.
Old School ? Pas vraiment, mais pas loin.
Novateur ? Oui.
Incontournable ? Oui, et encore oui !
Il s’agit de l’album référence du groupe, et d’un des albums référence du style qu’ils ont inventé : le power metal. On entendra l’influence de Helloween chez plein de représentants du genre : Rhapsody, Heavenly, Angra (qui ajouta la touche symphonique), et bien d’autres encore.
Mais qu’est ce que le power metal, sinon un terme qui peut prêter à confusion (notamment avec le power US, qui est très voisin du thrash) ? Musicalement, ça lorgne vers du heavy bien speedé, avec mélodies et soli à la pelle, des refrains qui restent ancrés dans la tête. Et surtout une musique relativement facile d’accès, puisque très mélodique, ajoutant parfois des orchestrations plus ou moins pompeuses. Les puristes diront que les groupes de power metal n’ont rien de heavy, et ont même contribué à décrédibiliser le style, presque à le tuer (pourtant il n’est pas mort !), et ils n’auraient pas tout à fait tort. En effet, si un certain nombre de ces groupes ont du talent, quiconque écoute Sonata Arctica (au hasard l’album “Silence”) et un bon vieux Judas Priest (allez, “Defenders of the Faith”) verra vite la différence… L’un est clairement heavy metal et sent la bière, le cuir et les femmes, l’autre beaucoup moins. Par contre, l’autre sentira autre chose : des paysages enneigées, de la finesse musicale, des mélodies biens recherchées, le tout avec un son aseptisé. Génial et novateur pour certains, pas du tout dans l’esprit du metal pour d’autres, chacun voit midi à sa porte. Pour ma part, j’apprécie ces deux styles. Bref, le power metal n’a, pour la plupart de ses représentants actuels, plus grand chose de heavy metal (j’entends par là le bon vieux heavy metal, à la Judas Priest, Running Wild, ou simplement Iron Maiden).
Mais ce n’était pas le cas de ses fondateurs à l’époque. En effet, Helloween, à cette époque, joue du heavy metal, d’une façon certes novatrice et différente de ses camarades de l’époque, mais du heavy quand même. Avec tout ce qu’il y a de nouveau, au milieu des influences de Iron Maiden et Judas Priest (écoutez donc le solo de “Freewheel Burning”, sur l’album “Defenders of the Faith” de la bande à Rob Halford, et vous verrez une des influences de Helloween) dont ils arrivent à se départir, sans les oublier totalement.
Et ce “Keeper of the Seven Keys Part 1″ regorge d’hymnes, que ce soit le heavy “A Little Time” et son interlude sombre à la guitare acoustique rapide, le speed “I’m Alive” et ses soli géniaux, le très helloweenien “Twillight of the Gods” (pour la mélodie d’intro), l’incontournable “Future World”, la ballade “A Tale That Wasn’t Right”, ou le chef d’œuvre épique de 13 minutes “Halloween”, qui regorge de soli bien efficaces, mélodiques ou simplement ahurissants, et de mélodies qui restent ancrées dans la tête, tout comme les refrains…. La patte de Kai Hansen, qui est le compositeur de 6 des titres de l’album, dont ce chef d’œuvre, y est pour beaucoup.
L’intro “Initiation” débute par la mélodie de “Happy happy halloween, halloween”. Et les guitares prennent le relais, jouent sur les harmonies. Dans l’esprit, elle me fait penser à “The Ides of March”, qui introduit avec brio l’excellent “Killers” de la Vierge de Fer.
Sur l’outro “Follow the Sign”, l’influence d’Iron Maiden est encore plus marquée.
L’influence de Judas Priest se sent par ci par là, notamment sur le solo de “I’m Alive” (je pense au solo de “Freewheel Burning”, sur l’album “Defenders of the Faith”).
Voilà pour les influences.
Au niveau technique, les musiciens sont au top. Les guitares font la course à la mélodie et au solo avec vélocité, se lançant très souvent dans des joutes excellentissimes, parfois jouant ensemble sur le même plan, parfois en harmoniques (que ce soit sur les soli ou les riffs), ou parfois tout simplement en rythmique/lead. Les soli sont souvent relativement impressionnants. Les mauvaises langues qualifieront ça de branlette de manche. Y ‘a pas à dire, la branlette ça peut avoir du bon, la preuve.
Le jeu de Marcus Grosskopf est excellent également, bien technique (écoutez donc son jeu sur “Halloween”, notamment ce passage ponctué d’enchainements de slaps de dingue à partir de 6 minutes !), et surtout indispensable, car il apporte une vraie touche, un vrai plus, ne se contentant pas de faire une copie fade et sans intérêt (sinon celui d’un peu plus de puissance) des mélodies.
La batterie est bien efficace, breaks quand il faut, double pédale à gogo.
Et le chant enfin : Kiske a un registre vocal assez grand : il couvre pas loin de 3 octaves. Et même si sa voix n’est pas la plus hargneuse qui soit, il se débrouille foutrement bien. Les mauvaises langues (encore et toujours, alalala…) diront qu’il a influencé pas mal de chanteurs de groupes de “gay metal”… Qu’il soit heavy metal ou pas, c’est un excellent chanteur.
