Entries Tagged as 'PROGRESSIVE'

ANOTHER LIFE (2003 -

 

 

Another Life est le groupe de Andreas Karlsson, que ce dernier a monté avec l’aide de Dan Swanö. Après deux démos remarquées, il livre enfin en 2008 un premier album dans l’esprit de Nightingale. Du bon hard rock légèrement progressif.

S’il ne devait en rester qu’un : MEMORIES FROM NOTHING (2008)


SWEDEN ORIGINE
PROGRESSIVE / HARD ROCK GENRE
2003 FORMATION
LINE-UP
ANDREAS KARLSSON (VOCALS, BASS, GUITARS)
FREDRIK PETTERSSON (GUITARS)
PAST MEMBER
DAN SWANÖ (DRUMS, KEYBOARDS)
 BANDS
BLOODBATH, DEMIURG, DIABOLICAL MASQUERADE, EDGE OF SANITY, GODSEND, INFESTDEAD, KARABOUDJAN, KATATONIA, NIGHTINGALE, PAGANIZER, PAN.THY.MONIUM, RIBSPREADER, STAR ONE

 

 

DISCOGRAPHY

 

MEMORIES FROM NOTHING (2008)

 

  

 

  www.myspace.com/anotherlifeofficial 

 

 

ANOTHER LIFE : MEMORIES FROM NOTHING (2008)

 VIC RECORDS – 7.5 / 10

 

Il existe une école Dan Swanö. Non seulement bien entendu en matière de death metal, genre qu’il a pris plaisir à triturer dans toutes les directions possibles (mélodique avec Edge Of Sanity, orthodoxe avec Bloodbath, brutale avec Infestdead, progressive sous son propre nom ou carrément cinglée avec Pan.Thy.Monium et Karaboudjan) mais aussi en terme de hard rock mélodique et progressif grâce à Nightingale, son jardin secret et le versant éclairé de son immense talent.

S’il a toujours multiplié les projets comme d’autres les pains, il en va de même des multiples collaborations pour d’autres artistes qu’il n’a cessées d’additionner depuis ses débuts. Ainsi, il n’est pas, à l’instar de Demiurg dans un autre genre, le cerveau de Another Life, pour lequel il se contente (ou plutôt se contentait car il a depuis quitter le  groupe) de tenir les claviers  ainsi qu’autrefois la guitare (il s’est aussi chargé du mixage et du mastering). Non, Another Life est le navire de son ami Andreas Karlsson, guitariste chez Ribspreader et Paganizer.

Pourtant, Memories From Nothing aurait été signé par Dan Swanö que cela n’aurait rien eu de surprenant. Depuis la voix chaude et profonde de Karlsson jusqu’à cet amour pour les mélodies accrocheuses et élégantes sans oublier cette façon de mourir avec un titre épique (« Poltava »), tout dans cet album transpire le gourou suédois au point de pouvoir presque passer pour la nouvelle cuvée de Nightingale, comme l’illustrent les superbes « Falling Apart », « The End Of Days », « The Everflow » ou bien encore l’enlevé « Everlasting ».

On y croise donc ce hard rock puissant, gentiment mélancolique (« Firstborn Unicorn », « Cotton Pines »), mâtiné d’une louche de progressif américain (trop) propre sur lui, celui des Kansas et autre Styx (« I am Nothing ») voire aussi du Rainbow des années 80 quand le groupe de Ritchie Blackmore se teintait d’influences AOR.

Vu le palmarès de ses géniteurs, Memories From Nothing est forcément bien fait, très bien fait même et devrait donc ravir les amateurs du genre, auxquels je conseille l’édition limitée qui renferme un second disque comprenant les démos du groupe – Another Life de 2003 (« Concealed By Fright », « Reflections », « Cotton Pines ») et Melancolia de 2004 (« Lifetime », « Time », « Standing Pale ») et des inédits acoustiques (« Empire », « Tree Of Existence »).

