Gergovia : Memento Mori
Lord Necron, l’auvergnat possédé et productif, nous revient un an seulement après avoir sorti « Si Vis Pacem Para Bellum ». Son one man band, Gergovia, même s’il possède déjà une cohorte de fans, s’est souvent fait descendre dans les chroniques, beaucoup jugeant son travail brouillon et sans personnalité. C’est donc avec pas mal d’appréhension que je me lance dans l’écoute de Memento Mori?
Comme dans beaucoup de projet solo, la batterie est ici assurée par une boite à rythme, notre homme se chargeant de tous les autres instruments. Et l’on est obligé de constater que la programmation et la mise en place des morceaux sont des plus corrects, Lord Necron ayant apparemment eu tout le temps de se faire la main sur ses ?uvres antérieures. Le son lui même est plutôt réussi, à la fois cru (c’est à dire true) et audible, et donne aux compos l’aura malsaine et glauque propre aux standards du genre (c’est à dire aux groupes black des années 90). La production est donc honnête, la maîtrise instrumentale est réelle et l’esprit black poisseux est fidèlement retranscrit, qu’est ce qui différencie donc « Memento Mori » d’une ?uvre majeure du black, dis nous tout Tonio !
Malgré une assurance évidente, cette galette a un gros défaut, et pas des moindres : l’inspiration ! L’inspiration bon diou, l’inspiration ! L’inspiration, cet ingrédient essentiel qui transforme un album fade en un album grandiose? « Memento Mori » c’est un peu comme des coquillettes au jambon sans gruyère, c’est mangeable mais il manque un truc, on est très vite gavé. Pourtant le bougre y met tout son c?ur, ça se sent, il fait transparaître par ici des inspirations thrash, par là des inspirations plus heavy, mais l’ensemble manque de coffre à cause, encore une fois, des riffs. Ces foutus riffs, sont chiants ceux là, toujours eux qui plantent un album. Et oui, car les riffs de Lord Necron sont archi classiques, téléphonés à l?extrême, ce mélange entre guitares tranchantes et mélodies lancinantes a été visité moult fois.
Les tempo sont souvent moyens ou lents, Gergovia préférant prendre son temps pour installer des ambiances plutôt que de foncer tête baissée. Certaines parties sont fort réussies, tels les riffs thrash de “Prosternes-toi devant l’éternel” et de “Pareil à la poussière” ou les très bonnes mélodies de “Bercé d’éternité” (à 5′20) ou de l’instrumental final “Quand La Glas Sonne”, morceau qui semble quasiment inspiré par Maiden. Gergovia est donc partagé entre black primaire cradingue et mélodies lancinantes mais, la faute à un manque d’inspiration qui frise l’auto parodie, l’album prend l’eau et même s’il n’est pas mauvais, il manque cruellement de panache. Dommage?
Quoi qu’il en soit, cet album a de quoi séduire des amateurs de black métal pas trop portés sur la vitesse et pas trop portés sur l’originalité. Lord Necron est un habile compositeur, mais ne ferrait-il pas mieux de s’entourer d’autres musiciens afin d’élargir son spectre musical ?

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