On peut noter la présence de quelques orchestrations par ci par là. Particulièrement dans l’intro et “Halloween” (qui je le répète est un chef d’œuvre parmi les hymnes de cet album). On peut d’ailleurs noter dans ce dernier un solo reprenant à quelque chose près la mélodie de la danse hongroise la plus connue de Brahms.
Dans ce melting-pot musical, on entend parfaitement chaque instrument. Aucun n’est mis en retrait.
Et tous ces ingrédients font de Helloween, et particulièrement de cet album, un incontournable du heavy metal, même si les fruits des graines semées s’en éloigneront. Les semeurs de ces graines, eux, arrivent à jouer du mélodique, tout jouant du heavy metal. Et ça, peu de groupes peuvent se vanter de l’avoir réussi, surtout avec autant de brio.
Incontournable, musicalement et historiquement.

RUNNING WILD - Under Jolly Roger

Oyé, oyé, moussaillons ! Bienvenue à bord du “Under Holly Roger”.
Apres deux albums “Gates to Purgatory” (1984) et “Branded and Exiled” (1985) produisant un speed evil sans compromis avec des rythmiques qui bastonnent, crient dans les aigues, et des paroles dédiées au Malin tel que “Black Demons”, “Soldier of Hell”, “Mordor” ou “Evil Spirit”, où le visuel rejoint la musique : pentagramme sur les pochettes, cuir et bracelets à clous de sortie, Running Wild se classerait a cet époque plus dans le speed que le pur heavy.
Changement de cap à partir du troisième album qui nous intéresse. Fini le côté obscur de la force (exit le pentagramme) et place aux aventures de la piraterie et de son navire ornant la pochette de ce “Under Holly Roger”.
Musicalement, la bande du leader “Rock’n'Rolf” Kasparak, qui reste le seul maitre a bord dans ce navire en perpétuel mouvement (Jörg Michael, le batteur de Stratovarius, a même officié dans ses rangs), va définitivement définir son style, variant les tempos par rapport à ses deux précédents albums, avec une voix plus rock donnant moins dans les aigus, des rythmiques entrainantes, des refrains accrocheurs : voici la marque de fabrique des allemands qui, malgré les modes, ne changeront pas d’un iota. Ici, pas de place pour les ballades ou le synthé.
Les histoires de démons ont laissé la place aux aventures des flibustiers, aux histoires de convoitise, de pouvoir, d’argent et de trahisons.
Cet opus va nous offrir des brulots qui sentent bon la poudre à canon, le titre éponyme ouvrant le bal et nous transportant tout de suite vers le grand large avec son refrain qui sent bon le houblon.
“Raise Your Fist”, avec son super solo, est une hymne par excellence, tandis que “Land of Ice” sait se faire inquiétant avec son rythme lent et lourd pour finir le voyage avec un “Merciless Game” à la rythmique de plomb et au solo endiablé.
Pour la tournée qui suivra, les costumes d’époque seront de sortie, de même que les effets pyrotechniques et le navire illustrant le décor scénique. Running Wild sort les grands moyens et publiera le premier album live de sa carrière “Ready for Boarding”.
Malheureusement, le groupe ne percera pas vraiment hors de sa contrée et c’est bien dommage au vu de la qualité de ses concerts. Le Gibus s’en souvient encore à l’occasion de la rare venue de Running Wild en France, lors de la tournée “Death or Glory” en 1989. Le groupe était alors à l’apogée de sa carrière, la salle afficha complet et de nombreux fans ne purent accéder à la salle bouillante, pouvant laisser des regrets aux organisateurs qui auraient pu (du) voir plus grand.
Running Wild poursuivra le concept de la piraterie pendant 6 albums d’excellente qualité, tels que “Port Royal” (1988) ou le moins connu mais aussi bon “Pile of Skulls” (1994) et passera ensuite au concept napoléonien avec “The Rivalry” (1998) en même temps qu’il changera d’écurie (de Noise Records à Guns Records) et continuera à nous pondre des albums de pur Running Wild comme le dernier en date “Rogue en Vogues” (2005).
Alors si vous voulez vivre des aventures de corsaires, hisser la grande voile, levez l’encre et partez à l’abordage du “Under Jolly Roger”.

SAVATAGE - Gutter Ballett

La deuxième moitié des années 80 aux USA a connu une vague de heavy tirant sur le prog, pratiquement oubliée de nos jours. On y trouvait des groupes comme Fates Warning, Queensrÿche, et donc Savatage qui nous intéresse ici.
Savatage se forme à Tampa, en Floride, en 1981 sous le nom de Avatar. Les fondateurs en sont les frères Oliva (Jon au chant et Criss à la guitare), le batteur Steve Wacholz et le bassiste Keith Collins. Les premiers enregistrements du groupe remontent à 1982, où ils apparurent sur la compile d’une radio locale. L’année suivante marqua un premier changement dans l’histoire du groupe. D’une part, leur nom Avatar, pour des raisons légales est changé en Savatage. D’autre part, le premier album “Sirens” est réalisé, après la sortie d’un EP, encore estampillé Avatar, “The City Beneath the Surface”. Cette réalisation est devenue un objet de collection. “Sirens” est encore un peu hésitant au niveau des compositions et de la mise en profondeur de la musique, mais on sent un talent immense au sein de la formation. En effet, la griffe Savatage est déjà bien marquée. Les qualités du groupe ne laissent pas Atlantic Recordings (major ayant vu passer Led Zeppelin, Yes et AC/DC entre autres) indifférent et fait signer la bande en 1984.