Verdict : neuf compos (sans les bonus) et rien à jeter. Sans doute pas un chef-d’œuvre, mais un album de très bonne facture, collection d’excellentes chansons toutes pourvues d’un refrain imparable, d’une mélodie qui s’accroche à votre mémoire comme une moule à un rocher, quand bien même Another Life gagnera certainement à s’émanciper à l’avenir de l’influence tutélaire de son père spirituel pour pouvoir s’enrichir d’une identité plus affirmée. Mais en l’état, on tient là déjà un très bon groupe. (22.12.08)

 

TRACKLISTING
DISC 1
  1. Falling Apart / 5.01
  2. The End Of Days / 3.40
  3. The Last Goodbye / 4.42
  4. Firstborn Unicorn / 5.34
  5. Cotton Pines / 4.21
  6. Everlasting / 3.53
  7. I Am Nothing / 5.13
  8. The Everflow / 3.45
  9. Poltava / 7.15
TOTAL PLAYING TIME : 43.24
DISC 2 (Bonus)
  1. Empire / 4.46
  2. Tree Of Existence / 4.03
  3. Concealed By Fright / 5.13
  4. Reflections / 5.36
  5. Cotton Pines / 4.25
  6. Lifetime / 2.17
  7. Time / 5.18
  8. Standing Pale / 4.40
  9. Tree Of Existence [Unicorn Version] / 3.46
TOTAL PLAYING TIME : 40.04

 

DISCOGRAPHY

 

 www.myspace.com/anotherlifeofficial 

 

 

ASH RA TEMPEL : SCHWINGUNGEN (1972)

OHR – 9 / 10

 

Comme il l’a déjà fait avec Tangerine Dream avec lequel il n’aura enregistré qu’un unique opus (Electronic Meditation), Klaus Schulze quitte le navire Ash Ra Tempel peu après avoir gravé le premier jet éponyme. Toutefois les raisons de son départ ne sont cette fois pas les mêmes. Contrairement à ce qui s’est passé avec le groupe d’Edgar Froese, il n’y a aucune divergences musicales entre Manuel Göttsching et lui mais simplement le désir chez Klaus d’être son propre maître car il estime (à raison) qu’il s’agit là d’une condition essentielle s’il veut parvenir à exprimer toutes les idées qu’il a dans la tête.

Le guitariste se retrouve donc seul avec Hartmut Enke. Très vite, ils recrutent un nouveau batteur, Wolfgang Müller et capturent avec l’aide du futur producteur de Scorpions, Dieter Dierks, une seconde galette : Schwingungen. Et comme cela sera toujours le cas avec le groupe qui n’a jamais composé deux fois le même disque, celle-ci se révèle très éloignée de sa devancière.

S’il se pare lui aussi d’atours psychédéliques, cet album se veut sans doute un peu moins cosmique, bien qu’il ouvre, à l’instar de Ash Ra Tempel, de nouvelles portes. A ce titre, la principale nouveauté réside dans le recours au chant lequel, loin de rendre la musique du groupe plus accessible, la propulse encore davantage dans des sphères hallucinées. A un socle instrumental basé sur la guitare aventurière du (désormais) maître des lieux et sur des effluves électroniques aux allures de magma bouillonnant, viennent donc se greffer diverses tessitures vocales, souvent masculines, parfois féminines (celles de la compagne de Manuel, Rosi, qui sera amenée à jouer un rôle plus important sur les opuscules suivants, dont le bien nommé Starring Rosi).

Schwingungen se divise en deux pistes, elles-mêmes scindées en deux parties. « Light And Darkness » débute en toute logique par son versant lumineux (« Light : Look At Your Sun »), sorte de blues hallucinogène assez barré mais qui reste néanmoins le titre le plus normal du lot. En effet, à partir de la face sombre (« Darkness : Flowers Must Die »), longue de plus de douze minutes, une folie rampante prend peu à peu possession de la musique. Vocalises possédées, saxophone schizophrène forment les balises bien peu évidentes d’une dérive complètement déjantée où la guitare comme biberonnée au LSD de Göttsching se montre en définitive plutôt discrète, sauf durant les dernières minutes durant lesquelles elle s’élève très haut dans la stratosphère.

Mais l’Everest de l’album n’est ni plus ni moins que sa plage éponyme, montée en puissance nébuleuse qui s’étire sur près de vingt minutes. A un premier pan onirique (« Suche »), trip spatial qui repousse les limites du psychédélisme dans des contrées inconnues jusqu’alors, succède un second (« Liebe »), instant de magie pure bercé par la voix aérienne, spectrale et insaisissable de Rosi  et les interventions planantes de Manuel à la six cordes. Vingt minutes de beauté contemplative qui confine à une telle forme de plénitude spirituelle, que les mots manquent pour les qualifier.

Une œuvre unique, précieuse,  encore une fois. (14/11/08)

 

TRACKLISTING
  1. Light : Look At Your Sun / 6.34
  2. Darkness : Flowers Must Die / 12.22
  3. Suche & Liebe / 19.23
TOTAL PLAYING TIME : 38.27

 

 

DISCOGRAPHY

 

http://www.myspace.com/manuelgoettsching  

 

 

 

 

ASH RA TEMPEL : LE BERCEAU DE CRISTAL (1993)

 

 

Il arrive parfois que la musique qui accompagne un film s’avère plus réussie que le film lui-même. C’est le cas du Berceau de cristal, métrage de 1975, commis par Philippe Garrel avec Dominique Sanda et la chanteuse Nico, métrage d’une chiantise absolue. En revanche, il n’en va pas autant du score composé par Ash Ra Tempel, invitation aux rêves d’une beauté immense et onirique.

Si cet opus n’a été exhumé qu’en 1993 du grenier où il prenait la poussière depuis le milieu des années 70, le point de départ est la longue plage atmosphérique éponyme qui a donné son thème principal au film et que Manuel Göttsching a interprété en guise de rappel lors d’un concert à Cannes effectué le 7 mai 1975. Comme le groupe capturait alors toutes ses performances scéniques, le guitariste, qui connaissait bien Nico, a donc décidé d’offrir ce morceau à Garrel pour son film. Avec son compère Lutz Ulbrich, il a ensuite tricoté d’autres thèmes à Berlin à l’aide d’un matériel électronique certes rudimentaire mais qui fait rêvé aujourd’hui, constitué du EKO Rythm Computer, d’un orgue Farfisa et d’une guitare – synthétiseur EMS, autant d’instruments dont l’utilisation est propice aux déambulations contemplatives.

Le berceau de cristal s’arc-boute autour de 8 pistes oscillant entre 2 et 14 minutes qui se fondent admirablement avec les images dont elles servent de support et libèrent des effluves électroniques enivrantes, parfois proches des travaux contemporains de Klaus Schulze, tandis que le tandem y associe leurs guitares habituelles. Cette fusion aboutit à un magma hypnotique, passé dans un filtre et bourré, d’effets, d’échos étranges et de réverbérations cosmiques.

Cette superbe création est une masse unique de sons étonnants, tout à la fois beau comme un chat qui dort, (“ Deux enfants sous la lune ”), mystérieux (“… Et les fantômes rêvent aussi ”), planant (“ L’hiver doux ”), inquiétant parfois (“ Le diable dans la maison ”) ou tout simplement trippant (“ Silence sauvage ” et surtout “ Le sourire volé ”).

Bien que gravé avec un modeste magnétophone à quatre pistes, Le berceau de cristal, dont l’intérêt dépasse largement le cadre de la simple bande originale de film, n’en demeure pas moins l’une des œuvres les plus marquantes de Manuel Göttsching. En outre, une de ses grandes qualités résident dans le fait qu’il n’est pas nécessaire de connaître le long métrage pour l’apprécier. Mieux, ce score, contrairement à la plupart des BO, parvient à exister par lui-même, indépendamment de la pellicule.

A l’instar de Dream & Desire ou de Early Water, il eut donc vraiment été fâcheux que ces bandes restent dans les limbes de l’oubli. Les disques d’Ash Ra Tempel, comme tous les autres travaux du génie allemand du reste, méritent vraiment d’être (re)découverts. Ils regorgent de richesses qu’une vie entière ne suffirait pas à déguster. (03/10/08)

 

TRACKLISTING
  1. Le berceau de cristal / 14.15
  2. L’hiver doux / 12.49
  3. Silence sauvage / 5.53
  4. Le sourire envolé / 6.05
  5. Deux enfants sous la lune / 6.37
  6. Le songe d’or / 4.25
  7. Le diable dans la maison / 2.54
  8. … Et les fantômes rêvent aussi / 7.56
TOTAL PLAYING TIME : 60.14

 

1993 (1975)
10 / 10
SPALAX

 

DISCOGRAPHY

 

http://www.myspace.com/manuelgoettsching  

 

 

ASHRA : TROPICAL HEAT (1991)

 

 

Publié en 1991, Tropical Heat, à l’instar de son prédécesseur Dream & Desire, n’est pas à proprement parler un nouvel opus de Ashra, le groupe ( ?) piloté par Manuel Göttsching, mais bien la découverte d’un enregistrement demeuré inédit.