Le groupe rentre aux studios Bearsville dans l’Etat de New York, d’où sont natifs les frères Oliva. Ce studio a vu passer des pointures comme Hendrix, les Stones ou encore John Lennon. Dixit Jon Oliva, c’est la première expérience du groupe dans un vrai studio, avec 5 semaines de travail allouées pour enregistrer l’album, alors que “Sirens” avait été bouclé en 26 heures, réparties sur un jour et demi, dans un “poulailler”, pour employer ses termes, avec un unique enregistreur à bandes. “Power of the Night” bénéficie en effet d’un meilleur son et de compos plus approfondies. Le heavy metal développé ici reste dans l’apanage de ce qui se faisait à l’époque aux USA. On y retrouve d’ailleurs quelques similitudes avec Armored Saint qui avait sorti son “March of the Saint” l’année précédente. Cependant, Savatage fait montre de son savoir-faire en matière de soli et de performances vocales. Oliva cite “Power of the Night” comme leur premier véritable album. En effet, on y trouve déjà l’atmosphère et le groove typique du ‘Tage.
Le succès de “Power of the Night” promeut Savatage au rang international. En 1986, Johnny Lee Middleton intègre le groupe en tant que bassiste, remplaçant Collins. Savatage tourne avec Ted Nugent et Blue Öyster Cult, deux monstres sacrés de la première vague hard rock. En Europe, ils ouvrent pour Motörhead fraichement devenu une légende. Cette année connut aussi le premier écueil avec leur troisième album “Fight for the Rock”. Une pochette dans une imagerie patriotique, thème alors très peu voire pas du tout abordé dans les opus précédents. Musicalement, le tout est adouci, probablement pour davantage séduire le public. Son plus retenu et approche plus FM. Au final, il est très mal reçu et restera dans les “moins bons” du groupe.
Une petite remise en question et 1987 voit la sortie de la quatrième réalisation “Hall of the Mountain King”. Revenus dans le sillage de “Power of the Night”, Savatage nous offre un très grand moment de heavy metal encore plus personnel et performant qu’il ne l’était auparavant. Les membres sont encore plus épanouis et nous proposent des morceaux puissants et rudement bien ficelés, tels le morceau éponyme ou encore “24 Hours Ago” qui ouvre de manière majestueuse cette pièce. On retrouve ce fameux groove, la voix de Jon encore plus poussée, de même que les soli de Criss.
Mais c’est en 1989 avec la sortie de “Gutter Ballet” que la musique du ‘Tage atteindra son paroxysme.
On remarque à la vue de la pochette que de nouveaux thèmes sont abordés : le théâtre, le drame, le baroque et dans une moindre mesure, l’horreur. Jusque là, l’imagerie restait dans un domaine plutôt guerrier. Evidemment, la musique suit aussi cette voie, cependant on peut paraître bluffé par le morceau d’ouverture, ”Of Rage and War”, campant les thèmes précédemment employés et on y retrouve le heavy metal typique de Savatage. Mais dès l’intro de la deuxième piste, ”Gutter Ballet”, on remarque le virage à 90° : une intro au piano plutôt dramatique avec l’ensemble guitare/basse/batterie qui marque à grands coups les temps forts, comme dans une pièce de classique. La voix de Jon arrive et là, elle ne dénote pas avec le reste. Elle est remplie de tristesse et de complainte. On continue avec l’instrumental ”Temptation Revelation” où Criss nous montre que lui aussi est dans le délire dramatico-baroque. On se sent littéralement transporté dans la pièce représentée sur la pochette.
La ballade ”When the Crowds Are Gone” et ”Mentally Yours” avec sa magnifique intro au piano accompagnant la voix de Jon, sont les plus représentatives de ce côté dramatique. On retrouve même un côté opéra avec ”Hounds”, le morceau le plus mystique et le plus sombre, au niveau du thème, de l’album. On a l’impression d’être dans un château abandonné, habité par des fantômes, des vampires et autres créatures de films hantés. On sent un côté kitsch volontaire pour faire ressortir cet aspect “hanté” avec un orgue en nappes derrière le riff du refrain, le tout soutenu par un Jon Oliva à la voix de gargouille. Savatage s’est aussi essayé à la power-ballade, très en vogue dans les années 80, avec ”Summer’s Rain”, tout en suivant le fil rouge de l’album décrit précédemment, et c’est un succès. Jon y pousse sa voix sûrement au maximum qu’il puisse atteindre et cela dégage une telle puissance qu’on ne peut pas éviter de se sentir propulsé par tant d’énergie.
On sent quand même que Savatage veut montrer qu’il est un groupe de heavy metal avant tout, d’une part avec leurs riffs si typiques et d’autre part avec les deux morceaux entrecoupant le reste : ”She’s in Love” et ”The Unholy”. Le thème général de l’album n’est presque pas abordé ici, voire pas du tout et on observe plus du Savatage époque “Power of the Night” - “Hall of the Mountain King”. Pour clôturer l’album, l’OVNI kitschounet, mais excellent ”Thorazine Shuffle” (bonus-track pour l’édtion CD). Les “aaaahs choirs” en nappe font penser à la bande son d’un film d’épouvante des 50’s.