Gravées à l’origine entre 1985 et 1987 par le guitariste, secondé selon les titres par Harald Grosskopf (batterie), Lutz Ulbrich (guitare) et Mickie D. (batterie), ces bandes n’ont été finalisées qu’au début de la décennie suivante.

Bien que plaisant et rafraîchissant, Tropical Heat ne s’impose pourtant pas comme un incontournable des Allemands. Si les disques des années 70 n’ont pas pris une ride, paradoxalement, on ne peut en dire autant de celui-ci (“ Monsoon ”), notamment à cause de ce son de batterie électronique, instrument sans doute à la pointe du progrès à l’époque mais aujourd’hui insupportable car recouvert d’un voile épais de désuétude qui tient plus de la doudoune que du foulard transparent.

Dommage car, sans être pourvues de la puissance d’envoûtement des pistes qui émaillaient Walkin’ The Desert (1989), pour citer une autre œuvre d’Ashra récente et proche dans l’esprit, ces six compositions n’en demeurent pas moins de petits bijoux d’écriture et dont l’interprétation ne saurait être critiquée. Le superbe “ Mosquito Dance ”, le léger “ Nights In Sweat ”, sa guitare aérienne et son (faux) saxo témoignent de cette réussite. Bien que parasité par des synthétiseurs qui n’ont pas échappés aux affres du temps, “ Don’t Stop The Fan ” est illuminé par la Gibson du maître, toujours aussi emprunte de cette finesse, de cette délicatesse qui sont propres à son jeu plus stratosphérique désormais que cosmique.

Bien nommé, voilà un album qui respire l’été, transpire la joie de vivre, la chaleur ; il est comme une coulée d’air frais sans être donc une œuvre très marquante qui souffre sans doute un peu d’avoir eu une élaboration s’étirant sur plusieurs années. Malgré tout, les fans de Manuel Göttsching (dont je fais bien entendu partie) ne feront certainement pas la fine bouche et prendront plaisir à savourer cette consommation à siroter sur une plage face à une étendue bleue et limpide, niché entre les formes chéries de sa belle. (02/10/08)

 

TRACKLISTING
  1. Mosquito Dance / 8.44
  2. Tropical Heat / 4.51
  3. Pretty Papaya / 6.07
  4. Nights In Sweet / 8.33
  5. Don’t Stop The Fan / 5.26
  6. Monsoon / 5.14
TOTAL PLAYING TIME : 38.55

 

1991
7 / 10
NAVIGATOR

 

DISCOGRAPHY

 

http://www.myspace.com/manuelgoettsching  

 

 

WATCHTOWER : CONTROL AND RESISTANCE (1989)

 

 

Si l’on attend d’un disque culte qu’il soit important dans l’histoire du genre sans avoir pour autant été un gros succès commercial, alors le deuxième opus de Watchtower, Control And Resistance en est effectivement un.

A la fin des années 80 le metal progressif se limitent à une poignée de groupes tels que Fates Warning (Dream Theater n’en est alors qu’à ses débuts) et musicalement s’apparente surtout à une déclinaison en plus technique du Heavy Metal.

Ouvrant la voie au techno-Thrash qui explosera un peu plus tard avec Coroner, Cynic ou Atheist, Watchtower livre donc un album de metal progressif qui dépasse les limites du genre, à la fois novateur et précurseur, de part sa technicité époustouflante. Avec leur déluge de notes, les monstrueux “ The Fall Of Reason ” et “ Control And Resistance ” écrasent tout sur leur passage.

Toutefois ce disque, à la qualité indéniable n’a pas très bien vieilli en raison de la voix pour le moins spéciale d’Alan Tecchio et du son de batterie de Rick Colaluca. En revanche, le leader et guitariste Ron Jarzombeck abat un boulot formidable.

Un disque référentiel mais peut-être trop froid pour emporter totalement l’adhésion. Bref ce que l’on reproche à la plupart des albums du genre. (19/04/06)

 

TRACKLISTING
  1. Instruments Of Random Murder / 4.10
  2. The Eldritch / 3.20
  3. Mayday In Kiev / 5.45
  4. The Fall Of Reason / 8.00
  5. Control And Resistance / 7.05
  6. Hidden Instinct / 3.53
  7. Life Cycles / 6.50
  8. Dangerous Toy / 4.15
TOTAL PLAYING TIME : 43.09

 

1989
6.5 / 10
NOISE

 

DISCOGRAPHY

 

http://www.myspace.com/watchtowermetal  

 

 

MANUEL GÖTTSCHING / ASHRA : DREAM & DESIRE (1991)

 

 

Dream & Desire ouvre pour Manuel Göttsching une phase pendant laquelle il devient archéologue de sa propre carrière, exhumant après une exploration de son grenier visiblement bien rempli, maints enregistrements restés jusque là inédits : Tropical Heat (capturé en 1985), Le berceau de cristal (1975) ou bien encore Early Water (1976).