“Gutter Ballet” reste avant tout un album de heavy metal, mais avec un côté très personnel (on ne remarque aucune influence directe) et un univers bien développé. On y retrouve la griffe Savatage en matière de riffs et soli uniques habilement maîtrisés et bourrés de feeling. Au chant, le répertoire est très large et parfaitement adapté au concept dramatique. Une telle performance ne sera jamais égalée tout au long de leur carrière. On a donc ici une pièce maîtresse du heavy “sophistiqué” de la fin des 80’s. A ranger aux côtés d’un “Awaken the Guardian” (Fates Warning) et d’un “Operation : Mindcrime” (Quennsrÿche). A noter d’ailleurs quelques vagues ressemblances avec le “Rage for Order” de Quennsrÿche sur certains aspects.
Par la suite, le groupe a continué dans une optique plus ou moins dramatique et orchestrale. “Streets : A Rock Opera” sorti en 1991 est, comme son nom l’indique, un opera-rock un peu dans la lignée de Meat Loaf, mais en moins novateur et grandiloquent. On y retrouve moins la magie de Savatage mais la performance d’Oliva est là. En Octobre 1993, quelques mois après la sortie de “Edge of Thorns”, le guitariste Criss Oliva, alors âgé de 30 ans, trouva la mort dans un accident de voiture. Les circonstances du drame : un chauffard en état d’ébriété l’a percuté. Un hommage lui a été rendu avec la publication en 1995 de “A Ghost in the Ruins : A Tribute to Criss Oliva”, une compile de lives enregistrés entre 1987 et 1990.
Sélection réalisée par BeerGrinder, Contresens, Eulmatt, IllusionLord, Morgothduverdon, Paganthrasher, Poupoune et Steelhardos
By vinterdrom

Judas Priest est le type même du groupe ignoré par les fans de metal actuels, et c’est un mal car Priest a une place très enviable dans le club des dix meilleurs Heavy Metal Gang du monde. Cela ne s’est pas fait sans mal et le prêtre a du ramer pendant près de dix ans avant de connaître la consécration avec son album “Screaming for Vengeance”.

Judas Priest est né en 1970 dans les brumeuses Mildlands de Birmingham, ville célèbre pour les aciéries de la British Steel qui donneront d’ailleurs leur nom à l’un de leurs albums. Sont alors aux commandes K.K. Downing le guitariste et Ian Hill le bassiste. Viennent ensuite se joindre au gang Robert Halford, Glen Tipton et John Inch. “Rock Rolla”, premier album enregistré en 1974 sur le label Gull passera inaperçu malgré son ingénieuse pochette parodiant une capsule de Coca Cola. Signalons tout de même que le Judas de ce premier disque n’a pratiquement rien à voir avec celui que l’on connaît actuellement.
L’ambiance et la construction des morceaux sont indéniablement influencées par Black Sabbath, et ils semblent affectionner les intros planantes à la Pink Floyd. Quant aux musiciens, ils sont vêtus de tenues psychédéliques et on reconnaît difficilement Rob Halford (qui se fait d’ailleurs appeler Bob) tant ses cheveux sont longs par rapport à la coupe de “garçon boucher” qu’il arbore de nos jours. Malgré cet insuccès le groupe décrochera quelques premières parties (tournent notamment avec les Pink Fairies qui sont les Motörhead de l’époque), mais Priest reste discret.

Plusieurs changements apparaissent lors de l’enregistrement de leur second LP “Sad Wings of Destiny” (sur le label Janus) en 1975. Tout d’abord, le batteur John Iinch démissionne pour être remplacé par un certain Alan Moore et, chose plus importante, ce disque est bien meilleur que le précédent. Il contient en effet des titres tels que “Victim of Changes”, “The Ripper” et autres “Genocide” qui deviendront quelques-uns des morceaux de bravoure du groupe “on stage”. Toutefois, Judas Priest reste dans l’ombre malgré une apparition au festival de Reading en août 1975. Le groupe décide alors de sortir un best-of, mais cela n’augmentera guère sa notoriété. Commence alors une période noire pour Judas qui durera jusqu’en septembre 1977. Le groupe doit jouer dans les clubs et dans les pubs afin de ne pas crever d’inanition. On se demande d’ailleurs comment ils ont pu tenir ainsi pendant deux ans…

Beaucoup d’autres auraient déjà jeté l’éponge tandis qu’eux persistent malgré les embûches jalonnant leur “chemin de croix”. Ils vérifient ainsi la justesse de l’expression “travailler pour la gloire” comme l’ont déjà fait d’autres (et non des moindres). Toutefois, une bonne fée (Carabosse ?) semble veiller sur cette secte de maudits et en 1977, contre toute attente (on est alors en pleine punkmania et le goût du jour n’est pas au heavy metal, des formations telles que Maiden, Saxon ou Def Leppard nageant en pleine galère), le géant américain CBS les signe : la machine infernale peut alors se déclencher… Ils enregistrent immédiatement leur troisième album intitulé “Sin After Sin” contenant quelques titres ravageurs tels que “The Sinner” ou “Diamonds and Rust”, chanson initialement créée par Joan Baez (???) mais grandement “métallisée” par le groupe.

La batterie est tenue par un certain Simon Phillips qui jouera ensuite sur le premier MSG et avec Jeff Beck. Le groupe applique dorénavant une politique bien éprouvée dans le milieu du hard rock : ils battent le fer tant qu’il est encore chaud. C’est ainsi que sortent “Stained Class” (avec le magnifique “Beyond the Realms of Death” composé par Rob Halford et Les Binks, nouveau batteur du gang) puis “Killing Machine”. Signalons que ce dernier a été rebaptisé “Hel Bent for Leather” pour la version américaine et qu’il contient la chanson “The Green Manalishi” (Fleetwood Mac) remplaçant la chanson titre de la version européenne. Ces deux albums montrent que le groupe a atteint alors sa vitesse de croisière. Mais avec l’énorme potentiel qu’il semble posséder, on sent qu’il peut faire encore mieux. Les musiciens ont abandonné leurs fringues de babas et sont vêtus de cuir et de clous arborant un look sado-maso.

Cependant, il est temps pour le groupe d’enregistrer le traditionnel album live. Et où croyez-vous qu’il l’enregistrât ? Mais au Japon bien sûr et plus particulièrement au Sun Plaza Hall de Tokyo. C’est un simple, il s’appelle “Unleashed in the East” et est indispensable aux fans du groupe malgré la longueur de “The Sinner” et de “Victim of Changes”. En 1980, “British Steel” concrétise les espoirs portés sur le groupe avec “Breaking the Law” et le foudroyant “Steeler”. Il s’embarque alors dans une tournée américaine dont on sentira les influences dans “Point of Entry” (il est d’ailleurs arrivé la même chose aux Scorpions lors de l’enregistrement de “Animal Magnetism”).

De plus, Judas Priest sortira dans la même année une compilation intitulée “Hero, Hero” bien meilleure que la première. Juillet-août 1982 : c’est les vacances ! … Pas pour toute le monde car le gang nous assomme littéralement avec son chef d’œuvre : “Screaming for Vengeance”. Deux titres semblent plus “faibles” que les autres et encore, c’est un bien grand mot : il s’agit de “Take These Chains” et “Pain and Pleasure”, mais l’album est d’une qualité exceptionnelle et Kerrang n’a pas hésité à le qualifier d’album du siècle, Tom Hallom, le producteur, a su doter ce disque d’un son énorme sans pour cela sombrer dans le gros bruit.
Par Contresens
(Suite de la carrière du Priest à paraître prochainement …)
By vinterdrom

Salut Fabien, peux-tu nous faire une brève présentation de toi ?
Bonjour à tous. Fabien, 35 ans, marié deux enfants, tout comme Al Bundy, et 20 années dans la marmite du black thrash death dark grind. Black à mes moments, death à chaque instant, je reste avant tout un fan infatiguable de Morbid Angel, Death, Nile, Immolation, Suffocation ou Hate Eternal.
Comment as-tu découvert le metal, quels ont été tes tous premiers CDs, tapes, et qu’est-ce-qui t’as séduit dans ce genre musical au point d’y avoir persévéré ?
Gamin, j’ai toujours su que le metal ferait partie intégrante de ma personne. En autodidacte, durant la seconde partie des années 80, entre les clubs de locations de disques, RMC de 22H à minuit, ou les petits disquaires, je me suis mis à assembler les pièces du puzzle des scènes hard, punk, heavy et thrash metal. Mes préférences se sont rapidement portées vers le thrash de Slayer, Nuclear Assault, Coroner, Kreator, Dark Angel & compagnie, même s’il me fallait toujours plus en termes de vitesse et de brutalité. Le death metal émergeant et ses cousins black & grindcore se sont donc naturellement imposés à moi, grâce aux intemporels Horrified, Leprosy, Blood Fire Death, Slowly we Rot, Severed Survival, Beneath the Remains, Purity Dilution, Altars of Madness, Realm of Chaos, World Downfall, Symphonies of Sickness, Mentally Murdered, Consuming Impulse ou Piece of Time, pour citer quelques perles parmi les plus décisives de la fin des eighties dans ces styles extrêmes.
Comment as-tu découvert Spirit Of Metal et qu’apprécies-tu en particulier dans le site ?
J’ai découvert le site en recherchant quelques images d’albums pour compléter ma base de données personnelle. Sa base encyclopédique m’a séduit, et sa carence en thrash death metal par rapport à sa surreprésentation en black scandinave, à l’époque, m’a poussé à réparer ces lacunes, en me lançant dans les critiques de ces albums chargés d’histoire, qui semblaient pourtant oubliés.
Au contraire, qu’est-ce-qui te déplait dans SOM et que tu aimerais voir s’améliorer ?
Pour plus de qualité, et renforcer le côté encyclopédique du site, il faudrait à mon sens :
- Plus d’informations sur les fiches de disques, comme le lieu d’enregistrement, l’ingénieur du son, etc.
- Plus de critiques d’albums, dans la langue de Molière et de Shakespeare.
- Une mise au premier plan des thèmes musicaux sur le forum, au détriment des sujets peu reluisants.
Tu es réputé pour tes nombreuses chroniques. Comment abordes-tu cet exercice ? Quelles sont tes méthodes de travail ? … Dis-nous tout !