Gravées entre New Age Of Earth (1976) et Blackouts (1977), Dream & Desire correspond de fait à la période – les années 70 – la plus féconde du guitariste allemand, celle qui s’impose comme le témoin de l’explosion de son immense talent et de son foisonnement créatif.

Ces bandes ont été à l’origine enfantées pour la radio entre les mois de mai et juin 1977 au studio Roma à Berlin et ne quitteront donc leur caveau qu’en 1991. Vu la qualité de ces trois compositions (pour une heure de musique quand même !), écrites, produites et interprétées par un Manuel solitaire, il eut été dommage qu’elles ne soient pas tirées de leur gangue de poussière où elles sommeillaient depuis lors. Proche parfois des travaux contemporains de Mike Oldfield (les fabuleux Hergest Ridge et Ommadawn), cet album est une parfaite illustration du style de son auteur, ce mélange atmosphérique entre des caresses de guitares et des nappes de synthétiseurs hypnotiques.

Emporté par le souffle du vent, “ Dream ” est une entame magnifique, longue de plus de trente minutes. Ce titre est comme une brise, légère, cristalline qui offre à Göttsching la possibilité de tricoter ses lignes stratosphériques dont il a le secret. Malgré sa longueur excessive, “ Dream ” réussit la gageure de ne jamais être ennuyeux. Il y a une telle beauté envoûtante, presque irréelle, dans cette déambulation poétique et aérienne, invitation contemplative au voyage, aux rêveries, que l’on ne peut que se sentir transporté avec elle. Immense.

“ Desire ” est le second mouvement de cette symphonie moderne. Cette complainte, irriguée par des effluves de sons électroniques, est basée sur la répétition lancinante de quelques accords autour desquels se greffent des rythmes synthétiques qui se frayent un chemin dans cette masse évanescente au point de dessiner une véritable transe nébuleuse, sorte de brouillon, d’esquisse du démentiel E2-E4 (1984).

Enfin, “ Despair ” est une lente progression, tout d’abord uniquement pilotée par les claviers avant que ceux-ci ne fusionnent avec la guitare virtuose du maître en un orgasme sonore infini. Un grand merci donc à Manuel Göttsching via le label Spalax, pour avoir offert une seconde vie à ce majestueux Dream & Desire. (01/10/08)

 

TRACKLISTING
  1. Dream / 30.14
  2. Desire / 22.56
  3. Despair / 8.29
TOTAL PLAYING TIME : 61.45

 

1991

9 / 10

SPALAX

 

DISCOGRAPHY

 

http://www.myspace.com/manuelgoettsching  

 

 

ASHRA : WALKIN’ THE DESERT (1989)

 

 

Alors que les années 70 furent pour lui une période foisonnante par sa fécondité (9 albums sans compter les collaborations diverses avec les Cosmic Jokers et le Tarot de Walter Wegmüller), la décennie suivante ouvre en revanche une phase de productivité en berne. Ainsi E2-E4, bien qu’enregistré en 1981 est publié quatre ans après Belle Alliance (1980) et ensuite cinq années ont été nécessaires à l’élaboration de Walkin’ The Desert qui voit Manuel Göttsching “ reformer ” Ashra. Et depuis, même si les sorties portant le sceau du guitariste se révèlent nombreuses, on y dénombre surtout beaucoup de lives, compilations et autres exhumations d’enregistrements inédits (Dream & Desire, Early Water…), ce qui ne retire rien à leurs qualités et à leur intérêt, bien au contraire.

Capturé à Berlin entre 1988 et 1989, le très beau Walkin’ The Desert témoigne par contre du niveau acquis par Göttsching en terme de maîtrise des machines et des samples, ce que E2-E4 démontrait déjà. Cet opus, qui lui permet de rejouer en outre avec Lutz Ulbrich (ex Agitation Free), a quelque chose d’un voyage hypnotique, aérien et envoûtant où les guitares restent en définitive fort discrètes, sauf bien entendu durant le cristallin et bien nommé “ Four Guitars ” qui permet aux deux compères de dialoguer de la plus belle des manières et sur le terminal “ Dessert ”.