Ravi que mes rédactions puissent attirer un ou deux lecteurs égarés. Pour être honnête, lorsque je ressens un album, si le temps me le permet, je m’assois devant mon clavier et tout sort naturellement. Il me reste alors à structurer le tout, et à fluidifier au maximum l’écriture. J’essaye enfin d’apporter une coloration au texte, en fonction des caractéristiques et de l’intensité d’un album, mais aussi de glisser d’autres groupes ou disques assez proches, pour que le lecteur puisse rebondir sur d’autres réalisations. Un album en appelle toujours un autre.
Combien de temps en moyenne te prend l’écriture d’une chronique ? Es-tu plutôt du genre à la terminer d’un trait ou à y revenir fréquemment pour la laisser murir ?
Quand je commence une rédaction, je la poste généralement dans l’heure qui suit, sauf si le feu se déclare dans la maison ou qu’un Boeing s’écrase dans le jardin. Une critique n’est toutefois jamais vraiment terminée. J’ajuste régulièrement mes anciens textes, si la qualité ou la forme ne me conviennent plus. C’est une spirale sans fin.
Quels sont les albums sur lesquels tu éprouves le plus de difficulté pour écrire ? Ceux qui te plaisent, ceux qui ne te plaisent pas ou ceux que tu considères comme médiocres ?
Je ne référence sur SoM que mes albums, que j’apprécie et conserve. Mes critiques relatent de ce fait des disques se situant subjectivement entre le moyen et l’excellent. Je suis bien sûr plus à l’aise lorsque je pense maîtriser la totalité de la discographie d’un groupe et son contexte environnant. J’aime aussi relater les albums chargés en histoire et les nombreux groupes que j’ai découverts à leurs débuts. Conter les premiers albums de Death, Carcass, Morbid Angel, Deicide ou Napalm Death a été un vrai plaisir.
As-tu déjà ressenti l’angoisse de la panne d’inspiration en plein milieu de l’écriture d’une chronique, ou alors carrément la panne sèche à la simple idée d’attaquer une chronique ?
Je n’ai pas vraiment de panne d’inspiration, dans la mesure où je connais déjà mon plan lors de l’amorce d’une rédaction. Je possède parallèlement une réserve sympathique de disques pour toujours avoir un ou deux trucs à raconter. En revanche, les idées ne sont pas toujours faciles à synthétiser et à structurer. Il faut savoir apporter une coloration, suffisamment d’éléments techniques et historiques, sans toutefois me noyer dans les détails et perdre le fil de la divagation à un moment qui m’échappe.
Souhaites-tu continuer à écrire des chroniques pour le plaisir, ou alors penses-tu à l’avenir essayer de te professionnaliser dans cet exercice, en postulant notamment dans un grand mag metal ?
Honnêtement, j’accepte difficilement l’idée d’un consensus destiné à satisfaire les groupes ou les maisons de distribution. Je n’aime pas non plus prendre la plume, ou la parole, si j’estime ne pas connaitre suffisamment un groupe et son contexte. Outre mes prétentions pécuniaires démesurées, ces éléments constituent un frein non négligeable. J’accepte néanmoins les offres désespérées.
Je pense que tout le monde est d’accord, tu sais manier la plume … Mais joues-tu d’un instrument ?
Je maîtrise peu l’écriture musicale, et je possède également deux mains gauches. J’étais donc un bassiste sans richesse ni dextérité, même si j’ai beaucoup appris lors de nos répétitions, concerts, et sessions d’enregistrement.
Tu publies tes chroniques sur Spirit Of Metal, donc question inévitable : que représente pour toi l’Esprit du Metal ?
Le metal est gravé en moi, à partir d’un certain seuil de brutalité sonore et d’altération dans le chant. J’apprécie ainsi hautement les échanges et les rencontres avec quelques passionnés, possédant une démarche similaire à la mienne. Au delà, je m’assois lourdement sur toutes les pensées communes et stéréotypes inhérents au metal, mais aussi bien en dehors de ce cercle.
Merci Fabien pour le temps consacré à répondre à cette interview. Une dernière chose à ajouter ?
Sans pouvoir tous les citer, j’adresse un grand merci à Abysmal Dawn, Arsis, Banishment, Behexen, Beneath the Massacre, Bloodbath, Bonded by Blood, Braindrill, Carnophage, Coldworker, Criminal Element, Decaying Purity, Decrepit Birth, Deeds of Flesh, Deicide, Deranged, Gama Bomb, Hail of Bullets, Hate Eternal, Hexen, Horna, Hour of Penance, Kataplexia, Krisiun, Lecherous Nocturne, Merciless Death, Misery Index, Origin, Prostitute, Disfigurement, Psycroptic, Resurrection, Rotten Sound, Septic Flesh, Severed Savior, Sinister, Taake, Testament, Unleashed & Venomous Concept, pour avoir enchanté mes oreilles avec leurs albums parus en cette terrible année 2008.
Death friends are not dead.
Fabien.
http://metal-blogs.com/fabien/
Interview réalisée par Vinterdrøm
By vinterdrom


Salut tonio, peux-tu nous faire une brève présentation de toi ?
Et bien j’ai 32 balais, je suis marié (depuis 10 ans !) et j’ai deux gamines de 9 et 5 ans qui n’en ont pas grand chose à foutre du métal, héhé… Tout de même, elles apprécient certains titres de AC/DC, de Scorpions ou de Europe, bref, des trucs légers quoi !