Baignant dans un climat étrange aux effluves orientalisantes évidentes, ces cinq mouvements restent sans doute ce que l’Allemand a composé de plus pur. De plus fin et racé également. Le lancinant “ Two Keyboards ” navigue dans des eaux paisibles et claires bien qu’une mélancolie sourde affleure à la surface, symphonie pour claviers d’une beauté intense. A la limite de l’ambiant, l’atmosphérique “Six Voices ” se pare d’ambiances fantomatiques et désespérées avant de s’envoler vers des contrées mystérieuses. Mais la pièce maîtresse de Walkin’ The Desert, celle qui justifie à elle seul son acquisition, demeure sans doute aucun le gigantesque “ Twelve Samples ”, au souffle arabisant divin. Comment ne pas être emporté par ce tourbillon de sonorités qui semblent provenir de l’immensité des déserts africains ? Il suffit de fermer les yeux pour imaginer les caravanes sillonnant ces vastes étendues arides. Superbe.

Après plusieurs années d’absence discographique – il a par contre continué à offrir des concerts durant cette période -, Manuel Göttsching nous fait donc de nouveau parvenir une carte postale de son périple artistique. Vu la qualité de celle-ci, nous ne pouvons que nous réjouir de cette fertilité retrouvée. (29/09/08)

 

TRACKLISTING

  1. 1st Movement : Two Keyboards / 8.18
  2. 2nd Movement : Six Voices / 8.42
  3. 3rd Movement : Four Guitars / 10.29
  4. 4th Movement : Twelve Samples / 13.50
  5. Dessert : Eight Tracks / 4.28

TOTAL PLAYING TIME : 45.59

 

1989
9 / 10
NAVIGATOR

 

DISCOGRAPHY

 

http://www.myspace.com/manuelgoettsching  

 

 

 

 

ASHRA : CORRELATIONS (1979)

 

 

Ash Ra Tempel, Ashra, Manuel Göttsching, trois appellations pour un seul et même artiste ? Pas sûr. L’homme étant particulièrement éclectique – quel rapport en effet entre le rock cosmique planant de Join Inn, la musique psychédélique de Starring Rosi et le stratosphérique Inventions For Electric Guitar par exemple ? -, son art revêt de nombreuses formes d’expression différentes. Bien qu’épaulé par les mêmes musiciens (dont le batteur Harald Grosskopft), Manuel Göttsching, avec Ashra, explore une voie très éloignée de celles de ses débuts. Ashra c’est en quelque sorte une version adulte Ash Ra Tempel, non pas dans le sens d’une maturité dès lors acquise, mais plutôt au sens premier du terme. Le projet a pris de la bouteille, a grandi, évolué avec l’œil rivé sur la progression des technologies et de l’art musical. Correlations en témoigne.

A des années-lumière donc du style en vigueur sur les premières offrandes du maître, cet album braconne sur les terres de la musique disco et annonce ce faisant la mouvance dancefloor. Sons synthétiques, beats hypnotiques, mais toujours cette guitare atmosphérique qui signe l’identité de son propriétaire. Ce monument du genre ouvre ses portes sur le long et accrocheur “ Ice Train ”, terrain de jeu idéal pour la six-cordes virtuose exploratrice de sonorités inédites du Dieu germanique. Une fois agrippé aux esgourdes, la mélodie de ce titre ne vous lâchera plus. Puis survient le diamant “ Club Cannibal ” et ses nappes de synthétiseurs envoûtantes, obsédantes, presque techno avant l’heure (on comprend mieux pourquoi, à l’instar de son ami Klaus Schulze, il est aujourd’hui vénéré par cette scène-là) sans doute l’une des plus belles plages jamais composées par Göttsching.

Après “ Oasis ”, sorte de rêverie poétique dessinée par le jeu aérien et délicat, presque insaisissable de ce dernier, “ Bamboo ” Sands ” entraîne de nouveau Correlations vers des sommets. D’abord introduite par des notes de piano et de guitares, cette pièce d’orfèvrerie, n’est pas sans rappeler par la suite (et par moment seulement !) le Cerrone ( ?) de la grande époque, celui de Supernature, les lignes planantes du maître en plus. Si le très beau “ Morgana De Capo ” déverse des ondes dramatiques intenses, “ Pas De Trois ” se veut plus léger mais a quand même un peu vieilli et ce, en dépit de la guitare lumineuse de Manuel et des percussions enlevées de Grosskopf. En revanche, “ Phantasus ” qui ferme la marche, s’élève très haut dans le ciel. Grisant.

Bien que noyé sous des couches de synthés que le temps a toutefois recouvert d’une fine couche de poussière, Correlations reste, à l’image de ses prédécesseurs, un laboratoire pour la Gibson et les claviers de Göttsching, un Göttsching qui sait conserver néanmoins un esprit rock et accessible, malgré sa soif d’expérimentation jamais remise en question. (16/09/08)

 

TRACKLISTING

  1. Ice Train / 7.40
  2. Club Cannibal / 5.25
  3. Oasis / 4.43
  4. Bamboo Sands / 4.38
  5. Morgana Da Capo / 5.24
  6. Pas De Trois / 8.59
  7. Phantasus / 5.07

TOTAL PLAYING TIME : 42.16

 

1979

9 / 10

VIRGIN

 

DISCOGRAPHY

 

http://www.myspace.com/manuelgoettsching  

 

 

ASH RA TEMPEL VI / MANUEL GÖTTSCHING : INVENTIONS FOR ELECTRIC GUITAR

 

 

Si Ash Ra Tempel a toujours connu un line-up fluctuant, autour du maître des lieux Manuel Göttsching, véritable plate-forme artistique pour nombre de musiciens gravitant au sein de la scène berlinoise, c’est surtout à partir de son sixième opus, Inventions For Electric Guitar, que le groupe se confond alors totalement avec son guitariste.

Tout seul dans son studio, il enfante donc cet album qui reste aujourd’hui encore une des pierres angulaires de son œuvre car il a fixé durablement le style de son géniteur, ce jeu aérien léger comme une brise, caresse musicale pleine de finesse comme touchée par la Grâce. Arc-bouté uniquement sur des lignes de guitare et des nappes de synthétiseur, ce disque est parfaitement résumé par son titre : les trois plages qui le composent sont des inventions, une exploration d’un instrument que l’Allemand propulse vers des sphères inédites, plus encore que David Gilmour, artiste dont il se rapproche par moment. La filiation est des plus évidentes sur le gigantesque “ Echo Waves ”, long voyage de près de 18 minutes à travers le spectre infini d’une six-cordes stratosphérique qui libère des ondulations magnétiques envoûtantes, lesquelles, finissent par tracer une sorte de transe hypnotique.

Tandis que le cosmique “ Quasarsphere ” déambule dans un espace cotonneux, guidé par une guitare pointilliste, l’énorme “ Pluralis ” braconne sur les terres de Mike Oldfield dont les travaux contemporains (Hergest Ridge, Ommadawn), bien que plus accessibles, ne semblent parfois pas si loin que cela. Cette longue (plus de 20 minutes au compteur) piste atmosphérique déroule tout d’abord un accord répété à l’infini sur un tapi de sons électroniques qui prolifèrent, se répandent en un maillage évanescent. Puis, Göttsching commence à tricoter avec sa Gibson des boucles qui progressent crescendo pour s’élever très haut, avant que sa guitare n’ouvre les vannes d’une cascade d’effluves électriques qui parachèvent l’album.

Touche à tout de génie (comme on dit), Manuel Göttsching a réussit, avec Inventions For Electric Guitar, à conférer une nouvelle dimension à cet instrument, une dimension à la fois hypnotique, contemplative et planante qui confine à une forme de pureté, de beauté divine et absolue. Loin du rock cosmique expérimental en vigueur sur Ash Ra Tempel ou Join Inn, loin également du psychédélisme qui colorait Seven Up et Starring Rosi, ce millésime 1975 pose les jalons du superbe New Age Of Earth et annonce déjà les créations plus récentes d’un musicien hors du commun bien qu’en définitive (malheureusement) peu connu du grand public. (10/09/08)

 

TRACKLISTING

  1. Echo Waves / 17.45
  2. Quasarsphere / 6.35
  3. Pluralis / 21.35

TOTAL PLAYING TIME : 46.01

 

1975

9.5 / 10

OHR

 

DISCOGRAPHY

 

http://www.myspace.com/manuelgoettsching