Sinon j’habite Besançon depuis 8 années, mais je suis breton, et ça j’y tiens ! Je compte bien un jour retourner m’installer dans ma belle région, le bord de mer me manque trop…
Question boulot, je suis aide-soignant dans un service de gériatrie, un travail qui demande beaucoup d’énergie mais qui se montre extrêmement enrichissant, car on y côtoie la souffrance, la maladie, la détresse et forcément, la mort. Je fais ce travail depuis 2 années, avant j’ai été vendeur, pompiste, poissonnier ou chef de rayon en grande surface, bref, que des boulots chiants et mal payés…
Comment as-tu découvert le metal, quels ont été tes tout premiers CDs, tapes, … et qu’est-ce-qui t’as séduit dans ce genre musical au point d’y avoir persévéré ?
J’ai été fan de musique assez jeune, avec des groupes comme Supertramp, Téléphone ou Midnight Oil qui me filaient des gros frissons. Mais ma première grosse claque métalique, je la dois à ma frangine (Satan la bénisse !) qui ma offert un jour en K7 le Justice For All de Metallica. J’avais bien écouté deux trois trucs à l’internat qui m’avait botté, genre ZZ Top, AC/DC ou Deep Purple, mais là ça été le coup de foudre immédiat. Putain, ces rythmes, ces soli, ce son énorme, j’étais hypnotisé et j’avais l’impression qu’un univers entier s’ouvrait à moi… Si je me souviens bien, les premiers albums que je me suis payé par la suite (toujours en K7) sont Kill ‘em All, Back In Black et The Number Of The Beast.
Pour ce qui est du death, c’est la compilation Master Of Brutality, prêtée par un pote, qui m’a plongé dedans. Les sensations que je ressentais à l’écoute de ces énormes morceaux étaient vraiment puissantes, j’étais touché au plus profond de moi et j’ai rapidement compris que j’avais vraiment trouvé ma passion. Les 2 premiers albums de death que je me suis payé sont « Signs Of The Décline » de Massacra et « Spiritual Healing » de Death… L’étape suivante a été de me mettre moi même à la zique !
Comment as-tu découvert Spirit Of Metal et qu’apprécies-tu en particulier dans le site ?
Lorsque je me suis mis à Internet, mon premier réflexe a été de chercher des sites de métal. Je suis rapidement tombé sur Spirit Of Metal, qui avait une autre allure que aujourd’hui, et quand j’ai vu qu’il était possible pour tout un chacun d’écrire des articles, j’ai sauté sur l’occasion ! Vu que j’avais arrêté de jouer en groupe, ça me permettait d’apporter ma petite pierre à l’édifice du métal, mais mes premiers articles étaient de véritables torchons, haha !
J’apprécie d’être aujourd’hui chroniqueur officiel, car chaque colis de cds promo que m’envoie Julien est comme un paquet cadeau, c’est Noël tous les mois ! C’est gratifiant de savoir que pas mal de personnes vont lire ce que l’on écrit… Et puis Spirit est un site interactif, c’est vivant, le forum est animé, y’a d’la vie quoi !
Au contraire, qu’est-ce-qui te déplait dans SOM et que tu aimerais voir s’améliorer ?
Les choses qui me déplaisent s’améliorent justement ! J’ai longtemps déploré la qualité de nombreuses chroniques présentes sur le site, et à présent plusieurs personnes ont les mains libres pour faire le ménage et le tri dans les milliers d’articles présents. J’ai toujours jugé que les chroniques étaient un élément essentiel pour un site métal, de mauvaises chroniques discréditent forcément le site en question. Mais bon, c’est en bonne voie. Un truc que j’aimerais voir se mettre en place serait l’organisation de concerts par Spirit, un jour peut-être ?
Tu as posté une photo très célèbre de toi en poissonnier metalleux, peux tu nous en dire plus sur les circonstances ?
Haha, si j’avais su que cette photo ferrai encore parler d’elle 3 ans plus tard… Rien de particulier concernant les circonstances de cette photo prise à la webcam, à part que à l’époque j’étais dans un trip clichés débiles, c’était une sorte de concours avec Morgothduverdon qui en posté quelques unes bien croustillantes aussi ! Et oui, à l’époque j’étais poissonnier, et maigre aussi, car depuis j’ai pris 20 kilos, haha !
Tu es réputé pour tes nombreuses chroniques. Comment abordes-tu cet exercice ? Quelles sont tes méthodes de travail ? … Dis-nous tout !
Pfou, quelle question ! Tout dépend de mon état d’esprit, je peux en écrire 2 par jour ou 2 par mois si je suis dans une période de grosse flemmitude, ce qui est le cas en ce moment. Depuis quelques temps j’écris beaucoup moins, j’ai pourtant un bon paquet d’albums que je voudrais traiter, mais l’inspiration est moins présente qu’à une époque.
Je n’ai pas de méthodes de travail à proprement parler. Je ne chronique un album qu’après l’avoir écouté pas mal de fois, sauf si c’est une daube, ce qui arrive avec les cds promos. Mais parfois les daubes sont très amusantes à chroniquer, héhé… Bref, une fois que j’ai l’album bien dans la peau, je me lance dans l’écriture tout en écoutant le disque, histoire d’être bien dans l’ambiance. Parfois, durant les écoutes préliminaires, je prends des note à la main concernant tel ou tel passage ou concernant un morceau qui me touche plus, histoire de bien étoffer la chronique.
Combien de temps en moyenne te prend l’écriture d’une chronique ? Es-tu plutôt du genre à la terminer d’un trait ou à y revenir fréquemment pour la laisser mûrir ?
Lorsque j’écris, c’est d’une traite. Je ne fait jamais un bout un jour, le reste le lendemain. Par contre, certaines me prennent 30 minutes, d’autres 2 heures, tout dépend de l’inspiration du moment. Mais quand même, il m’arrive de relire certaines de mes anciennes chroniques, et j’ai parfois un petit frisson de honte qui me parcoure l’échine, car elles sont loin d’être toutes au top. A ces moments là, je me dis que peut-être j’aurais du prendre d’avantage le temps d’arrondir les angles justement, quitte à laisser mûrir l’article comme tu dis, et à y revenir plus tard. Parfois je précipite un peu les choses…
Quels sont les albums sur lesquels tu éprouves le plus de difficulté pour écrire ? Ceux qui te plaisent, ceux qui ne te plaisent pas ou ceux que tu considères comme médiocres ?
Mmh, c’est toujours plus simple lorsqu’un album est très bon car l’inspiration est alors à fleur de peau, ceux qui me posent problème sont donc ceux qui ne me procurent aucune émotion, qui ne sont ni catastrophiques ni bons, juste insipides. Même les très mauvais albums sont plus simples à chroniquer car on peut tourner la chronique en dérision. Les albums médiocres sont donc les plus chiants, et j’en ai plusieurs sous le coude qui attendent d’être chroniqué depuis plusieurs semaines… Bien entendu, ça dépend également du style musical, j’ai bien plus d’affinités avec le death qu’avec le black, par exemple.
As-tu déjà ressenti l’angoisse de la panne d’inspiration en plein milieu de l’écriture d’une chronique, ou alors carrément la panne sèche à la simple idée d’attaquer une chronique ?
Ha oui, très souvent ! J’ai d’ailleurs en cd promo le dernier Lanfear, si quelqu’un veut me filer un coup de main, c’est avec plaisir car l’inspiration est au niveau zéro, haha ! C’est ce qui m’arrive avec les albums médiocres justement, et lorsque c’est le cas, je lâche tout, je vais me boire une bonne binouze en écoutant un truc qui me plait plus et je reviens gonflé à bloc. Ou alors je mets le cd sur un coin de mon bureau et je me dis on verra plus tard. C’est comme ça que je me retrouve avec une bonne dizaine d’albums empilés les uns sur les autres à côté de l’ordi et qui me matent avec un regard accusateur…
Souhaites-tu continuer à écrire des chroniques pour le plaisir, ou alors penses-tu à l’avenir essayer de te professionnaliser dans cet exercice, en postulant notamment dans un grand mag metal ?
Je n’ai pas la prétention d’être un grand journaliste musical, loin de là, je suis juste un fan de métal heureux de découvrir des nouveau groupes intéressants, de soutenir des formations naissantes et de faire partie du site métal français le plus prometteur et le plus innovant en la matière. J’écrits pour Spirit et pour Les Acteurs De l’Ombre, ce qui me satisfais largement, je ne demande pas plus.
Je pense que tout le monde est d’accord, tu sais manier la plume … Mais joues-tu d’un instrument ?
J’ai été batteur dans un groupe de death avec lequel j’ai enregistré une démo et fait une vingtaine de concerts. Le groupe, Strangulation, s’est vite fait un nom sur la scène bretonne, en raison surtout du jeu ébouriffant des 2 guitaristes, car moi, je jouais comme une merde, haha ! Sinon je fais de la guitare à un niveau beaucoup plus respectable, et j’ai toujours en tête de reformer un groupe dans une veine death old school. Je suis minable en solo, mais rythmiquement j’assure…
Tu publies tes chroniques sur Spirit Of Metal, donc question inévitable : que représente pour toi l’Esprit du Metal ?
Un amour immodéré pour ce style tellement varié, passionnant et sincère. Pour moi, ça ce passe au delà d’un aspect vestimentaire ou d’une allure quelconque, le métal se ressent, se vit de l’intérieur et se partage lors de concerts. Mis à part quelques groupes de merde, le métal représente pour moi le partage, la tolérance et le respect, bref, pour être heureux, soyons métal ! Mais bon, ça ne m’empêche pas de croiser de gros trous du cul, malheureusement tous les fans de métal ne sont pas ouverts d’esprit.
Merci tonio pour le temps consacré à répondre à cette interview. Une dernière chose à ajouter ?
Boarf, j’aurais pu finir ton interview sur un message fraternel dégoulinant d’amour, mais se serait faillir à ma réputation ! Voici donc deux blaguounettes qui vous détendront après cette longue lecture :
Quelle différence y a t’il entre une nonne et une saucisse ?
Y’en a une des deux qui ne verra jamais la couleur de la purée…
Deux blondes s’apprêtent à jouer aux échecs. Une des deux demande à l’autre :
- C’est bon, t’as les règles en tête ?
- Ah, pourquoi, je saigne du nez ?
Hahaha…
Interview réalisée par Vinterdrøm et Morgothduverdon